Edito : clivage droite-gauche
Etats généraux contre le Medef
La moitié du CAC 40 en examen
Les 9 derniers coups bas du Medef
Non au Conseil Constitutionnel
62,7 % des français pour une gestion séparée des comptes de la Sécurité sociale
Bilan de la grève des banques du 2 janvier
Dossier AZF Toulouse quatre mois après
100 000 manifestants à Laeken
Hamid Karzaï, héros du pipeline
L'Argentine ruinée par le libéralisme
Ils nous ont quitté en 2001
Les 35 h'en polar et dans le réel
Le Courrier des Lecteurs
La bonté des patrons et l'ancienneté de notre combat pour les retraites
 

 
Un clivage fondamental entre droite et gauche
 
Jacques Chirac se veut, nous dit-on, "candidat de la France". Il mènerait une campagne consensuelle, signifiant qu'il n'y a pas de différence véritable entre lui et Lionel Jospin... ni entre la droite et la gauche. L'Elysée diffuse partout cette opinion : "un rien nous sépare alors votez pour le plus sympa...". Et jamais peut-être, la pression n'a été aussi forte, y compris dans des milieux qu'on croyait vaccinés, pour feindre de ne pas voir d'enjeu dans l'élection, ni d'opposition fondamentale de programme, ni de clivage décisif. D'ailleurs Le Pen, Madelin, Bayrou, Chevènement, Ariette Laguillier ont tous glosé et continuent sur le thème "Josrac, Chispin". C'est donc pour nous le premier combat, le premier échauffement : démontrer que Jacques Chirac qui n'a pas gouverné depuis cinq ans redeviendra le pire dés qu'il récupérera les clefs du vrai pouvoir. C'est lui, qui croyait en avril 1997, que la France ne pourrait pas se qualifier pour les critères de l'euro, c'est lui qui prévoyait austérité et rigueur et demandait, en dissolvant l'Assemblée nationale, les pleins pouvoirs pour faire sauter les "blocages" du droit du travail, de la sécurité sociale, des retraites. C'est lui qui voulait diminuer les déficits (à la façon argentine) plutôt que d'encourager croissance et relance... C'est lui qui ne cesse d'approuver les plans du Medef pour le Pare, pour faciliter les licenciements, pour déroger par accord d'entreprise aux lois du travail, pour une formation professionnelle encore plus aléatoire, pour un contrôle féroce des dépenses de santé, pour annuler les 35 h en libérant les heures supplémentaires. C'est lui qui veut faciliter les fonds de pension, la haute finance, et limiter nos droits à une retraite à taux plein. Jacques Chirac n'est ni sympa ni inoffensif, c'est un ennemi de classe, le porte-parole des puissances dominantes, l'adversaire des salariés.
 
En face de ce danger, il faut mettre toutes les chances de la gauche plurielle ensemble pour gagner. Puisque chaque famille de la gauche a son candidat, il est normal que propositions et programmes alternatifs soient présentés et défendus. Mais pas n'importe comment : la meilleure façon de mettre un programme en avant c'est de mobiliser de façon réaliste contre celui de la droite, donner de façon précises les réponses phares que la gauche propose, en émulation, de mettre en oeuvre. Il faut des axes forts de changement, car sans alternative concrète, palpable, datée, détaillée, le scepticisme, le sentiment qu'il n'y a pas d'enjeu, demeureront. Il faut bien tracer les propositions de hausse de salaire, de diminution du temps de travail, d'une retraite meilleure pour toutes et tous à 37,5 annuités...
 
Dans cette première phase de la campagne, souligner le clivage droite-gauche telle est la meilleure façon de se battre.
Nous y avons contribué, concrètement, sur le terrain, en unissant toute la gauche de Clermont-Ferrand à Paris dans des états généraux contre le Medef.
 
Nous y contribuons en défendant dans le "projet 2002" du Parti socialiste, lors de la convention nationale des 26 et 27 janvier, des amendements sociaux, pour le droit du travail et des retraites, pour de nouvelles élections à la sécurité sociale, pour une réforme fiscale de grande ampleur, pour une politique européenne institutionnelle et sociale plus offensive. Lionel Jospin est pour nous le mieux placé, et il est donc notre candidat dés le premier tour, parce qu'il peut le plus efficacement incarner le combat contre la droite et donner un programme offensif à la gauche. Dans les semaines qui viennent, les choses sérieuses vont commencer, et l'on va voir la polarisation s'effectuer, les vrais clivages apparaître.
 

 
Le mardi 15 janvier : manifestation unitaire à Lyon l'après-midi, "Etats généraux" contre le Medef" le soir à l'Ensam à Paris
Rassemblement et mobilisation de toute la gauche contr le Medef
 
En plus des 80 premières personnalités qui ont signé l'appel et constitué un collectif d'initiative, dés le mois de novembre, (lire D&S n° 90 de décembre 2001 ) on a noté que Bernard Thibault, dans L'Humanité du 9 janvier avait donné son soutien à l'initiative, qu'il y a eu quatre orateurs de la CGT envoyés par le bureau confédéral dans chaque atelier, un orateur officiel de la FSU, Gérard Aschieri, un orateur officiel de la LCR, des orateurs officiels de chaque organisation de chômeurs (AC ! MNCP, APEIS).
 
L'appel s'était donc élargi depuis novembre, et le mouvement social, citoyen, associatif, syndical, politique, était très largement représenté.
L'unité réalisée a même été d'une ampleur exceptionnelle. Etaient présents des membres d'organisations syndicales, associatives ou politiques, Apeis, Attac, AC ! Cfdt, Cftc, Cgt, Fondation Copernic, LCR, Mncp, Unef, Alternatifs, Gauche socialiste, Pcf, Verts, .... C'était d'un certain point de vue, un tour de force, en ces temps pré électoraux ou chacun soutient des candidats différents ou, à des degrés divers, apporte des élemetns critiques par rapport au gouvernement de gauche, que "tous ensemble, tous ensemble", chacun sache se retrouver dans le même camp.
 
Unité contre les "harceleurs" du Medef !
Le Medef, dans son congrès de Lyon, déclarait vouloir "harceler" les forces politiques afin de les interpeller sur ses propositions.
Face à ce genre de patronat de combat, il était légitime de vouloir à tout prix indiquer, même symboliquement, que toutes les forces devaient être regroupées en faveur d'un salariat de combat. Il n'était pas question qu'il soit fait entre les initiateurs du collectif un quelconque préalable (par exemple en invoquant des désaccords avec le gouvernement) pour ne pas se retrouver ensemble contre le Medef "harceleur". Et c'est ça l'élément fondamentalement positif de cette initiative. Nous avons prouvé, en la construisant, que cette forme d'unité était possible. Quitte, bien sûr, à ce qu'elle prenne d'autres dimensions, à ce qu'elle soit reproduite partout et à de plus hauts niveaux encore.
Si on regarde la qualité de la salle, parmi les quatre cent participants aux débats, on notait des responsables CFDT de haut niveau, banques ou équipement, (Jean Claude Branchereau, Eric Thouzeau) le secrétaire régional de l'URI Auvergne venu tout exprés (René Defroment), des militants du commerce, et des transports. On notait des dirigeants confédéraux de la CGT. Et une participation tout à fait importante de l'UNEF autour de son Président, Yassir Fichtali. Des enseignants venus écouter Gérard Aschieri. Enfin des "rouge-rose-vert".
 
Quatre ateliers particulièrement suivis de18 h 30 à 20 h 15
On avait regroupé les différent "chantiers" investis par le Medef en quatre ateliers.
1°) Protection sociale, santé et conditions de travail
Y ont pris notamment la parole, Dona Décisier (CGT), Roland Mérieux (MNCP), Catherine Mills (universitaire), Serge Volkoff (sociologue) sous la présidence de Karine Granier.
2°) Retraites et salaires
Ont introduit le débat : Yasser Fichtali (prsident de l'UNEF), Liem Hoang-Ngoc, (économiste, universitaire) Michel Husson (économiste) Jacques Nikonoff (économiste), Vlady Ferrier (responsable confédéral CGT) présidée par Christine Delphy.
3°) Emploi, licenciements, chômage et formation professionnelle
Ont animé la discussion : Gérard Aschieri (secrétaire général de la FSU), Paul Boccara (économiste), Evelyne Perrin (universitaire), Christophe Ramaux (universitaire) Malika Zediri (MNCP), Jean-Pierre Suchecki (bureau confédéral de la CGT) débat conduit par Christophe Ramaux.
4°) Loi et négociations collectives
Entre autres, Francine Bavay (direction nationale des Verts), Kaïl Ghazy (ex A . Sycopa CFDT devenu CGT), Thomas Coutrot (économiste), René Defroment (secrétaire de l'URI CFDT Auvergne) Dominique Mezzi (journaliste à Rouge), et Roland Metz (bureau confédéral CGT) ont fait progresser la discussion sous la direction de Sylvie Contrepois. A 20h 30, la séance pleinière a débuté dans l'immense amphi de l'Ensam en présence de 400 personnes par un bref compte-rendu de chaque table ronde. Les rapportrices et le rapporteur étaient Christine Delphy, Karine Granier, Sylvie Contrepois et Christian Ramaux La séance a ensuite été présidée par Catherine Mills et toutes les contributions venues des diverses sensibilités ont été écoutées avec la plus grande attention. Notamment Francine Bavay, Paul Boccara, Eric Boccara, Jean-Claude Branchereau, Robert Cremieux, Harlem Désir, Yves Dimicoli, Gérard généraux contre le Medef le soir à l'Ensam à Paris e toute la gauche contre le Medef Filoche, Catherine Laffon, Nicolas Marchand, Evelyne Perrin, François Sabado.La conclusion a été faite par Yves Salesse, président de la Fondation Copernic.
 
Unité syndicale de Clermont à Lyon... et partout ?
Ainsi depuis que le Medef tient des forums dans toute la France, des mobilisations multiples, ville par ville n'ont cessé de dénoncer ses exigences. A Clermont-Ferrand par exemple, le 13 novembre, une manifestation avait eu lieu à l'appel des syndicats Cgt - Cfdt -Fo - Unsa - Fsu - G10 - Unef, d'autres ont eu lieu à Nantes, Marseille, et aussi le 8 janvier à Marne-la-vallée. Partout où le Medef est passé, il y a eu une action contre eux.
A Lyon, l'après-midi du 15 janvier, il y avait eu plus de 10 000 manifestants, à l'appel d'une intersyndicale (CGT, CFDT, FSU, UNSA, Groupe des 10). Le cortège à la tête duquel se trouvait Bernard Thibault, était là pour accueillir le TGV du Medef à la Partdieu (lequel train avait été retardé à la gare de Lyon, à Paris, déjà, par des contre-manifestants de Sud) et le défilé s'est dirigé vers le Palais des congrès, où l'organisation patronale faisait son "show".
Se félicitant de la réussite de cette contre-manifestation, Bernard Thibault affirmait, " dans ce pays, il y a d'autres forces, d'autres organisations que le Medef, présentes, mobilisées sur l'emploi, la protection sociale, la retraite".
Le Collectif national contre le Medef qui a organisé ces états généraux n'a pas l'intention de s'en tenir là.
La bataille, commencée en l'an 2000 contre le Pare, poursuivie contre la prétendue "refondation sociale", puis les retraites (rappelons que la plus grande manifestation de l'année 2001, 400000 manifestants, s'est produite le 14 janvier, il y a tout juste un an, en défense des retraites) doit absolument continuer. D'ici aux élections pour interpeller les candidats afin qu'ils prennent de claires positions contre les attaques du Medef, et surtout ensuite car le problème des retraites est appelé à rebondir avant décembre 2002, date de la fin de la convention sur les retraites complémentaires signée le 10 février 2001 par le Medef et la direction de la CFDT.
Des "comités anti-MedeF' unitaires, à l'image du collectif national se constituent, d'autres réunions sont annoncées en province, à commencer par Toulouse et Tarbes. D'autres suivront tout au long de cette année.
 

 
Le baron Seilliére se plaint des "risques du métier d'entrepreneur"
Plus de la moitié du CAC 40 en examen !
 
L'AFP rapporte les propos surprenants tenus par le chef du Medef, à Lyon, le 15 janvier : le baron Seilliére a pris fait et cause pour son ami, Daniel Bouton, PDG de la Société générale mis en examen pour "blanchiment de fonds". Et en cette circonstance, il "a dénoncé l'excès de pénalisation des patrons".
Ça ne manque pas de culot. "Plus la contre-vérité est forte, doit-il se dire, plus ça passe !""
 
  La combinaison de pénalisation et de l'absence de clarté des lois ont conduit un très grand entrepreneur français, très respectable, à se trouver impliqué dans une affaire judiciaire" a déploré Ernest-Antoine Seilliére dit "BAS", "C'est très regrettable pour nous et notre pays". M Seilliére a admis "qu'il n'est pas impossible que dans l'immense univers de la Société Générale, la banque ait été victime de blanchisseurs d'argent sale" à son insu. Mais selon lui, "en faire subir le délit d'intention a son président montre à quel point la pénalisation du chef d'entreprise est devenue aujourd'hui quelque chose de dangereux pour l'exercice du métier d'entrepreneur"!
 
Pour comble, BAS a terminé ce morceau de bravoure, en rappelant qu'avec la mise en examen de Daniel Bouton, "plus de la moitié des entrepreneurs responsables de société du CAC 40 sont ou ont été mis en examen", "ceci prouve à quel point nous sommes soumis à des abus de la pénalisation dans notre métier" a t il conclu expliquant que "la loi bancaire et financière est à certains égards peu claire".
 
Un patron sur deux, délinquant !
D'abord si la "loi bancaire est peu claire" raison de plus pour la changer et installer la transparence bancaire. Cela simplifiera sûrement la tache des patrons des banques.
Si Daniel Bouton a fait du "blanchiment"... "à son insu de lui-même", comme le coureur cycliste Richard Virenque, c'est peut-être que les règles du jeu empêchant le dopage... la drogue et la triche n'ont pas été assez établies. Entendre le Baron se plaindre soudainement de "l'absence de clarté des lois" est succulents à nos oreilles, lui qui ne réclame que déréglementation !
En vérité, il faudrait donc plus de réglementation, plus claire et plus précise !
Que l'on sache, la Société générale se trompe rarement quand il s'agit de réclamer des agios à des petits salariés ou petits chômeurs qui ont des découverts à cause de leurs revenus modestes. Mais voilà que six hauts cadres de la Société Générale et leur patron sont accusés d'avoir fait perdurer, en connaissance de cause, un système de traitement de chèques qui a permis la circulation, entre la France et Israël, de plusieurs dizaines de millions de francs d'origine frauduleuse. Il n'y a pas que le PDG de la Générale mais aussi 90 autres personnes qui sont en examen dans une enquête qui a démarré en 1998. L'accusation semble bien précise et ne pas souffrir "d'absence de clarté".
Remettant en cause l'enquête de la justice, et Seilliére plaint ces pauvres malheureux employeurs qui manient "d'immenses" fortunes et ont "d'immenses" responsabilités, et qui, tenez-vous bien, doivent rendre des comptes !
Il nous apprend que la moitié d'entre eux trempent à ce point dans des affaires louches... qu'ils sont mis en examen. Encore une fois, il ne réfléchit pas une seconde sur ce que cela peut avoir de crapuleux... mais il demande indulgences, facilités, pouvoir d'en faire davantage encore et sans contrôle !
Si un grand patron sur deux est soupçonné d'être un délinquant... le bon sens populaire de la "France qui gagne, reforme et dialogue" doit se dire qu'il n'y a pas de fumée sans feu et qu'ils doivent être drôlement corrompus ces grands patrons, si malgré leur puissance, leur volonté d'échapper à la loi commune, ils sont quand même mis en examen.
 
Tolérance zéro, à commencer par le haut !
Enfin, y a t il "abus de pénalisation contre les employeurs" en France ? Dix mille fois non ! Chaque année, les inspecteurs et contrôleurs du travail constatent prés d'un million d'infractions aux lois du travail, seuls 25 000 procès-verbaux sont dressés, seules 7 000 condamnations sont prononcées, et encore a mi-nima, avec des amendes en moyenne de 840 (5 500 F). En moyenne une vingtaine d'employeurs seulement sont condamnés à de la prison ferme (deux mois ferme maximum) pour faute inexcusable ayant provoqué mort d'homme, et pour récidive dans le trafic de main d'œuvre.
Pourtant le nombre d'infractions constatées est largement inférieur à la réalité -faute d'effectifs de l'inspection du travail. Et les parquets indulgents classent déjà les 3/4 des procès-verbaux sans suite.
La vérité est que la délinquance patronale est très répandue, (et d'un taux très élevé dans la population concernée) et qu'elle est la moins sanctionnée de toutes.
EAS qui réclame a cor et a cri une réforme de l'état qui "assure" la sécurité, et d'autre part, prône une philosophie "risquophile" n'est pas à un discours incohérent prés : en fait il voudrait imposer la sécurité aux petits et l'impunité aux gros, sanctionner le voleur de sac à main et laisser faire le détournement d'argent à grande échelle. Il se plaint que la justice puisse frapper à la tête mais il exige des peines exemplaires pour les échelons inférieur de la société.
Un vrai Baron du XIX° siècle assisté de son homme de main, Denis Kessler, véritable ennemi public n° 1. C'est par ceux-là que la politique "tolérance zéro" doit commencer. Que le peuple soit sécurisé face à ces licen-cieurs et à ces profiteurs qui fanfaronnent et affirment sur toutes les estrades que les lois ne sauraient être faites pour eux !
GÉRARD FlLOCHE
 

 
A leurs "congrès" de Lyon : 2000 patrons déchaînés
Les " 9 " derniers coups bas du Medef
 
Ne nous dites pas qu'ils sont "responsables" ces intégristes libéraux qui composent le Medef. Ils étaient déchaînés, enragés dans un happening "beauf genre show bizz. Neuf questions à voter : dans l'allégresse pompiére, avec un jeu interactif, leurs votes informatisés s'affichaient sur grand écran, 90 %, 92 %, 96 % qui dit mieux ? Des scores soviétiques !
 
Dire que ces gens-là prétendent incarner "l'entreprise" : un grand lot de fanatiques, bien nourris, surpayés, aveugles à la misère, méprisant envers ceux qui ne sont pas "performants", donnant des leçons au peuple dont ils pensent qu'il doit être "mené" par des "chefs" de leur acabit, sous peine de dégénérer.
La modernité, ils en ont plein la bouche, ainsi que la rentabilité, les ratios, la productivité, et ils s'étouffent d'incantations au dieu marché. L'air suffisant du baron et l'air faux derche de l'assureur en chef, le Seillière et le Kessler, s'épanouissaient, on les voyait se pâmer : leur pseudo congrès était aussi une grande messe au dieu argent.
 
1°) Redonner toute sa valeur au travail
Quel culot, non ? Le travail c'est 21 millions de salariés (et 3 millions de chômeurs, hélas). Le Medef prétend représenter 1,2 million d'employeurs (mais ce n'est pas vrai, il ne représente que les "gros"), il est le porte-parole du seul capital, pas du travail.
Ils exigent pour "redonner toute sa valeur au travail", que "la loi sur les 35 h soit profondément modifiée pour reconnaître aux partenaires sociaux une pleine compétence pour définir l'organisation du temps de travail". "Sinon" stipule leur résolution adoptée à 96 %, "la loi doit être abrogée". Jean-Louis Debré récuse l'idée que "l'opposition se fasse l'interprète du Medef... Mais Chirac, Sarkozy, Juppé, ont déjà exprimé leur subordination sur ce point : sans toucher à la durée légale, ils étendront le nombre d'heures supplémentaires autorisées en supprimant leur majoration. Non seulement il en sera fini des 35 h, mais on reculera sur les 39 h et les 40 h...
 
2°) Développer la formation professionnelle
C'est pourtant sur ce point qu'ils ont échoué... et abandonné leurs "huit chantiers" de la "refondation sociale". Leurs propositions étaient tellement excessives (faire payer sur leur temps de loisir, avec leurs propres deniers, sur leurs congés payés, sur leurs heures supplémentaires, leur formation professionnelle par les salariés eux-mêmes) que pas un seul des syndicats n'a pas accepté de signer leur proposition.
 
3°) Mettre en place une fiscalité moderne et eurocompatible
Simple : encaisser tous les profits et ne rien payer. Alléger les impôts de succession, alléger les impôts sur l'entreprise, alléger la taxe professionnelle, alléger les "charges" sur les salaires, ne pas taxer la valeur ajoutée. Ce sont des fous furieux de "j'm'en mets plein les poches" et "je ne donne rien à la collectivité républicaine".
 
4°) Remettre l'entreprise au cœur de la société
"Rapprocher l'école de l'entreprise, la recherche de l'entreprise". En un mot, tout subordonner au profit. Établir une nouvelle forme de corporatisme : l'entreprise comme forme d'organisation sociale dominante, un chef, un profiteur, des subordonnés, seule la race des chefs sait ce qui est bon pour l'école et dans quelle voie il faut "chercher".
 
5°) Refonder le dialogue social
Le contrat privé doit l'emporter sur la loi publique. Pas de loi publique,contredisant le contrat privé. Hormis le ridicule de la prétention, rappelons-leur que le 31 octobre 1995, dans un "contrat privé", un accord interprofessionnel, le plus important dans la hiérarchie des accords, ils avaient défini les heures supplémentaires comme devant "être exceptionnelles et imprévisibles". Depuis, ces forbans n'ont cessé de fouler aux pieds leur propre contrat. Si les heures supplémentaires devaient être "imprévisibles", et "exceptionnelles", tout ce qu'ils disent par ailleurs s'effondre. Charlatans ! Heureusement que les lois de la République peuvent s'imposer à eux. Sur ce point, il n'y a eu que 87 % des voix. 13 % du soviet-Medef a eu des doutes ?
 
6°) Associer les entrepreneurs aux décisions des pouvoirs publics
Pourquoi ce corporatisme ? Pourquoi tous les citoyens ne seraient-ils pas à égalité de droits vis-à-vis des pouvoirs publics ? Il y en a des plus égaux que d'autres ? Aurait-on un suffrage censitaire ? Un employeur vaut-il dix ou cent mille voix de salariés ? Est-ce à cela qu'on veut en revenir ? Le riche aurait droit de censure ? Le citoyen devrait être humble devant l'entrepreneur ? Un humain, une voix, c'est un principe périmé ?
 
7°) Moderniser en profondeur l'Etat
Un état moins centralisé, plus efficace, plus ouvert, moins dépensier... Finie l'école publique, finis les diplômes nationaux, fini l'ordre public social national, finis les services publics, fini les fonctionnaires, finie la France républicaine.
 
8°) Garantir la sécurité individuelle et collective
Les voilà propagandistes du "tolérance-zéro", de l'ordre : l'entreprise ne doit plus être sociale, mais l'état non plus, qu'il se concentre donc sur ses fonctions régaliennes, police, justice, armée. Pourtant la principale insécurité de ce pays vient des patrons qui décident arbitrairement de qui est au chômage, de qui est bien ou mal payé, de qui court des risques ou non. Lorsque Seillière pleure sur "l'excès de pénalisation des employeurs", il doit sûrement oublier qu'il y a 1,3 million d'accidents du travail par an, 45 000 handicapés, 750 morts, des dizaines de milliers de maladies professionnelles sous-estimées (Que M. Daniel Bouton, PDG de la société Générale soit mis en examen, qu'est-ce à côté ?)
 
9°) Libre choix de l'assurance maladie, libérer l'entreprise du financement des cotisations liées à aux dépenses, maladie et de famille... et fin du droit à la retraite pour la remplacer par une "retraite à la carte".(Celui qui travaillera plus aura une meilleure retraite, finie la répartition...)
Normal, ils veulent en revenir au XIXe° siècle, c'est ça la modernité.
 
Brigandage juridique du Conseil Constitutionnel : cette institution est indigne
Une censure signée Guéna-Chirac
 
En abrogeant l'article 107 de la loi de modernisation sociale, au nom de "la liberté d'entreprendre", le Conseil constitutionnel se discrédite. Ces gens-là n'ont rien de "gardiens de la constitution", ce ne sont même pas des juristes, ce sont des chiraquiens au service du Medef, point c'est tout...
 
Leurs arguties ne tiennent pas debout dans un pays qui, de 1975 à 1986 avait instauré un contrôle administratif sur tous les licenciements économiques. La Constitution était pourtant la même !
Que nous explique le Conseil constitutionnel de M. Yves Guena ? "que la nouvelle définition du licenciement économique limite aux trois cas qu'elle énonce les possibilités de licenciement économique, à l'exclusion de tout autre hypothèse comme, par exemple, la cessation d'activité de l'entreprise." On se frotte les yeux, on a la berlue : rien dans la loi de modernisation sociale n'empêche la cessation de l'activité de l'entreprise ! L'article 107 définit seulement de façon tout à fait concordante avec la jurisprudence en vigueur, avec ce que dit la Cour de cassation, les motifs qui permettent de mettre en oeuvre un plan de "sauvegarde de l'emploi", en dehors de la cessation d'activités (que ce soit sous forme de dépôt de bilan, redressement ou liquidation judiciaire).
 
L'article 107 n'était pourtant pas bien méchant...
Très nombreux sont les syndicalistes, juristes expérimentés à penser qu'il n'y avait, hélas, aucune "audace" dans l'article 107 censuré par le Conseil constitutionnel. Cet article était parfaitement en vigueur dans les faits, dans la jurisprudence, et justement, hélas, il ne suffisait pas à empêcher les licenciements boursiers abusifs. Même les trois cas de la définition d'un licenciement économique contenus dans le nouvel article, (s'ils avaient le mérite d'être plus précis qu'un "notamment" rétabli par le Conseil constitutionnel) :
- "Difficultés sérieuses n'ayant pu être surmontées par tout autre moyen
- Mutation technologique mettant en cause la pérennité de l'entreprise - Nécessité de réorganisation indispensable à la sauvegarde de l'activité"
...pouvaient être très largement interprétés, y compris par des actionnaires, conseils d'administration et employeurs de mauvaise foi. En fait le seul moyen d'empêcher un licenciement abusif est soit une décision administrative, si on veut être politique et rapide, soit une décision judiciaire, si le temps n'est pas compté, et que l'on estime qu'il faut un "jugement indépendant".
Hier, et pendant dix ans de la vie de ce pays, il y a eu un contrôle administratif de l'inspection du travail sur tous les licenciements économiques (mis en place en 1975 par M. Chirac lui-même !) Cela a permis au moins de dissuader les excès, les trop flagrantes infractions, les licenciements trop scandaleusement abusifs. Cela n'a nullement empêché la liberté d'entreprendre et quand la mesure a été supprimée en 1986 par MM. Seguin et Chirac, il n'y a pas eu d'emploi créé malgré ce que prétendait le CNPF, il y a eu, au contraire, un "pic" de 400 000 licenciements de plus.
Lionel Jospin, dans sa déclaration d'investiture de juin 1997, avait introduit une nouvelle forme de contrôle administratif sur les licenciements et cela était la position officielle, votée à l'unanimité, par le Parti socialiste, dés sa convention de juin 1996.
Qu'aurait pu dire le Conseil constitutionnel si c'était ce choix qui avait été mis en oeuvre ? Rien, absolument rien. Pourquoi n'a t il pas été en oeuvre ? Parce que le gouvernement a jugé que cela risquait de trop avancer vers une "économie administrée" ! Hé, bien voilà une modération bien mal récompensée ! Car, le Conseil constitutionnel ne reculant devant rien, le lui reproche quand même.
 
Le pouvoir de dire non !
Comme quoi, il vaudrait mieux défendre clairement les positions et énoncer que la puissance publique, qui accorde subventions, aides, exonérations, et qui paie les pots cassés des licenciements doit pouvoir dire "non" et empêcher des plans sociaux abusifs, les licenciements sans cause réelle et sérieuse.
Nous avions proposé un système extrêmement simple, c'est que l'inspection du travail retrouve, lorsque le licenciement était manifestement abusif, le droit de dire "non", et que le licenciement était alors suspendu, c'était à l'employeur d'aller devant le juge plaider sa cause. En attendant, les emplois étaient maintenus.
Cela valait notamment dans 97 % des entreprises de moins de 50 salariés qui ne connaissent juridiquement pas de "plans de sauvegarde de l'emploi". Et c'est un moyen plus clair, plus efficace, que la recherche d'une définition pointue, toujours contournable. Le Conseil n'aurait pas pu sanctionner ce genre de volonté politique claire.
 
Pouvons-nous en rester là ?
Non. Car la question des licenciements est, avec celle des retraites, une des plus sensibles dans l'opinion. Même si on ne doit pas les prendre à la lettre, les courbes de sondages sont extrêmement parlantes depuis un an : au premier trimestre de 2001, Lionel Jospin avait encore une avance sur Jacques Chirac. Le moment où les courbes se sont croisées a coïncidé exactement avec l'apparition de tous les plans de licenciements du printemps 2001, de Marks & Spencer à Danone, et aux non-réponses fermes du gouvernement.
Ne pas riposter au Conseil constitutionnel, manifestement et scandaleusement partial, laissera un autre mauvais goût dans la bouche, à des centaines de milliers de salariés.
Le Medef, ce parti politique libéral intégriste, se réjouit trop ostensiblement, il veut licencier encore et créer le plus mauvais climat possible pour faire perdre la gauche.
Le peuple de gauche, lui, veut avoir un espoir de lui faire face avec succès. Nous devrions légiférer à nouveau, vite, et fermement, donnant à la puissance publique par le biais de son inspection du travail et de ses juges, le moyen de contrôler les licenciements abusifs.
PS : Nicole Notât a fait un étonnant aveu. Interrogée dans le Nouvel Observateur du 27/9/01 par Martine Gilson, sur les jugements qu'elle porte vis-à-vis des différents ministres du travail qui l'ont impressionnée, elle cite spontanément Philippe Seguin parce qu'"il reconnaissait que la suppression de l'autorisation administrative de licenciement, décidée par le gouvernement Chirac était une connerie qu'il fallait rattraper"...
 

 
Grève dans les banques le 2 janvier
Un mécontentement latent
 
Le 2 janvier 2002, toutes les organisations syndicales de la profession appelaient à la grève sur les salaires et les conditions de travail. Dans le brouhaha médiatique sur le passage à l'euro, l'absence de reconduction a été interprétée comme un échec. À y regarder de près, cela était loin d'être le cas. Traditionnellement les grèves dans le secteur bancaire ne dépassent jamais les 50 % au plan national. Une grève de 25 à 35 % est en général considéré comme un mouvement de bon niveau.
Dès lors les 40 % réalisés dans les réseaux du Crédit Lyonnais, du Crédit du Nord, de la Société Générale sont à souligner. Les pointes dans plusieurs régions du CCF ou du CIC, le score historique de la banque Laydernier à Annecy dont le Pdg pronostiquait zéro gréviste sur FR3 fin décembre montrent à l'évidence qu'une lame de fond existe dans cette profession.
C'est le ras-le-bol sur les conditions de travail et des attentes de plus en plus fortes sur les salaires qui sont la cause de ce mécontentement.
Dans le contexte du passage à l'euro, les pressions n ont pas manqué pour dissuader les salariés de faire grève. D'une partie de la presse, aux employeurs en passant par Trichet, Fabius et quelques autres, les appels à la responsabilité, au civisme n'auront pas manqué.
Ce contexte souligne davantage encore les résultats de la grève. Le vote de la reconduction dans plusieurs villes marque la force du mécontentement et la montée d'exigences de luttes plus dures y compris, fait nouveau, par les jeunes générations.
 
500 F d'augmentation mensuelle obtenus
La réussite du mouvement n'a pas été telle que les salariés souhaitent ensemble reconduire l'action partout et tout de suite. Dans quelques endroits comme à la Banque Populaire de Nantes, les salariés ont obtenu 500 F d'augmentation mensuelle des salaires pour tous : ni plus, ni moins que la revendication !
Cette situation a amené les organisations syndicales du Crédit Lyonnais a ap-peller à une autre grève le 17 janvier.
Mais les manœuvres et les pressions auront permis de briser la mobilisation dans les jours qui ont précédé le 2 janvier à la BNP Paribas, le plus grand groupe bancaire en France qui emploie près d'un tiers des salariés des banques privées.
La direction de ce groupe a réussi à arracher l'engagement de signature à la CFDT et au SNB-CGC entre Noël et le premier janvier avec la proposition de 0,9 % d'augmentation formulée au téléphone !
À peine l'accord donné, le rouleau compresseur de la direction s'est mis en route annonçant l'accord et réussissant à démobiliser des salariés qui quelques jours avant étaient prêts à l'action. Coupables directions syndicales qui préfèrent signer avant la démonstration du rapport de forces ...
 
De prochaines étapes ?
Les fédérations syndicales ont tiré un bilan positif du 2 janvier et appelé leurs équipes d'entreprises à organiser des débrayages le 17 janvier. La grève re-bondira-t' elle ? En réalité, personne ne peut prédire la date du prochain rebond.
Mais ce qui est certain, c'est que sans amélioration des conditions de travail, des grèves se développeront dans les prochains mois dans ce secteur. L'explosion des résultats, le développement de l'individualisation des salaires (et du lien avec les résultats de chacun), sans que la partie fixe des salaires n'augmente, ne feront qu'accroître les exigences de justice et d'égalité dans ce domaine.
CHRISTIAN GAL
 

 
Ne pas mêler impôt et cotisations sociales !
62,7 % des Français veulent des budgets séparés entre la sécu et l'Etat
 
Voilà un sondage qui rafraîchit ! Le Monde est allé interroger les Français sur une question d'une importance exceptionnelle : voulez-vous des comptes de la protection sociale en un budget séparé ou une intégration dans l'impôt en général ? Ils répondent massivement : budget séparé et ils ont massivement raison.
 
Cela prouve que les principes fondamentaux qui ont présidé à la naissance de notre Sécurité sociale en 1945 sont bien connus et nullement sous-estimes. Il a, en effet, fallu, des décennies de combat pour "arracher" cette séparation entre les deux budgets : l'un de gestion du budget courant de la nation, élaboré chaque année par le Parlement, et l'autre, à part, des sommes collectées aux fins uniques d'assurer la protection sociale collective. Pas de passerelle entre les deux, pas de mélange, de détournement possible, tel était l'exigence de base. En un mot, on interdit au législateur d'utiliser les sommes de la protection sociale... pour la défense et la guerre.
Le principe de l'impôt c'est qu'il s'agit d'une recette qui ne peut être "pré affectée". Le principe de la cotisation sociale, c'est qu'il s'agit d'une recette totalement pré affectée.
Le principe de l'impôt c'est que son assiette peut être définie très largement, et qu'ensuite, il peut être progressif, mais que toutes les sommes collectées par le trésor public ou même à l'avenir, à la source, sont ensuite à la disposition du Parlement pour toutes les dépenses publiques. Le budget national tourne autour de 260 milliards d'euros.
Le principe des cotisations sociales c'est qu'elles sont liées au travail, en proportion du salaire, qu'elles sont collectées pour des Caisses sociales bien précises, (qui devraient être) gérées par les syndicats, et donnent lieu à une redistribution, une répartition entre tous les ayant-droits. C'est un salaire indirect. Le budget de la protection sociale tourne autour de 335 milliards d'euros.
Chaque fois que patrons et libéraux appellent les "cotisations sociales" des "charges", ils ne font pas seulement une manipulation de langage, ils commettent une agression contre le principe de la Sécurité sociale, contre les salaires : les cotisations ne sont pas des "charges", c'est un bonheur ! C'est ce qu'il y a de plus beau dans notre pays, de plus socialisé, c'est une part du salaire individuel qui est mis dans un pot commun et redistribué en fonction des besoins pour ceux qui sont malades, accidentés, en charge de famille nombreuse, au chômage ou en retraite. Chacun y a droit et en bénéficie. Vouloir alléger les charges, c'est réduire vos salaires...
 
Confusion progressive entre "prélèvements obligatoires"
Le problème c'est qu'entre la théorie fondatrice de la Sécurité sociale ci-dessus et la pratique instaurée ces dernières années, il y a beaucoup d'impasses, de confusions que les adversaires ouverts ou masqués de la sécurité sociale, voudraient multiplier. Ainsi en a t il été à propos de la célèbre "vignette" automobile Ramadier (datée de 1954, récemment supprimée) de la CSG (contribution sociale généralisée), de la suppression des élections aux caisses de Sécurité sociale, de la défiguration du paritarisme (dés 1966-67), du plan Juppé (et de la loi de financement de la Sécurité sociale votée au Parlement), des nombreuses exonérations de cotisations sociales accordées par l'état, des 105 milliards prélevés sur les excédents de la Sécurité sociale par la loi Aubry... in et des récentes décisions d'ailleurs contradictoires du Conseil Constitutionnel!
Le développement de toutes ces confusions, les "mélanges" opérés entre les différents comptes, les décisions contradictoires, contribuent à remettre en cause le principe de base : séparation des comptes et à fiscaliser peu à peu les cotisations sociales. Pour cela les libéraux utilisent l'expression de "prélèvements obligatoires" qui mêle - à tort - le salaire indirect restant (théoriquement) à part entre les mains des représentants des salariés, et l'impôt sous toutes ses formes. Ils travaillent a développer la confusion entre les deux, à baisser les deux, et à effacer la séparation entre les deux budgets authentiquement distincts, pourtant dans leur conception et dans leur destination.
C'est une façon à peine masquée de s'attaquer à ce que nous avons de plus précieux en France : la gestion séparée de toute notre protection sociale.
 
Fiscaliser la Sécu, c'est ce que veut le Medef : la détacher du salaire
Le Medef l'a bien redit à Champs-sur-Marne le 8 janvier : "La protection contre le risque maladie, les risques de la famille et d'exclusion ne relève désormais plus de l'entreprise, mais de la solidarité nationale". Ils veulent que le salaire soit réduit à nouveau comme au siècle dernier ou dans tous les pays arriérés socialement, au seul "travail effectif" : ils ne veulent plus payer ni de cotisation maladie, ni familiale, ni de cotisation chômage, ni retraite, etc... Tout cela devrait relever de l'impôt, des choix individuels d'assurance et de la "solidarité nationale" et ces messieurs pourraient ainsi se recentrer sur la seule entreprise et ses profits.
Une fois détachée du salaire, détachée de la notion de salaire indirect, quand elle ne sera plus visible, ni contrôlable sur la feuille de paie, que cela sera mêlé à l'impôt, peu lui chaut ce que les pouvoirs publics en feront ce sera leur problème. Curieusement, ces gens du Medef qui veulent "moins d'état" renvoient ainsi la sécurité sociale, originalement gérée par une démocratie sociale originale, le paritarisme, vers une étatisation pure et simple.
Le Conseil constitutionnel par exemple s'est fait, récemment, en deux décisions, le pourvoyeur - délibérément contradictoire- des désirs du Medef : lorsqu'il a "retoqué" la décision du gouvernement qui voulait dans le budget 2001, accorder des remises de paiement de la CSG de façon dégressive pour les bas salaires et lorsqu'il a également "retoqué" le choix du gouvernement de faire payer en 2002 les exonérations de cotisations sociales accordées aux accords "35h". Dans un cas, il décide (ce que ses inventeurs, au gouvernement de Michel Rocard, n'avaient pas tranché) que la "contribution sociale généralisée" est un "impôt" et non pas une "cotisation" et que ce sont les régies de l'impôt en termes de prélèvement qui doivent lui être appliquées. Dans l'autre cas, il décide que le gouvernement ne peut "prélever" des "cotisations sociales" pour s'en servir comme d'un impôt au service de sa politique d'aide à l'emploi, c'est inconstitutionnel de détourner ainsi les fonds séparés collectés par la Sécu.
 
L'aspect positif de la CSG était de prélever des sommes, d'ailleurs trop modestes, sur les revenus du capital. En fait 83 % de la CSG vient encore des salaires, et encore 13 % vient des retraités et chômeurs, à peine 4 ou 5 % du capital. C'est peu cher payé pour une opération... qui fait basculer tant de "cotisations" dans le domaine de l'impôt ! Ce qui aurait été plus efficace, c'est de définir un impôt complémentaire en partant de l'observation que la protection 11 sociale s'appliquait à tous, et pas seulement aux 88 % de la population active salariée. Cet impôt complémentaire sur la valeur ajoutée, par exemple, pouvait lui, être librement affecté par le législateur en appoint aux caisses de sécurité. Pour cela, il n'y avait pas besoin du cheval de Troie de la CSG transformant une part importante de nos "recettes sociales initialement séparées" en... impôt - que le Conseil constitutionnel s'empresse de qualifier ainsi.
Denis Kessler proposait dans les forums du Medef : "que le nouveau système d'assurance sociale soit financé par la CSG. Que l'état s'occupe du financement, mais que des opérateurs dont c'est le métier, comme les Mutuelles ou les sociétés d'assurance, offrent le panier de soins".
 
Un débat avec Henri Emmanuelli et la motion 3
Dans les quatre amendements, rédigés en commun avec la motion 3 (cf. L'Hebdo des socialistes du 22 décembre 2001, n 214, p. 51) la Gauche socialiste a fait un compromis : comme il nous semblait important de promouvoir une "gestion démocratique de la sécurité sociale" (amendement n° 1) et de défendre ainsi l'originalité de la sécurité sociale, nous avons accepté en même temps l'amendement n° 3 qui propose de pré- lever l'impôt à la source, "en rapprochant la CSG et l'IRPP" de manière "à renforcer la progressivité globale des prélèvements".
Nous sommes heureux d'avoir pu déposer ces amendements en commun avec la motion 3 car il est important qu'un pôle de gauche fort, se manifeste au sein du Parti socialiste, au moment où d'autres tirent dans un sens inverse comme, par exemple, Laurent Fabius, et Dominique Strauss-Kahn avec leurs récents ouvrages. Mais nous craignons que derrière cette formulation, un des dangers que nous soulignons ci-dessus (la fiscalisation de la Sécu) ne se niche.
Nous comprenons bien que l'intention est meilleure, et que la volonté est de faire payer davantage, sur la valeur ajoutée, le capital : donc de taxer davantage les industries de pointe que celles de main d'œuvre (les pétroliers davantage que le textile...). Mais l'opération doit être faite selon nous dans un sens précis : abonder les caisses de Sécurité sociale, pas celles de l'impôt, ni de l'état.
Ne pas conduire l'opération en transvasant les cotisations vers l'impôt mais en transvasant de l'impôt vers des cotisations, en respectant les deux régimes et non pas en les confondant.
 

 
Après la catastrophe du 21 septembre
AZF Toulouse : Lionel Jospin met les pendules à l'heure
 
Dans un long texte intitulé "L'avenir du pôle chimique de Toulouse" publié par "la Dépêche du midi" le 22 Décembre 2001, Lionel Jospin annonce ses intentions et décisions. Après avoir souligné l'ampleur des moyens mobilisés par l'Etat et les collectivités locales, le premier ministre souligne l'inquiétude légitime et l'incertitude du devenir du pôle chimique." Prenant en compte les mobilisations contre le maintien du pôle et celles des salariés pour le maintien de l'emploi et la poursuite d'une activité chimique sur le site, Lionel Jospin en conclue: "Chacun exprime en tout cas, au travers de ces points de vue un souci commun pour plus de sécurité. Nous voulons tous une sécurité maximum: nous ne roulons "plus jamais ça" pour Toulouse.
 
" Rappelant le travail de concertation, le vaste débat public qui a eu lieu à Toulouse, il poursuit en soulignant que le choix du gouvernement "doit tenir compte de la tragédie qu'a connue la ville meurtrie par l'explosion et l'émotion de ses habitants.Ce choix doit être fait en mesurant l'impact pour l'avenir de l'économie et l'emploi à Toulouse. Il doit être fait, enfin, dans le respect du rôle et des responsabilités de chacun: aux entreprises de faire part de leurs intention; aux pouvoirs publics de les accepter ou non. en fonction des impératifs de sécurité qui s'imposent." Et il précise: "Le choix du gouvernement n'est pas de bannir la chimie à Toulouse mais de permettre la reconversion du pôle chimique vers des activités sûres qui ne peuvent pas entraîner de danger pour la population. Le potentiel universitaire, scientifique et productif de Toulouse doit être tourné vers une Chimie propre et sécurisée ....'' En ce qui concerne AZF. le gouvernement a suspendu toute activité dans cette usine... il n'envisage absolument pas de lever cette interdiction.... Il est essentiel d'assurer la dépollution complète du site. L'entreprise devra ensuite faire connaître ses projets. On a peine à imaginer, après une telle catastrophe, que l'activité puisse reprendre sur ce site ... L'entreprise donnera son appréciation; le gouvernement pourra alors prendre sa décision définitive." A propos de la SNPE (usine voisine du site qui travaillait autour du phosgène qui y était stocké en abondance) Lionel Jospin pré- . cise: "La réouverture des usines se posent différemment .... Mais nous serons extrêmement exigeants: seules pourront être autorisées à l'avenir des activités qui n'entraîneraient aucun danger pour la ville..... sous réserves bien sûr de modifications sans doute très significatives des installations industrielles existantes. Toute décision sera conditionnée à l'avis favorable des expertises techniques demandées par le gouvernement aux organismes indépendants, qui prendront plusieurs mois. Les activités que la SNPE a menées jusqu'ici dans le domaine du phosgène ne peuvent répondre aux nouvelles exigences de sécurité que nous fixons aujourd'hui: le recours à des stocks importants impliquant des périmètres de sécurité qui "mordent aujourd'hui sur l'agglomération de Toulouse et cela ne peut être acceptée. Ces activités ne pourront donc reprendre. La question de savoir s'il est possible dans l'avenir , de concevoir une nouvelle génération d'usine, consommant du phosgène au fur et à mesure de sa production, et évitant donc tout stock, est posée par la SNPE. L'Etat, son principal actionnaire, lui demande d'examiner cette hypothèse, de lui faire part du bilan de ses travaux qui peuvent concourir ... à l'objectif d'une chimie vraiment sécurisée. Nous voulons mener cette reconversion avec les salariés de ce secteur ......Pour accompagner cette reconversion au Plan social pour impulser et fédérer toutes les possibilités nouvelles le gouvernement nommera dès Janvier 2002 un coordonateur auprès du Préfet ....La concertation ... se poursuivra.... Les solutions industrielles .... devront être présentées, débattues et mises en œuvre en toute transparence....."
 
Les réactions à ces propositions ont pour l'essentiel été positives.
 
Seule une élue municipale " Motivé-e" a dès le lendemain dénoncé violemment Jospin, déclarant: Nous continuerons à nous battre pour le démantèlement de la SNPE. C'est faire une injure aux sinistrés que d'annoncer une telle décision au soir de ce jour anniversaire" (3 mois après) " C'est intolérable". Le collectif . "Plus Jamais ça" a aussi exprimé sa déception: " La question du phosgène n'est pas réglée .... La fabrication sur le site est inacceptable....."
Les salariés d'AZF par la bouche du responsable CGT Jacques Mignard (cf son témoignage dans cette revue), porte parole de l'intersyndicale ont témoigné de leur volonté de poursuivre leur lutte pour l'emploi et pour le développement d'une chimie sécurisée sur le site. Ils se sont retournés vers la direction de Grande Paroisse et du groupe Total Fina pour exiger des propositions rapides et sérieuses.Les représentants patronaux du groupe ont laissé percer une certaine irritation. Ils auraient tellement préféré que Lionel Jospin décide la fermeture de l'usine, pas assez rentable selon eux depuis quelques années.....
Les élus socialistes se sont déclarés satisfaits des propositions de Lionel Jospin. Pierre Izard. Président du Conseil Général 31 qui avait pris position pour la fermeture du pôle chimique trop imbriqué dans la ville, a déclaré: "Les mesures qu'il a prises sont sages car elles tournent autour de la sécurité" Le Parti Socialiste qui lors de son Conseil Fédéral avait unanimement (moins une voie) réclamé la fermeture du site tout en se prononçant pour l'existence d'une chimie sécurisée.Le Collectif "Plus Jamais ça" est né dans l'émotion suscitée par l'explosion du 21 Septembre. A sa réunion de fondation le Dimanche 23 Septembre, où notre regretté Jean Paul Fonvieille nous représentait, il avait rassemblé un certain nombre de composante de la gauche politique, syndicale . associative toulousaine. Sa manifestation le Samedi 28 Septembre avait réuni près de 20 000 personnes. PCF et CGT. signataires initiaux, de "Plus Jamais ça", profondément divisés, se sont rapprochés de plus en plus de l'intersyndicale du pôle chimique. Une partie des Amis de la Terre qui faisaient partie des responsables de "Plus Jamais ça dès le début ont éprouvé le besoin de lancer autour de Henry Farrenni (ex PCF, ex élu Vert à la région) un Collectif pour le moratoire qui cherche à se lier avec les salariés d'AZF et du pôle chimique pour faire de Toulouse un exemple pour la Chimie de toute la France en prônant la reconversion vers une chimie sécurisée et pour un dialogue en profondeur quartier par quartier en présence de toutes les positions. Ils réclament que la décision finale soit prise après ce large débat en profondeur à l'aide d'un référendum populaire. Pami les animateurs de "Plus Jamais ça" aujourd'hui on trouve des militants de SUD. ou de la FSU. dont certains, militants ou sympathisants des Motivé-e-s (surtout ceux de l'Alternative Libertaire) ou de la LCR.
 
Petites manœuvres et comportements avec Douste
 
Certains sont emportés par leur volonté d'en faire un "exemple" de la lutte antilibérale, pour eux synonyme de la dénonciation de la veulerie de la gauche officielle face aux patrons/pollueurs . Cela les éloigne de toute discussion avec les salariés d'AZF. ainsi que d'un vrai débat, large, avec la population réelle des quartiers sinistrés et les amènent parfois à quelques complaisance avec la Mairie Douste Blazy/De Veyrinas.N'a pas t-on pas vu des responsables de Plus Jamais ça, militants politiques et responsables d'un syndicat SUD dénoncer unilatéralement l'incurie du Conseil Général (y organisant une grèves sur ce sujet dans les 3 semaines après l'explosion) et refusant de critiquer la municipalité sur la gestion de la crise ....? N'a t-on pas vu les élus Motivé-e-s rester en séance du Conseil Municipal alors que le groupe Gauche Plurielle quittait la salle devant le refus du Maire de répondre positivement à la demande de François Simon d'ouvrir à son tour les cordons de la bourse de la ville pour faire des avances aux sinistrés pour les travaux rapides de remise en état des fenêtres?
Bien sûr quelques jours plutôt ce sont eux qui avaient quitté la séance parce n'était pas accepté la parole des sinistrés lors du Conseil Municipal. Douste a vu l'opportunité de flatter les élus Motivé-e-s en acceptant cette prise de parole d'autant plus que les positions ni droite ni gauche des responsables des Sans fenêtres par ailleurs militants de LO lui permettait de masquer les clivages. Douste a d'ailleurs renvoyé l'ascenseur en finançant le voyage des militants des Associations de sinistrés (en particulier Plus Jamais Ça) pour manifester à Paris. Douste Blazy comme a son habitude a géré la crise par des effets d'annonce, s'appropriant toutes les actions de l'Etat, du Conseil Général et du Conseil Régional, des Associations de la Solidarité. Il a maintenu contre vents et marées le dogme de "la dette zéro" pour la Mairie de Toulouse se lançant dans une agitation tout azimut contre le gouvernement et l'Etat pour que celui-ci intervienne à tout instant, oubliant sa chère doctrine libérale et retrouvant des accents légitimant l'action publique .... un vrai bolchevik ce Douste Blazy ......
Sur la question de l'avenir du pôle chimique toulousain. Douste s'est montré fidèle chiraquien: un vrai caméléon changeant de point de vue au grès du vent.....
Ainsi va la bonne ville de Toulouse, et ses traits si particuliers où le mouvement social est toujours si vivace, mais souvent mené dans l'impasse par des gauchistes verbeux et plus soucieux de la radicalité du verbe que de faire avancer pas à pas des solutions qui peuvent changer le quotidien des gens en tentant de rassembler habitants et salariés autour d'intérêts communs. Lionel Jospin a remis les pendules à l'heure et mis chacun devant ses responsabilités. Aux socialistes de relever le défi et de permettre avec leurs alliés de la Gauche Plurielle que le débat démocratique ait vraiment lieu: quartier par quartier, entreprise par entreprise il faut que chaque habitant, chaque salarié puisse s'exprimer sur les solutions qui seront proposées pour la reconstruction de la ville et des quartiers sinistrés ainsi que sur l'avenir du site chimique. Tous les points de vue doivent être entendus, les propositions décortiquées de façon contradictoires. A Toulouse l'explosion doit servir de leçon pour tous. C'est dans l'unité des salariés et des habitants que pourront s'élaborer la reconstruction de Toulouse. Unité face à tous les pollueurs et autres patrons d'Elf Total Fina obsédés par les 12 ou 15% à verser à leurs actionnaires.
Pierre Timsit
 

 
Douste Blazy/De Veyrinas à l'œuvre
 
La gestion de la majorité municipale toulousaine a été à la hauteur.... de la politique habituelle de cette équipe
* l'agitation politicienne plutôt que le "faire"
* faire payer les autres collectivités, pour préserver la sacro-sainte dette zéro, politique stupide pour une ville riche comme l'est Toulouse
* maintenir la politique libérale visant à maintenir la "Fracture toulousaine"
* refus de travailler à égalité avec l'ensemble des partenaires (Associations. Etat, Conseil Général et Conseil Régional) et s'approprier la paternité de tout ce qui se fait sur Toulouse, activités et investissements compris. Douste Blazy gère la ville à coup de conférence de presse. Interrogé en Conseil Municipal par François Simon sur ce que la ville consentirait à débloquer comme fonds propres. Douste Blazy conclue par un refus d'avancer l'argent aux sinistrés pour "les fenêtres" Quelques jours plus tard à l'ouverture sur Toulouse du Grand Débat, il organise une Conférence de presse sur le thème "Trop c'est trop" et annonce que la Mairie avait décidé d'avancer l'argent pour les sinistrés, (ce qu'avait proposé l'opposition municipale !!!
L'état décide de mettre à disposition des sinistrés 100 mobil home. Il est exigeant sur la qualité, sachant que les sinistrés devront y passer l'hiver. La Mairie renforce le dispositif en implantant 8 mobil home derrière un centre commercial en bas des immeubles la qualité est relative: peu d'isolation. Qu'importé, Mme de Veyrinas pourra devant les caméras parler des mobil homme de l'Etat et de la Mairie... Un fond commun d'urgence est mis en place abondé par la Mairie (sur la collecte de solidarité) et par le CG. la Région , l'Etat et Total Fina sur leurs fonds propre. Mme De Veyrinas communiquera à tous les habitants sur les fonds d'urgence à retirer dans les Mairies annexes sans indiquer d'où viennent les fonds....
Les élections approchent voyez-vous. Les dames patronnesses se penchent au chevet des pauvres nécessiteux...
 
Le Grand Projet de Ville
Le Grand projet de ville est issue de la loi SRU contre laquelle la droite a voté à l'Assemblée. Qu'importé Douste communique sur le GPV "Je m'engage à casser les ghettos, à casser le Mirail. Qu'importé si ce GPV été financé sur 6 ans arâce à 480 Millions de F de l'état 350 Millions de F du Conseil Général 190 Millions de F du Conseil Régional 350 Millions de F de la caisse et Dépôt. HLM..... 90 Millions de F de l'Europe.
La ville quant à elle s'engage à hauteur de 29 %. c.àd. 600 Millions de Francs. Douste annonce aux Toulousains (mais surtout à Chirac dont il prie chaque soir d'être le Premier Ministre) "je m'occupe du Mirail. mais refuse de proposer où doivent s'effectuer la reconstruction de 1990 logements détruits. Il prend soin d'annoncer la construction de 600 logements sociaux par an sur la ville: maintenir le rythme actuel, avant la programmation des destructions.... Mieux il pour préciser ses intentions, il prend un décret de réquisition des logements vacants pour reloger les sinistrés en précisant: n'est concernée que la zone à proximité de l'explosion, c'est à dire les quartiers d'habitats social qui ont étés les plus endommagés par l'explosion. Il annonce ainsi aux toulousains des quartiers aisés: "Je laisserai les gueux entre eux. Ne vous inquiétez pas." A l'inverse de Victor Hugo son mot d'ordre est "Je veux soulager la misère, mais surtout pas l'éradi-quer" II ne sait que trop bien qu'il n'y a des pauvres que parce qu'il y a des riches, des possédants, des actionnaires, les vampires des temps modernes. C'est ceux-là qu'il a choisi de détendre.
 

 
Jacques Mignard était à l'AZF ce jour-là...
Le 21 septembre, 10 h 15, Bâtiment 221...
 
Le 21 septembre dernier, vers 10hl5, il n'y avait rien à signaler lorsque je suis passé, au volant d'une voiture de service, à proximité du bâtiment 221.
 
L'imposante bâtisse, située dans la partie nord de l'usine AZF, abritait, pour quelques instants encore, entre 250 et 300 tonnes d'ammonitrates non commercialisables. Le temps d'arriver dans l'atelierd'urée, de garer mon véhicule, de pousser la porte du local dans lequel j'étais attendu et c'était l'enfer. Le sol qui vibre, les murs qui tremblent, les faux plafonds qui s'écroulent, les vitres qui volent en éclats et la course de tous ceux qui sont valides vers les issues qui débouchent vers l'air libre, le soleil qui rassure et le silence qui apaise.
 
Quand les salariés évitent une catastrophe encore plus dramatique
 
La journée se poursuit dans la confusion. Les secours aux blessés, les collègues morts que l'on retrouve là où, quelques instants avant, on les avait laissés souriants et détendus, les premiers pompiers que l'on guide vers les ruines sous lesquelles on peut retrouver quelques survivants.. On a juste le temps de constater que le masque a gaz que l'on a machinalement passé autour du cou n'aura finalement servi à rien : les collègues qui conduisent les ateliers de fabrication, surmontant angoisse et incertitudes ont assuré les manœuvres de mise en sécurité des installations évitant ainsi le sur-accident « chimique ». Ils ne trouveront nulle part, dans la débauche de louanges qu'officiels, journalistes ou anonymes déverseront sur les sauveteurs extérieurs la moindre trace de reconnaissance ou de remerciement. Dés le lendemain, c'est la curée. La Dépêche apprend aux centaines de salariés blessés qui la parcourent la presse sur le lit d'hôpital qu'ils travaillaient dans un « véritable dépotoir mal surveillé », qu'ils«conservaient des nitrates comme des patates », que leur usine était « une poubelle chimique ». Si cela peut constituer une excuse, il faut reconnaître qu'enmatière d'âneries l'exemple venait de haut puisque,sans avoir la moindre idée de ce qui se faisait dans l'usine, le Président de la République annonçait que «l'erreur de manipulation » expliquait l'accident. A l'extérieur de l'usine, confrontés au traumatisme de milliers de sinistrés, le petit monde politique esten ébullition. C'est à qui fera la déclaration la plus fracassante, à qui sera la plus radical, la palme revenant, on aurait du s'en douter, au Maire de Toulouse qui menace même de s'enchaîner aux grilles de l'usine si, d'aventure, quelque irresponsable se hasardait à vouloir la redémarrer. Il ne manquait plus que les associations, censées représenter les sinistrés. En quelques heures, elles pullulent, tandis que micros et caméras assurent une éphémère renommée à des portes paroles auto proclamés qui trouvent enfin l'occasion de régler leurs comptes avec des usines dont depuis longtemps ils réclamaient la disparition.
 
La sécurité, question centrale
 
La direction de TotalFinaElf enfin, fait le gros dos. Il est en effet difficile de dissocier sous-traitance, manque de personnel, réduction des effectifs d'intervention sécurité, d'un processus qui débouche sur une catastrophe. L'explication de l'explosion peut rester inexpliquée trois mois après qu'elle ait eu lieu, il est des relations difficiles à contester..
La sécurité est donc en question. Elle doit être assurée, le risque maîtrisé pour être assumé. Le débat organisé par Lionel Jospin avait cet objectif. Le traumatisme créé par la détonation toulousaine en perturbera le déroulement. Les fausses solutions proposées par les « responsables » des principales associations masqueront les véritables enjeux et il est à redouter que l'on ait manqué l'occasion d'aborder enfin véritablement ce problème de sécurité.
Une loi, une nouvelle réglementation viendront très bientôt améliorer la sécurité dans les entreprises à risques. Les pouvoirs de contrôle et de décision des salariés seraient « étendus ». Pour les industriels, de nouvelles contraintes seraient imposées concernant le statut, la formation et le volume de personnel employé. Les élus locaux se verraient contraints d'être vigilants en matière d'urbanisme à proximité des zones industrielles. Les chercheurs et les techniciens seraient mis à contribution pour trouver des substituts aux produits les plus dangereux, pour repenser les différents types de productions et les procédés de fabrication. Les riverains, enfin, trop souvent oubliés et à Toulouse particulièrement éprouvés, seraient informés, consultés, écoutés concernant ces étranges installations qu'ils côtoient tous les jours et avec qui jusqu'ici ils n'entretenaient pas jusqu'ici la moindre relation de voisinage.
La tache est vaste. Sa véritable prise en compteconditionne l'avenir de toute les industries à risques. A Toulouse, les salariés sont persuadés que le défi peut être relevé et c'est sur ces nouvelles-bases qu'ils demandent le redémarrage de leurs usines diversifiées et sécur sées. Une pari sur l'avenir qui demande beaucoup d'explications, de conviction. Ils y sont prêts, persuadés, que dans une société responsable il est possible d'exiger etd'obtenir que soient assurées pour tous les meilleures conditions de travail, de vie et de sécurité.
JACQUES MIGNARD RESPONSABLE CGT AZF TOULOUSE
 

 
Le 13 décembre : 100 000 manifestants à Laeken
Quelque chose de social se passe en Europe
 
Au début, cela semblait des manifestations lointaines et peu mobilisatrices, réservées aux permanents syndicaux, limitées par l'encadrement de la CES. Mais de Porto à Goteborg, de Nice à Bruxelles, le rendez-vous devient chaque fois un peu plus populaire, un peu plus massif, et offensif.
 
Il y a encore peu, on n'imaginait pas facilement un mouvement social européen : les premières grèves du transport, la grève cheminot européenne de juin 1994, les grèves répétées de routiers pour une réglementation communautaire homogène, avaient créé l'événement. Ensuite, il y eut les réactions aux plans de licenciement de Vilvoorde à Marks & Spencer. Puis, il y eut le croisement avec le succès des mobilisations contre les sommets du G7 et l'OMC. Bientôt contre les rencontres de Davos. Tout cela a dessiné un mouvement qui a pris du corps progressivement, qui s'est enraciné, qui a commencé à s'unifier.
Tous les six mois dorénavant, le rendez-vous a lieu dans le pays de l'Union qui détient la présidence tournante et lors de chaque "sommet des 15".
Le 13 décembre dernier, ce sont 100 000 manifestants qui ont défilé à l'appel de la CES (dont la direction se trouve de plus en plus surprise de ses capacités de mobilisation) "pour une Europe plus sociale, solidaire et démocratique". Le groupe des dix, le Pcf, les Verts, Lo, la Lcr, Attac, la coordination D-14, entre autres y appelaient ainsi que la Gauche socialiste, et des Ong, l'Unef la Cgt la Cfdt. Même si cette fois, le cortège était plutôt franco-belge, mais il y avait des délégations de tous pays. "L'Europe, c'est nous", "Oui à l'Europe sociale, non à celle du fric ou des patrons", voilà quelques-uns des principaux slogans repris par des dizaines de milliers de voix. Le maire de Bruxelles, Freddy Thielemans, plutôt de tendance Gauche socialiste, avait pris toutes les dispositions pour que les manifestations se passent bien, que les manifestants soient bien logés, que la police soit discrète et non provocatrice. Et, grâce a de longues et patientes négociations, à des précautions multiples, tout s'est effectivement bien passé.
Par contre les médias doivent s'interroger sur leurs propres responsabilités et leur déontologie, car, au contraire de ce qui s'est passé à Gênes, ils ont infiniment moins couvert la démonstration. Est-ce à dire qu'il faut qu'il y ait des violences et des morts pour que l'écho médiatique, à participation égale, à enjeu égal, d'une telle manifestation soit démultiplié ?
La montée des cégétistes français a été estimée à environ douze mille, ce qui n'est pas mince, il y avait environ six milles céfdétistes, ce qui indique une sorte "concurrence" positive, celle-là, entre les deux centrales pour être représentées a ces défilés.
Cela s'ajoutait à une très forte mobilisation de la Fgtb et de la Csc, les deux centrales belges, constituait donc un cortège revendicatif très important.
En même temps, se tiennent des débats, des forums, des rencontres intersyndicales, par branche, entre pays, qui contribuent autant que l'échange de documents, de journaux, de slogans, de gadgets, une "culture" encore inconnue à cette échelle au milieu des années 90.
 
Naissance d'un mouvement social européen
 
Dans ces rencontres, manifestations, c'est le mieux disant qui l'emporte ! Ceux qui se manifestent les plus combatifs, qui ont les meilleurs slogans, les plus unitaires, et dynamisent le plus leurs cortèges font évidemment davantage école que les autres. D'un rassemblement à l'autre, d'un pays a l'autre, des traditions de lutte, de défilé, s'échangent dans le meilleur sens.
On aurait tort de croire que cette progression se fait trop lentement, car en vérité, cela va à pas de géant. Demain, c'est Barcelone (le 16 mars)... et l'OMC ne pourra pas toujours se réfugier au Qatar, quant au G7, il reviendra à Paris en juin 2003.Ainsi le rythme est fixé, il suffit d'enchaîner et de préparer l'étape suivante en espérant nourrir chaque mobilisation des acquis de la précédente.
L'euro en main permet de palper l'Europe. C'est l'effet physique de la monnaie unique. Elle va donc, et ça commence accélérer les comparaisons, lesquelles vont accélérer les homogé-néisatrices. L'Europe avance ainsi du côté des peuples, de façon bien plus intéressante que ce qui s'est produit jusqu'à présent du côté de la finance. Les revendications sont appelées à s'harmoniser tout comme les règles sociales, la fiscalité, la vie citoyenne.
Cela ne signifie pas que ce soit spontané, ni aisé : par exemple, les bureaucraties syndicales n'aident pas. Alors que leurs militants sont plus enthousiastes et communiquent, elles continuent de gérer des prés carrés, et d'entretenir prioritairement des rapports de sommet avec l'UNICE (Medef européen).
Depuis l'euro "pratique", normalement, les dirigeants syndicaux devraient mener une grande campagne, et mobiliser dans les quinze pays, sur un seul thème, central : "à monnaie unique, salaire minimum unique !". Cette revendication est évidemment palpable, déterminante contre le "dumping social", homogénéisante pour toutes les négociations collectives à tous les niveaux.
Elle a l'importance des grandes revendications, type "la journée de 8 heures" de la fin du XIX0 siècle. Elle est unificatrice et rassembleuse, simple et claire. C'est lorsqu'elle se sera imposée comme mot d'ordre central et profondément soutenue dans les cortèges de toute l'Europe, que le mouvement syndical et social franchira de nouvelles étapes : imposer ses vues, peser socialement, bousculer les institutions, imposer aux technocrates et libéraux les réglementations sociales qu'ils ne sont pas encore prêts à entendre.
Vive la nouvelle génération UNEF
 
Avec ses cars, et ses deux cents militants présents l'UNEF s'est engagée avec force dans la mobilisation européenne semestrielle. Les militants se sont ainsi trempés à la fois dans le bain intersyndical avec les grandes centra/es françaises et avec les mouvements jeunes et sociaux européens. Une certaine dose de volontarisme est nécessaire pour le voyage, le logement dans des conditions matérielles précaires (nuit dans un gymnase, avec duvets, repas et petit-déjeuner très... économe). Beaucoup d'organisation et de sens collectif.
Mais nul ne les vaut lorsque le cortège démarre : sono, slogans rythmés, chants, danses, musique, banderole... "L'éducation n'est pas une marchandise" au cœur du message, les deux cents l'Unef se font remarquer. Ils sont maintenant un des principaux syndicats étudiants européen, le seul, unifié récemment dans d'excellentes conditions, présent dans toutes les universités françaises, et ils bénéficient donc d'une "aura" qui les accompagne tout au long du défilé. Voilà une précieuse génération d'étudiants internationalistes en ce début de siècle
 

 
Un consultant d'Unocal nommé au pouvoir à Kaboul
Hamid Karzaï, le héros des pipelines
 
Ils n'ont pas hésité : depuis Bonn, dans un conclave étranger au peuple afghan, les occidentaux ont nommé un président provisoire pour-Kaboul. Il s'agit d'un consultant d'Unocal, en cour auprès de Bush et du consortium pétrolier géant qui lorgne depuis plus d'une décennie les hydrocarbures d'Asie centrale.
 
Bush est un produit des pétroliers texans, alors que son vice-président Dick Cheney est issu de la compagnie pétrolière Halliburton, et Condoleeza Rice, sa conseillère pour la Sécurité était à la tête de la compagnie Chevron. Tous trois sont convaincus de longue date de l'importance géostratégique de la région Caspienne et ils étaient prêts à toutes les négociations avec le régime taliban (ils se réjouissaient même d'une possible "pax tali-bane") pour prendre le contrôle du corridor afghan par où devaient inéluctablement passer le pétrole et le gaz. Depuis l'éclatement en 1991 de l'URSS, le contrôle de la route d'acheminement de l'or noir vers les ports de l'Océan indien était devenu un enjeu majeur.
Pour cela, les USA avaient même freiné les démarches de leurs services secrets à l'encontre de ben Laden, fermé les yeux sur les crimes de l'Arabie Saoudite, des émirats et du régime du mollah Omar. De même qu'ils étaient et sont prêts à tout contre l'Irak à nouveau. C'est le 11 septembre, qui leur a donné l'occasion de la légitime défense, pour intervenir par la force, directement. Ils auraient pu "faire mine", dissimuler leur entreprise, mais non, le président Hamid Karzaï qu'ils ont fait nommer directement, après avoir écrasé les talibans sous les bombes, est un homme à eux, payé par la plus grande compagnie concernée (cf. D&S n 87-88, du 25 septembre).
Unocal a monté une opération de longue date pour contrôler ce qui représente 1,65 % des réserves mondiales de pétrole (soit 20 % des réserves du Koweït) et 5 % des réserves de gaz (deux fois l'équivalent des réserves de la Mer du Nord).C'est en 1994 que s'est créé l'AIOC (Azerbaïdjan International Operating Company) comprenant les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Russie, la Norvège et la Turquie : un projet faramineux de 8 milliards de dollars avec des géants du pétrole, comme British Petroleum et Amoco. Moscou n'avait pas hésité pour permettre un accord de ce type, à fomenter un coup d'état en Azerbaïdjan contre Aboulfaz Eltchibey afin de ramener un homme plus docile au pouvoir, Gueidar Aliev. Le 25 octobre 1997, un nouveau consortium est fondé associant Unocal (compagnie californienne détenant 36,5 % des parts) Delta Oil, le gouvernement ouzbek, Gazprom et des représentants des talibans : un oléoduc est prévu pour amener le pétrole kazakh et turkmène et aussi celui de Sibérie, par un immense tuyau qui doit traverser 750 km du territoire afghan. Le projet Unocal dont Gazprom (entreprise russe, premier producteur mondial de gaz) détient 10 % des parts, était estimé à lui seul à 2 milliards de dollars, soit 13 % du PNB afghan et a été suspendu le 22 octobre 1998 en attendant un compromis avec les talibans et ben Laden.
En 1998, le prix du baril d'or noir avait chuté de 40 %, parvenant à 10 $ le baril l'un des cours les plus bas depuis 1970. Unocal et ses six compagnies internationales pouvaient ajourner dans ces conditions à leur projet d'oléoduc. D'autant qu'une partie des décideurs sont hypocrites : la Russie et l'Arabie Saoudite n'ont guère intérêt à ce que le désencla-vement de l'Asie centrale ne soit trop rapide, afin de ne pas provoquer un nouvel effondrement des prix. 80 % des recettes de Moscou en devises en proviennent, et l'Arabie Saoudite sait aussi que cela modifierait profondément sa situation : ni le Turkménistan, ni le Kazakhstan ne sont membres de l'Opep ni liés à des quotas de production. La famille royale saoudienne avait intérêt à ce que l'Afghanistan soit une zone de trouble pour assurer la pérennité de sa dynastie dépendante d'un cours convenable du pétrole : la famille ben Laden travaillait pour elle, en défendant le fondamentalisme à Kaboul, en retardant les projets Unocal, en construisant les aéroports pour les avions américains, en construisant les hôtels pour les pèlerins de La Mecque, et même en fabriquant la gomme arabique pour Coca-cola. Tous ces intérêts étroitement imbriqués régissent les choix politiques conflictifs des uns et des autres sous la houlette dominante des USA.
Après la défaite des talibans, s'est jouée la configuration d'un nouveau pouvoir, qui en contrôlant Kaboul, devrait servir les investissements réalisés par Unocal, assurer dans la décennie à venir la voie principale d'accès des pays d'Asie centrale, défendre les intérêts bien compris des pétroliers des USA, de la GB, et de la Russie. Pour cela, il fallait un homme avisé au cœur des dispositifs en place, d'où le choix de Hamid Karzaï, homme de main s'il en est, puisque payé par Unocal depuis le milieu des années 90, afin de suivre toutes ces négociations pas à pas.
On est loin des idéaux autoproclamés de la démocratie, de la "justice sans limites" ou de la "liberté immuable". Le milliardaire ben Laden fou de dieu, et affamé de dollars, a donné prétexte à la main mise des grandes puissances sur le territoire afghan, à leur contrôle plus étroit du Pakistan, au déséquilibre de la dynastie Saoudite (celle qui exécutent les homosexuels à coup de sabres), à la future répartition mondialisée des réserves en hydrocarbures d'Asie centrale au détriment des intérêts des peuples de la région.
MATTI ALTONEN
 

 
Droit pour les argentins d'élire démocratiquement leurs dirigeants !
L'Argentine dévastée par le libéralisme
 
" L'Argentine est anéantie " s'est écrié, lors de son élection par le Parlement argentin, le 3 janvier 2002, Eduardo Duhalde, troisième président de la République en moins de quinze jours, les deux premiers ayant été balayés par deux gigantesques soulèvements populaires.
 
Duhalde ne faisait là que constater l'état économique et social de son pays : une dette extérieure de 132 milliards dollars ; 30 % de la population au chômage ; 14 millions de personnes (sur 37 millions) vivant au-dessous du seuil de pauvreté ; une profonde récession qui dure depuis maintenant trois ans et demi...
Voilà le bilan pour le peuple argentin de vingt de mondialisation libérale. Une mondialisation qui, pour le FMI et tous les libéraux, devait apporter croissance et prospérité à l'Argentine !
Des " décennies perdues " ? Pas pour tout le monde : les multinationales, les créanciers internationaux ont accumulé des fortunes en saignant à blanc le peuple argentin avec la complicité empressée de la bourgeoisie et des propriétaires fonciers (latifundiaires) argentins qui ont amassé sur des comptes à l'étranger l'équivalent de la dette extérieure : plus de 120 milliards dollars !
 
Au commencement était la dette
 
En 1976, la junte dirigée par le général Videla prend le pouvoir et instaure une dictature militaire. La dette s'élève alors à 8 milliards de dollars. En 1983, lors de l'effondrement du régime militaire à la suite de la défaite des îles Malouines infligée par le Royaume-Uni, la dette s'élève à 43 milliards dollars.
La dictature militaire a joué un rôle important, mais, comme pour tous les pays endettés du Sud, ce sont les énormes augmentations des taux d'intérêts décidés en 1979, sous l'égide de Paul Volker, président de la Réserve Fédérale des USA et de Margaret Thatcher, Premier ministre britannique qui ont joué le rôle décisif dans cette explosion de la dette extérieure.
L'Argentine se retrouve alors étranglée financièrement et doit emprunter pour rembourser le capital et même les intérêts de sa dette. La " dette perpétuelle " vient de passer son nœud coulant autour de l'Argentine qui doit remettre toutes les clés de son économie au FMI. C'est en effet le seul moyen d'obtenir les milliards de dollars crédits qui lui permettront de faire face aux échéances de la dette.
 
Un peso pour un dollar !
 
A la fin des années 1980, le FMI voulait appliquer à l'Argentine son plan d'ajustement type (voir encadré) avec comme premier volet la dévaluation du peso. Il y avait cependant un obstacle à cela : l'Argentine était dans une situation assez particulière puisqu'en 1989, les prix avaient augmenté de 500 %. Il s'agissait déjà pour les banques, les multinationales et les classes dirigeantes argentines d'éviter d'avoir à payer les frais du marasme économique en ruinant les couches moyennes et en provoquant l'effondrement du pouvoir d'achat du salariat.
Le péroniste Menem qui venait de succéder à la présidence de la République au radical Alfonsin proposait alors d'aller encore plus loin dans le libéralisme et d'ancrer définitivement l'économie argentine à celle des USA. Il proposait de faire voter une loi assurant la convertibilité du peso : " un peso pour un dollars ! " Ce qui impliquait que la banque argentine devait détenir autant de dollars que de peson en circulation. Le FMI accepta la proposition et la loi fut votée. Dans un premier temps, cette mesure permit de juguler l'inflation et d'alléger le poids de la dette, bien sûr libellée en dollars. Elle permit également d'attirer les capitaux étrangers qui se voyaient assurés d'êtres remboursés en dollars et non pas dans une monnaie plus ou moins évaluée.
Mais, avec un peso lié strictement au dollars, les exportations argentines devenaient beaucoup moins concurrentielles. Le déficit commercial se creusait. Pour équilibrer la balance des paiements, le gouvernement devait attirer de nouveaux capitaux étrangers en privatisant tous les services publics et en les vendant aux multinationales aux environs de 30 % de leurs valeurs. Les multinationales américaines se taillaient la part du lion avec 31 milliards de dollars mais les multinationales françaises (10 milliards dollars d'investissements) et surtout espagnoles (26 milliards dollars) n'étaient pas en reste. France Télécom achetait les télécommunications du nord du pays et la société espagnole Telefonica celles du sud. Suez- Lyonnaise rachetait une partie de la distribution des eaux. Carrefour et Auchan s'implantaient solidement. Aujourd'hui, la compagnie espagnole Repsol exploite près de 70 % du pétrole et 90 % des banques sont aux mains des capitaux étrangers ...
En 1997-98, lors de la crise financière qui frappe les pays " émergents " d'Asie du sud-est puis d'Amérique latine, la situation de l'Argentine se dégrade rapidement. En effet, le peso continue d'être lié (un pour un...) à la monnaie américaine qui voit son cours s'envoler alors que le Brésil, principal partenaire commercial de l'Argentine dans le Mercosur (marché commun du cône sud de l'Amérique latine) dévalue sa monnaie, le réal, de 50 c/c puis le laisse flotter librement. Les produits fabriqués en argentines perdent alors ce qui leur restait de compétitivité et de nombreuses multinationales délocalisent productions et capitaux vers le Brésil. La parité un pour un qui devait attirer les capitaux aboutissait, en fin de compte, à un résultat exactement inverse.
 
L'épisode De La Rua
 
Après l'élection du radical De La Rua président de la République. Domingo Cavallo est nommé ministre de l'Economie. Ce n'est pas un homme nouveau : il était président de la Banque centrale sous la dictature et ministre de l'économie lorsque Menem établissait la parité " un pour un ".
Fin mai, 2001, la dette est restructurée. Il s'agit en fait d'une nouvelle concession - de taille - aux créanciers de l'Argentine qui voit les taux d'intérêts de leurs créances passer de 9 à 15 % !
En contrepartie d'un prêt de 40 milliards dollars accordés par le FMI pour permettre à l'Argentine d'honorer les échéances de sa dette, un nouveau plan d'austérité est mis en place.
Le déficit du commerce extérieur fait du budget de l'Etat le dernier garant du remboursement de la dette. Il faut donc, à tout prix, diminuer les dépenses publiques. Une loi " déficit zéro " est votée par le Parlement : les salaires des fonctionnaires et la plupart des retraites baissent de 13 %, la TVA subit une augmentation brutale. Le code du travail, déjà fort peu contraignant, est " flexibilisé ". Et pour finir, les comptes bancaires sont gelés. Ce gel (les retraits sont limités à 1 000 pesos par mois) signifie la ruine des couches moyennes qui savent que l'argent bloqué sur leurs comptes bancaires a fort peu de chance de leur être restitué un jour. Il s'agit pour le gouvernement " d'éviter la fuite des capitaux ". Un prétexte qui n'est guère crédible puisque ce gel n'intervient qu'après que les grands emprunteurs aient pu, sans la moindre difficulté, faire sortir 26 milliards dollars du pays, entre juillet et novembre 2001..
Mais, c'est compter sans le soulèvement des salariés, des pauvres et des couches moyenne qui, en dix jours de manifestation (dont la répression fait plus de 30 morts et des centaines de blessés) et de concerts de casseroles (cacerolazos) balayent deux présidents de la république (le radical De La Rua et le péroniste Rodriguez Saà) et deux gouvernements.
 
L'épisode Saà
 
Le Président de la république élu par le Congrès après que le peuple argentin ait chassé De La Rua, le péroniste Rodriguez Saà, hésite à franchir un pas supplémentaire dans la soumission du pays aux USA : la " dollarisation " de l'économie, le peso étant purement et simplement remplacé par le dollars. En attendant, il annonce la création d'une nouvelle monnaie " l'Argentine ", inconvertible, qui ne verra, finalement, jamais le jour. Le but est toujours le même : garder la bonne monnaie pour les créanciers internationaux et les multinationales et fournir au peuple argentin une monnaie inconvertible et appelée à se dévaloriser très rapidement puisqu'elle devait flotter librement par rapport au dollars : l'exacte définition d'une " monnaie de singe ". C'est avec cette monnaie que Saà proposait de financer la création d'un million d'emplois..." L'argentine " n'aurait pas été la première " monnaie de singe " émise en Argentine. En effet, la banque centrale argentine ne peut plus émettre de monnaie car la loi sur la parité un pour un l'oblige à garder en réserve un dollars pour un peso en circulation. Confrontés à la fuite des capitaux, à la pénurie de dollars et donc de pesos mais aussi à l'obligation de continuer à payer les fonctionnaires et les retraités, l'Etat argentin et les provinces émettent des bons à court terme et à moyen terme (Lecops, Patacones). L'équivalent de 2,8 milliards dollars de cette pseudomonnaie, bien évidemment inconvertible, est mis en circulation. Comme cette monnaie permet de payer certains impôts, les commerçants finissent par l'accepter mais ... ne peuvent pas rendre la monnaie !
Saà déclare la cessation de paiement de la dette externe et décide un moratoire. Il affirme qu'il reviendra sur la diminution des retraites et la " flexibilisation " du code du travail. Mais, même s'il est atténué, le gel des dépôts bancaire continue et, malgré la proclamation du moratoire, le gouvernement argentin effectue, le 29 décembre, un remboursement de 17 millions dollars au FMI.
Le vendredi 29 décembre, des milliers de manifestants se rassemblent sur la place de Mai pour exiger la démission des ministres corrompus. Les manifestations se multiplient dans la capitale. Des dizaines de milliers de manifestants hurlent devant le Congrès " que tout le monde s'en aille, que personne ne reste ! " Car, c'est non seulement les deux partis qui se succèdent au pouvoir, le Parti Justicialiste (les péronistes) et le l'Union Civique Radicale qui sont rejetés mais tout le personnel politique, les membres de la Cour de Justice en tête. C'est, comme l'écrit le Monde Diplomatique de janvier 2002, toute " la bande de truands politiques qui, à quelques exceptions prés, peuplent le Congrès, députés et sénateurs réunis " qui sont rejetés par la population argentine.
 
Duhalde dans un étau : entre les multinationales et le soulèvement populaire
 
Eduardo Duhalde et son gouvernement sont pris dans un étau : entre la mobilisation du peuple argentin d'un côté, la pression des multinationales et des Etats qui les soutiennent (USA, Espagne et France) et du FMI, de l'autre.
Cela ne signifie en aucun cas que le péroniste Eduardo Duhalde hésite entre les intérêts du peuple argentin et la soumission à l'impérialisme. Cela signifie simplement qu'il est obligé de tenir compte du rapport de forces créé par le soulèvement populaire. Duhalde, en effet, est un digne représentant des classes dirigeantes argentines qui ont depuis longtemps décidé de vendre leur pays pourvu que cela leur rapporte. Il a d'ailleurs, en tant que Vice-président de Menem aidé à la mise en place de la " oarité un pour un ".
À l'évidence, les classes dirigeantes ont misé leur va-tout sur le cabinet de coalition mis en place par Duhalde allant du représentant direct du patronat argentin (le Ministre de la Production, Ignacio de Mendiguren est l'ancien président de l'UIA, le Medef argentin) à la CGT (le syndicat péroniste dont les manifestants dénoncent les dirigeants corrompus) en passant par le Parti Justicialiste, l'Union civique radicale et le centre gauche (Frepaso).
D'un côté, Duhalde est obligé de décider de suspendre le paiement de la dette, de mettre fin à la convertibilité " un pour un " et de dévaluer le peso de 29 % en attendant de le laisser flotter librement. Il est obligé de chercher à atténuer les conséquences de la dévaluation du peso pour les salariés, les pauvres et les couches moyennes : impôt sur les compagnies pétrolières, fin de l'indexation de l'eau, du gaz, de l'électricité, du téléphone, des transports sur le dollars. Les prêts bancaires libellés en dollars devraient pouvoir être remboursés en pesos, les petits épargnants devraient voir leur épargne débloquer dans un délai de trois mois à un an.
D'un autre côté, Duhalde continue à négocier avec le FMI pour obtenir un prêt de 15 milliards dollars, il recule pas à pas devant les exigences des multinationales et des Etats qui les soutiennent (USA, Espagne et France principalement) et alors que le pays aurait un besoin urgent d'une relance budgétaire pour sortir de la récession, il s'engage, sous la pression du FMI, à imposer au pays un budget à " déficit zéro ".Enfin, en refusant d'appliquer aux salaires et aux retraites le même mécanisme de protection que ceux prévus pour les banques et les entreprises, il indique clairement que son objectif est de voir baisser les salaires réels et les retraites comme la dévaluation du peso (prés de 30 % avant même que le peso ait commencé à flotter !)
 
La date des élections reculée
 
C'est l'extrême-gauche qui réclame des élections anticipées depuis la révolution de décembre et elle a légitimement raison de le faire : en de telles circonstances de discrédit des dirigeants, le peuple argentin a le droit de choisir ceux qui le dirigent. Mais les corrompus savent, en effet, à quel point ces élections seraient catastrophiques pour eux si elles avaient lieu prochainement. Alors non seulement ils refusent au peuple la réparation de leurs erreurs économiques mais ils lui refusent même le droit démocratique élemntaire de décider de son sort : Duhalde va jusqu'à exiger les pleins pouvoirs !
La date de l'élection présidentielle qui était prévue pour mars 2002 a été reculée à fin 2003. La loi anti-démocratique de Lemas qui a pour but d'éviter l'éclatement du parti péroniste en permettant aux partis politiques de présenter un nombre illimité de candidats puis d'additionner les voix au profit du candidat le mieux placé est maintenue. En attendant les élections, la Cour de Justice dont la corruption est dénoncée par toutes les manifestations est chargée d'arbitrer les différents entre les citoyens et l'Etat, notamment ceux concernant le gel des comptes bancaires.
 
Un choix crucial
 
Les classes dirigeantes cherchent, une nouvelle fois, à faire supporter le fardeau de la dette et de la crise économique au peuple argentin. Elles ne parviendront pas, cependant, à leurs fins sans ouvrir la porte à une dictature militaire plus ou moins avouée. Seul un régime de ce type paraît, en effet capable d'imposer un tel surcroît de misère à un peuple aussi mobilisé.
Mais la catastrophe économique, l'acuité des contradictions sociales, le séisme qui frappe la quasi-totalité du personnel politique permet de choisir une autre voie. Cette possibilité est d'autant plus ouverte que la mobilisation commune des travailleurs, des pauvres et des couches moyennes prive une éventuelle dictature militaire de sa traditionnelle base sociale : les couches moyennes.
Cette autre voie consiste à aller au-delà d'une simple suspension du paiement de la dette et de refuser purement et simplement tout remboursement, tout versement d'intérêts pour une dette qui a déjà été de multiples fois remboursées. Elle consiste à revenir sur les privatisations (qui ont déjà été, là encore, de multiples fois remboursées par les bénéfices réalisés par les multinationales), à abroger la réforme fiscale libérale et à augmente les salaires et les budgets sociaux. Elle consiste, enfin, à réunir une assemblée constituante qui dote l'Argentine d'institutions démocratiques. Le prochain Forum social mondial, fin janvier, à Porto Alegre, devrait permettre de discuter des enseignements du soulèvement argentin contre la mondialisation libéral,e mais aussi du soutien qui peut être apporté au peuple argentin confronté à sa propre bourgeoisie, au FMI et aux multinationales.
JEAN-JACQUES CHAVIGNÉ
Le FMI : syndic international de faillite
 
Si l'on en croit les libéraux, le principal objectif des plans " d'ajustement structurel " mis en place par le FMI est le développement des pays auxquels ils sont imposés. Ces plans doivent permettre, en effet, de réinsérer les pays concernés dans l'économie mondialisée. Ce qui, aux yeux des libéraux, est la seule voie de développement réaliste. Ce dogme est pourtant en parfaite contradiction avec la réalité : aucun pays au monde n'a pu se développer sans, dans un premier temps, protéger son marché intérieur. C'est le cas, au cours des dernières décennies, de la Corée du Sud mais surtout, historiquement, de la Grande-Bretagne, de la France, de l'Allemagne, des USA ou du Japon...
Le FMI a, en fait, un tout autre objectif que le développement des pays endettés du Sud. Il agit comme un véritable syndic de faillite international préoccupé uniquement de récupérer les avoirs des créanciers internationaux et de maintenir, grâce à la dette extérieure, les économies des pays du Sud dans une perpétuelle sujétion à l'égard des créanciers internationaux et des multinationales.
Pour s'en convaincre, il suffit d'examiner le rôle dévolu à chacun des trois volets des plans d'ajustements structurels du FMI : dévaluation, ouverture des frontières et privatisation.
La dévaluation a pour objectif affiché le développement des exportations permis par la baisse des prix des produits exportés. Il s'agit surtout, en fait, d'asphyxier le marché intérieur aux dépens du secteur des exportations dont le rôle essentiel est de faire rentrer des capitaux pour payer les intérêts de la dette. L ouverture des frontières a pour but de permettre aux capitaux et aux marchandises étrangères d'envahir sans obstacle l'économie du pays. Les producteurs locaux sont alors confrontés brutalement à la concurrence de pays dont la productivité est beaucoup plus élevée. Les faillites se multiplient et les multinationales peuvent racheter à bas prix les entreprises locales.
Les privatisations permettent à la fois de brader aux multinationales les derniers pans de l'économie et d'obtenir des capitaux frais, là encore, pour payer les intérêts de la dette.
Comme tous les pays endettés du Sud, l'Argentine a subi les plans d'ajustement du FMI. Et si elle a longtemps été considérée comme " le meilleur élève " de cette institution, c'est parce que, plus qu'aucun autre pays, elle est allée au bout du dogme libéral.
 
Le mythe de la bourgeoisie nationale argentine
 
Le dernier président de la République élu par le Congrès, Te péroniste Eduardo Duhalde, reprenant à son compte la phraséologie péroniste des années 1950, ne cesse d'opposer les " producteurs " argentins aux multinationales et aux créanciers internationaux. Cette opposition a pour but de leurrer les couches populaires en mettant dans le camp des " producteurs " non seulement les salariés argentins mais aussi les industriels argentins qui auraient subi la dure loi des multinationales.
Que les industriels argentins aient dû subir la dure loi des multinationales c' est un fait, inhérent au capitalisme tout particulièrement dans le cadre de la mondialisation libérale. Mais c'est la voie qu'ils ont délibérément choisie, avec empressement même, espérant que les prébendes des banques étrangères et des multinationales leur rapporteraient plus qu'un développement autonome de l'Argentine. La bourgeoisie industrielle argentine a cessé depuis le péronisme des années 1950 d'avoir la plus petite velléité d'indépendance face aux multinationales et aux USA.
Il n'y a pas, en Argentine, la moindre trace d'une quelconque bourgeoisie nationale, défendant des intérêts différents de ceux des multinationales.
Et cela, même si, aujourd'hui, une partie de la bourgeoisie industrielle ne voit pas d'un mauvais œil une dévaluation qui permettrait aux quelques entreprises argentines survivantes de regagner des parts de marché. La bourgeoisie industrielle plutôt que d'investir a, en effet, comme les latifundiaires et les autres fractions de la bourgeoisie, choisit de placer en priorité tout ce qu elle pouvait sur des comptes à l'étranger, libellés évidemment en dollars.
C'est le salariat (englobant les chômeurs et les retraités) et les couches moyennes (les artisans, les petits commerçants) qui ont fait les frais de la mondialisation libérale. Des centaines de milliers de fonctionnaires et de salariés ont été licenciés lors de la privatisation des services publics ou des milliers de faillites des petites entreprises mises brutalement en concurrence avec les entreprises américaines, japonaises ou européennes. Les tarifs des services de base (eau, gaz, électricité, transports, téléphone) ont été indexés sur le dollars alors qu'ils représentent plus de 30 % des dépenses d'une famille. Les retraites par répartition ont été remplacées par des fonds de pension privés. Le tout a été couronné par une réforme fiscale qui a permis une concentration inouïe des richesses entre quelques mains.
 

 
Ils nous ont quitté en 2001...1
 
Jean-Paul Fonvieille
Un des militants de gauche le plus connu, le plus aimé de la ville de Toulouse, Jean-Paul, "Fonfon" a mené son dernier combat le 30 décembre 2001 à l'âge tellement précoce de 52 ans. Il était sur la brèche depuis trente ans, il avait rejoint, sur la lancée de mai 68 la Ligue communiste et a été de toutes les mobilisations, de tous les débats, de toutes les audaces. Contre le capitalisme, le stalinisme, le fascisme, et le racisme, il a été dirigeant, porte-parole, candidat aux élections, avec souvent, comme en 1993, un grand écho dans le quartier du Mirail. un des grands animateurs de SOS-racisme, syndicaliste enseignant aussi, présent dans tous les mouvements sociaux de 68 et de 95. Expérimenté, attentif aux autres, à l'écoute de tous ceux qui venaient si facilement le voir, il respirait la sympathie, et il avait profondément le souci de l'action efficace, concrète, de terrain, il détestait le sectarisme, prônait en pratique le respect au sein de la gauche, et c'est ainsi qu'il a quitté la LCR et rejoint la Gauche socialiste depuis 1995. Il y avait retrouvé tant de militants qui avaient suivi la même évolution. Il était de toutes nos réunions nationales, de tous nos combats, et encore cette année, à l'université d'été de Nantes, alors qu'il se savait à nouveau poursuivi par le cancer. Il avait rédigé et signé, avec François Simon, le livre de la campagne municipale de 2001 : "La fracture toulousaine" édité par Garonne Impression.
Il était si profondément apprécié dans "sa" ville, que près d'un millier de personnes se sont pressées jeudi 3 janvier pour lui rendre un hommage -qui ne sera pas le dernier. L'émotion était grande et le respect militant, considérable. Avec les chants de Luis Llach ou la romance du commandant Che Guevara, tous étaient là pour lui dire "présents ! nous continuons ton combat". Sa femme, Christiane, sa fille Laure, un de ses amis immigré de SOS, Harlem Désir, un poète, un dirigeant de la fédération socialiste, un membre de la LCR, puis, représentant Lionel Jospin, Jean-Luc Mélenchon, ont évoqué sa vie, ses luttes, le donnant en exemple parce que rien de grand ne s'est fait dans le monde sans l'action de militants comme lui. Nous aurons l'occasion, pour nos lecteurs et lectrices qui ont connu, apprécié, et aimé Jean-Paul de revenir sur ce qu'il a écrit, fait et réussi : un n° spécial de D&S lui sera prochainement consacré.
 
Marcel Bleiptreu
Décédé le 25 décembre, dans sa 84° année, à Paris, Marcel Bleiptreu était un des derniers survivant du carré des fondateurs du trotskisme en France. Son premier tract, intitulé "La Vérité", et fabriqué par la Ligue communiste alors que Léon Trotski était présent en France, il l'avait diffusé en 1933 alors qu'il était lycéen à Paris. Il a été un des dirigeants de la Quatrième internationale, de la Libération jusqu'en 1954. Puis, il est entré, sans sectarisme, dans le débat des années 1952-1954, qui l'opposa à Michel Raptis, dit Pablo, puis à Pierre Boussel dit Lambert. Il anima longtemps la revue "la vérité". Refusant, selon lui, les deux extrêmes, liquidation et sectarisme, il fut exclu par Lambert, mais continua de suivre activement tous les débats en s'engageant dans la fondation de la Nouvelle gauche puis de l'Union de la gauche socialiste. Il anima "tribune marxiste" avec Edgar Morin, Pierre Naville, Daniel Guerin, Denis Berger. Il est resté jusqu'à sa mort favorable à une gauche marxiste radicale, volontiers unificateur, délibérément hostile aux sectarismes un de ces "rocs", de ces grands militants trempés dans la si fantastique et difficile histoire socialiste du 20 siècle. Prés de 150 personnes étaient là dans le froid, le 2 janvier au cimetière Montparnasse, (parmi lesquelles, Edgar Morin, Maurice Rajsfus, Boris Frankael, Gilbert Marquis, Michel Fiant, Pierre Roussel, Jean-René Chauvin, Guy Konopnicki, Christian Piquet, Alain Krivine, Michel Lequenne, Gérard Filoche) pour lui rendre hommage, en assurant tous ses proches, son épouse et ses enfants de notre émotion partagée. Bleiptreu en allemand, cela signifie "reste fidèle".
 
Yvan Craipeau
Yvan Craipeau nous a quitté le 13 décembre 2001, alors qu'il était dans sa 92 année. Né à La Roche-sur-Yon, il a traversé deux guerres mondiales, la guerre d'Indochine, la guerre d'Algérie, sans cesser d'être un militant. Trotskiste depuis 1929, dirigeant de la section française de la quatrième internationale, puis du PSU, il raconte dans son livre "Mémoires d'un dinosaure trotskiste" comment il a vécu la tête dans les étoiles, survivant à la gestapo et aux staliniens. Dés 1929, étudiant au quartier latin, il rencontre Pierre et Denise Laville, Jeanne Despallieres, Pierre Frank ("un petit homme sans âge"), Gérard Rosenthal, Raymond Molinier, Alfred Rosmer, en vacances, il milite parmi les jeunes de Luçon, aux sables d'Olonne... il faut lire ce livre de souvenirs, tendres et militants, têtus, et passionnés, pour partager un peu de toute cette période, où, à contre courant, les trotskistes avaient pourtant raison avant les autres contre le stalinisme. Un dinosaure, certes mais un caractère, un opiniâtre, actif pendant toute sa vie, lui-aussi un vrai un fidèle aux idéaux du socialisme.
 
Emile Izard
Le 27 juin 2001, notre camarade Emile Izard nous quittait après un long combat contre la maladie. Militant socialiste du Pas-de-Calais, Emile a bien souvent été à nos cotés, dans le Parti socialiste pour réaffirmer à chaque instant la nécessité du combat pour l'égalité sociale. Syndicaliste CGT, à EDF, responsable national du Groupe socialiste d'entreprise, membre de la Commission nationale entreprise, ce militant infatigable, discret et efficace, défenseur du service public, restera un exemple pour beaucoup d'entre nous, lui qui, avec 10 ans d'avance se prononçait pour les 35 h sans perte de salaire. Disparu à l'aube d'une retraite bien méritée, après une vie militante et professionnelle ayant un peu sacrifié la vie familiale, nous avons une pensée particulière pour sa femme, Emilie, et pour toute sa famille.
"À mesure que l'on vit, à mesure que l'on crée, à mesure que l'on aime, et qu'on perd ce qu'on aime, on échappe à la mort. À chaque nouveau coup qui nous frappe, on s'évade de soi, on se sauve dans l'œuvre qu'on a créée, dans l'âme qu'on aimait et qui nous a quittés" Romain Rolland.
 
Guy Hermier
Le cancer qui rongeait Guy Hermier, député communiste et Maire des quartiers Nord de Marseille, a eu raison de lui l'été dernier. Passionné d'action politique, Guy avait eu le loisir de revisiter ses combats de jeunesse, à la tête de l'UEC entre 1965 et 68, ou son action d'expulsion des « Italiens » et des trotskistes était devenu pour lui un « anti-modèle ». A cet égard, la fin de la période Marchais, l'effondrement du mur de Berlin l'avaient profondément marqué et fait réfléchir sur la fin des « modèles », en particulier celui du parti unique.
Sa pratique de Maire, depuis 1995, était un véritable et rare exemple d'un « maire animateur », constamment en recherche d'une refondation du politique sur des bases saines, de la reconstruction du lien si ténu entre le politique et le citoyen sans rien perdre de son idéal de transformation radicale ; il était au premier plan des combats contre l'extrême droite et les discriminations sociales et ethniques. Guy a eu pendant ces cinq dernières années -les seules où il exerça un pouvoir local - l'occasion de tirer des leçons du siècle pour tenter de fonder différemment l'exercice du pouvoir.
Notre camarade, Jean-Luc Mélenchon a prononcé le discours d'hommage au nom du gouvernement, et une très forte délégation de la Gauche socialiste était présente. Sa femme Simone, ses enfants, ont tout notre respect.
 

 
"Stoppez les machines !" roman noir de François Muratet
Le polar des 35 heures
 
C'était un sujet qu'il fallait traiter. Toute une intrigue - fort réussie, en l'occurrence - sur la mise en place des 35 h dans une entreprise de 150 salariés sous-traitante, et en difficulté. Le patron est de vieille école, genre paternaliste, self made man, autoritaire, de droit divin. Mais il est vieux et ne dispose plus de toutes les cartes : son "feeling" ne lui permet plus de faire le bon choix. Il a résisté à l'offre de son consultant qui lui a proposé tout un montage, fort habile vers les 32 h mais avec flexibilité, modulation, et blocage des salaires. Le temps passe, et l'entreprise devient un enjeu entre un groupe qui aimerait la racheter pour l'absorber, et un autre qui veut la racheter pour la liquider et faire une opération immobilière autrement plus juteuse en vendant le terrain sur lequel elle se trouve en bordure de Paris, près de Stains.
Les cadres sont sollicités, tentés, achetés par les différents clans qui se forment, par les différents intermédiaires et consultants, et... le personnel se met lentement en grève. Lentement, car il a peur, il n'y croit pas, mais il n'a pas le choix, vu les provocations des différents dirigeants. Peu à peu, on voit les personnalités se dégager, le musicien et sa compagne qui ne vient que pour le rock, le militant de LO, le syndicaliste CFDT "raisonnable" (sinon compromis avec le patron), les autres, anciens syndiqués et méfiants, l'immigré, l'intérimaire introduit pour des raisons louches et qui hésite à choisir son camp. Les salariés ne finissent pas se coaliser, ils en viennent à occuper l'entreprise, à séquestrer le chef du personnel - lequel est particulièrement vindicatif.
On a une chronique de vie ouvrière tout à fait plausible, avec l'expérience, bien actualisée, de militants réticents, mais déterminés, loyaux et soudés dés que la dynamique de la grève est enclenchée. Comme cela se greffe sur une enquête interne, à l'usine, sur des détournements de bidons de peinture et que les flics interviennent - fort inopportunément - il y a bientôt du suspense. Un mort bouleverse la donne et le drame commence.
Ruse et tromperie côté patronal, solidarité, générosité, divisions coté salariés, ce n'est pourtant pas aussi manichéen que ça, c'est aussi une chronique de la lutte des classes bien racontée, sans emphase, les héros ne sont pas tous noirs, ni tous blancs.
L'auteur a une culture qui semble venue de "La reprise" de chez Wonder, et de "Ressources humaines", de Marx et de Jean Renoir, de Mai 68 et de Novembre Décembre 95 avec un peu de Lou Reed, de Rod Stewart, pas mal de James Ellroy, un