- Alberto Toscane :
«Fabius est le seul
à avoir les idées
claires »
- Alberto Toscano réside en France depuis seize ans. Il est le correspondant à Paris du quotidien italien II Giornale et de l'hebdomadaire Panorama.
- Propos recueillis par Judith Waintraub, Le Figaro du [01 juillet 2002]
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- LE FIGARO. - Le PS français risque-t-il, comme la gauche italienne, de se diviser en deux courants, l'un d'inspiration libérale et l'autre, protestataire, regroupant les adversaires de la mondialisation ?
- Alberto TOSCANO. - Je ne dirais pas que c'est un risque. Au contraire, c'est ce qu'il pourrait lui arriver de mieux ! Le PS français a avant tout besoin d'une clarification idéologique et conceptuelle. Rappelez-vous que Jean-Luc Mélenchon, quand il était ministre de Lionel Jospin, est revenu du sommet de Porto Alegre en affirmant que les socialistes français et les antimondialisations étaient sur la même ligne. Et il appartenait à un gouvernement dont Laurent Fabius était l'un des membres les plus éminents ! Cette ambiguïté est mortifère.
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- Pensez-vous les socialistes capables d'en sortir ?
- Je n'en suis pas sûr, parce qu'ils semblent y trouver leur intérêt, comme si l'ambiguïté était pour eux, temporairement au moins, un moindre mal. Non seulement votre PS n'a pas compris les raisons de sa défaite, mais il n'a même pas essayé de les comprendre. Notre ancien parti communiste, qui est devenu il y a treize ans le parti des Démocrates de gauche, a fait plus de pas vers la social-démocratie moderne que le PS de Jospin. Jamais notre ex-PCI n'aurait parié sur les 35 heures. Jamais, pour lui, une politique de gauche ne se serait résumée à un coup de pouce au smic ! Et je pourrais citer d'autres exemples, comme les retraites : chez nous, c'est un gouvernement de gauche qui a réformé le système, en 1995. Chez vous, la
fauche n'a tout simplement pas eu envie de s'attaquer au problème.
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- Comment expliquez-vous que Laurent Fabius, que vous semblez considérer comme notre modèle le plus avancé de « social-libéral », n'ait pas su faire évoluer les socialistes français ?
- C'est effectivement le seul à avoir les idées claires, à se tenir à une ligne cohérente. Il a été un bon ministre des Finances. On pourrait à la rigueur lui reprocher de ne pas s'être suffisamment battu pour forcer le PS à sortir de l'ambiguïté, mais il ne faut pas non plus l'accabler : on ne joue pas tout seul à « ça passe ou ça casse ». L'idéal, pour la gauche française, serait d'avoir un PS fabiusien et un PC bien démagogique, susceptible de capter la protestation d'extrême gauche. Un parti « populaire », comme l'a été, à sa manière, celui de Maurice Thorez après la Libération. Mais le PS et le PC semblent aujourd'hui incapables de se transformer. Les communistes français ont manqué le rendez-vous des années 70. Chez nous, c'est à cette période, quand il exerçait un leadership sur la gauche, avec 20, 25 % des voix, que le PC s'est recyclé en parti social-démocrate. Pour le PC français, c'est trop tard. Il est mort.
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- Si le PC ne peut plus assumer ce rôle de récupération du vote d'extrême gauche, le PS ne va-t-il pas être tenté de le faire lui-même ?
- C'est effectivement le plus grand danger qui le menace, parce que s'il se laisse aller à la tentation démagogique, s'il devient l'expression de ce courant, il se condamne. Son problème, aujourd'hui, n'est pas de se doter d'un projet de conquête de pouvoir : il lui faut simplement se tenir en position de le prendre en cas d'échec de la droite. Ce qui suppose qu'il évite de se marginaliser, qu'il reste au sein du jeu social-démocrate. En France, comme en Italie, en Allemagne ou en Grande-Bretagne, la démocratie est devenue un match de football, pour prendre une référence à la mode. Le plus important n'est pas de marquer des buts contre l'adversaire, mais de s'abstenir d'en marquer contre son propre camp. On peut le regretter, souhaiter qu'après les idéologues et les gestionnaires une nouvelle génération politique apparaisse, mais en attendant, c'est comme ça. Et si le PS français se dote de maîtres à penser comme Dray ou Emmanuelli, qui refusent cette réalité, il n'a plus d'avenir.
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- Commentaires : Le Figaro est bien aimable de nous transmettre ces « conseils » de gens qui ont échoué dans leur pays et de ce «journaliste » qui défend Berlusconi. Mais depuis, la gauche et les syndicalistes se sont reveillés en Italie, et, fort heureusement, ils font le chemin inverse et tentent de retrouver leur unité sur des positions radicales et au travers de luttes sociales vigoureuses. En Espagne aussi d'ailleurs. Alors, voilà ce qu'il ne faut pas suivre dans le PSfrançais.( D&S)
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Un député travailliste invite les socialistes français à s'inspirer de Blair
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- Denis McShane :
«Le PS doit
s'enraciner au
centre»
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- Député travailliste de la circonscription de Rotherham, dans le Yorkshire, sous-secrétaire d'Etat au Foreign Office, auteur d'une biographie de François Mitterrand, Denis McShane s'attaque à la gauche... dans Le Figaro du 1er juillet sur l'échec électoral du PS.
- Propos recueillis par Jacques Duplouich
- Pour l'édification de nos lecteurs, nous reproduisons cet article. [01 juillet 2002]
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- LE FIGARO. - Pour vous, le PS a-t-il été victime de son idéologie passéiste ?
- Denis McSHANE. - En tout cas, la France, comme la Grande-Bretagne en 1979, a tourné le dos à une forme de gauche gouvernementale qui ne correspond plus ni à ses besoins ni à ses aspirations, ni, on l'a bien vu, à ses craintes ou à ses valeurs. L'instauration des 35 heures en est une illustration éclatante. Si l'intention était bonne d'un point de vue social, son application forcée, par l'Etat tout-puissant, le fut beaucoup moins. On constate que ce que voulaient les Français, en fait, ce n'était pas une semaine de travail raccourcie, mais l'éradication du chômage...
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- Pourquoi le New Labour réussit-il là ou le socialisme français échoue ?
- Là, il faut voir d'où vient le travaillisme ! Dix-huit années d'errements ponctués de revers électoraux retentissants, de déchirements internes et d'aberrations idéologiques. Il aura fallu deux décennies de débats internes et trois leaders -Neil Kinnock, John Smith et Tony Blair - pour sortir du marasme et mettre en place une gauche moderne et modérée.
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- Le PS est-il exposé à une traversée du désert comparable ?
- Le risque existe si le parti n'embrasse pas sa reconstruction à l'enseigne de la social-démocratie, réformatrice et modernisatrice. Le pire serait une radicalisation à gauche. A cet égard, l'expérience du Labour, après l'arrivée de Margaret Thatcher, en 1979, peut servir. Lors des élections législatives suivantes, en 1983, le Labour proposait un programme de gouvernement qui le rendait inéligible. Anti-européen - l'équivalent, aujourd'hui, de l'antimondialisation du PS - satisfactions inconditionnelles des revendications syndicales, politique de hausse massive des impôts pour financer le secteur public sans considération des priorités... « La plus longue lettre de suicide de l'Histoire », comme ironisait quelqu'un.
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- Qui est à blâmer pour cette déroute du PS?
- Il ne m'appartient pas de formuler des reproches. Je constate, simplement, que depuis 1997 le New Labour a tenté, à tous les niveaux, de partager ses idées et ses expériences avec le PS. En termes d'échanges, nous avons beaucoup plus fait lors des cinq ans écoulés qu'en un siècle. Force est de constater que nos efforts se sont heurtés à une manière de condescendance. On nous écoutait poliment, mais on ne nous entendait pas. Nous étions considérés comme de fâ-
cheux libéraux trop proches des Américains. Et pourtant, l'intérêt pour la social-démocratie britannique se manifeste partout dans le monde !
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- Le socialisme à la française est-il mort?
- Ce qui disparaît, c'est le socialisme dans sa version mitterrandienne avec l'échec de ses épigones. Le « soixante-huitardisme » qui prévalait encore dans l'entourage de Lionel Jospin est dépassé. Le PS renaîtra, sans doute. Mais à condition de s'enraciner au centre.
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Commentaire : on verra bientôt Blair échouer, lui qui aura accru la misère et les inégalités dans son pays, réélu grâce à un scrutin uninominal à un tour, avec un taux d'abstention énorme (en fait un pourcentage à peine plus élevé que LO et la LCR en France). Mais avant, comme vous le voyez, il tente de nuire en essayant d'entraîner le PS français dans la même voie de reniement... Ce Mac Shane, suppôt du coup d'état contre Hugo Chavez, ultra droitier, ferait passer Fabius pour un gauchiste... (D&S)