- Obsédés par le souvenir de novembre-décembre 95, ils
vont essayer d'éviter ce choix frontal...
-
- Avec quelles ruses Chirac, Juppé, Raffarin
attaqueront-ils les acquis sociaux?
-
- Ils n'y vont pas de main morte. Malgré la prudence que leur impose la peur d'un nouveau novembre-décembre 95, la droite UMP veut satisfaire sa clientèle électorale, c'est-à-dire principalement les patrons. Encore plus qu'en 1995, c'est un gouvernement soumis au Medef. Alors, c'est clair : pas de hausse du Smic, 2,7 milliards d'euros en moins pour les riches, privatisations poursuivies, remise en cause des 35 h, révision des retraites.
-
- L'homme d'en haut, l'ex-commercial de Jacques Vabre, Jean-Pierre Raffarin, a augmenté les médecins d'un Smic par mois, mais refuse d'augmenter le Smic mensuel plus que ce que la loi exige.
Il n'a même pas pris le temps d'attendre la consultation des syndicats obligatoirement prévue la dernière semaine de juin sur ce sujet, avant d'annoncer sa décision : il contredit tout ce que Chirac a affirmé sur le "dialogue social".... mais Super Menteur n'en a que faire, comme d'habitude.
-
- Pas de coup de pouce au Smic de ceux d'en bas...
-
-
2.7 millions de smicards resteront donc à 5834 F nets avec une "hausse » limitée à 2,4 % (et seulement 1?5 % pour les Assedic) : la carte orange augmente de
3.8 %. Un salarié sur six, une femme sur deux, un jeune sur trois sont concernés dans le privé... Les salaires des grands patrons, eux, ont augmenté de 36 %, sans parler des indemnités que ces gens-là se mettent dans la poche, même quand ils conduisent leurs entreprises au fiasco (Michel Bon, de France télécom) ou quand ils se font virer à cause de leurs propres turpitudes (Jean-Marie Messier, de Vivendi).
- 89 branches sur 164 ont pourtant des salaires minima conventionnels inférieurs au Smic : quasi jamais le patronat qui préfère le "contrat" à la loi... ne négocie sans que la loi ne le lui impose !
- Qu'on ne nous dise pas qu'on ne peut pas augmenter le Smic à cause du "coût trop élevé du travail" qui "menacerait l'emploi" : notre Smic est plus bas qu'en Allemagne, en Hollande, en Belgique, ou en Italie et nul n'a jamais prouvé qu'il
y avait un rapport entre le taux du Smic et l'emploi.
De plus les cotisations sociales sur le Smic ont été considérablement baissées et il s'agit donc d'emplois massivement aidés au point que la hausse du Smic augmente mécaniquement de très nombreuses aides de l'état (dont la PPE, prime pour l'emploi).
- Enfin le fait qu'il y ait différents Smic (cinq), à cause d'un très mauvais aspect de la loi Aubry, n'est pas davantage un argument : des retards ont été pris, qui ont gelé les salaires en-dessous de ce qu'ils devraient être, et il faudra bien un jour rattraper les 11,4 % d'écart entre les Smic à 35 h et les Smic à 34 h... Le choix de Jean-Pierre Raffarin de bloquer le Smic est idéologique (il appartient au parti d'Alain Madelin, et son ministre d'état n°l est Francis Mer). Que lui importe que cela démente tous ses discours, par ailleurs, méprisants, sur "la France d'en bas".
-
- Une session parlementaire de tous les dangers en juillet
-
-
"Ça sent la rigueur, glissement progressif vers l'austérité" annonce Libération, commentant l'audit de Raffarin et de Mer sur les finances publiques. Il y aurait donc un "déficit" de 45 milliards d'euros, semble découvrir Chirac qui en était pourtant bien informé lorsqu'il proposait sans vergogne 33 % de baisse d'impôts surtout pour 1 % des plus riches.
-
La croissance : alors que Chirac l'estimait comme Jospin à 3 %, la voilà ramenée à 1,4 % cette année. Et l'homme du Medef, devenu patron de Bercy, Francis Mer, s'engage à respecter les décisions européennes en 2004... s'il y a 3 % de croissance dans les deux années à venir ! On se moque de qui ? Nul ne sait évaluer le taux de croissance d'une année sur l'autre.
- On est chez des guignols économiques, mais des guignols dangereux parce qu'ils vont contribuer à rendre la société encore plus inégale, donc encore plus dure, donc à y cultiver les frustrations qui nous ont valu le 21 avril.
- Les seules annonces sérieuses sont celles sur les flash-bail et sur la construction de nouvelles prisons. Que voulez-vous ? Un gouvernement qui donne des armes à ses flics plutôt que des moyens à ses éducateurs de rue, et qui construit des prisons plutôt que des crèches et des maisons de jeunes, est un gouvernement qui ne ment pas. Dire qu'il y a quelques aveugles d'extrême-gauche qui ont fait métier de renvoyer dos-à-dos la gauche et la droite....
- Tout le discours d'investiture de Raffarin est à l'aune de ce qu'il a décidé sur le Smic :
Le discours est clair (d'ailleurs révélé par un probable lapsus «la politique ne peut plus promettre des lendemains qui chantent ») :
- - Remise en cause de la loi de modernisation sociale et du droit du licenciement
-
- Remise en cause des 35 h
-
- Remise en cause des retraites (40 annuités pour tous, fonds de pension, report « libre » de l'âge de départ)
-
- Service minimum limitant le droit de grève
-
- Pas de remplacement des fonctionnaires qui partent à la retraite
- - Baisse des impôts pour les riches
- - Baisse des cotisations sociales patronales.
-
- Ouverture du capital vers la privatisation d'EDF-GDF.
-
- Restriction des dépenses de santé.
- - RMI sous condition d'insertion.
- - Des centres d'enfermement pour les jeunes
- - 12 500 policiers, des auxiliaires judiciaires et des juges
- - Baisse de la TVA pour la restauration et les disques plus tard...
- - Transposition rapide des directives européennes
-
-
L'affrontement à venir
-
- Thatcher n'était pas Thatcher avant d'avoir vaincu la grève des mineurs. Reagan n'était pas Reagan avant d'avoir écrasé les aiguilleurs du ciel. Leur intégrisme libéral ne peut s'imposer que sur une défaite du mouvement social.
-
- Ce qui n'est pas encore le cas. Après la défaite institutionnelle de la gauche, Chirac, Raffarin, Juppé vont chercher leur revanche totale par une victoire sociale complète. Ne crions pas inutilement au 3° tour social. Rien de ce qui est autoproclamé ne se déroule jamais tout à fait comme projeté.
-
La droite aussi a de la mémoire. Ils ne vont sûrement pas chercher l'affrontement central comme avec le plan Juppé. Ils vont sélectionner les terrains, essayer de contourner, de diviser, d'éviter un affrontement social central. Et multiplier les mille décisions quotidiennes antisociales en évitant trop tôt l'affrontement avec la population active, travailleuse, créatrice de richesses ?
- Jusqu'où iront Raffarin-Chirac dans la reprise de ce que voulait faire Juppé en 1995 ? À quelle vitesse ? Et à quelle vitesse rencontreront-ils l'opposition du mouvement social ?
-
-
-
- La Cour de cassation, le 4 juin 2002 vient d'imposer une véritable révolution dans la mise en oeuvre des 35 h : des millions de salariés, grâce a son interprétation de la loi Aubry, vont pouvoir réclamer des millions d'euros.. Nombreux, très nombreux sont en effet, les accords de branche et d'entreprise qui ont prévu de fixer la durée du travail à 35 h et prévu une "indemnité" de réduction du temps de travail pour maintenir le salaire à son niveau antérieur...Mais très nombreux sont les employeurs qui ont continué à faire travailler leurs salariés 39 h par semaine, en contrepartie de cette indemnité et de la bonification prévue par la loi (10 % en temps de repos sauf accord contraire...) La Cour de cassation, ce 4 juin, dans un arrêt n° 2095 FS-D syndicat général des organismes privés sanitaires et sociaux à but non lucratif, (SOP) affirme un principe général : "Attendu qu'un accord collectif fixant la durée du travail à 35 h et prévoyant le versement d'une indemnité de réduction du temps de travail pour maintenir le salaire à son niveau antérieur, les salariés qui ont continué à travailler pendant 39 h par semaine, ont droit à cette indemnité et au paiement des heures accomplies au-delà des 35 h, majorées de la bonification alors applicable. "
-
- C'est-à-dire qu'ils n'ont pas seulement droit à l'indemnité plus 10 % mais à l'indemnité, au paiement des heures entre 35 et 39 et à la bonification applicable... (10 % la première année, 25 % la seconde année...) Dans un deuxième arrêt, n°2096 du 4 juin également, (syndicat national pour la sauvegarde de l'enfant à l'adulte...) la Cour de cassation précise :
- "Ayant constaté que les salariés, employés dans des entreprises de plus de vingt salariés avaient continué à travailler 39 h par semaine, la cour d'appel a exactement décidé qu 'ils avaient
droit, à compter du 1er janvier 2000, au paiement de l'indemnité conventionnelle de réduction du temps de travail et des heures accomplies au-delà de 35 h au taux majoré...".
-
- Voilà un arrêt qui doit donner espoir aux salariés que les employeurs ont abusivement maintenus à un horaire de 39 h alors que le dispositif des accords de branches ou d'entreprise prévoyait le passage aux 35 h avec une indemnité différentielle. Les heures ainsi effectuées depuis doivent être compensées à hauteur de 110 % et non simplement bonifiées de 10 % Rappelons aussi, à toutes fins utiles, qu'un accord interprofessionnel du 31 octobre 1995, toujours en vigueur, précise que les heures supplémentaires doivent être "imprévisibles" et "ponctuelles" : donc l'usage régulier d'heures supplémentaires portant l'horaire des salariés à 39h ne correspond pas à cette définition librement négociée et acceptée par les employeurs et les syndicats.
-
- Faire faire quatre heures supplémentaires par semaine systématiquement, peut être interprété, non comme un usage normal par l'employeur du droit de faire faire des heures supplémentaires mais comme un changement des contrats de travail qui sont basés sur la durée légale. Juridiquement, cela peut donner droit aux salariés de ne pas accepter ces heures systématiques, sans pour autant perdre le salaire qui leur est dû et qui ne saurait être baissé, ne serait-ce que d'un centime, contre leur gré.
-
-
Voilà une bonne interprétation des 35 h qui freine la position systématique des employeurs qui continuent à faire travailler au minimum leurs salariés 39 h par semaine... en se contentant de payer ces 39 h... 39 h 24 ou 40 h selon les cas (10 ou 25 % de majoration). Interprétées ainsi les lois Aubry apparaissent soudain mieux faites ! Défendons-les et nous trouverons le gouvernement Raffarin sur notre route...