- Gauche socialiste : faire aussi
notre bilan
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- À l'Université de Nantes, fin août 2001, en présence de 750 militants, nous avions discuté, amendé et adopté "dix thèses" qui devaient servir à "cadrer" notre action à la veille et au cours des élections.
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- La journaliste du Monde qui avait lu ces thèses et était venue à l'université d'été avait titré son article "La Gauche socialiste fait allégeance à Lionel Jospin". Pourtant, c'était tout le contraire de nos discussions et de nos intentions : nous voulions, certes, tout faire, pour assurer la victoire de Lionel Jospin à la présidentielle mais justement en œuvrant de façon à ce qu'il mène une campagne réellement socialiste, de gauche, sur un programme social fort.
- Nous voulions une campagne différente de celle qui a été conduite, nous voulions qu'elle mette en avant les thèmes sociaux centraux qui concernaient les salariés, qu'elle s'appuie sur "projet socialiste pour 2002" infiniment plus avancé que celui qui a finalement été adopté.
- Nous avons donc, dès septembre, écrit la ligne générale d'un contre-projet au "projet 2002" puis des amendements synthétisant cette orientation, et nous avons participé à toutes les discussions, commissions, conventions qui ont eu lieu en été, en automne, en hiver, sur ce projet.
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Extraits des thèses de Nantes adoptées par la Gauche socialiste en août puis à son CN du 30/9/01
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- Pour autant, la victoire n' est pas acquise. La droite est certes divisée, mais elle n'en est pas moins menaçante : quand toutes ses voix s'additionnent et que les reports se re-effectuent entre droite et extrême droite, tandis qu'à gauche c'est l'abstention qui s'étend, la droite gagne presque mécaniquement. En outre, l'effet rejet de la droite risque, après 5 ans de gouvernement de gauche, d'être émoussé. La défaite aux élections municipales a montré cet affaiblissement des réflexes de camp, voire de la conscience de classe. La gauche, sociologiquement majoritaire dans le pays, s'est retrouvée relativement minoritaire à l'occasion des scrutins des 11 et 18 mars 2001.
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Alors qu'il y avait une montée des luttes sociales significatives, cela ne s'est pas traduit dans les urnes. Car la sortie de la crise rendait d'autant plus insupportable, aux yeux de la majorité du peuple, le fait que les dégâts de la période antérieure ne soient pas réparés, que les inégalités continuent de s'aggraver. Il y avait bel et bien, comme nous n'avions cessé de le répéter une " urgence sociale", une impatience croissante. Celle-ci a entraîné un début de coupure entre la gauche et ceux qu'elle est censée représenter, et a également creusé un fossé plus grand entre gauche " radicale " et gauche " institutionnelle ". Or ces deux gauches sont indissociables et ont besoin l'une de l'autre : sans gauche institutionnelle, c'est-à-dire sans débouché politique, la gauche radicale ne peut qu'en rester au stade des incantations. Sans se nourrir des aspirations de ceux qui ont apporté leurs suffrages à la gauche radicale, mais aussi de ceux qui se sont mobilisés sur leur lieu de travail ou dans différents mouvements d'opinion, la gauche institutionnelle ne pourra créer une dynamique de victoire ni appliquer un véritable programme de transformation sociale.
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Pourtant l'élection présidentielle n'est pas de même nature : elle facilite la polarisation, l'existence de deux camps antagonistes. Il nous faudra démontrer, arguments de fond à l'appui, qu'il n'y a pas de renvoi dos-à-dos possible, de " blanc bonnet, bonnet blanc ". Avec la gauche, nous n'avons pas eu, loin de là, tout ce que nous voulions, mais avec la droite nous aurons tout ce que nous ne voulons pas, c'est sûr. Il faudra remettre en relief et re-mobiliser, si les réflexes de camp, de classe se sont atténués, il faudra les réveiller, en braquant les pro-
jecteurs sur ce qui nous attend en cas de défaite, sur le vrai contenu de la politique proposée par Chirac. Certes Chirac n'est pas un personnage sympathique, il incarne même le type même du politicien corrompu et cynique, manœuvrier, agressif, prêt à toutes les démagogies, ses " affaires " le minent, mais on aurait tort de croire que cela suffit pour le discréditer et le battre. Il a été d'une violence, d'une mauvaise foi sans nom le 14 juillet 2001 mais cela démontre qu'acculé, le dos au mur, il est dangereux. Sans doute on peut l'affaiblir en le mettant face à ses responsabilités, ses juges, ses infractions et délits, ses coups tordus, son piètre bilan, mais soyons clairs : ce n'est pas ça l'essentiel, ce n'est pas là-dessus qu'il sera vraiment battu.
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Il faut donc mener la campagne contre lui et contre la droite, politiquement, sur le fond, sur le choix de société, sur la transformation sociale, sur la lutte contre les inégalités sociales, en défense claire des retraites, des salaires, des services publics... Il faut replacer la politique aux postes de commande. Ça ne laisse pas de place pour des programmes mièvres, " attrape-tout ", la droite est la droite, la gauche doit être la gauche, unie, offensive, déterminé, projet contre-projet
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- Le projet socialiste 2002
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Le "projet 2002" était décevant. Nous nous sommes heurtés à des réponses surprenantes lors des débats du type : "- Ah, non, on ne va pas en rajouter au droit du travail..." "- Ah, les 35 h on ne peut pas faire plus... en tout cas, pas question d'annoncer les 32 h, même en une décennie..."... - Sur les retraites, impossible d'avancer dans le détail..." On est même arrivé à une mouture du projet où il n'y avait plus rien en faveur du "plein emploi, bon emploi" : cela fut rajouté à notre demande.
- Certes, il y avait des passages satisfaisants sur l'école professionnelle, sur le logement ou sur l'insécurité, et nos camarades Jean-Luc Mélenchon, ministre, Marie-Noëlle Lienemann, secrétaire d'état, et Julien Dray (chargé de mission par le Premier ministre) ont rivalisé de talent pour améliorer le texte dans chacun de leurs domaines.
- Au final, ce sont les parties sociales qui étaient les plus pauvres, il manquait d'axe, de mesures-phares, et nous n'avons pu aller jusqu'au bout du travail d'amendement.
- Nous avons quand même réussi à écrire avec Henri Emmanuelli, quatre amendements qui touchent à l'Europe, à la fiscalité et à la protection sociale, aux élections à la Sécurité sociale, aux salaires, aux services publics.
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- Les 37,5 annuités déclarées "contraires" au programme !
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- Nous avions la possibilité de soumettre cet amendement en décembre 01 - janvier 02, mais la direction du parti, François Hollande, nous a mis le 20 décembre devant le choix suivant : soit nous le maintenions, mais il était déclaré "contradictoire" et le voter, signifiait voter contre le texte complet "projet 2002 " soumis aux militants, soit nous y renoncions... et l'on pouvait voter les quatre autres amendements, rédigés en commun avec Henri Emmanuelli, déclarés, eux," non-contradictoires".
- Estimant que le vote était, de ce fait périlleux, risquait de minorité l'amendement, considérant que les militants voteraient peu, dans la précipitation de la convention nationale du 26 janvier, et apprenant aussi que la motion 3 d'Henri Emmanuelli n'y était pas favorable, nous sommes divisés dans la direction GS et une majorité est favorable à retirer notre amendement en tant qu'amendement "national".
- Ainsi nous donnons la priorité au combat commun avec la majorité du parti et nous acceptons de ne pas aborder ce sujet sous cette forme : par contre nous le proposons au vote de toutes les fédérations où nous avons des militants. Résultat : partout où il est physiquement soumis au vote par des militants présents, il est majoritaire, parfois très largement, 80 % des voix est fréquent, parfois 100 %.
- Mais évidemment, sous cette forme ce sera peu discuté et peu spectaculaire. La direction du parti décide de faire l'impasse sur ce sujet dans la campagne. Majoritairement elle est plutôt pour les 40 annuités (cf. déclaration de Lionel Jospin en mars 2000, même si le rapport du COR en décembre 2001 laisse quand même ouverte la porte aux 37,5 annuités public-privé). Lionel Jospin restera "prudent" comme il le disait tout au long de la campagne : avantage (puisque le fait d'annoncer les fonctionnaires à 40 annuités aurait été catastrophique, contrairement à ce qu'affirmait Laurent Fabius) mais inconvénient puisque tout au long de la campagne, il est impossible d'avoir une
position claire sur le sujet, les inquiétudes courent.
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Nous avons obtenu de bons succès en voix à la base du parti, mais la convention du 26 janvier 2002 a été une formalité, tant nous étions déjà "dans la seringue" de la discipline de campagne électorale.
- Les seuls effets spectaculaires du débat sont venus du livre de DSK et des "notes" de Laurent Fabius et ils ont pris un caractère extrêmement négatifs, fortement responsables dans l'échec de la campagne.
- Nous sommes partagés sur ce bilan : aurions-nous pu aller plus loin et tirer, nous, les débuts de la campagne à gauche ? Mais, même si nous avions été jusqu'au bout de la lutte pour les 37,5 annuités, même si nous avions bataillé publiquement, frontalement, aurions-nous pu modifier l'angle d'attaque que s'était intellectuellement forgé Lionel Jospin, sans doute depuis des mois, avec des cercles de conseillers où nous n'étions pas représentés ?
- Il apparaît, par les études, qui déjà écrivent l'histoire, que Lionel Jospin avait choisi - dès l'été 2001 - ses conseillers autour de droitiers du parti, de technocrates de Matignon, pas tellement autour de gens de terrain préoccupés du salariat. La campagne était "pensée" comme un affrontement personnel avec Chirac, basée sur un programme "réaliste", mesuré, méticuleux, prudent.
- Par exemple : « 900 000 chômeurs de moins... ». Mais pourquoi pas le plein emploi ? Parce que 900 000 chômeurs de moins avaient été obtenus en cinq ans, donc, on devait refaire pareil en cinq autres années. Pas d'ambition de fond, de force. Du projet limité, calculé, sans entrain ni emphase. D'ailleurs à peine réaliste : car est-ce que la croissance sera là, si on ne crée que 900 000 emplois ? Très techno, le programme était du coup, sans axe comparable aux "35 h sans perte de salaire" de juin 1997.
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- À la recherche d'états généraux de la gauche
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- Nous savions mieux que d'autres que la gauche plurielle était divisée et que cela nuirait à la campagne. Nous avions tiré les leçons des municipales (il semble que leur résultat a été largement sous-estime par la direction du parti). Là où la gauche était unie, nous gagnions, là ou elle était divisée face à une droite plus unie, nous perdions.
- Nous avions prôné dès les mois de mars-avril-mai-juin 2001, des "états généraux de toute la gauche", nous avons essayé d'en convaincre la direction du parti, puis de les initier. On l'avait déjà fait le 12 mai 2001, avec 650 participants au colloque syndical-politique que nous avions réussi à la Sorbonne.
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- Extraits des thèses de Nantes adoptées par l'assemblée générale et le CN de la Gauche socialiste
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- Redynamiser, réunir, rassembler la gauche plurielle, c'est remettre les militants à pied d'œuvre avec un projet et une dynamique. Il faut faire l'inventaire, ensemble, des revendications les plus urgentes et les plus souhaitées par toutes les composantes de la gauche plurielle et alors, il faut engager des rencontres, des débats, au sommet et à la base. La bonne tactique n'est pas celle d'accords bilatéraux et d'accords strictement électoralistes, car faute de discussions et de projets de fond, on ne saurait susciter l'enthousiasme. Pire, on n'aurait que des discussions d'appareils sur la place légitime ou non des uns et des autres, de tels marchandages n'ayant qu'un effet contre productif. Les rencontres ne sauraient se limiter seulement au sommet ou dans un cadre aseptisé. Il faut rebâtir une maison commune, définir une architecture rassem-bleuse, faire participer activement les militants, les structures, échanger, accepter de soumettre à une discussion réelle le programme de la future majorité, du futur gouvernement. On nous dit avec un peu de raison " -Oui, mais il y a un risque de cacophonie " Or il y a un
encore plus grand risque de n'être pas compris, pas entendu, et quand même divisés ans avoir fait d'efforts collectifs pour éviter cela. Ne pas accepter de donner la parole aux militants, aux partis, c'est encore plus risqué, c'est pousser chaque groupe dans ses retranchements, dans ses citadelles réelles ou présumées, c'est encourager une concurrence qui sera destructrice au premier tour et qui sera difficilement unitaire au second. Il faut préparer le second tour dès avant le premier, contrairement à ce que disent certains. Il faut rechercher les lignes de force unitaires de bas en haut. Il faut donner le ton du combat contre l'adversaire principal de façon à ce que des millions de gens s'y reconnaissent, à ce que les réflexes de désistement républicain se réveillent. Voilà pourquoi nous sommes favorables à des Etats-Généraux démocratiques et dynamiques de toute la gauche."
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- Tout l'automne, nous avons proposé au Parti socialiste d'y œuvrer puis nous avons mis sur pied, dans cette perspective, l'objectif plus limité mais très largement unitaire, "d'états généraux contre le Medef : nous voulions essayer, juste avant la bataille électorale, de maintenir ou recréer une dynamique unitaire de la gauche contre l'adversaire commun. On voulait ancrer le réflexe : "nous sommes dans un seul camp", avant que la campagne ne fasse rage. Cela n'a pas été un grand succès, 400 participants (on aurait pu faire plus, mais nous étions bien seuls !) ni compris, ni soutenu par la direction du parti, et pourtant c'était, on le mesure a posteriori, vraiment, la bonne idée, la bonne voie...
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- Pendant :
- on a ragé durant toute la campagne :
du social, du social... !
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- Dés février, encore plus en mars, et en avril, nos camarades se battent comme ils peuvent pour sauver ce qui peut l'être. Nous sommes éclatés, peu écoutés, peu associés, certes Julien Dray est au « conseil politique », ainsi que Jean-Luc Mélenchon et Marie-Noëlle Lienemann : à leur niveau, chacun d'eux rivalise pour essayer de peser, qui sur "le ton" de la campagne, qui sur un aspect du programme. Gérard Filoche n'est qu'au Bureau national et intervien-
dra chaque semaine, fortement encouragé, à plusieurs reprises par François Hollande, afin de fournir des argumentaires. C'est lui qui insistera, bien avant Pierre Mauroy, sur : "il faut parler des salariés, des ouvriers des employés..." Mais en vain... On sent vite mi-mars que ça pédale. On rage en réclamant "du social, du social" : on voit même Julien Dray dans le film "Coup de tonnerre" essayer de libérer la parole de Lionel Jospin, de ses conseillers technos, et Gérard Filoche (dans le film de Serge Moati) intervenir au BN, réclamant "du social"...
- Nos dirigeants ont animé prés de 100 réunions dans la campagne présidentielle... Nos revues, nos journaux, nos argumentaires, notre site, notre réseau de mail, tout a été mis au service de la victoire...
- Tous nos militants, ont partout, dépensé une énergie énorme en ce sens... Mais comme il est amer de souligner que, fréquemment, lorsque nous ani-
mions une réunion publique, nous étions applaudis, félicités, mais on nous disait immanquablement "Pourquoi le candidat ne parle pas comme vous ?"
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- Aurions-nous pu faire davantage ?
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- Oui. Tout à fait sûrement en travaillant plus collectivement, en confrontant mieux nos informations, en échangeant mieux nos perceptions, nos intuitions et en coordonnant nos efforts : il faut convenir que nous avons été éclatés, par les méthodes utilisées dans la campagne, et donc sûrement pas aussi efficaces qu'il aurait été possible.
- Or, la Gauche socialiste est un courant dynamique et plus puissant peut-être que chacun ne le pense. Quand on se déplace en province, qu'on voit tous les départements, on est séduits par la force de ce courant militant, compétent, actif, par ses cadres...
- Nous avons un poids extérieur aussi au Parti socialiste, nous lui apportons une image de gauche, de débat, de militantisme, jeune, syndical, mouvementiste, et théorique, qui lui est absolument indispensable...
Encore faut-il que cela soit mis en synergie au plan interne, ce qui n'a pas été le cas dans cette campagne ratée...
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Après la défaite du 21 avril,
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- Nous avons, par contre, été plus efficaces : dans des villes comme Le Puy, à Reims ou en Essonne, et dans bien d'autres villes, nous avons initié des assemblées générales, des réactions militantes unitaires et de masse, spectaculaires. Tout de suite, nous avons initié la mobilisation qui a débouché le Premier mai, proposé des candidatures uniques,un programme commun de gouvernement, des rencontres de toute la gauche.
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- Dès le 23 avril, nous avons fait une conférence de presse exceptionnelle, de 5 de nos camarades dirigeants, pour sonner le tocsin, afin de faire savoir qu'il fallait réagir haut et fort, entendre, le message des électeurs. Elle a eu un grand écho national et elle a fait savoir à tous dans quel sens, avec quel volontarisme nous nous battions, critiques, mais responsables, solidaires, mais déterminés à faire changer le cours du parti...
- Nous avons non seulement proposé l'unité à toute la gauche, mais aussi en incluant l'extrême-gauche.
- Ce sont les directions de LO et de la LCR, après le 21 avril qui ont refusé.
- Au fait à quoi servent les "révolutionnaires", il paraît qu'ils sont utiles dans les grandes crises, mais là, nous avons eu une grande crise, et ils ont été ramenés à 1 % ou 2 % des voix... Ils se sont divisés, ils n'ont pas appelé au désistement (cf. division au sein du BP dans Rouge semaine du 12 juin...) Et surprise, là où nous avions obtenu du Parti socialiste qu'il propose à la LCR ou à LO de parler dans des réunions communes, (ce fut le cas le 23 avril à Nantes)... Ils ont refusé. Voilà, la Gauche socialiste, au nom du Parti socialiste, en train de proposer le front unique à des courants qui se disent trotskistes et dont cela devrait être la politique, et ils la refusent !
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- Tous nos camarades jeunes se sont lancés dans la bataille pour préparer et réussir le Premier mai. C'est nous qui avons dit, dès le 23 avril, à la direction du Parti socialiste, qu'il y aurait un million de manifestants le Premier mai...
- Il y en a eu plus de deux millions au total dans toute la France... Sans doute un manifestant sur deux votait socialiste... et la direction du Parti socialiste était dans la rue à Paris (nous avions fortement, avec succès, cette fois, insisté en ce sens...)
- Nous n'avons pas eu de vraie discussion théorique ou pratique sur le vote Chirac, il s'est imposé à nous, "pour faire barrage à Le Pen" et 10,5 millions d'électeurs de gauche se sont mobilisés, seulement 8 millions d'électeurs de droite se sont reportés sur Chirac. C'était un vote de rejet pas un vote d'adhésion, un vote négatif pas un vote positif, un président prolongé pas approuvé,
un référendum contre Le Pen pas pour Chirac...
- Sans doute aurait-il fallu que les dirigeants du parti soulignent avec davantage de force le caractère non légitime de cette élection (et du même coup les institutions présidentialistes de la V° République) pour mieux préparer les 9 et 16 juin... Le débat sur la « cohabitation » aurait été plus facile à mener si la direction du parti avait plus frontale-ment mis en cause les institutions de la V° République, le « présidentialisme » et l'illégitimité de Chirac. Car c'était à Chirac de répondre : si la gauche gagnait partait-il ? Et, en revanche, s'il ne partait pas, tout se jouait clairement au Parlement, comme 70 % des Français le croyaient...
- Derrière cette question se retrouve notre vieux thème de la VI° République, qui, (cf. pages 12 à 15), a été réactivé par Arnaud Montebourg avec une réelle efficacité : nous devons travailler de
concert à remettre en cause les institutions de la V° République.
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- La 2° bataille pour le programme législatif :
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- Là encore on a bataillé du 23 avril au 7 mai, (cf D&S n° 95, mai 2002 où nous racontons toutes les péripéties de son élaboration et où nous publions les amendements refusés...) pour faire évoluer le programme du parti confié à nouveau à la rédaction de Martine Aubry. Nous pensions qu'il fallait symboliquement mettre en évidence que nous "avions compris les leçons du 21 avril" pour remobiliser les électeurs les 9 et 16 juin.
- Il fallait des signes forts. On a eu des signes modérés : sur les salaires, contre la précarité...
- Sans doute, une deuxième fois, n'avons-nous pas été assez collectifs, assez concentrés sur les questions essentielles, il y a eu des problèmes d'information, d'échanges d'arguments, de priorités de réunions, sous la pression des événements, mais nous avons encore essayé de rendre le programme le plus dynamique possible.
- Nous avons fait ce que nous avons pu, puis nous avons voté le programme électoral, comme nous l'avions fait en janvier. Mais nous avons expliqué alors clairement que c'était par volonté de ne pas entraver l'action électorale du parti, et précisé que "si c'était un programme de congrès, nous ne l'aurions pas voté !" (Cf. notre explication de vote au Conseil national du 15 mai...)
- Mais nos 27 camarades GS candidats aux législatives,(cf. A gauche juin 02) tout comme la direction nationale, ont
fait tout ce qu'ils ont pu pour réussir la campagne difficile, sournoisement étouffée par la droite qui faisait, avec les médias, de "l'antijeu" pour conserver son avantage.
- Nous avons repris le bâton de pèlerin et vérifié qu'il y avait partout des adhésions au parti, et que, dans les réunions, notre poids était grandissant. Il y avait repolitisation, et la mobilisation militante s'est maintenue. C'est vers la gauche que les nouveaux adhérents voulaient tirer le parti.
- Citons, pour exemple, des réunions à St Brévin-les-Pins (44) à St-Antoine-du Breuilh (24, près de Bergerac), à Bailly-Morainvilliers, (77), à Morsang-sur Orge (91) à Maurecourt (78) à Ste Florine (43, Haut-Allier), à Verdun (Meuse-Nord) où il y avait de 120 à 150 personnes, enthousiastes, déterminées, et où l'on sentait qu'on recrutait à la Gauche socialiste. Tous les camarades dirigeants qui ont fait le plus de réunions (Marie-Noëlle Lienemann, Jean-Luc Mélenchon, Julien Dray, Harlem Désir, Laurence Rossignol, Bernard Pignerol) ont le même sentiment et peuvent décrire des discussions passionnantes partout où ils sont allés.
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- On a publié de bons journaux, (D&S, À gauche) très conscients, quand on les relit, en temps réel, sur les problèmes et enjeux de ces deux campagnes. On a diffusé des dizaines de milliers de mails, repris et diffusés eux-mêmes au-delà de nos cercles, jour après jour, pointus, vifs, actualisés, réactifs, sur tous les grands sujets en débat. Un certain nombre de nos camarades ont eu accès aux médias, d'autres à la presse écrite.
On ne peut pas dire que nous n'avons pas tout fait pour réussir. Mais nous partageons la défaite et sommes secoués par elle, comme toute la gauche, (et toute l'extrême-gauche, son sort, quoiqu'elle en dise a été totalement lié à celui de la gauche) et comme tout le Parti socialiste. Nous avons eu certes des disfonctionnements, et nous les reconnaissons, mais il était dur de travailler si longtemps... car cela fait près d'un an que nous avons donné dix heures par jour pour... une victoire qui n'est pas venue.
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- Les incertitudes
sur la direction du parti
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- Évidemment, cela devait tanguer. Dès le soir du 21 avril, les fabiusiens pensaient que ça allait être "leur tour". Les pressions commencèrent aussitôt, le soir
même Laurent Fabius s'imposa à TF1 et on les a vu venir avant même... le résultat du scrutin du 16 juin, et la dispute sur la nomination de Laurent Fabius comme porte-parole.
- Certes, nous avions tout à jouer en nous plaçant auprès du Premier secrétaire, François Hollande, dans une position présente, active, déterminée : nous méritions cela par notre activité et nos idées. Un congrès est nécessaire, pas trop tôt pour que le débat puisse réellement avoir lieu, mais pas trop tard pour que les événements ne soient pas oubliés. Tout s'est télescopé : la réorganisation de la direction du parti, ne doit pas avoir une portée susceptible de remplacer le débat d'idées et les décisions futures du congrès.
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Julien Dray a pris position publique dès mardi 18 juin, à midi, pour dénoncer le sens de la nomination prématurée et non concertée de Laurent Fabius au poste de porte-parole. Ce n'est pas une question de personne ou de compétence, il n'y a aucun ostracisme, ni irrespect, mais, il s'agit d'une question politique : préparons un vrai congrès ouvert, pas une négociation d'appareil, déjà tranchée par la répartition des postes.
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- Que cela ne soit pas présenté comme une exclusive ! Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn ont évidemment toute leur place dans la direction du Parti socialiste, mais si c'est eux qui le dirigent et qui en sont les principaux porte-paroles, ce parti restera dans l'opposition pendant longtemps. Si ce parti ne sait pas se relier en priorité au mouvement social, à la résistance aux projets de la droite au pouvoir, il n'y aura pas de rénovation de la gauche. Les dirigeants qu'il faut au Parti socialiste, doivent être perçus positivement dans l'électoral socialiste populaire, dans les syndicats, les associations, parmi les salariés, auprès de nos partenaires de la gauche, et pas seulement dans les couches supérieures du salariat ou des professions libérales ou dans la technocratie.
- Si on ne peut promouvoir des dirigeants capables, dans leur vécu, dans leur manière d'être, dans leur culture, d'être des porte-paroles convaincus du salariat, des défenseurs des droits élémentaires des opprimés et exploités, on ne fera pas face à nos tâches sociales dans l'opposition, ni à l'occasion d'une nouvelle alternance.
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- Qu'est-il
arrivé entre le
18 et le 29
juin à la
direction
du PS?
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- Un secrétariat inclusif ouvert à tous les courants, Laurent Fabius "n° 2" Quatre membres de la Gauche socialiste au lieu de deux...
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- C'est apparu comme une tempête dans un verre d'eau. Mais il s'en est fallu de peu que ce ne soit un mini-putsch : avant même que nous ne débattions, des arrangements de direction ont failli anticiper sur les décisions des militants. Malgré ses efforts, Laurent Fabius n'a pu être ni président du groupe parlementaire, ni "porte-parole" du Parti socialiste.
- Par la bouche de Julien Dray, la Gauche socialiste s'y est opposée. En d'autres temps, nous n'aurions rien empêché, et n'aurions même pas été écoutés. Mais là, nous avons stoppé cette offensive. Laurent Fabius est donc n"°2" : alors que cet homme veut pourtant bien être tout, mais surtout pas n° 2.
- Non pas que nous ayons bataillé sur une question de personne mais nous n'avons pas voulu qu'un signe soit donné à quiconque, selon lequel, le débat serait
tranché avant qu'il n'ait commencé. Donc nous avons milité pour que les aménagements au secrétariat du Parti socialiste soient purement fonctionnels, sans autre portée symbolique cachée.
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- Nous étions déjà au secrétariat, représentés par deux camarades, Laurence Rossignol et Julien Dray. On nous a proposé d'y faire entrer deux autres, Marie-Noëlle Lienemann et Jean-Luc Mélenchon et de confier à Gérard Filoche la tâche d'animer la commission de préparation du congrès pour la Gauche socialiste : pourquoi refuser ?
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- On regrette qu'Henri Emmanuelli, lui, ait voulu faire un symbole de son départ : nous aurions pu agir mieux ensemble au secrétariat. Pourquoi l'aile gauche donnerait-elle d'avance publiquement le signe qu'elle est partante, qu'elle est "en dehors" ou battue ? Considérons que rien n'est joué, que le débat ne va traverser, re-découper les courants, que la majorité peut être gagnée à gauche, et que nous ferons bloc avec le courant Emmanuelli...
- Puisque la majorité a proposé de nous donner des responsabilités au secrétariat, librement, sans même une condition de solidarité politique, notre réflexe, c'est d'y prendre une place active, pourquoi s'en priver ?
- Notre but, c'est de gagner la majorité, pas seulement de développer une aile gauche (qui n'est qu'un moyen pour cela...). Pour cela, on mènera le débat
partout, du sommet à la base, tout en agissant le mieux qu'on pourra, côté "travaux pratiques" ! Il risque d'y avoir des luttes et des batailles parlementaires âpres, être au secrétariat nous donnera l'autorité pour trancher bien des questions...
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Et si on échoue dans ce cadre ? S'il y a trop de désaccords, qu'on n'est pas entendu, qu'on perd notre temps dans ce secrétariat, il sera toujours temps d'aviser, d'en appeler aux militants. Mais, aujourd'hui, pas de préjugé, ce sera peut-être d'autres qui s'en iront, qui sait, peut-être des droitiers qui seront mal à l'aise...
Voilà le sens de ce qui a "agité le bocal" de la direction... et qui a eu tant d'échos dans les journaux.
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- Bien sûr, nombreux sont les militants auxquels il n'a été présenté que des querelles de personnes rebutantes. Il est certain que la grande masse des électeurs de gauche ne sont pas passionnés par cela, ils attendent le débat sur le fond. Nous sommes, nous, avides également du débat et nous ne les décevrons pas ! Qu'ils viennent à nos rencontres de Nantes, (nous y attendons plus de 800 participants) puis à La Rochelle (il y aurait 1700 inscrits). Puis ils liront nos contributions et notre motion. Il est certain que les 15 000 adhérents nouveaux au Parti socialiste seront à l'écoute de leurs dirigeants, et aussi de nous-mêmes, lorque nous leur parlerons avec l'autorité de la direction...