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A Henri Emmanuelli et à ses camarades
 
Lettre ouverte à nos camarades de la motion 3
 
Chers ami(e)s, chers camarades,
 
Parce que vous et nous sommes proches dans les combats politiques, nous croyons important de dialoguer avec fraternité pour mieux nous rapprocher et unir nos forces.
C'est d'autant plus important après le 21 avril, le 1" mai, le 5 mai, les 9 et 16 juin 2002, après le retour d'une droite menaçante au pouvoir et, aussi, après ce qui vient de se passer, plus modestement, au Conseil national du Parti socialiste le 29 juin dernier.
Nous avons des analyses assez proches sur les causes et conséquences des quatre récents scrutins perdus par la gauche. Mais nous n'avons guère eu le temps d'en débattre. Nous avons subi le choc des événements tout en ayant tenté de les éviter, de les limiter, de les corriger. Bien souvent, nous avons vu et exprimé les problèmes à temps. Mais convenons-en, il nous a manqué une concertation régulière et sans doute de l'efficacité faute d'avoir conjugué nos volontés, nos prises de position.
 
Nous nous adressons à vous parce que, sur une question tactique, une nouvelle fois, nos chemins viennent de se recroiser. Alors que nous choisissions de nous maintenir au cœur des mécanismes de décision de notre parti, vous choisissiez de vous en écarter.
Votre choix est provisoire, nous le savons. Et le nôtre n'est pas définitif, vous le savez.
Mais ne pouvions-nous pas éviter cela ?
Selon nous, oui. Nous aurions pu faire un choix commun.
Selon nous, cela nous impose de penser en de meilleurs termes nos rapports.
Car même si nous ne sommes pas d'accord sur tout, loin s'en faut, nombreux sont les membres du Parti socialiste, et les partisans actifs de la gauche qui nous perçoivent, vous et nous, comme "la gauche" du parti. C'est-à-dire comme un pôle possible fort pour réorienter celle-ci.
 
Réfléchissons : ce n'est pas la première fois qu'ainsi nous faisons un choix tactique différent. Lors du Congrès de Grenoble, vous aviez annoncé d'em- blée que votre ambition était de parvenir à une synthèse, nous ne voulions pas en préjuger. Finalement, lorsque, dans la commission des résolutions, nous avions rompu sur la question des salaires, vous aviez suivi sur la question du Pare. Et nous nous sommes retrouvés tous, dans l'opposition, côte à côte, tout en participant, également au secrétariat, au bureau national, à l'animation du Parti autant que nous pouvions.
Nous avons parfois travaillé étroitement pour déposer un texte commun au congrès du Parti socialiste européen, nous avons fait de même en nous accordant sur quatre amendements de poids, lors de l'adoption du "projet 2002 " des socialistes.
Nous avons oeuvré, parfois séparément, lors des différentes conventions de l'année 2001, soit parce que vous privilégiez des amendements, soit parce que vous privilégiez des contributions globales. La forme nous séparait tandis que le fond nous unissait;
Certes, nous nous distinguons - sans avoir pris le temps d'en débattre - sur des questions comme sur le financement de la Sécurité sociale, la remise en cause du présidentialisme, ou, par exemple, le retour aux 37,5 annuités de cotisations pour les retraites.
Mais nous livrons un combat similaire pour une refonte de la fiscalité, pour la défense des services publics, pour une Europe sociale, pour une redistribution des richesses du capital vers le travail.
Et nous sommes opposés, vous et nous au "social-libéralisme", à la prétendue "troisième voie", et nous souhaitons reconstruire un combat uni de toute la gauche, pour une véritable transformation sociale.
 
Il y a là suffisamment de points communs pour resserrer nos liens, rapprocher nos tactiques, marteler les objectifs qui nous tiennent le plus à cœur.
C'est pourquoi, tirant les leçons des deux dernières années, nous vous proposons de mettre en place un instrument régulier, collectif, de liaison, entre nos deux équipes de direction. Avec des rencontres régulières, des échanges sur le fond, et une volonté d'accorder nos tactiques, sous une forme souple, mais mieux organisée, nous accentuerons ce qui nous unit, et nous attirerons davantage de militants, la gauche toute entière nous entendra mieux.
Nous vous avons déjà proposé cette façon de travailler en commun, à plusieurs reprises dans des contacts informels. Après avoir consulté notre conseil national, samedi 22 juin, (il a été unanime à ce sujet) et au vu des circonstances récentes, nous vous le proposons fraternellement.
 
pour le collectif d'animation de la Gauche socialiste