

Gauche socialiste
Projet de thèses pour rencontres d’été de
Nantes 2002 de la
« République sociale »
« version courte » :
Avertissement
Aux camarades de la Gauche socialiste
Conformément
au mandat reçu voilà un projet détaillé de » bilan et de perspectives »,
sous forme de
thèses dont vous trouverez le plan et le contenu ci-dessous.
Soucieux de nos
décisions collectives en direction,
ce texte est parvenuen temps
utile, pour qu’ils puissent y
cotravailler, par mel, à tous les dirigeants et militants responsables,
correspondants, - au fur et à mesure de son élaboration du 3 au 20 août.
Beaucoup de ces
responsables, et camarades, ont réagi, amendé, même changé ce texte sur bien
des paragraphes. Il tient donc largement
compte des remarques, corrections, amendements des plus diligents d’entre
nous.
Il a été aussi tenu compte, au mieux, de tout ce qui a déjà
été dit lors des dernières réunions du 22 juin, 29 juin, 2 et 9 juillet.
Toute une partie
reprend ce qui a été adopté unanimement lors du « bilan » de notre
Conseil national le 22 juin dernier, en présence de prés de 250 camarades.(Et
qui a été reproduit dans le « spécial été n°96 de Démocratie &
socialisme).
Il y a une version courte (100 000
signes)(même « taille » que les théses de Nantes 2001.
Et une version longue (200 000 signes) qui
introduit chiffres et argumentaires pour tous ceux qui voudront approfondir et
s’informer.
Bien sûr, les
projets que vous avez entre les mains ne sont encore qu’un « brouillon »
qui vous est démocratiquement soumis. Ce sont les militants réunis qui
décident.
L’ordre du jour que
nous avons fixé collectivement pour ces
rencontres de Nantes consiste
principalement à discuter de cette base politique.
Vous pouvez encore
amender, modifier, transformer ce document : nous avons pour espoir d’en
adopter « la ligne générale » (ce qui signifie, non pas les détails,
bien sûr, mais l’orientation, le fil
conducteur...) Que cela ne vous empêche
pas de suggérer détails quand même : s’ils ne sont pas de « ligne »
ils seront quand même utiles pour rendre meilleur le texte lors de sa
publication définitive.
L’existence de la
GS nous dépasse tous, et nous englobe tous, elle a une portée nationale et
internationale. Elle est le fruit de longues années d’efforts communs.
Réfléchissons
: la politique reste et restera plus
forte. Ayons d’abord, aprés ce terrible
événement du 21 avril, des théses de
référence commune. C’est la condition pour avancer : elle est réalisable
puisque que le 22 juin, nous avions déjà unanimité sur le rapport de bilan
effectué
Nul n’est piétaille
dans ce débat, ce sont les militants de la Gauche socialiste qui ont à trancher
collectivement.
Ce qui compte, c’est
ce qui est discuté collectivement dans nos instances. Rien d’autre n’engage le
collectif Gauche socialiste, la République sociale que ce qui est décidé
ensemble.
Pour la République sociale
Pour la VI° République !
Une république fédérale d’Europe
et la mondialisation des droits !
Plan : 4 thèses
1 ière thèse : quatre parties
2° thèse : deux parties
3° thèse : une partie
4° thèse : une partie
Tirer le bilan du 21 avril
1: la catastrophe
1-A : rien ne doit minimiser...
1-B : pas « la faute aux autres »...
1-C : signes avertisseurs...
1-D : En Europe aussi...
1-E : gauche pourtant forte...
1-F : deux causes profondes
2 : bilan mitigé du gouvernement Jospin
2-A : aspects positifs et négatifs
2-B : la Gauche socialiste a pesé
2-C : mais pas assez
2-D : au niveau européen
2-E : les 35 h
2-F : les retraites
2-G : sécurité et justice
2-H : licenciement
2-I : inégalités
2-J : urgences sociales
3 : mauvaise campagne
3-A : pas d’idéal socialiste
3-B : programme catalogue
3-C : Le Pen
3-D : l’abstention
3-E : mécanisme institutionnel
3-F : PS
central
3-G : Chirac
Pyrrhus
4 : défaite institutionnelle pas sociale
4-A : gauche pouvait gagner
4-B : droite enhardie
4-C : rien n’est écrit

1°) Defendre un idéal socialiste ?
1-2-A : à qui les socialistes s’opposent-ils ?
1-2-B : quelle force sociale représentent-ils ?
1-2-C : pas les « couches moyennes »
1-2-D : pas les « exclus »
1-2-E : un patronat pas homogéne
2°) combattre pied à pied Chirac-Raffarin-Juppé
2-2-A : état pénal, état social
2-2-B : défendre l’état volontaire
2-2-C : services publics
2-2-D : salaires, smic
2-2-E : 35 h assouplies ?
2-2-F : assaut contre nos retraites
2-2-G : fracture sociale
2-2-H : démocratie et sécurité sociale
2-2-I : école publique
2-2-J : santé pour tous
2-2-K : environnement
2-2-L : vivant
Un autre monde est possible
3-A : rompre avec le capitalisme
3-B : après la chute du mur de Berlin
3-C : le peuple mondial s’éveille
3-D : Europe fédérale et sociale
3-E : Gauche socialiste internationaliste
3-F : République sociale universelle
Les moyens de la reconstruction
4-A : Gauche socialiste courant de la société
4-B : Un grand parti de la gauche
4-C : Débat citoyens à gauche
4-D : Vers un front uni de la gauche
4-E : Gauche socialiste et Parti socialiste
Première partie
Tirer sérieusement le bilan de la défaite
de la gauche plurielle et du PS en avril-juin 2002
pour faire à une droite de combat qui a tous les pouvoirs
1°) La catastrophe du 21 avril
1-A
Rien, dans le
temps qui passe, ne doit minimiser...
... dans les analyses de la gauche française, l’importance
de la défaite historique qu’elle a connu le 21 avril 2002.
Il ne faut pas cacher, ne pas diminuer, ne pas oublier,
mais expliquer à fond, comprendre, prévenir tout recommencement. Aller aux
racines.
Il a fallu pour que la gauche plonge ainsi dans la
déroute, que se creuse une terrible incompréhension entre ses partis, ses
dirigeants et la majorité écrasante de sa base sociale naturelle.
1-B
L’erreur fatale serait, de
la part des socialistes, d’attribuer « la faute aux autres » :
en vrac, aux « abstentionnistes », à « ceux qui ont dispersé
leurs voix », à la « diversité de la gauche », aux « gauchistes
qui divisent », à tous ceux qui n’ont pas compris, ne se sont pas rendu
compte, n’ont pas vu le danger, etc... Et puis de faire comme si de rien n’était,
continuer comme avant.
Car il faut bien rendre compte du problème clef : de la
coupure entre la direction principale de la gauche, socialiste, et sa base
populaire.
1-C
Ce n’est pourtant pas faute
de signes avertisseurs : lors des élections municipales déjà,
nombreux avaient été les observateurs, dans la gauche plurielle et dans le
Parti socialiste à tirer le signal d’alarme dés le 14 mars 2001 lorsque l’abstention
avait été forte aux élections municipales et lorsque la gauche, trop souvent
divisée, avait, de façon surprenante aux yeux de beaucoup, perdu de nombreuses
villes
Nous avions insisté avec force sur la nécessaire fusion
entre le Parti socialiste et le mouvement social radical, entre la gauche
institutionnelle et la gauche militante, « motivée ».
1-D
Lors de nombreux autres
scrutins européens, la social-démocratie s’est vue, ces dernières années,
sanctionner, l’Europe rose laissant la place à une vague bleue...
Alors que la gauche était au pouvoir dans 13 pays sur 15, au sein de l’Union
européenne, en 1997, peu à peu, cette situation s’est inversée.
Au lieu de répondre aux attentes des peuples et d’engager
le chantier de l’Europe sociale, les différentes directions des partis
sociaux-démocrates, ont subi l’Europe libérale, monétaire, marchande,
aboutissant à redonner les pouvoirs aux technocrates, aux multinationales
toutes puissantes, et aux partis de droite soucieux de déréglementer les
services publics, de rogner les interventions économiques des états et des
citoyens.
Ainsi, on a assisté à un renversement, non pas fondamental,
mais dangereux ou différentes extrêmes droites, nationalistes, réactionnaires,
xénophobes, progressaient tandis que les partisans de la redistribution des
richesses, de la lutte contre les inégalités, les adversaires de la dictature
de la finance et des actionnaires, reculaient. Non pas que « la partie
soit jouée », le retour du balancier n’est pas complet, mais il est assez
indicatif pour que des leçons communes, européennes soient également tirées.
1-E
Pourtant, les forces
populaires des différentes gauches ne sont pas vaincues, ni réellement
minorisées : en France, même le 21 avril, il y a eu 42,96 % au total
des voix de gauche contre 40, 56 % au total des voix de droite.
en Europe aussi, il y avait de grands espoirs et une
grande combativité : soulignons que de Porto à Goteborg,, de Nice à Laeken, de
Gênes à Barcelone, Séville et Rome, depuis 1997, ce sont chaque fois,
régulièrement, des centaines de milliers de manifestants, parfois des millions
qui ont défilé pour l’Europe sociale, avec leurs syndicats et leurs
associations, type Attac.
Il est quand même contradictoire de constater que les
mobilisations montent et que le cours politique dominant semble inversé.
1-F
Nous jugeons
qu’il y a deux causes profondes au 21 avril :
La première, c’est le bilan du gouvernement Jospin qui
était nettement « mitigé » (comme nous l’avions analysé à Nantes en
août 2001). C’est un bilan partagé, positif et négatif, pas unilatéral. On
pouvait certes souligner qu’il était « le plus à gauche d’Europe ».
Et en même temps, au plan intérieur il était nettement en dessous des exigences
sociales des salariés et du peuple français, ce qui l’a perdu. Il s’est
effectué une coupure avec les attentes populaires, les urgences sociales.
La deuxième cause est dans la campagne conduite par Lionel
Jospin : elle a été mauvaise et n’a pas su dessiner un projet de transformation
sociale assez radical pour séduire ceux auxquels il était vraiment censé s’adresser.
Pas de projet de changement de société, trop gestionnaire, pas de souffle
global, rien de consistant pour le salariat.
La présidentialisation accrue des institutions par le
double effet de la réduction du mandat présidentiel et l’inversion du
calendrier nous a affaibli . D’abord ce système privilégie le choix des
personnes sur les choix collectifs et de fond, ensuite la non introduction d’
une part de proportionnelle aux législatives pousse chaque force politique de
gauche à se compter lors des scrutins nationaux .Notre défaite a été largement
causée par cet excessif émiettement des
forces de gauche et singulièrement de la gauche plurielle.
2°) Le bilan du gouvernement de Lionel Jospin était
mitigé :
2-A
Nous refusons un bilan unilatéral. Il y a des aspects
positifs dans le bilan de Lionel Jospin, et pas seulement des aspects négatifs.
Nous combattons la double idée fausse selon laquelle, il aurait « agi
comme la droite », et il aurait « été social-libéral comme Blair ».
Justement, dans le rapport de force français et mondial,
le gouvernement « rouge-rose-vert » de Lionel Jospin avait des
caractéristiques plus avancées, qui le distinguait significativement de la
droite et des tenants de la « troisième voie » Clinton-Blair. Il est
davantage comparable à ce que fut le premier gouvernement de la gauche en
1981-82. Il a opéré certains choix volontaires que le reste de la
social-démocratie européenne a refusé : les « 35 h sans perte de salaire »,
des droits nouveaux du travail, le maintien des retraites, la CMU, l’APA, mais
aussi le PACS, la parité, l’IVG, le non-cumul des mandats... La France était,
après novembre-décembre 95, la défaite de Chirac en 97, et au terme des cinq
ans de la gauche, en 2002, un des pays au monde les plus avancés socialement,
Cela provient d’un « résultat différé » de
Novembre Décembre 1995 et de la mise en place d’un gouvernement de coalition
rouge rose verte. Cela provient aussi de ce qu’au cours des années 1997 - 2000,
la combativité des salariés (nombre de jours de gréve, durée des grèves,
caractère massif des grèves, priorité revenue aux revendications salariales,
etc.) a été remarquablement dynamique et croissante : pour la première fois
depuis les années 70, l’activité sociale se redéveloppait à un rythme suivi et
fort.
Tous ces choix l’ont réellement distingué du reste de la
social-démocratie. Ceux qui ont intérêt à le nier ou à le sous-estimer privent
la gauche d’autant de point d’appui, de référence sur ce qui est possible, vers
la politique que nous voulons. Ni Laurent Fabius, ni Dominique Strauss-Kahn n’ont
apprécié les aspects les plus avancés des 35 h ou de la loi de modernisation
sociale. En vérité, nous nous félicitons, de ce que le socialisme français ait
plutôt été un pôle de résistance au social-libéralisme, et à « la
troisième voie » façon Blair...
2-B
En tant que
Gauche socialiste, nous avons pesé.
Nous qui avons été au gouvernement, et qui avons bataillé
au sein du Parti socialiste, à tous les niveaux, et aussi, dans les mouvements
sociaux, en faveur d’un certain nombre de ces choix, nous soulignons les « aspects
positifs » et refusons les amalgames réducteurs avec les « sociaux-libéraux ».
Nous n’avons pas été inutiles, nous avons pesé, insuffisamment ô certes, sur le
cours des choses, du congrès de Brest à celui de Grenoble, des campagnes
municipales à la présidentielle...
Les droitiers « blairistes » et l’extrême gauche
tirent déjà dans deux sens opposés à propos du bilan, ils vont chercher à
cliver, à faire disparaître le rôle de la « gauche plurielle », à
diminuer les débats au sein du parti socialiste, à faire reculer la nécessité d’alliances
avec les Verts, le PCF, etc...
Ils vont dénaturer aussi bien le bilan que la campagne de
Lionel Jospin pour mieux prôner l’existence de « deux gauches » aux
projets inconciliables, creuser le fossé entre gauche « institutionnelle »
et gauche « radicale », entre la social-démocratie et le mouvement
social
On remarquera l’analyse de Laurent Fabius analysant la
défaite comme un refus de l’assistanat et le manque de ciblage sociale des
aides publiques. Cette thématique est celle qui fut développée par Tony Blair
pour conditionaliser et réduire les prestations publiques au nom d’une certaine
moralisation des soutiens de l’Etat.
2-C
Mais pas
assez
Cette politique « rouge, rose, verte », celle de
la loi pour des 35 h sans perte de salaire, de lutte prioritaire contre le
chômage, était la nôtre mais elle a été conduite en deçà des impatiences
sociales, des urgences, elle ne corrigeait pas les effets ravageurs de la
longue crise, et a déçu.
Tiraillé dans tous ses choix, depuis le début, Lionel
Jospin n’a cessé d’arbitrer « en équilibre », il a osé des avancées
sociales, mais il les a pondéré par des « contre-parties », des
habillages, qui, sans ruiner tout à fait les effets recherchés, les minimisait,
et ouvrait la porte béante aux contestations, aux mécontentements justifiés.
Nous avons, avant, en 1996, dans la foulée de Nov-déc 95,
fait progresser le programme du Parti socialiste dans les conventions de mars,
juin et décembre 96.
Nous avons, pendant cinq ans, dés Amsterdam et jusqu’à
Barcelone, dès le congrès de Brest, et à Grenoble mené une bataille pour
orienter le gouvernement afin qu’il ne connaisse pas cette issue tragique.
Une leçon décisive de toute cette période : nous ne
pouvons gagner en ordre dispersé ni seulement en interne. Nous ne pouvons
gagner sans grouper nos forces, nos cadres, nos dirigeants et frapper du même
coup en même temps sur le même clou.
Et surtout nous ne pouvons gagner en nous situant
seulement en position de « conseillers » : il faut avoir une assise
suffisamment importante dans le mouvement de masse, prendre des initiatives
publiques, extérieures, dans le mouvement social. Même si nous avons un bon
rapport de force interne, ça ne suffit pas, nous ne serons écoutés qu’en ayant
un rapport de force social.
2-D
Nous nous sommes battus pour
une réorientation de la politique européenne : d’Amsterdam
à Barcelone, l’acceptation de compromis, sans bataille ouverte, sans
orientation compréhensible, a abouti à laisser en permanence l’Europe libérale
l’emporter.
Parce que la situation économique était bonne, il n’y
avait pas d’inflation, le commerce extérieur était excellent, les déficits
limités, une politique de relance était possible, les critères de Maastricht et
d’Amsterdam ont été relativisés.
Mais dés qu’au milieu 2001, des nuages noirs se sont
amoncelés dans la situation économique internationale, le carcan des critères
maastrichiens s’est refait sentir, les mises en garde contre les déficits,
rigueur, ont recommencé, l’échéance de 2004 est réapparue.
Et à Barcelone, le 23 mars 2002 en pleine campagne
électorale, Lionel Jospin est obligé de côtoyer, comme en juin 1997, Jacques
Chirac en faisant mine de s’entendre avec lui... et d’accepter des mesures
indignes sur les retraites et contre les services publics !
Pire : Lionel Jospin a même engagé la polémique électorale
en accusant Chirac de faire des promesses incompatibles avec le « déficit-zéro »
exigé par les libéraux à Barcelone !
Il fallait, il faut accuser Chirac du contraire : de ne pas
se battre pour desserrer l’étau du « déficit zéro » fixé en 2004. D’autant
qu’en Europe nous n’étions pas les seuls à vouloir le faire !
2-E
Les 35 h : il a
fallu cinq ans, deux lois, des dizaines de décrets et de circulaires, des
dizaines de milliers d’accords ad hoc, 105 milliards, une « usine à gaz »
juridique, pour permettre à une partie trop restreinte des salariés d’obtenir
les 35 h.
Autant le projet était grand et conquérant, historique,
autant il a été géré petitement, en multipliant les concessions à un patronat
pourtant délibérément hostile et décidé à saboter le projet par tous les
moyens. Ainsi, il peut apparaître dans l’opinion, dans les sondages, une
perception mitigée des 35 h : tous les maux du monde leur ont été attribuées
(gel des salaires, flexibilité, annualisation, augmentation des cadences, non
embauche, « travail à deux vitesses, forfaits-jours, etc... selon la
taille des entreprises, les branches, ou le secteur privé ou public..)
L’article n°1 des deux lois « Aubry » - la durée
légale à 35 h - est pourtant une avancée fantastique, aussi importante que les
40 h en 36, les 39 h et la cinquiéme semaine en 82. Les jours de réduction
du temps de travail s’ajoutent aux congés payés : on est ainsi passé, grâce à
la gauche, entre 1936 et 2002 de deux semaines à six semaines de congés payés,
record dans le monde.
La réduction du temps de travail est l’instrument
privilégié de lutte contre le chômage de masse : si elle n’a créé que 400 000
emplois, c’est en raison des timidités d’application et, bien sûr, des
résistances énormes, du sabotage, de la « guerre » déclarée menée par
le patronat.
Mais il aurait été possible à tout moment de faire
autrement et mieux : la Gauche socialiste, n’a cessé de le redire, de proposer
des aménagements précis, argumentés, réalistes, aux deux lois du 13 juin 1998
et du 19 janvier 2000.
Le pire est que le Parti socialiste et son candidat aient
même donné l’impression de « tourner » sur le bilan des 35 h et ont
décidé de ne pas mener campagne sur ce théme. Ainsi s’explique « l’oubli »
incroyable pendant la campagne électorale, de ces 35 h, réduites en une ligne,
page 4 du programme du candidat : contresens, erreur politique et pédagogique
considérable alors que 9 millions de salariés (4,5 millions dans les
entreprises de moins de 20 salariés 4,5 millions dans le secteur public) ne « découvraient »
lesdites 35 h qu’à partir du 2 janvier 2002, en février et mars, en pleine
campagne.
Et Laurent Fabius a même imposé un « assouplissement »
des 35 h pour les entreprises de moins de 20 salariés : c’est ainsi que le
contingent annuel d’heures supplémentaires est porté à 180 h (... en 2004) et
que des millions de salariés ne verront que du feu en guise de 35 h...
Il aurait fallu une politique offensive, convaincue et
pratique pour en développer tous les avantages : avoir fait l’impasse sur cette
question centrale fut une immense erreur - encore sous-estimée gravement par la
direction du parti.
2-F
La question des retraites
fut tout aussi mal utilisée. Car Lionel Jospin a eu un rôle concret positif :
il a protégé nos retraites pendant cinq ans, dans la foulée de la grande gréve
de novembre décembre 1995 qui les avait déjà vigoureusement défendues contre le
gouvernement Chirac-Juppé.
Finalement, en abrogeant la loi Thomas sur les fonds de
pension (tardivement, 17-1-02, loi de modernisation sociale), en défendant la
retraite par répartition (intervention en mars 2000, rapport du COR, décembre
2001), et l’âge de départ officiel à 60 ans, (y compris après Barcelone, 23
mars 2002) en demandant des rapports différents de l’exécrable « livre
blanc » de Michel Rocard, en mettant en place un « fonds de réserve »,
en refusant toutes les pressions, pourtant forcenées, du Medef contre les
retraites complémentaires, (blocage du 31-12-00, accord du 11 février 2001 avec
détournement de 16 milliards, trois mois de cotisations!) le gouvernement
rouge, rose, vert, a répondu aux attentes des Français.
La question des retraites, comme celle du Smic, de l’Ecole
et de la « Sécu » compte parmi les grandes questions décisives dans l’opinion,
la culture, les « réflexes sociaux » profonds des Français. Elle est
même au « palmarès » des préoccupations et elle a, rappelons-le,
suscité encore une fois, la plus grande manifestation de la législature, le 25
janvier 2001.
Mais, paralysé par ceux, comme Laurent Fabius, qui
estimaient qu’il était « aussi courageux d’aligner les fonctionnaires sur
les 40 années de cotisation du privé... que d’être contre la peine de mort en
1981 », (intervention faite à L’Atelier, pendant la campagne, cf.
Libération) Lionel Jospin a laissé percer, dans les rangs de ses proches, des
intentions contradictoires, négatives, inquiétantes pour des millions de
salariés !
Paradoxe : le
gouvernement refusa en novembre 2001 le principe de verser une retraite à
taux plein à ceux du privé qui avaient travaillé 40 ans... et le candidat le proposa en mars 2002.
Pourtant, la Gauche socialiste avait argumenté sur l’importance
de cette question et de nombreux votes dans les fédérations avaient démontré qu’une
immense majorité du Parti socialiste, (et de toute la gauche, et de la France...)
étaient favorables à un retour aux 37,5 annuités pour tous, privé et public.
2-G
La question de la sécurité
et de la justice ont été aussi des terrains de débats en grande
partie ratés.
Les avancées sociales de la législature « rouge rose
verte » n’ont pas suffi à faire reculer les dégâts antérieurs de la crise
économique. Trop de misères, trop de chômage de longue durée, trop de jeunes
sans emploi, trop de quartiers ghettos, trop d’économie parallèle, trop de
délinquance, le cancer était profond dans nos villes, nos écoles, nos hôpitaux.
Il fallait non seulement que la France « aille mieux » mais que les
Français sentent massivement que l’immense majorité d’entre eux « allait s’en
sortir »...
Dégradation des quartiers, certains devenus zones de non
droit, recul des services publics, policiers tués, accidents du travail en
hausse, accidents de la route catastrophique, violences à l’école, drogue, l’insécurité
est multiforme et plus gravement ressentie en période de sortie de crise, de
relance.
Des années de destruction du tissu social, de la vie
associative, syndicale, politique, de l’encadrement de la jeunesse, des espoirs
ne pouvaient s’effacer naturellement, par simple effet de la croissance ‘Cf. « L’état
de violence », Julien Dray) .
Le libéralisme a mis en péril le modèle républicain.
L’insécurité était le reflet du libéralisme régnant, peur
du lendemain, de la perte d’emploi, du logement insalubre, de la banlieue
grise, peur des « vieux jours », peur de l’isolement, de « l’autre »,
de l’étranger, de la petite délinquance de proximité qui met en jeu les maigres
et rares biens, tout cela a été longuement exploité par l’extrême droite et la
droite chiraquienne. Tout comme l’immigration, c’est un leitmotiv réactionnaire
prégnant.
Là encore la Gauche socialiste s’efforçait concrètement de
pousser le gouvernement à répondre plus activement aux « urgences sociales »
: mais c’était se heurter frontalement à ceux qui avaient décidé que, « pour
gagner il fallait baisser les impôts » !
Lionel Jospin reconnaissait pourtant souvent dans presque
tous ses discours qu’il y avait des « impatiences sociales ». Mais il
ne les a pas traités de manière assez radical, assez rapide, assez profonde.
Il fallait engager plus frontalement une politique de « sécurité
globale » tous azimuts, incluant prévention, éducation des jeunes, école,
insertion, emploi, réhabilitation des logements, redéploiement des services
publics (dont la police républicaine, les éducateurs sociaux, une justice plus
efficace).
Cette politique de sécurité globale fut défendue par la
Gauche socialiste, illustrée, détaillée avec tous les éléments de prévention, d’éducation
et de fermeté nécessaires. Mais on laissa accréditer l’idée qu’il n’y avait « pas
de différence » avec la droite sur ce terrain et celle-ci finit par réduire
les réponses à l’insécurité sociale à la seule répression policière.
Aidée par des médias presqu’entiérement contrôlés par des
toutes-puissances financiéres hostiles à la, gauche.
2-H
La question du droit du
licenciement est de même nature dans le bilan et dans la campagne
électorale.
Lionel Jospin avait repris en mai-juin 97, la proposition
de la Gauche socialiste de rétablir une forme de contrôle administratif sur les
licenciements. Elle figurait dans son discours d’investiture devant l’Assemblée
nationale.
Nous avions proposé un dispositif adapté, de type nouveau
pour permettre à la puissance publique de venir en appoint aux luttes
syndicales, aux institutions représentatives du personnel et pouvoir dire « stop »
aux licenciements dits de convenance boursière, y compris aux licenciements
abusifs individuels qui minent la vie de tant de « petits »
salariés...
Aucune des promesses initiales ne fut mise en oeuvre alors
que plusieurs fois la question rebondit négativement : lors des licenciements
Michelin (automne 1999 : « l’état ne peut pas tout ») et lors des
plans « sociaux » Danone et Marks & Spencer (forte baisse de la
popularité de Lionel Jospin consécutive au printemps 2001 au refus de faire
intervenir l’état : « nous ne sommes pas pour une économie administrée »).
Est-ce que l’état est là seulement pour
subventionner sans contrôler ?
Est-ce qu’il est là pour distribuer les aides à l’embauche
mais ne peut dire « stop » lorsque les licenciements sont visiblement
abusifs ? Est-ce que l’état ne peut « rien » en économie ? Donner le
sentiment d’impuissance publique en la matière a été un terrible
affaiblissement du gouvernement rouge, rose, vert. D’ailleurs l’effet dans les
sondages au printemps 2001 lors des grandes manifestations contre les plans en
série (Danone, etc.) a été automatique, et chaque fois que le sujet est
réapparu, l’opinion était constante à reprocher l’inaction du gouvernement.
Jusque dans la campagne électorale ou le Premier ministre ne sait répondre au
salarié de chez LU, en Essonne, devant les caméras.
La loi de modernisation sociale, dernière occasion, sinon
d’interdire, mais de freiner et de rendre plus difficiles les licenciements
massifs abusifs, ne fut même pas adoptée en procédure d’urgence, elle traîna de
juin 2001 au 17 janvier 2002, ne fut pas mise en oeuvre sérieusement avant le
21 avril. Il n’y eut aucune tentative pour contrer la censure éhontée du
Conseil constitutionnel. Même le doublement des indemnités individuelles de
licenciement ne rentra en application... que par un décret du 7 mai 2002 ! Il
faut dire que cette loi avait l’opposition de Laurent Fabius et de DSK qui y
voyaient une gêne pour les entreprises !
2-I
C’est parce qu’il n’a
pas réduit suffisamment les inégalités, pas assez corrigé les effets de la
crise antérieure, pas assez redistribué les richesses que Lionel Jospin a été
battu.
La Gauche socialiste avait fait, au Congrès de Brest, un
thème central de « l’urgence sociale », de la nécessité de renverser
le cours des choses. Nous n’avons pas mené ce débat en vain. Il y a eu une
lutte autour de cette question. Sur ce point décisif, Lionel Jospin ne fut ni
tout à fait avec Laurent Fabius et DSK, ni tout à fait avec nous.
Hélas, la recherche de « l’équilibre » souci
permanent de Lionel Jospin ne donne pas la clef d’une vraie politique sociale :
la France était dans un état ou il ne lui suffisait plus d’une politique d’amélioration
économique avec des effets sociaux, il fallait des mesures d’urgence, de
correction volontariste du fossé, de la fameuse fracture sociale qui a été
créée, développée, tout au long des années de crise.
Tout le reste de la politique contradictoire du
gouvernement est un peu comme cela : un pas vers la taxe Tobin in fine, mais
hésitation, toujours parce que Fabius et DSK sont contre, un pas contre la
mondialisation, pour rencontrer Attac, mais pas de voyage à Porto Alegre, et
meeting discret avec Lula à Bordeaux, clivage à Malmö au sein du PSE en début
de mandat, mais silence à Berlin en 2001, etc.
Approbation de l’école professionnelle pour tous de Jean-Luc Mélenchon,
mais laissez-faire de Jack Lang. Soutien de Marie-Noëlle Lienemann et sa CLU,
mais quels crédits pour agir ?
Cette recherche paralysante d’ »équilibre » si
difficile, a souvent gâché des chances : par exemple, sur les questions des
sans papiers, de la double peine, et quelques autres sujets comme le droit de
vote à 16 ans, et l’allocation-autonomie pour la jeunesse.
2-J
Tous ces
points constituent un ensemble inséparable :
le « succès »
de Lionel Jospin, dans l’opinion, réussissant brillamment, à la surprise
générale, à « tenir » cinq ans, est aussi, paradoxalement, la cause
de son échec. Il nourrit des espoirs qu’il ne parvient pas à satisfaire. À la
différence de ses prédécesseurs, il fait avancer les choses dans le bon sens.
Mais à la différence de ses prédécesseurs, il encourage une opinion qui s’est
mobilisée et qui en exige plus. D’où le « gap ». D’où ce « gap »
particulier ou il est donné gagnant, et où il perd tragiquement.
3°) La campagne
électorale n’a offert ni mesures-phares concrètes suffisantes, ni même un idéal
socialiste :
3-A
Dans une campagne
électorale nationale, il faut proposer un « souffle » fort, une
vision globale :
Ce n’était pas un « duel » personnel, et même le
choix entre un candidat intégre et un « président-voyou », n’était
pas celui qui allait emporter la conviction des Français - du moins pas au
premier tour.
C’était bel et bien sur un choix de société, entre
libéralisme et socialisme que se jouait l’élection.
Hélas, ce choix ne fut, non seulement pas présenté, mais
il fut esquivé délibérément dés la première intervention télévisée du candidat.
Sans aucun doute les « conseillers » spéciaux, Laurent Fabius, DSK,
Pierre Moscovici, étaient-ils plus écouté que la Gauche socialiste ! Lionel
Jospin a opté pour un « programme qui n’était pas socialiste mais d’inspiration... ».
il a refusé de dramatiser le choix de société. Il a proposé de « présider
autrement » là où il fallait rompre avec la mondialisation libérale.
C’était exactement l’inverse qu’il fallait dire : « -
Ce n’est pas une simple question de choix de personne, ce n’est pas une simple
question de présidence différente : la France doit choisir entre le libéralisme
à tous crins, débridé, l’économie boursière mondialisée, avec ses cortèges de
licenciements, de déréglementations, ses bas salaires, la remise en cause de
ses retraites, ou un socialisme de liberté, d’égalité, de fraternité, le plein
emploi, la redistribution des richesses, la sécurité sociale pour tous, un état
volontaire, une société mobilisée, la République sociale ».
Il fallait convenir que tout était loin d’être accompli en
cinq ans : » Nous n’avons pu tout faire, notre bilan comporte du positif,
(...) mais hélas, il reste beaucoup à faire, à corriger, à réaliser, (...)
donnez nous les moyens de le faire, plus vite, plus fort, dans les cinq ans à
venir. Nous le voulons, nous le ferons. »
Il fallait une campagne de « premier tour » à
gauche vraiment, avec un objectif socialiste, et des revendications-phares
immédiates, spectaculaires, s’adressant aux travailleurs, sur les salaires, les
retraites, contre la précarité, pour une sécurité sociale collective pour tous.
Mais ce fut le contraire, d’emblée : l’orientation
consista à mener une campagne de second tour, recentrée, dans un « duel »
avec Chirac, sans mesures-phares capables de s’imposer au débat public. Et à
force de prudence sur les sujets décisifs comme les retraites... le débat fut
imposé, polarisé, centré sur la « sécurité », sur le terrain choisi par l’adversaire.
3-B
Un programme, ce n’est pas
évidemment pas le seul élément d’une élection de type présidentielle.
Ce qui compte avant tout, c’est le positionnement d’ensemble, visible. L’idéal
socialiste aurait dû constituer l’horizon. On ne commence pas un siècle sans
ambition globale.
Mais le contenu du programme comptait aussi pour le
premier tour. Or celui de la campagne (largement limité et guidé par Pierre
Moscovici, DSK, Laurent Fabius, malgré les objections, et suggestions de la
Gauche socialiste) publié le 13 mars, a aggravé la situation, Il péchait par
son côté catalogue, sans mesures-phares pour le salariat.
Nous l’avons fait remarquer au Conseil national du
PS en temps utile.
Du coup l’ensemble du message a été déporté, et c’est sur
le terrain terre-à-terre, mystifié, de l’adversaire, l’insécurité que la
bataille a été gravement perdue
3-C
Le Pen était là
par défaut, parce que ni de Villiers, ni Pasqua, n’avaient été candidats.
Chirac avait-il manœuvré en ce sens ? En tout cas, Le Pen obtint ses signatures
grâce à l’Elysée, après avoir fait mine d’être marginalisé. De Villiers se tint
coi. Pasqua se déroba. Sans vraie progression des voix d’extrême droite, Le Pen
franchit le cap, par surprise, mais aussi par carence, profitant des manques de
la gauche soulignés ci-dessus.
Le Pen est un fasciste, mais heureusement, ce n’est pas le
cas de la majorité de ses électeurs. À part le vieux lot de l’extrême droite
française, intégriste, idéologiquement vichyste, ou Algérie française, et les
secteurs de la droite aisés qui l’utilisent eux aussi au premier tour pour
contrer au maximum la gauche, il y a des millions de « petites gens »
qui se laissent avoir par la démagogie de celui qui joue le rôle explosif
anti-establishment. Ce n’est pas nouveau, la droite a toujours eu une base
populaire, sinon elle n’existerait pas : cette base, déçue, frustrée, s’est
déplacée à l’extrême droite.
Il y a eu
concomitance entre ce recul du candidat socialiste, dans une gauche qui se
radicalisait à gauche, et de la progression du candidat d’extrême-droite face à
une droite qui reculait.
Le FN n’est pas assez fasciste pour qu’on compare avec les
années trente, mais il est assez d’extrême droite pour qu’on veuille lui faire
barrage par tous moyens et éviter ainsi qu’il ne profite de ses succés pour
connaitre une évolution comparable aux fascistes d’avant-guerre.
La seule façon de faire reculer les Le Pen, Megret, De
Villiers, Pasqua, Boutin, hostiles aux femmes, defenseurs de la peine de mort,
xénophobes, c’est de les empêcher, un jour, de se transformer en véritable
fascisme, c’est de supprimer le terreau sur lequel ils prolifèrent.
3-D
L’abstention
a été forte...
Mais en France, elle n’est pas structurelle, comme aux
USA. Une frange importante, c’est vrai, de la population, ne vote jamais :
environ 10 à 15 %. Quand au reste, l’abstention est tantôt de gauche, tantôt de
droite selon la façon dont chaque camp mobilise. Il y a, contrairement à
ceraines idées reçus, peu de basculement d’un « camp » vers l’autre.
Il y a également trés peu de « centre ».
Mais il y a tantôt des dynamiques à droite, tantôt
des déceptions à gauche et vice versa.
En 1993, le total des voix de la droite victorieuse était
inférieur au total des voix qu’avait obtenu la même droite lorsqu’elle avait
été battue, douze ans plus tôt, à la présidentielle de 1981.
En étant plus forte que pour de précédentes élections
présidentielles, l’abstention signifie que ledit scrutin n’a plus le même effet
qu’avant. La personnalisation de la politique dépolitise les personnes. 70
%¨des Français, depuis 1997, estiment que l’élection parlementaire est la
principale élection.
Il n’empêche, cela n’aurait pas été possible sans le bilan
mitigé du gouvernement Jospin et la mauvaise campagne du candidat qui ont
nourri le scepticisme et donc l’abstention à gauche : elle s’est ajoutée à la
dispersion des voix sur sept candidats, et le « coup de tonnerre » s’est
produit.
3-E
On doit ensuite
constater que l’enchaînement mécanique des 4 scrutins conduisait à la défaite.
Le mécanisme n’était pas fatal, mais pour gagner contre
lui cela exigeait une ampleur de combativité, d’ambition, de contre-attaque,
que le Parti socialiste n’était plus en mesure de porter et le reste de la
gauche, de l’extrême gauche incluse, était totalement surpris, désarçonné,
aucunement en mesure de le suppléer.
Il aurait fallu un bilan et une rupture à la fois, une
prise de conscience collective rapide, un programme infiniment plus hardi, une
explication publique à la fois critique et consensuelle, de façon à renverser
le mécanisme. Quasiment la quadrature du cercle.
L’inversion du calendrier avait ramené l’élection
présidentielle au premier plan, donnant les clefs à Chirac. Avec le recul, le
choix d’inversion du calendrier peut apparaître d’autant plus contestable qu’il
a évidemment déterminé toute la suite.
On notera que l’extrême gauche qui avait gagné 1,9 million
de voix, (près de 11 %¨ de voix « trotskistes », fait
exceptionnel dans le monde entier, et tout à fait indicatif de l’aspiration de
millions de français) s’est immédiatement divisée, incapable de faire face à la
situation au plan politique. Même les Verts et le PC ont régressé.
A cause des circonscriptions antidémocrtiques existantes
depuis 1986, (et malheureusement non modifées par LJ) la gauche a obtenu en
chiffres absolus des scores honorables et serrés, ce qui ne se traduit pas du
tout en siéges.
3-F
Le PS est
redevenu central en juin, seul utile pour limiter les dégâts.
C’est un fantastique argument en faveur d’un grand parti
de la gauche, d’un rassemblement unitaire, et contre la division, contre le
morcellement, les clivages abstraits, les surenchères. Des millions d’électeurs
de gauche, avec bon sens, ont choisi de se reporter, après la crise, devant le
danger, sur l’instrument qui leur apparaissait le plus efficace pour limiter
les dégâts crées par le 21 avril.
Et, avant ils avaient manifesté le 1er mai dans
un sursaut magnifique, témoin de la réalité des rapports de force en vigueur
dans le pays. Au moins 2 millions de manifestants ont incarné la réalité de l’exception
française, depuis novembre-décembre 1995. Et le PS fut avec eux, dans la rue.
Deux millions de manifestants ont lucidement fait barrage,
non seulement à « au facho » mais à « l’escroc ». Il y a eu
10,5 millions de voix de gauche et seulement 8 millions de voix de droite pour
Chirac.
On ne peut refaire l’histoire : mais Lionel Jospin mandaté
par le Parlement pouvait être Premier ministre... jusqu’au 17 juin. Puisque la
crise était immense, la gauche aurait gagné à la grandir pour mieux la
surmonter. Mais en fait l’élection des 9 et 16 juin a été ramenée à une « réplique »,
et le mécanisme institutionnel de la V° République qui avait tant été décrié,
affaibli, s’est ravivé, subordonnant la nouvelle législature de cinq ans au
nouveau quinquennat présidentiel.
Attention, car dans cinq ans, ça recommence.
À l’arrivée, le 16 juin, c’est une vraie défaite, alors
que Chirac était en recul grave avec 19 % des voix le 21 avril, la droite a une
réelle majorité pour la première fois depuis 1995. Entre temps le médiocre mais
dangereux gouvernement Raffarin s’est installé, anomalie incroyable, car sans
légitimité, sans majorité, sans assemblée nationale, il a fait « comme si »
il gouvernait pendant la phase décisive de la seconde élection du 7 mai au 9
juin.
3-G
Cette victoire de Chirac est
à la Pyrrhus : les institutions de la V° République n’ont reçu qu’un
sursis apparent. Le principe du présidentialisme est atteint, il a pris un coup
dans l’aile. A première vue, tout est déjà en place pour une répétition du
calendrier tous les cinq ans , présidentielle d’abord, puis législatives « alignées »
sur celle-ci. Donc les écuries présidentielles se mettent en place
automatiquement, subordonnant tout choix politique au « chef »
potentiel, Alain Juppé et Laurent Fabius, par exemple, sont candidats
implicites et tout s’organise pour ou contre eux, dans chaque camp. Mais le 21
avril est plus qu’un avertissement : le divorce entre l’establishment et le
peuple a toutes les chances de remettre en cause ces beaux mécanismes tout
huilés. Ce ne sont plus des énarques, des têtes d’œuf programmées, des
professionnels devenus ignorants de la véritable vie de millions de salariés,
qui porteront la parole populaire, d’abord parce qu’ils en sont de plus en plus
incapables, ensuite parce que les institutions sortent des quatre scrutins, en
crise larvée.
Il est important de réactualiser dans le programme de la
gauche, des changements institutionnels profonds, le rejet de la V° République,
une assemblée constituante, la suppression du Sénat, le retour à un véritable
parlementarisme, avec des élections proportionnelles, loyales, un systéme de
démocratie sociale pour gèrer la Sécurité sociale.
La Gauche socialiste qui, dés 1992, avait tenu une « convention
pour une VI° république » se réjouit que ces idées soient actuellement
reprises, notamment par le club d’Arnaud Montebourg, au sein du Parti
socialiste, avec un écho fortement majoritaire à gauche.
4°) La
défaite a été institutionnelle mais pas sociale :
4-A
La victoire était pourtant
possible, la France est de gauche, et c’est un coup d’autant plus dur qui vient
de lui être asséné. Choc, incompréhension, découragement, division
vont se succéder. D’où l’important travail minutieux de bilan, détaillé qui est
nécessaire.
C’est un travail de reconstruction, de régénération qui
doit traverser toute la gauche. Il va se faire dans un contexte particulier :
la droite est enhardie par sa victoire qu’elle n’apprécie pas encore dans toute
sa dimension, et elle va essayer d’en profiter pour faire reculer cette « exception
française » qui s’est bâtie depuis la Résistance au travers de plusieurs
grèves générales, et de la défense d’acquis sociaux devenus d’autant plus
appréciables qu’ils ont reculé ailleurs dans le monde.
Nicolas Sarkozy explique que la droite n’a jamais disposé
d’autant de pouvoirs d’agir depuis « 34 ans ». Il fait référence à
juin 68. Par esprit revanchard ! Mais c’est une erreur car la droite a déjà eu
les mêmes pouvoirs... en 1995 ! Il y a sept ans seulement et ça s’est
terminé avec la grande gréve générale de novembre-décembre 1995.
Chirac, Raffarin, Juppé, les nouveaux maîtres, sont
obsédés par ce souvenir.
Chirac a les mêmes projets, les mêmes conseillers, les
mêmes patrons qu’en 1995 : la première question est de savoir comment,
il va, cette fois, s’attaquer aux acquis sociaux tant haïs par les libéraux.
Thatcher n’a été Thatcher qu’après avoir vaincu la gréve
des mineurs. Reagan n’a été Reagan qu’après avoir vaincu la gréve des
aiguilleurs du ciel. Chirac, Juppé, Raffarin, réussiront-ils là où la droite
française a échoué depuis plus de vingt ans ?
4-B
La droite va vouloir
transformer à fond l’avantage. Elle veut parvenir à ses plus
anciennes et plus ardentes fins, toujours reportées depuis 66-67, 68, 81, 86,
93, 95, 97... Comme le laissait échapper Juppé en novembre 1995, à propos de sa
réforme de la sécurité sociale : « en finir avec trente ans d’anomalies ».
Le programme de la droite est explicite. Il suffit de
lire, d’écouter, de déchiffrer ce qu’il y a derrière les phrases courtes et
volontairement atrophiées de Raffarin. Ceux qui ont stupidement placé la gauche
et la droite sur le même plan, vont devoir ouvrir les yeux.
Ils veulent achever - enfin - ce que même les ordonnances de de Gaulle en
1966 et 67 n’avaient pas achevé. Achever la « refondation sociale »
que voulait le Medef depuis deux ans : reprendre les acquis sociaux conquis
depuis cinquante ans.
Tout ne sera pas fait d’un seul coup sans résistance, ni
accord entre toutes les composantes de la droite : mais en imposant la
construction d’un parti unique, l’UMP, en soumettant toutes les institutions au
clan chiraquien, en portant au gouvernement directement des hommes du Medef,
des réactionnaires fieffés, le pouvoir actuel se donne les moyens d’avancer en
ce sens.
4-C
Mais attention, l’histoire
ne se répète jamais deux fois de la même façon. Il n’y a pas d’automatisme
dans le retour d’un nouveau novembre-décembre 1995. Ne serait-ce qu’à cause de
la récente défaite et du temps nécessaire au redressement de la gauche. Ne
serait-ce qu’à cause de traces différentes, dans le mouvement syndical, sur le
bilan des 35 h, des retraites...
Chirac-Raffarin vont essayer de jouer sur les hésitations
à gauche entre « modérés » et « radicaux », même essayer de
les pousser au maximum. Ils vont nourrir le même type de différenciation entre
les directions syndicales, flattant la nouvelle direction CFDT, contre celles
de la CGT et de FO. Ils n’imaginent le « dialogue social » que de
façon marginale mais dans l’espoir de récolter les signatures qui
affaibliraient encore plus fortement les salariés qu’en novembre-décembre 95 où
la direction CFDT s’était vue isolée, même vis-à-vis de sa propre base. S’ils
parviennent, ce qui est leur objectif à diviser la gauche syndicale et
politique, ils passeront alors en force, s’ils échouent, alors la riposte
bloquera nombre de leurs projets.
Rien n’est joué, inutile de crier à « la revanche
sociale », nov-déc 95 ne se répéte pas en claquant des doigts, le temps,
la maturation comptent, la rigueur aussi, et la dynamique syndicale et
politique à gauche sera déterminante.
Deuxième partie
Défendre
un idéal socialiste contre le désordre libéral,
Un
idéal opposé à la gabegie et au désordre capitaliste
Appuyé
sur des revendications majoritaires dans le salariat
1°) Question vitale
: qui les socialistes aspirent-ils à
représenter ? à qui s’opposent-ils ?
sur quelle force sociale s’appuient-ils
?
1-2-A
À qui s’opposent
les socialistes ? Pour qui agissent-ils dans cette société ?
Car ils ne sauraient plaire au Medef et aux salariés
Ils ne peuvent défendre correctement les droits de 21
millions de salariés français et les exigences des multinationales, la
dictature des actionnaires, dont les marges ne sont, à leurs yeux, jamais
suffisantes.
Les socialistes doivent défendre les intérêts de la
majorité des humains, du milliard et demi qui manque d’eau, qui souffre de la
faim, tout comme des centaines de millions de travailleurs qui se voient
spolier, voler leurs maigres salaires, retraites, pensions, du Texas à Buenos
Aires, de Séoul à Berlin, de Londres à Johannesburg.
Ils doivent s’opposer à ceux qui profitent sans vergogne
du système capitaliste, aux « riches malfaiteurs » (expression de
Franklin Roosevelt) d’Enron, de Worldcom, de Tycon, de Mercks, à « l’étrange
dictature » des actionnaires, des pétroliers, des lobbies militaro-industriels,
à l’empire des USA.
Notre parti ne dit pas suffisamment contre quoi (contre qui,
contre quel système) il est. Cela
manque à sa crédibilité. De même qu’il doit dire qui il entend représenter, défendre, soutenir, faire valoir les
droits.
Ils doivent, ce faisant, se faire entendre de la
génération qui, de Seattle à Gênes, et Porto Alegre affirme qu’un « autre
monde est possible ». Pour se faire entendre de la jeunesse et des
salariés.
1-2-B
Nous avons une base sociale
forte et puissante : le salariat qui n’a jamais été aussi nombreux
dans le monde et dans notre pays. Alors qu’il y a un milliard et demi de
salariés dans le monde, il y a 88 % de la population active française qui est
salariée.
Ce salariat n’a jamais
cessé de progresser historiquement ; il était de 50 % de la population
active en 1945, il est écrasant majoritairement aujourd’hui. La norme est le
contrat de travail, un lien de subordination juridique, où l’employeur décide
unilatéralement de la naissance du contrat, de son exécution, de sa fin. Les
salariés n’ont pour l’essentiel que leur force de travail à vendre.
Contrairement à ce que prétendent nos théoriciens
droitiers du Parti socialiste, ce salariat n’est ni plus « éclaté, »
ni « plus hétérogène » qu’avant. Au contraire, il s’homogénéise
puissamment en même temps qu’il se développe numériquement
Certes, la conscience de ce salariat n’est pas aussi
homogène que l’est sa situation objective. Des retards, des divisions,
syndicales et politiques, superstructurelles, existent, qui l’empêchent encore
d’agir comme une force sociale unifiée et centrale : elles sont dues à la
longue histoire du 20 ° siècle, à celle du stalinisme, de la social-démocratie,
du gauchisme.
C’est à nous, socialistes, de postuler à l’unification
politique et syndicale de ce salariat. C’est à nous de dépasser, de faire la
synthèse des aspirations de celles et ceux qui sont la force centrale
déterminante de ce pays. C’est à nous de les valoriser, de les rassembler, de
les mobiliser pour opérer la transformation sociale qui conduira à la
République sociale - française et universelle.
Toute résistance, toute rénovation, tout bond en
avant, partira du salariat :
1-2-C
Contrairement à Laurent
Fabius ou DSK, nous ne soumettons pas notre politique socialiste à la conquête
des couches moyennes, ou autres « bobos » prisés des
médias. Seulement 5 % de la population possède 57 % du patrimoine. La
concentration de la rente et du capital sont énormes. Moins qu’aux Etats-unis,
mais nous suivons leur chemin. Alors qu’à l’autre bout de l’échelle 10 %
possède 1 % dudit patrimoine. Il reste 94 % de la population qui se partage -
inégalement - 42 % des richesses. C’est une photographie radicale de la
situation. Parmi les 3,5 millions de cadres (public et privé), environ 2 % ont
un véritable statut juridique de « cadre supérieur », les autres sont
des cadres d’exécution. Plus d’un quart des cadres ont un salaire inférieur au
plafond de la sécurité sociale (14 700 F....) et leur nombre est en
progression.
Les « couches moyennes » sont introuvables.
Ce ne sont pas elles qui peuvent fonder une politique, ni
qui font une quelconque différence dans une élection. Même si leur puissance
économique et politique est encore réelle, leurs lobbies sont actifs, il y a
longtemps qu’ils pèsent moins que le salariat.
Encourager la
rente, et les rentiers ne fonde pas davantage une politique. Rien, absolument
rien ne justifie une politique privilégiée vers la rente, les prétendues « classes
moyennes », ni au plan numérique, sociologique, ni au plan économique. Ni
pour des raisons électorales, ni pour des raisons sociales.
Les
socialistes qui prétendent courtiser les « classes moyennes » et
ignorent la puissance du salariat, n’ont pas d’avenir.
1-2-D
Nous ne croyons pas
que la tâche des socialistes soit de se préoccuper d’abord sinon uniquement,
des « exclus ».
Nous croyons pouvoir supprimer l’exclusion en faisant
avancer par le haut toute la société - même s’il y faut bien évidemment
des mesures spécifiques, transitoires (hausses des minima sociaux notamment).
Nous savons qu’il y a 20 % de la société qui a souffert
plus que les autres salariés de la crise. Désinsérés, désocialisés, sans emploi, sans formation,
pour eux, l’égalité des chances et des droits est une lointaine utopie. Il y a
3,4 millions de temps partiels, à 85 % des femmes et des non qualifiées. Il y a
6 millions de personnes dont le revenu est inférieur au Smic. Il y a 22 % de
jeunes au chômage. Il y a 950 000 CDD,
650 000 intérimaires. Entre 1 et 1,5 précaires et « travailleurs
pauvres » sur dix. Le nombre de chômeurs, de sous-emploi, de cas sociaux,
de marginaux est supérieur, de loin, à ceux qui sont officiellement demandeurs
d’emploi. Et il y a au minimum 1, 5 à 2 millions de « travailleurs pauvres ».
Nous ne sommes pas de cette école qui évite de s’attaquer
aux profits et aux capitalistes. Nous voulons faire progresser l’ensemble des
droits pour l’ensemble des salariés afin de tirer vers le haut et... d’inclure
les « exclus ».
Pour atteindre « zéro jeune au chômage », il
faut de bonnes formations, de bonnes conditions de travail, de bons salaires,
pas des « emplois au rabais, » ni des CIP, ni des « petits
boulots » déréglés. Pour réinsérer des chômeurs en difficulté et en fins
de droits, il ne faut pas de sous-statut, ni des indemnités dégressives, ni des
pressions à « l’employabilité » mais au contraire un vrai travail
avec un vrai salaire.
Les socialistes n’acceptent pas les chantages aux
délocalisations et baisses des droits sociaux, au contraire, ils intègrent la
progression des droits du travail dans les progrès de productivité, dans les
règles de la concurrence. Ils n’acceptent pas d’opposer les droits et acquis
des salariés, aux « lois du marché » mais ils veulent plier le marché
aux règles de progrès, d’égalité, nécessaires aux humains.
1-2-E
Il est impératif de s’entendre
également sur ce que représente le patronat. Trop souvent, les
socialistes parlent indistinctement des « entreprises » sans mettre
en avant les lignes forces des différenciations qui existent entre les intérêts
des petits, moyens et grands patrons.
En France, mille entreprises de plus de mille salariés
font travailler 3,8 millions de personnes et produisent plus de 40 % du PIB. Il
n’y a que 1600 entreprises de plus de 500.
De l’autre côté, il y a 97 % des entreprises qui ont moins
de cinquante salariés. Et un million de petits employeurs qui font travailler
3,4 millions de personnes dans des unités de moins de 10.
Rien à voir entre mille grands « entrepreneurs »
de plus de mille et un million de petits patrons de moins de 10. Même si les
premiers, aux commandes du Medef aiment bien manipuler les seconds.
Les grandes entreprises, notamment lorsqu’elles ont été
privatisées, ont reconstitué des situations de monopole, continuant de
fonctionner en économie administrée, mais en échappant à l’intérêt général qui
prévalait - en théorie - dans le secteur public. Elles ont oeuvré à faire
reculer, en interne, le droit et les statuts des salariés autant qu’elle
pouvait et sinon, elles ont développé une « externalisation »
systématique, (des délocalisations multiples à l’intérieur de nos frontières),
qui permettait de contourner les seuils sociaux, les rapports de force
syndicaux, les conventions collectives.
Ainsi des centaines de milliers d’entreprises sont
dépendantes de ces grands donneurs d’ordre, qui passent les « marchés »
à leurs conditions, exigeant des baisses de coût, de conditions de travail, de
droits syndicaux, etc. Elles n’ont pas les coudées franches et subissent cette
sous-traitance dans les pires conditions, évidemment ressenties en premier par
leurs salariés.
Tandis qu’au sommet de cette pyramide d’entreprises, il y
a des prédateurs souvent cyniques, et qu’à la base, il y a des « petits
patrons » à la vie dure et précaire, les socialistes ont eu le tort de
mener une politique d’un seul « bloc », sans différencier les aides,
sans réglementer la sous-traitance, les conditions de passage des marchés, sans
favoriser le contrôle et l’effectivité du droit du travail, là où il y a moins
de syndicat, moins de rapport de force, moins de résistance.
2°) S’opposer
pied à pied au programme Chirac-Juppé-Raffarin :
Pas d’état d’âme : face à gouvernement de droite
revanchard et dangereux, nous devons saisir toutes occasions de lui faire
barrage et de mobiliser toute la gauche syndicale et politique, unie contre
lui. En même temps que remonte en puissance et se réorganise la gauche. Savoir
le faire, c’est tirer en pratique les leçons du 21 avril, c’est corriger les
aspects négatifs du gouvernement Jospin, c’est rattraper les erreurs de la
campagne électorale, c’est réapprendre à gagner et à gouverner autrement
demain.
2-2-A
Mettre en cause « l’état
pénal », y opposer un état social : une politique globale de
sécurité sociale au quotidien, justice, police, éducation, répression,
réinsertion républicaines
Alors que l’état libéral se dit « impuissant »
en économie, par exemple, face aux licenciements, mais il se veut tout puissant
dans la répression des effets et réactions à la dérégulation économique.
Avec les milliards qu’ils investissent dans la matraque, les
flash-ball, les gilets pare-balle, les juges « expéditifs »,
policiers supplémentaires et avec un ministre « chargé de l’immobilier des
centres d’enfermement » où l’on pourra placer des jeunes dés l’âge de 13
ans, ce sont autant de « transferts » du « social » au « pénal »
qui sont mis en oeuvre. Les Français perdront en service publics, en
équipements, en éducateurs, ce qui sera surinvesti dans la police, la justice
et les prisons.
L’état consent une débauche d’énergie sans précédent dans
les ghettos et quartiers pauvres, sous prétexte de « restaurer le droit à
la sécurité des petits » au moment même où il accorde aux « grands « une
impunité totale. Le « laisser-faire » pour les « couches
supérieures », le bâton pour ceux d’en bas.
La délinquance financière représente des milliards de fois
plus que la petite délinquance des quartiers, en vol de biens, en gaspillage
global, en conséquences criminelles...Entre 1990 et 1999, les abus de biens
sociaux ont augmenté de 41 % et les affaires de corruption ont doublé.
Seulement 1 % des délits sont sanctionnés titre Le Monde du 9 août.
Nous défendons un projet global : l’insécurité est
libérale, la sécurité est sociale.
Pour rétablir un « ordre public » digne de ce
nom, il n’y a qu’une autre voie, alternative, contraire à celle de Sarkozy-Raffarin-Chirac
: la sécurité sociale. Cette autre voie, défendue par Julien Dray, et la Gauche
socialiste, consiste à la différence de la droite, à prendre la sécurité comme « un
tout » : pas à privilégier la répression au détriment de la prévention. Un
« tout », c’est le plein emploi, le recul de la précarité, la chasse
prioritaire aux crimes « économiques d’en haut », le rétablissement d’un
« ordre public social » au travail, la réduction des inégalités, la
redistribution des richesses, l’éducation, la protection sociale garantie : et
en complément, de façon appropriée, la répression des délits et crimes qui
portent à atteinte à cet ordre public-là.
2-2-B
Défendre l’état républicain,
les impôts républicains, l’intervention centrale de l’état volontaire,
l’aménagement national du territoire, une vraie politique de la ville, une
planification économique pour un développement durable.
Les démonstrations de la politique de la droite sont
totalement transparentes : alors qu’il se propose sous couvert de « décentralisation »
de démanteler les interventions de l’état central, seul capable d’opérer les
péréquations, de planifier l’aménagement du territoire, alors qu’il investit
des milliards dans la sécurité et les prisons, l’une des premières mesures d’économie
consiste à revoir les grands travaux d’équipement de transports publics.
Car dans cette décentralisation chérie par Raffarin, la
part reviendra aux régions les plus riches, les déséquilibres existants seront
accrus, la centralisation étatique reculant, ce seront les entreprises
nationales et multinationales qui seront seules centralisées au niveau européen
et qui décideront des conditions de passation de marché par-dessus « l’Europe
des régions ».
Le démantèlement de l’état républicain fait parfaitement
partie du projet libéral. Depuis longtemps « Démocratie Libérale » et
Alain Madelin, J. P. Raffarin plaident en ce sens ; c’est le contraire du
développement durable, planifié, prévoyant, global. C’est le renvoi aux
lobbies, aux « barons », aux féodaux locaux en dépit des services
publics, les économies d’échelle seront supprimées.
2-2-C
Défendre les services
publics, leur élargissement, c’est défendre le principe, non pas d’un
service « minima », ni de « missions déléguées » de service
public au gré des initiatives individuelles, c’est au contraire mettre en avant
des principes de continuité, de solidarité, d’égalité de traitement dans tout
le territoire au service de toutes les populations concernées.
C’est le service public qui a permis le développement
magnifique de ce pays : l’installation partout de l’électricité, du téléphone,
du gaz, des voies ferrées, l’acquisition, le contrôle et le développement de l’énergie,
les écoles et les hôpitaux publics, la prévention médicale scolaire et du
travail, les transports en commun, RATP, SNCF, les grandes compagnies de l’aviation,
et airbus, les grands établissements de crédit et de banque, tous les grands
équipements et grands travaux, ainsi que la conquête de l’espace, avec Ariane.
Rien n’a été fait sans trouver sa source dans la volonté commune, générale, à
des périodes où les capitalistes n’avaient ni la volonté, ni l’ambition, ni la
capacité de voir assez grand.
Nous allons avoir, avec l’offensive contre EDF-GDF (qui va
servir de « test » aussi pour la remise en cause des retraites) et
avec le nouveau pas pour la privatisation d’Air France, des développements
nouveaux de la liquidation des services publics de la grande tradition
française. Demain seront bradées nos voies ferrées, nos métros, et commenceront
la marchandisation de la santé, celle de l’école.
La gauche n’a pas assez défendu les grandes conquêtes de
nos services publics face à l’Europe libérale, à ces technocrates qui exigent
partout le même type de concurrence qui a fait des ravages spectaculaires dans
les trains britanniques et dans l’électricité californienne. C’est le retour de
l’anarchie, de l’irrationnel, de la gabegie, dans le seul intérêt de profits à
court terme, et au détriment des grands projets collectifs, dignes des
ambitions et des espoirs de dizaines de millions d’humains.
Enfin nous avons en France, le contre-exemple parfait avec
les services de l’eau, de la gabegie, des inégalités sur le territoire, des
carences, et manipulations de toutes sortes, des risques aussi (où va, depuis
la déconfiture de son chef, Vivendi Environnement ?). Là où nous n’avons pas
nationalisé, pas imposé un service public national, les communes, départements,
régions sont à la merci des tractations, corruptions, chantages, les plus
importants, sans qu’aucun argument sérieux ne vienne contredire les avantages
évidents que la France retirerait durablement d’une nationalisation globale de
ses approvisionnements en eau.
Les socialistes devraient pour montrer le cœur de leurs
propositions en matière de service public nouveau, d’organisation du
développement durable de la société mener une vaste campagne pour la
nationalisation de l’eau, en un grand et unique service public. Ils devraient
organiser de vastes états généraux en défense et en rénovation des services
publics, inscrire leur renforcement, leur redéploiement au cœur d’une nouvelle « économie
sociale de marché ».
C’est ce que la Gauche socialiste avait défendu et
continue de mettre en avant contre la droite au pouvoir , à l’heure des bilans
du 21 avril et du prochain congrès du Parti socialiste.
2-2-D
Contre la
baisse du coût du travail : pour les salaires
Raffarin n’a même pas pris le temps d’attendre la
consultation des syndicats obligatoirement prévue la dernière semaine de juin
sur ce sujet, avant d’annoncer sa décision : 2,7 millions de smicards resteront
donc à 5834 F nets avec une « hausse limitée à 2,4 % : la carte orange
augmente de 3,8 % : un salarié sur six, une femme sur deux, un jeune sur trois
sont concernés dans le privé... Les salaires des grands patrons, eux, ont
augmenté de 35 %, celui des ministres de 70 %, sans parler des indemnités que
ces gens-là se mettent dans la poche, même quand ils conduisent leurs
entreprises au fiasco (Michel Bon de France télécom) ou quand ils se font virer
à cause de leurs propres turpitudes (Jean-Marie Messier, de Vivendi).
89 branches sur 164 ont pourtant des salaires minima
conventionnels inférieurs au Smic : quasi jamais le patronat qui préfère le « contrat »
à la loi... ne négocie sans que la loi ne le lui impose !
Qu’on ne nous dise pas qu’on ne peut pas augmenter le Smic
à cause du « coût trop élevé du travail » qui « menacerait l’emploi »
: notre Smic est plus bas qu’en Allemagne, en Hollande, en Belgique, ou en
Italie et nul n’a jamais prouvé qu’il y avait un rapport entre le taux du Smic
et l’emploi.
De plus les cotisations sociales sur le Smic ont été
considérablement baissées et il s’agit donc d’emplois massivement aidés au
point que la hausse du Smic augmente mécaniquement de très nombreuses aides de
l’état (dont la PPE, prime pour l’emploi).
Enfin le fait qu’il y ait différents Smic (six), à cause d’un
très mauvais aspect de la loi Aubry, n’est pas davantage un argument : des
retards ont été pris, qui ont gelé les salaires en-dessous de ce qu’ils
devraient être, et il faudra bien un
jour rattraper les 11,4 % d’écart entre les Smic à 35 h et les Smic à 34
h...
La suppression des emplois jeunes publics, même si on en
connaît les limites, et leur remplacement par des emplois jeunes privés, énorme
cadeau aux entreprises, est un processus qui vise à transférer aux
collectivités locales et aux associations para publiques, des « charges »
(salaire indirect) qui vont être enlevées aux chefs d’entreprise. Les impôts
locaux devront remplacer nombre de postes devenus indispensables, et les impôts
publics vont être reversés aux employeurs pour payer des jeunes. Exemple
splendide du libéralisme en action qui, par ailleurs, prétend ne pas vouloir d’intervention
de l’état en économie ! Le Medef qui refusait les emplois jeunes aux conditions
antérieures, va les accepter aujourd’hui.
2-2-E
François Fillon, comme
Chirac, a annoncé l’assouplissement des 35 h par voie réglementaire.
Ce qui veut dire, remettre en cause les heures supplémentaires, donc travailler
plus... pour gagner moins.
Nous devrons défendre bec et ongle les 35 h et toute l’orientation
de réduction du temps de travail, vers les 32 h...
La droite va s’abriter derrière les erreurs (que nous
avions souligné en leur temps...) de la deuxième loi Aubry : celle qui visait à faire payer les « aides »
aux 35 h sur le budget de la protection sociale, celle qui a provoqué six Smic,
et celle qui a consisté à « assouplir » le contingent annuel des
heures supplémentaires en le portant à 180 h. Il va aussi faciliter les
flexibilités déjà permises par la loi Balladur-Giraud (loi « quinquennale »,
hélas non abrogée par la gauche, malgré ses promesses).
Pour autant ce ne sera pas facile et pas sans résistance.
Car les salariés, concrètement, tous critiques que soit une partie d’entre eux
sur l’application des 35 h, vont se rendre compte qu’ils y perdront du temps et
de l’argent. Les promesses sans fondement de Chirac « travailler plus pour
gagner plus » vont s’envoler en fumée...
Cependant des obstacles nouveaux sont apparus sur le
chemin de MM Raffarin et Fillon :
La Cour de cassation, le 4 juin 2002 a imposé une
révolution dans la mise en oeuvre des 35 h : des millions de salariés,
grâce à cette interprétation de la loi Aubry, vont pouvoir réclamer des
millions d’euros...
Cette interprétation des 35 h freine les possibilités de
changement réglementaire « indolore » des 35 h : leur assouplissement
ne sera guère facile sans passer par le Parlement. Et passer par le Parlement,
enclenche une bataille sociale autrement plus forte.
2-2-F
L’assaut de la
droite et du Medef se prépare contre nos retraites
Dans son discours d’investiture du 3 juillet J.-P.
Raffarin a sonné le tocsin : avant « la fin du premier semestre 2003 »,
il aura mis en cause le système actuel de retraites.
1°) Chaque système particulier de retraite sera revu et
modifié selon un calendrier séparé. Ce sera des coups durs portés à ceux qui
ont des avantages dus aux pénibilités de leur métier.
2°) Le choix de partir en retraite à l’âge qu’on veut pour
« gagner plus » sera instauré. C’est la fin du « droit à 60 ans ».
Vous aurez le « choix » entre travailler plus longtemps ou avoir une
retraite plus basse.
3°) Il annonce des compléments de retraite avec incitation
fiscale (fonds de pension). On pense tous aux faillites des tricheurs qui
gèrent ces fonds et aux millions de pauvres salariés qui se sont fait gruger
par ce système.
4°) Il annonce « l’équité » : ce qui signifie le
même nombre d’annuités (40) pour le public et le privé : ce qui privera le
privé de l’espoir d’en revenir à 37,5 annuités. Et recréera du chômage de
masse. 40 annuités pour les fonctionnaires = 30 milliards d’heures de travail
en moins pour les jeunes
La « liberté » de prendre sa retraite « quand
on veut », c’est l’hypocrisie totale !
Comme si chacun
pouvait « choisir » l’âge de son départ en retraite alors qu’il
dépend de l’employeur, du nombre de trimestres, et du taux de remplacement...
C’est le choix entre « s’user
davantage ou vivre moins bien le reste de son âge ».
En 1972, il suffisait de 30 annuités... et la retraite
était pourtant à 65 ans ! Aujourd’hui que la France est plus riche, il faudrait
cotiser plus...
Et cela consisterait, nous l’avons toujours dit, à faire
travailler 5,5 millions de salariés pendant 36 mois de plus, c’est-à-dire à
rallonger la durée du travail sur la vie plus qu’elle n’a été raccourcie sur la
semaine par les 35h...
Nous engagerons une bataille nationale, avec un comité
national unitaire, pour le retour aux 37,5 annuités et demie, et nous
tenterons, par tous les moyens de faire obstacle à cette politique de la
droite.
2-2-G
Combattre Raffarin, c’est
aussi formuler un programme de lutte pour la réduction des inégalités,
la redistribution des richesses malgré les « risques » permanents
engendrés par l’anarchie du marché. Plein emploi, bon emploi ! Et sinon protection
sociale maintenue.
Le Medef a écrit, sous la plume de ses principaux
dirigeants, MM Seilliére et Kessler, des articles en faveur du « risque »
et des « risquophiles », opposés aux « risquophobes ». En
faveur « de l’aventure »de l’entreprise, contre le confort du « protégé
social »... Ainsi veut-il justifier la diminution de toutes les
protections sociales, en revenir à ne payer que le salaire direct,
correspondant au seul temps de travail effectif, et remettre aux choix
individuels l’assurance contre la maladie, la vieillesse, l’économie pour les
congés payés, le logement, etc...
On notera que c’est exactement la philosophie du parti, « Démocratie
libérale » dont est issu J.P. Raffarin. On notera aussi que dés qu’il y a
risque, par exemple, après le 11 septembre, les « assureurs » et
Denis Kessler se tournent vers l’état pour les couvrir. On notera aussi que
lorsque un patron sur deux du CAC 40 est mis en examen, Ernest Seilliére
demande à l’état de ne pas inquiéter ces « risque-tout ».
Contre les « peurs sociales » qui minent la
société depuis la crise et qui ont tellement joué le 21 avril, les socialistes,
oui, sont « risquophiles », ils doivent préconiser au contraire un
accroissement des « couvertures contre les risques » sociaux.
Étendre et non pas diminuer la protection sociale.
Mais ce n’est pas seulement l’impôt qui doit corriger les
conséquences des plans sociaux, des dépôts de bilan, des liquidations et
faillites capitalistes. On doit viser à faire partager par les actionnaires,
les financiers capitalistes, les conséquences de leurs choix économiques : trop
facile de licencier pour augmenter ses profits à 15 % et de laisser à l’état la
réparation des dégâts sociaux provoqués. Il faut rendre les grandes entreprises
si puissantes, davantage responsables des risques sociaux, donc augmenter le
salaire indirect, la taxation des capitaux. Cela passe par les cotisations
sociales liées au salaire, la hausse du salaire indirect.
Les bonnes entreprises solides et prospères sont celles
qui ont de bons salariés, qualifiés, bien payés et bénéficiant de réels droits.
Il faut encourager économiquement, socialement, cette norme du CDI qualifié, à
l’expérience professionnelle reconnue, du salaire négocié collectivement, du
respect contrôlé et sanctionné du droit du travail, de la protection face aux
risques sociaux. De façon à dissuader la recherche et la course à l’usage
systématique de la précarité, du licenciement boursier, de l’exclusion hors de
l’emploi.
2-2-H
Une nouvelle démocratie
sociale : la sécurité sociale est la conquête la plus importante du peuple
français. Quel beau mot « sécurité » accolé à « sociale ».
Si elle est appelée ainsi, et que le mot « assurance » a été écarté
historiquement, c’est pour affirmer un principe que des décennies de luttes
ouvrières ont revendiqué : il s’agit d’effectuer entre salariés un prélèvement
volontaire, socialisé, mutualisé, distinct de l’impôt, pour « mettre de
côté », dans un « bas de laine », contrôlé par les salariés
eux-mêmes, les sommes nécessaires à la protection sociale de tous et toutes. Il
ne s’agit pas d’un « prélèvement obligatoire » mais volontaire. Il ne
s’agit pas d’un « impôt » car l’impôt n’est pas « pré affecté »,
il s’agit au contraire d’une « cotisation » salariale (mais aussi
imposée au patronat), qui est prédestinée, uniquement affectée à une caisse
séparée, délibérément séparée pour échapper à tout détournement, tout autre
usage. Cet argent-là étant celui des salariés pour leur maladie, leurs
accidents, leurs charges de famille nombreuse, leur chômage, leur retraite, il
ne peut pas être utilisé à d’autres fins. Ce principe de socialisation d’une
part des salaires, versée dans un « pot commun » pour être
redistribué en fonction des besoins est le principe le plus beau pour des
socialistes, pour les français, pour la France et en exemple, aux yeux du monde
entier.
Nous voulons retrouver, conserver, rétablir tous les
principes de la « Sécu » et même changer la constitution en
conséquence (suppression du Sénat, élections à toutes les caisses, gestion
démocratique, contrôlée, ouverte de notre Sécu, en navette entre le « Parlement
social » et l’Assemblée nationale, cette dernière décidant après
implication, proposition, consultation des partenaires sociaux qui gèrent les
caisses.
·
Ceci implique un grand bond en
avant pour les syndicats dans la gestion de la sociale (caisses de Sécu), - comme dans la justice au travail (prud’hommes)
et les élections professionnelles (DP, CE, CHSCT).
·
Ceci signifie des élections
démocratiques, ou se prononcent tous les ayant droits, démocratiquement avec
des collèges électoraux proportionnels, scrutins réguliers, responsabilisation
dans les choix de gestion en navette avec le Parlement. (Et cela tranchera
enfin une question béante depuis que le Medef a boycotté les caisses...)
·
Cela devrait être l’occasion de
nouveaux critères de représentativité, des financements publics transparents au
plus prés des instances concernées pour tout le mouvement syndical,
·
Il devra être établi une règle
majoritaire pour tout accord, de branche, d’entreprise, droits nouveaux de
contrôle des entreprises (bilan comptables, transparence) avec avis conforme
des DP, CE, ...
Si nous voulons une démocratie sociale, des négociations,
une véritable implication des salariés dans la vie des entreprises, dans la vie
de leur protection sociale, ce choix devrait décupler la cohésion sociale, les
échanges fructueux entre producteurs, dans l’intérêt d’une économie sociale de
marché, c’est la voie efficace à suivre.
2-2-I
École,
contre la marchandisation de la formation
ici
reprendre JL Mélenchon
2--2-J
Santé :
contre la privatisation de la Sécu, projet de Mattei
Ici reprendre
article sur hôpitaux, luttes à venir, santé publique contre cliniques privées
2-2-K
Contre la politique
de Roselyne Bachelot de remise en cause des avancées acquises par la gauche
plurielle pour une
issue positive au sommet de Johannesburg :
Pour sauver la planète, il est indispensable que les
puissants de ce monde adoptent, à Johannesburg, au moins sept décisions
capitales :
·
1) un programme international en
faveur des énergies renouvelables, centré sur l’accès à l’énergie dans les pays
du Sud ;
·
2) des engagements en faveur de l’accès
à l’eau et de son assainissement en vue de réduire de moitié, d’ici à 2015, le
nombre de personnes privées de cette ressource vitale qui est un bien commun de
l’humanité ;
·
3) des mesures pour protéger les
forêts, comme prévu par la convention sur la biodiversité adoptée à Rio en
1992 ;
·
4) des résolutions pour mettre en
place un cadre juridique instituant la responsabilité écologique des entreprises
et réaffirmant le principe de précaution comme préalable à toute activité
commerciale
·
5) des initiatives pour
subordonner les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) aux
principes des Nations unies sur la protection des écosystèmes et aux normes de
l’Organisation internationale du travail (OIT) ;
·
6) des règlements pour exiger des
pays développés qu’ils s’engagent à consacrer un minimum de 0,7% de leur
richesse à l’aide publique au développement ;
·
7) des recommandations impératives,
enfin, pour annuler la dette publique des pays pauvres.
2-2-L
Non
au brevetage du vivant demander
à Marie-Noëlle Lienemann
Troisième partie
Un autre monde est possible
Le socialisme est une idée neuve, un programme mondial
de Seattle à Porto Alegre
face au chaos, à l’empire américain
3-A : Rompre
avec le capitalisme
Les conditions d’une sortie de la crise de surproduction
et de la récession qu’elle a enclenchée sont réunies depuis le milieu de la
dernière décennie du siècle précédent : des politiques de relance ont été
remises à l’ordre du jour, et, pour augmenter les profits, des mesures
protectionnistes surprenantes de la part d’intégristes libéraux ont également
été mises en oeuvre. Georges Bush, mal élu, initié des affaires pétrolières, va
t en guerre contre le désordre mondial, n’hésite pas à braver quand cela lui
chante les décisions de l’OMC qu’il impose pourtant aux autres. L’empire
américain profite, sans principe, du chaos mondial, y décide unilatéralement
des affaires et des armes, selon ses seuls intérêts.
C’est l’époque que nous avons tant de fois décrite du
nouvel âge du capitalisme, de la domination financière, celle qui domine la
recherche féroce de nouveaux marchés, qui affame le tiers-monde, organise la
marchandisation de toutes les protections sociales, et la privatisation
notamment, des services publics.
Sans mettre en cause ce pillage des requins de la finance,
sans dénoncer ces jeux de Bourse, aux règles incontrôlables, il n’y a pas de
projet socialiste, pas de réponse à la dérégulation mondialisée, pas d’Europe
sociale. Ceci est connu de notre peuple : même les plus humbles des salariés et
des chômeurs qui ne connaissent rien en économie savent cela d’instinct, et les
propagandes de la Bourse, des jeux d’action, des grandes fortunes sont vomies
par des millions de nos concitoyens qui savent que c’est là qu’est le mal, c’est
là ce qu’il faut combattre, c’est à cela qu’il faut proposer un système
économique alternatif de réglementation démocratique, sous un réel contrôle des
peuples.
Non seulement l’horizon n’est pas capitaliste, mais il n’y
a pas d’horizon humain sans rupture avec le système capitaliste en vigueur.
3-B : Après
la chute du mur de Berlin, l’empire face au chaos mondial
... L’écroulement du stalinisme soviétique, la guerre du
Golfe, de Bosnie, les guerres barbares de Somalie, du Rwanda, du Burundi, des
grands lacs, d’Angola, la guerre du Kosovo, Algérie, Tchétchènie, Colombie, les
attentats criminels du 11 septembre, la guerre en Afghanistan, et la guerre au
Moyen-Orient, c’est le désordre mondial qui s’est installé.
Pour y faire face avec les méthodes de la guerre et non
celles de l’expansion et de l’entr’aide, W Bush a accru les dépenses militaires
de 48 milliards de dollars, davantage que le total de l’aide publique au
développement reçue par l’ensemble du tiers-monde.
L’impérialisme US dominant ne peut et ne veut ni pacifier,
ni « sauver » le monde, il fait face difficilement, écartelé, aux
propres kraks de son économie, aux ruines des anciens pays de l’Est, aux tragédies
du tiers-monde... et à ses propres réseaux renégats du type de la secte Ben
Laden.
C’est le système du leadership unique dans un monde
considéré comme un chaos aléatoire. Il endigue, dissémine, réprime mais n’assume
aucune contrepartie sociale de son rôle dominant.
Après les abominables attentats du 11 septembre à New
York, perpétrés par des renégats de la CIA, des intégristes, capitalistes,
réactionnaires dangereux, les dirigeants américains ont utilisé tous les moyens
de la guerre, en se refusant à utiliser tous les moyens de la paix. Ils n’ont
en rien modifié leur politique vis-à-vis du tiers-monde, ni du Moyen-Orient,
pire, ils envisagent tout à la fois de couler le sommet de Johannesburg et d’engager
une nouvelle guerre contre l’Irak.
3-C le peuple mondial s’éveille :
Pour autant, le capitalisme n’est pas « victorieux »,
sa puissance n’est illimitée, il est au contraire, selon nous, et davantage
depuis 1989, mis à nu, en crise profonde. Il est arrogant, économiquement,
militairement, culturellement mais pas tout-puissant : il engendre chaque jour
les forces sociales, les aspirations, les luttes et les idées neuves qui le
renverseront.
La colère du « peuple mondial » est encore
virtuelle, naissante, fragile, mais elle se dresse contre l’empire de Seattle à
Gênes et Porto Alegre, sa tradition se nourrit des « grandes révolutions »
de 1649, 1793, 1848, 1971, 1917, 1968, elle veut annuler la régression barbare « libérale »
en cours. Alors que l’analyse libérale veut faire croire que la fin de l’URSS
était la fin du « socialisme réel », cette opinion qui progresse peut
faire penser qu’il s’agit de son commencement.
Le XXIe° siècle va être, selon nous, l’histoire du
renversement de ce système, et celui de l’accouchement d’une nouvelle société
mondiale, opposée point par point aux crimes et gabegies du capitalisme, une
république sociale universelle libre, égale, fraternelle, démocratique.
Il sera le siècle des organisations internationales, du
contrôle démocratique, du développement durable, celui de l’annulation de la
dette, celui des investissements dans les pays en développement, celui de la
fin des diktats du FMI, celui où l’OIT travaillera à parité avec l’OMC de façon
à rendre le droit du travail constitutif du droit de la concurrence.
Nous ne voulons pas d’OMC sans OIT, sans OMS, sans OME,
sans ONU. Nous voulons la transparence boursière, bancaire, l’épuration de la
fraude et des fraudeurs, la taxation des mouvements de capitaux, la réforme du
droit des sociétés, des tribunaux de commerce, la réforme des règles de la
concurrence incluant le respect du droit du travail, la réglementation de la
sous-traitance, des critères de passation des marchés au niveau national et
international.
3-D : L’Europe
fédérale, sociale
De Gênes à Barcelone, chacun a noté ce phénomène
exponentielle qui aboutit à ce que chaque semestre, les manifestations pour l’Europe
sociale soient de plus en plus fortes. Alors qu’à Porto encore, il ne s’agissait
que de démonstrations des « directions syndicales » voilà que de Nice
à Laeken, ce sont des centaines de milliers de salariés, de jeunes qui défilent
dorénavant, plus que ce que tous les dirigeants de la CES n’envisageaient.
Il y a eu déjà des premières grèves européennes de
cheminots, de routiers, et l’on voit se constituer l’Europe des luttes
sociales. Les masses commencent à prendre en main les affaires que les
technocrates de Bruxelles se croyaient réservées. Ce n’est qu’un début, nous l’avons
dit mille fois : la monnaie unique encourage au combat pour un salaire minimum
européen (1200 euros par mois), les 35 h en France, en Allemagne, en Belgique,
posent la question à l’Italie, à l’Espagne, et à toute l’union européenne. À
force de privilégier l’Europe des marchands et des banquiers, les dirigeants
vont voir se dresser l’autre Europe, celle des salariés, des syndicats, des
grèves et des manifestations.
Nous sommes favorables à une Europe fédérale car c’est
cette orientation qui vise à garantir un contrôle citoyen, un fonctionnement
démocratique, une suprématie du politique sur l’économique. Moins l’Europe est
organisée, plus les multinationales y règnent, plus le marché est
incontrôlable. C’est pourquoi les libéraux, en Europe comme ailleurs, (Amérique
du Nord, Amérique du sud, Asie) sont favorables à tous les élargissements sans
conditions d’échanges ni de droits sociaux.
Nous sommes opposés à tout nouvel élargissement de l’Europe
sans garanties, constitution démocratique, sans garanties sociales, (salaires,
durée du travail, garanties de l’emploi, droits syndicaux).
ici Amendement intégré à la partie Europe (Harlem)
Il est devenu essentiel pour les socialistes de montrer en
quoi l’Europe qu’ils veulent est une réponse à la brutalité sociale et à la
dépossession démocratique engendrée par la mondialisation libérale.
Les socialistes doivent dire comment, en tirant les leçons
des années 97-2002 et de la dérive libérale de la construction européenne,
dérive dont le sommet de Barcelone restera le symbole, ils comptent mettre la
puissance économique de l’Europe au service d’un modèle social de haut niveau
et de la conquête de nouveaux droits. Ils doivent dire que c’est pour cela et
pour une Europe qui pese dans le monde face aux Etats Unis, pour la paix, la
justice, le développement durable, qu’ils veulent une Europe politique plus
intégrée. Pas pour renforcer les institutions actuelles. Mais pour remettre la
volonté des citoyens dans le poste de commande.
Dans le débat qui va se dérouler au sein et autour de la
Convention pour l’avenir de l’Union, si les fédéralistes de gauche n’ont à
proposer que les « acquis » et la « méthode communautaire », c’est l’option
défendue par MM. Aznar, Chirac et Blair, avec le soutien du Président de la
Convention, Giscard d’Estaing qui l’emportera : celle d’une présidence du
Conseil renforcée, bloquant l’Europe à la case intergouvernementale et
perpétuant l’opacité et les limites actuels.
L’Europe a besoin d’institutions nouvelles.
L’heure est venu de batir une véritable démocratie
parlementaire européenne. La Commission doit être transformée en un
gouvernement européen constitué à partir de la majorité issue des élections
européennes. Ainsi se créera un lien direct entre l’executif européen et le
vote des citoyens. Le Parlement européen doit être doté de la plénitude des
pouvoirs législatifs et budgétaires pour pouvoir adopter à la majorité, avec le
Conseil, les mesures de progrès social, d’harmonisation fiscale, de financement
de la recherche ou des grands travaux européens, repondant aux besoins et à l’intérêt
collectif de l’Union. Les socialistes européens doivent se battre au sein de la
Convention pour une Constitution sociale de la Fédération européenne, c’est à
dire pour que le futur traité constitutionnel établisse les conditions d’une
harmonisation sociale vers le haut, comme le taité de Maastricht avait établit
les conditions de la convergence monétaire vers la monnaie la plus forte. Ils
doivent demander un chapitre sur les services d’intérêts général qui favorise
la mise en réseau européen et la modernisation des services publics et pas leur
démentellement suivant les règles du « marché intérieur ». Un
moratoire sur les libéralisations doit être appliqué tant qu’une directive
cadre n’aura pas garanti la pérennité et le développement des services publics
dans l’Union. Les socialistes doivent
demander que les objectifs de la banque centrale européenne soient complétés
pour inclure la coissance et l’emploi, ainsi qu’un réaménagement du Pacte de
stabilité afin de pouvoir mener des politiques monétaires et budgétaires
actives stimulant l’investissement et la croissance.
3-E : La Gauche socialiste,
en se construisant, cette dernière décennie, s’est internationalisée.
Elle a essaimé en Europe par une action volontariste au sein du Parti
socialiste européen. Cela s’est traduit par la création, le développement du « Club
des Républiques sociales européennes ». des réunions régulières, des
documents communs, une plate-forme internationale lors du congrès du PSE de mai
2001 constituent des avancées d’autant plus positives qu’elles ont été
effectuées avec la participation de la motion 3 dirigée par Henri Emmanuelli.
Nous avons également engagé une action dans le cadre des
batailles internationales contre la mondialisation libérale. Nous avons été
présents aux deux sommets de Porto Alegre et avons pu y apparaître, faire
connaître nos orientations en tant que composante du parti socialiste français,
et des partis sociaux-démocrates européens. Ce n’était pas acquis d’y trouver
notre place, de nous lier aux dirigeants du Parti des travailleurs brésiliens,
au forum de Sao Paolo, de cohabiter avec toutes les forces vives qui s’y
trouvaient représentées.
Nous étions à Millau en 2000 aux côtés de José Bové et
considérons comme une honte son emprisonnement en 2002.
Ce deuxième sommet de Porto Alegre c’est 80 000 participants venus de 131 pays... Plus de 1100
parlementaires (dont 77 italiens et 76 français) ont débattu de l’alternative à
la mondialisation libérale pendant deux jours.
Il s’inscrit dans la série de manifestations de Seattle, Porto,
Göteborg, Prague, Nice, Gênes, Laeken, mais il a sa caractéristique propre : il
est le produit partiellement spontané d’une lame de fond. Malgré l’infériorité
en matière de financement et de communication des forces opposées à la
mondialisation libérale dominée par l’impérialisme américain, elles l’emportent
en nombre, en détermination, en symbolique sur le forum de Davos, le maudit
sommet des ultralibéraux, devenu minoritaire.
Attac a émergé dans quarante pays. En France, elle s’est
développée après novembre-décembre 1995, et compte 28 000 Membres et 230
comités locaux. Intellectuels, syndicalistes font le cocktail détonant qui
assure la réussite d’Attac qui s’est assigné « d’emblée une mission d’éducation
populaire orientée vers l’action contre la dictature des marchés, et, d’autre
part, qu’elle place cette mission dans un cadre non seulement international,
mais également internationaliste, la solidarité avec les sociétés des autres
pays du monde se situant au centre même de sa démarche ». (Plate-forme d’Attac).
D’où la parfaite adéquation d’Attac avec le forum social mondial.
La Gauche socialiste est investie aux cotes d’Attac et de
plus en plus nombreux sont ses militants qui y agissent. Nous nous félicitons
du succés de ses assises d’Arles 2002.
3-F : Pour la
République sociale universelle
Notre pays a des acquis de luttes et des acquis sociaux
exceptionnels par rapport au monde actuel. Deux grèves générales en trente ans,
de 1968 à 1995 les ont conservés et développés.
En 1995, un journal italien « La Repubblica »
écrivait : « L’Europe est un volcan et quand la lave veut sortir, elle
choisit Paris ». Depuis, il y a eu d’autres grèves générales
exceptionnelles, en Italie les 13 mars et 16 avril contre Berlusconi, en juin
dans l’état Espagnol, contre Aznar et toute l’Europe
Quatre cent mille salariés et jeunes se sont retrouvés en
liesse à Barcelone le 16 mars. De semestre en semestre, chaque sommet européen,
est l’occasion de démonstrations de force de plus en plus populaires, les mots
d’ordre se précisent, les échanges se développent par branche, entre pays, l’internationalisme
syndical et démocratique se développe contre le mondialisme capitaliste et
libéral.
Il y a eu trois millions de manifestants, le 23
mars, à Rome, venus de toute l’Italie.
C’est une fantastique mobilisation, tous les syndicats ont
participé, toute la gauche commence à revivre, à la place qu’elle n’aurait
jamais dû quitter, combative, pour s’opposer à une nouvelle loi sur les
licenciements. La coupure entre gauche modérée et gauche radicale, s’est en cette
occasion atténuée, et c’est le bon chemin à suivre.
Le même processus s’amorce dans l’état espagnol. L’Europe
n’est pas « bleue », les luttes montent, de nouveaux mouvements de
type Attac, naissent dans la jeunesse surtout.
Nous ne travaillons pas dans un cadre chauvin,
nationaliste, mais dans un cadre internationaliste, européen, mondial.
Notre démarche de république sociale n’est pas séparatiste
mais universelle, elle se veut globale, ouverte, dynamique.
Nous ne sommes pas opposés à la « mondialisation »
si on l’entend par internationalisation, si l’on veut « réglementer la
mondialisation » et non pas « mondialiser la dereglementation ».
ici amendement
intégré au passage sur la mondialisation. (Harlem)
Les socialistes doivent proposer que l’Union soit la première zone s’appliquant à elle-même une
taxe Tobin sur les transactions finacières internationales, premier impôt
de solidarité mondiale, de même qu’elle a décidé d’appliquer le protocole de
Kyoto sans attendre les autres pays.
L’Europe doit proposer la création de « fonds structurels mondiaux » pour aider les pays du
Sud à faire face à leurs besoins vitaux dans des domaines comme l’accès à l’eau,
aux énergies renouvelables, à l’éducation, à la santé. L’accès à ces biens
publics mondiaux doit relever d’une logique de mondialisation des droits
fondamentaux de l’être humain et non de la marchandisation.
Les socialistes doivent demander que l’Europe regroupe ses
droits de vote au sein du FMI et de la Banque Mondiale, pour réformer leur
fonctionnement, remettre ces institutions publiques mondiales au service du
développement, de la lutte contre la pauvreté, du rattrapage des retards dans
les pays du Sud, pour y obtenir l’annulation de la dette et imposer le respect
des stratégies de développement et des modèles de société que se choisissent
les peuples. Avec une « exception service public » contre les
privatisations ou les libéralisations forcée imposées de l’extérieur par les
organisations internationales, comme il y a une « exception culturelle »
contre les interventions de l’OMC dans ce domaine.
Les socialistes doivent soutenir l’abandon des subventions aux exportations agricoles qui ruinent
les petits agriculteurs du Sud et demander que l’Europe donne la priorité au
sein de l’OMC, non pas à la libéralisation des services, des marchés publics et
des investissements, mais à l’intégration
régionale (Mercosur, etc.) qui permet la diversification économique, un
développement maitrisé, et l’émergence d’un monde multipolaire. Ils doivent
défendre la reconnaissance d’une hierarchie
des normes internationales qui place les conventions sociales de l’OIT dont les pouvoirs de sanction
doivent devenir effectifs, les accords
multilatéraux sur l’environnement, ceux de l’OMS sur la santé et l’accès aux médicaments, au-dessus du droit
commercial. C’est à dire un nouvel équilibre de la gouvernance mondiale. On
devrait pouvoir faire appel d’une décision de l’OMC devant les agences
compétentes des Nations Unies, l’OMC devrait être réintégrée en son sein et
placé, comme le FMI et la Banque Mondiale, sous la responsabilité d’un Conseil de sécurité économique et social veillant
à la cohérence de leurs actions et au respect
des objectifs de développement durable qui seront débattus au sommet de la
terre de Johannesbourg.
L’Europe doit demander une véritable transparence, l’ouverture aux ONG et le renforcement du contrôle parlementaire sur les organes
du FMI et de l’OMC.
Les socialistes doivent faire de l’Europe l’instrument d’un
nouvel internationalisme qui donne un débouché aux revendications et aux
aspirations du mouvement social mondial qui a vu le jour de Seattle à Porto
Alegre.
Quatrième partie
Les moyens politiques
Représenter, unifier la force sociale majoritaire : le
salariat
4-A : La Gauche
socialiste n’est pas seulement un courant du Parti socialiste, elle est un
courant de la société.
Ses militants sont engagés dans les associations (Attac)
dans les syndicats, (en priorité les grandes confédérations... mais tout
syndicat combatif, représentatif) dans les mouvements de jeunesse (UNEF, FIDL,
SOS-racisme...).
Sans mouvement social, nous ne sommes rien. Tout part du
mouvement social et y revient. En passant par un programme et un débouché
politique.
À la différence de la droite, et de ses partis politiques,
les forces d’un Parti socialiste comme de toute la gauche, doivent se nourrir
des activités citoyennes, militantes, syndicales, sinon elles se dessèchent et
sont condamnées à périr. Des socialistes qui prôneraient la séparation de l’institutionnel
du « radical », le modéré « sérieux » du mouvement social,
se suicideraient, eux, leur théorie et le parti avec. Ils feraient le jeu des
ultragauches qui veulent « cliver entre deux gauches » comme la LCR.
Les blairistes qui, en Grande-Bretagne, ont fait main
basse sur le Parti travailliste, l’ont coupé de sa base syndicale, ont modifié
ses statuts, isolé bureaucratiquement la gauche vivante, bloqué les débats
démocratiques, ont sans doute (provisoirement) conquis le pouvoir, mais le
résultat de leur action n’a plus guère à voir avec la transformation sociale,
ils se sont soumis au libéralisme, et nul doute qu’un renversement ne se
reproduise, régénérant tôt ou tard ce parti vers de meilleures traditions,
programmes et résultats pratiques. Nous voulons épargner au Parti socialiste
français cet errement - lequel, d’ailleurs ne correspond ni à la combativité
propre, ni aux acquis du salariat de notre pays.
Nos idées, notre programme, nos méthodes d’action ne sont
pas « élaborées en chambre », ni dans une « fraction »
séparée, secrète d’un quelconque parti ou courant, elles proviennent au
contraire des enseignements mêmes des luttes et des traditions des
organisations de masse concernées, dont nous respectons l’indépendance, car
nous savons que c’est le meilleur moyen pour qu’elles se développent, s’enrichissent,
s’unifient, et se dynamisent. Nous sommes contre les « clans », les « disciplines »
abstraites, les « ordres » venus d’en haut, car nous savons trop
bien, qu’il y a, à tous niveaux une interaction positive, nécessaire, entre le
politique et le syndical, entre l’associatif et l’institutionnel, entre le
spontané et l’organisé.
La Gauche socialiste est irremplaçable par ses acquis
historiques, sa genèse, par son enracinement dans les luttes, par sa volonté
consciente de faire « le pont » entre les institutionnels et les
radicaux, par son choix d’un parti socialiste militant, à la fois de
gouvernement et de lutte, implanté syndicalement et présent à tous les niveaux
de la société. La Gauche socialiste, après le 21 avril, est la seule à défendre
consciemment cette perspective d’enraciner le parti socialiste dans les
mouvements sociaux : sans elle, sans une vraie gauche organisée avec elle,
autour d’elle, le clivage surviendrait tôt ou tard entre modérés et gauchistes,
« deux gauches » se diviseraient à l’infini, la droite pourrait avoir
toutes les coudées franches et resterait plus longtemps au pouvoir.
4-2 : un
grand parti de toute la gauche
N’étant ni une avant-garde, ni une fraction, mais
seulement consciente de ses connaissances, de ses cadres, de son implantation,
la Gauche socialiste est ouverte à toute la gauche. Elle ne vise pas à
perdurer, à se maintenir, à s’isoler, au contraire, elle milite depuis toujours
pour un grand parti de toute la gauche.
Nous, GS, le disons tel quel : il faudrait en France un grand
parti des travailleurs - comme au Brésil. Un parti de tous les salariés
français : 88 % de la population active. Un PS. Un vrai. Pas hésitant face au
libéralisme.
Ce n’est pas une question facile quand des socialistes
posent cette question. Car ils ont toutes les raisons d’être soupçonnés d’hégémonisme,
d’utilitarisme, de manipulation. Surtout, il faut le dire honnêtement après le
scrutin du 16 juin.
L’union fait la force. C’est le refrain des unions
américaines. Solidarnosc, ou la CUT brésilienne, quelque soit leur évolution,
datent de ces grands moments historiques où le syndicalisme est un raz-de-marée
unitaire.
En France, nous l’avons vu, il n’y eut jamais tant de
syndiqués qu’en 1935 ou 1945 : quand il y avait unité syndicale, il y avait des
millions d’adhérents ! Les grandes périodes de la gauche sont celles de son
unité, même si le contenu et les modalités de cette unité n’étaient pas
satisfaisants, loin de là (front populaire, front républicain, front national,
union de la gauche, gauche plurielle, gauche unie...).
Aujourd’hui où il y a 88 % de la population active
salariée, pourquoi l’unité ne serait-elle pas au cœur de tous les problèmes de
la gauche ? Il ne s’agit pas de prôner
un parti « unique » à bureaucratie unique ! Il faut respecter scrupuleusement
les traditions de chacun, la moindre des sensibilités, des susceptibilités. Les
rancœurs, les réticences pratiques sont multiples et innommables, nous le
savons. Mais théoriquement quels arguments s’opposent à ce que communistes d’aujourd’hui
et socialistes soient dans un même parti ? Les débats internes sont les mêmes !
Évidemment il existe une condition sine qua non c’est qu’il
y ait une démocratie scrupuleuse respectant les débats, et les responsabilités.
Aucune avancée ne se construit sur la délimitation,
contrairement à tant d’idées erronées selon lesquelles « le clivage
réformisme-révolution », entre « deux gauches », est préalable
ou fondamental à toute action de masse. Pour faire bouger une société, il ne
faut pas en détacher le quarteron des plus convaincus : au contraire, il faut
rassembler et entraîner la majorité. Être au cœur de la gauche ! Un parti
unifié de la gauche ne pourrait être que pluriel pour être fort ! Au lieu de
chercher à s’exclure, à surenchérir, à différencier, toutes et tous devraient
pouvoir discuter, agir dans un même cadre, à condition, que l’expression de la
base serait entendue, respectée..
Certes, une telle condition est exorbitante alors que dans
chacun des partis de gauche existants, elle n’est pas respectée. Mais justement,
seule une confrontation, des états généraux, une refondation peut parvenir à
changer les mauvaises mœurs régnantes. C’est sous une poussée d’en bas, dans un
cadre collectif qu’un programme nouvel anticapitaliste peut être conçu et mis
en oeuvre.
Comment parvenir à une telle symbiose, une fusion ? D’abord
en commencent par en évoquer l’utilité, la nécessité, en réfléchissant aux
transitions, en créant des comités de liaison à la base, partant du monde
syndical, associatif. C’est peut-être un long travail, utopique, avec des
chemins compliqués et imprévisibles mais pourquoi n’y parviendrions-nous pas ?
On devra psser par une confédération, ou toute formule respectant les
sensibilités de chacun.
La droite en face s’efforce de le faire, le
patronat, lui, est uni, dans une même organisation.
La gauche, syndicats et partis, elle, a besoin d’unité
aussi. Profondément.
4-3 : le programme
que nous défendons, nous GS, doit être démocratiquement soumis à débat...
Évidemment nous ne sommes pas prêts à renoncer à nos
convictions les plus ancrées, sur le nouvel âge du capitalisme, sur la sécurité
sociale, sur la VI° république sociale... Comme tous, nous croyons à ce socle
commun qui nous soude, et que nous avons mis tant de temps à élaborer. Sans être conservateurs ni repliés sur
nous-mêmes, nous n’avons pas envie de le gaspiller. Nous ne sommes pas une fraction, nous ne sommes pas non plus
constitués de sous-courants, nous nous sommes même interdit de rassembler,
comme on dit, « des cliques et des clans ». Sans être centralisés,
par contre, nous essayons d’être disciplinés, simple question d’efficacité. La
Gauche socialiste s’est construite par strates, par addition, par dynamique,
elle est forte de chacun de ces apports, sans que l’un puisse dicter quoi que ce
soit à l’autre. Elle est essentiellement un « collectif ». C’est
notre force, pas notre faiblesse. Les débats peuvent être vifs, mais personne
ne peut exclure personne, l’adhésion est libre et volontaire, dans le cadre des
statuts du parti socialiste. De même pour le club de la République sociale.
Nous existons par une même
impulsion, une même racine, puis un même mouvement, et surtout un même
programme.
Nous le défendons, même par rapport à l’autre courant de
gauche du Parti socialiste, la motion 3, Henri Emmanuelli, Alain Vidalies...
Nous le défendons à l’intérieur du Parti socialiste, et également au sein de la
gauche en général...
Nous acceptons volontiers la confrontation et les
unifications sans crainte que cela débouche sur un programme moins radical...
au contraire. Élaboré démocratiquement, le programme d’un grand parti unifié
des salariés, serait, n’en doutons pas, plus à gauche.
Il y a, soulignons-le, des « majorités d’idées » : elles
sont vraiment à gauche.
Contrairement à ce que croient les gauchistes, toujours
persuadés, que dans un « grand parti », ce serait les spécificités de
gauche qui se perdraient...Ce serait le contraire, car « la base » de
la gauche est, de loin, plus sincèrement avide de changement que ses
dirigeants. Elle serait davantage écoutée dans un grand parti que morcelée dans
quatre, cinq, six, sept partis différents... ces derniers ont des instincts de
chapelle, des règles moins démocratiques séparément que ce qu’ils seraient
obligés d’avoir et de faire s’ils étaient ensemble.
Rien que dans le Parti socialiste aujourd’hui, si les
militants avaient vraiment la liberté
de voter, (sans que la direction ne décrète que nos amendements sont « contradictoires »,
sans qu’elle n’utilise le « 49-3 » en interne) les propositions de la
Gauche socialiste seraient majoritaires.
À gauche, s’il n’y avait pas les divisions, le retour aux
37,5 annuités serait massivement acquis. De Fo à la Cgt en passant par 45 % d’opposants
Cfdt, les Sud, l’Unsa, la Fsu.
De même pour la nationalisation de l’eau : ce serait
un plébiscite.
De même pour de vraies 35 h : il a existé sur des
questions clefs de la mise en oeuvre des 35 h, des majorités syndicales,
politiques, mélangées, qui, de façon écrasante, auraient, si elles avaient été
entendues, modifié le cours des choses, le contenu de la loi.
Pour de grands services publics : là encore des états
généraux montreraient la force puissante de ceux qui les défendent, qui sont
prêts à combattre à fond pour les rétablir, les élargir.
De même pour une VIe république démocratisée : d’Arnaud
Montebourg, au PCF, des Verts à la GS, une constitution démocratique serait
mise en place, si la démocratie d’un grand parti de gauche l’emportait.
Pour batailler pour une mondialisation régulée, il y
aurait une majorité telle que les nationalistes, souverainistes, xénophobes, et
autres gourous chevènementistes seraient déconsidérés : un programme
international offensif en faveur d’une OIT dotée du pouvoir de sanctionner pour
imposer ses normes, une ONU véritable, une OMEnvironnement, une OMsanté,
elles-aussi doté de pouvoirs qui s’imposent à l’OMC, s’appuierait sur un
véritable soutien populaire de masse, dans lequel ni « la nation »,
ni « l’état républicain » ne seraient plus menacés de dissolution, de
repli, de conservatisme.
À gauche, s’il y avait un grand parti démocratique, il y
aurait des centaines de milliers d’adhérents : les militants ne manqueraient
plus, les liens avec le monde associatif et les syndicats seraient
considérables. On aurait une société mobilisée et un état volontaire...Un
contrôle des élus et une garantie que les promesses de changement social
seraient respectées.
Le 21 avril pousse à la discussion en ce sens.
4-4 : de la gauche plurielle
à la nécessaire unité de la gauche : nous savons que la perspective
d’un grand parti de la gauche demande de nombreuses transitions, débats,
échanges, actions, vérifications.
Ne serait-ce que pour dégager ces fameuses majorités d’idées
dont nous pensons qu’elles existent :
pour les faire apparaître, il faut confronter, converger, associer, dépasser
les cadres et idées régnantes.
Il faut aussi rétablir un front « de classe » ,
la certitude d’appartenance à un même « camp », celui du salariat
face à la droite.
Nous avons contribué à ce que le Parti socialiste appelle
les citoyens, toute la gauche, à l’automne 2002, à débattre sous toutes les
formes libres de colloques, d’état généraux, d’assemblée permettant au maximum
de militants, de français de faire connaître leurs opinions.
Cette phase de concertation, d’échange, la plus libre
possible, la plus profonde, la plus sérieuse, est absolument indispensable pour
reconstruire la gauche après le 21 avril.
Il ne doit pas y avoir de limites ni d’exclusives dans ce
processus, tous ceux qui voudront y participer de façon positive y seront
bienvenus
Nous souhaitons un processus dans lequel les syndicalistes
comme les associatifs puissent, à titre individuel, s’impliquer, apporter,
enrichir la discussion.
Notamment pour le congrès du Parti socialiste qui se
tiendra à Dijon en avril 2003. Car ce congrès ne doit pas, lui non plus, être
formel. Il faut comme nous l’avons dit tout au long de ce texte, et comme la
Gauche socialiste entend le défendre, qu’il entende les leçons des 21 avril, 9
et 16 juin.
Les présentes thèses ont pour fonction de définir ce que
la Gauche socialiste veut proposer aux citoyens, à la gauche, aux courants et
sensibilités du parti socialiste, à son congrès.
Avant que des « états-généraux », (ou Assises de
la transformation sociale, ou tout autre cadre similaire...) avec nos
partenaires, sous une forme appropriée reconstitue un front victorieux face à
la droite, aussi bien dans les luttes que pour les prochaines élections de 2004
à 2007.
4-5 : Conclusion :
au cœur de la
gauche
La Gauche socialiste vise d’abord, à Nantes et à son
Conseil national qui suit, de se doter de thèses cohérentes, tirant bilan et
perspectives, des événements et de son action pour faire une contribution
claire, uie, devant tous. Elle entend partir de là pour s’adresser à tous les
socialistes, à toute la gauche. Les relations privilégiées qu’elle souhaite
pouvoir nouer avec les forces et courant les plus proches seront déterminées d’abord
par la proximité - ou non - du programme, des idées.
Deux buts essentiels sont à sa portée
1°) de rassembler toute la gauche du Parti socialiste sur
une base politique solide, cohérente, audible par tous les militants adhérents.
2°) d’empêcher que le congrès du parti socialiste en soit
formel et ne débouche sur une main-mise de courants droitiers qui entendraient
le « blairiser », et l’écarter ainsi du mouvement social en même
temps que d’au proche retour de la gauche au pouvoir.
1°) Cela signifie
que des efforts particuliers doivent être entrepris après nos rencontres d’été
et l’adoption des présentes thèses, pour nous adresser, sans préalable, ni
exclusive à toutes les composantes qui peuvent contribuer à faire avancer nos
objectifs.
Cela vise en
premier lieu, la motion 3 d’Henri Emmanuelli, Alain Vidalies, Christian
Bataille, Jean Malot, Emmanuel Maurel, et tous les militants qui ont adopté au
dernier congrès des thèses différentes mais assez voisines. Les événements du
21 avril nous imposent de tout faire que nous travaillions mieux ensemble que
par le passé. Nos deux courants représentaient au minimum 27 % du parti à
Grenoble et lorsque nous additionnons nos forces nous sommes naturellement
mieux à même de peser contre toute évolution « social-libérale » du
Parti socialiste.
Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on règle des
traditions de débat différentes et qu’on parvient à des approches communes sur
tout. Nous avons des divergences à débattre, mais nous avons un large champ d’accord
: à nous de savoir l’approfondir dès lors qu’il y a une volonté de travail
commun manifeste, et une organisation en ce sens.
C’est pourquoi nous avons proposé à l’unanimité, lors de
notre conseil national du 22 juin, un « comité de liaison » entre la
Gauche socialiste et la motion 3, qui permette à nos deux « directions »,
à nos deux « collectifs » d’apprendre ce travail en commun, de compléter
audacieusement, efficacement, ce rapprochement sur le fond politique. Ca n’implique
ni la fin de nos spécificités, ni forcément une osmose sur toutes les
questions, ni même des contributions ou motions communes sur tout, mais cela
permettra à coup sûr de peser davantage dans le futur débat, le futur congrès.
Nous avons invité les camarades de la motion 3 à Nantes,
et nous participerons en délégation à leurs journées d’Argeles.
Les militants socialistes le percevront : la gauche du
parti s’unit. Ce sera un symbole, un signe aussi pour l’intérieur comme pour l’extérieur.
Bien entendu il ne s’agira d’un « ralliement » de personne envers
personne, en aucun cas d’une subordination mais d’une alliance au contenu
clair.
Des gestes concrets l’illustreront dès que possible :
présence réciproque à nos rencontres d’été, comité de liaison régulier,
collectif, entre direction, organisation de débats communs, internes et
publics.
Cela signifie aussi
que nous prendrons langue avec Arnaud Montebourg et avec ceux qui le
soutiennent et dont nous nous félicitons qu’ils défendent une VI° République.
Nous proposerons d’échanger entre nos réunions, débats, contributions, de façon
à faire avancer sur ces thèmes, le plus possible nos idées communes.
De façon générale, nous voulons faire progresser des « majorités
d’idées » - cf. ci-dessus - dans la gauche du Parti socialiste, comme dans
la gauche tout entière. Nous savons que les rapports de force existent et que
si, sur certaines questions clefs (contre le présidentialisme, pour les 37,5
annuités de retraites, pour les salaires, etc...) il apparaît des majorités
nettes, les militants se sentiront enhardis à voter, exprimeront cette
majorité, penseront que leur parti (et toute la gauche) se renforcera en les
adoptant.
Le débat à venir est d’abord politique, et non « tactique »
ni « organisationnel » : les choix tactiques et organisationnels
seront subordonnés aux choix politiques et non pas l’inverse.
2°) Notre deuxième
effort, complémentaire, aussi difficile et volontaire, c’est d’œuvrer à ce
que le clivage souhaité par des « modérés » ou « blairistes »
« troisième voie » ne puisse pas s’opérer, qu’ils ne puissent pas
prendre la direction du parti et couper celui-ci de ses indispensables racines
dans les profondeurs du mouvement social.
Pour cela, la Gauche socialiste, le « comité de
liaison » entre Gauche socialiste, motion 3, et d’autres, doit être la
plus forte et la plus ouverte possible. Étant entendu qu’il n’y a pas abandon
de nos acquis, de nos idées, de notre plate-forme, de nos contributions et
motions, nous devons clairement faciliter, cette fois, les accords de « bloc »
et/ou de synthèse qui permettraient au parti d’avancer, non pas vers le centre
mais vers la gauche.
Il y a un intérêt, cette fois, par rapport au congrès
précédent à annoncer que nous souhaitons faciliter, après débat, dans le
respect de chacun, une synthèse fonctionnelle, voire politique pour que toutes
les leçons du 21 avril soient bien tirées, et pour que le parti se lance à la
reconquête de sa base populaire. Non seulement nous ne voulons pas présager que
la direction du parti ne le fera pas, mais nous souhaitons lui donner acte que,
pour nous, elle en est capable, que nous souhaitons travailler avec elle dans
ce sens. Cette ouverture de notre part, est un engagement à ne pas nous
enfermer dans une tour d’ivoire, c’est un défi pour entraîner la grande
majorité du parti dans la bonne voie.
Si nous voulons une gauche forte et unie dans le Parti
socialiste, c’est non pas pour qu’elle constitue « l’opposition de sa majesté »,
ni qu’elle se renferme dans une « minorité » mais pour qu’elle
influence et co-dirige celui-ci. Parce qu’une nouvelle période s’ouvre, nous
voulons être fort, théoriquement, politiquement, organisationnellement, pour
influer sur son cours.
Tel est le sens de
toute notre démarche qui commence par s’affirmer dans l’ensemble de ces thèses,
déjà « testées », réfléchies, discutées une première fois lors de
notre Conseil national du 22 juin, et soumises démocratiquement à discussion de
l’assemblée des membres de la Gauche socialiste rassemblée à Nantes.