Projet de thèses soumis aux rencontres d’été de Nantes 2002 de la
« République sociale »
 
Bilan et perspectives de la Gauche socialiste
 
version « longue »
 
Pour la République sociale
Pour la VI° République !
Une république fédérale d’Europe
et la mondialisation des droits !
 

 
Plan
 
Tirer le bilan du 21 avril
 
1: la catastrophe
1-A : rien ne doit minimiser...
1-B : pas « la faute aux autres »...
1-C : signes avertisseurs...
1-D : En Europe aussi...
1-E : gauche pourtant forte...
1-F : deux causes profondes
 
2 : bilan mitigé du gouvernement Jospin
2-A : aspects positifs et négatifs
2-B : la Gauche socialiste a pesé
2-C : mais pas assez
2-D : au niveau européen
2-E : les 35 h
2-F : les retraites
2-G : sécurité et justice
2-H : licenciement
2-I : inégalités
2-J : urgences sociales
 
3 : mauvaise campagne
3-A : pas d’idéal socialiste
3-B : programme catalogue
3-C : Le Pen
3-D : l’abstention
3-E : mécanisme institutionnel
3-F : PS central
3-G : Chirac Pyrrhus
 
4 : défaite institutionnelle pas sociale
4-A : gauche pouvait gagner
4-B : droite enhardie
4-C : rien n’est écrit
 
 
1°) Defendre un idéal socialiste ?
1-2-A : à qui les socialistes s’opposent-ils ?
1-2-B : quelle force sociale représentent-ils ?
1-2-C : pas les « couches moyennes »
1-2-D : pas les « exclus »
1-2-E : un patronat pas homogéne
 
2°) combattre pied à pied Chirac-Raffarin-Juppé
2-2-A : état pénal, état social
2-2-B : défendre l’état volontaire
2-2-C : services publics
2-2-D : salaires, smic
2-2-E : 35 h assouplies ?
2-2-F : assaut contre nos retraites
2-2-G : fracture sociale
2-2-H : démocratie et sécurité sociale
2-2-I : école publique
2-2-J : santé pour tous
2-2-K : environnement
2-2-L : vivant
 
 
Un autre monde est possible
3-A : l’empire et le chaos
3-B : après la chute du mur de Berlin
3-C :  mais le « peuple mondial » s’éveille
3-D : Europe fédérale et sociale
3-E : Gauche socialiste internationaliste
3-F : République sociale universelle
 
 
Les moyens de la reconstruction
4-A : Gauche socialiste courant de la société
4-B : Un grand parti de la gauche
4-C : Débat citoyens à gauche
4-D : Vers un front uni de la gauche
4-E : Gauche socialiste et Parti socialiste
 

 
Première partie
Tirer sérieusement le bilan de la défaite
de la gauche plurielle et du PS en avril-juin 2002
pour faire à une droite de combat qui a tous les pouvoirs
1°) La catastrophe du 21 avril
 
1-A
Rien, dans le temps qui passe, ne doit minimiser...
... dans les analyses de la gauche française, l’importance de la défaite historique qu’elle a connu le 21 avril 2002. Ce n’est pas un « travail de deuil », qu’il faut effectuer après une telle catastrophe, mais un intense travail collectif, en profondeur, de réflexion, d’assimilation, de transformation.
Il ne faut pas cacher, ne pas diminuer, ne pas oublier, mais expliquer à fond, comprendre, prévenir tout recommencement. Aller aux racines.
Car si la gauche a commencé le début du XXI° siècle en étant absente du deuxième tour de l’élection présidentielle, en étant obligée de voter pour un « candidat-voyou » contre un candidat fascisant, ce n’est pas par fortuite malchance, encore moins par malentendu.
Elle avait des cartes très favorables en main, le candidat le mieux placé, Lionel Jospin, était intègre. La gauche avait des cartes favorables, l’idéologie libérale commençait un peu partout à être battue en bréche, les salariés se mobilisaient, l’aspiration à une République active, convaincante et ouverte s’exprimait, le bilan du gouvernement pouvait être un point d’appui même si de réelles insatisfactions se manifestaient.
Il a fallu pour que la gauche plonge ainsi dans la déroute, que le candidat FN arrive devant le candidat PS, que se creuse une terrible incompréhension entre ses partis, ses dirigeants et la majorité écrasante de sa base sociale naturelle.
 
1-B
L’erreur fatale serait, de la part des socialistes, d’attribuer « la faute aux autres » : en vrac, aux « abstentionnistes », à « ceux qui ont dispersé leurs voix », à la « diversité de la gauche », aux « gauchistes qui divisent », à tous ceux qui n’ont pas compris, ne se sont pas rendu compte, n’ont pas vu le danger, etc... Et puis de faire comme si de rien n’était, continuer comme avant.
Car s’il y a eu tant d’abstentions, c’est que le parti principal de la gauche n’a pas su mobiliser.
Car s’il y a eu division et dispersion, c’est parce que le message n’était ni assez enthousiasmant, ni assez mobilisateur. Ni transcendant, ni unifiant.
Car s’il y a eu des votes gauchistes, exutoires, c’est parce qu’il y avait un mécontentement réel sur les carences du bilan et sur celles du projet socialiste.
Car s’il y a eu un » coup de tonnerre », une incompréhension, c’est parce que la gauche, et en son sein, la force socialiste principale, n’a pas su mener une campagne sur un choix de société profondément différent de celui de la droite.
Car, s’il y avait un danger de ne pas être au deuxième tour, il n’a même pas été perçu par la direction tout entière du parti socialiste, et pas davantage par les autres partis de gauche.
Car il faut bien rendre compte du problème clef : de la coupure entre la direction principale de la gauche, socialiste, et sa base populaire.
Et photographiquement c’est clair : le candidat du PS est derrière celui de l’extrême droite.
 
1-C
Ce n’est pourtant pas faute de signes avertisseurs : lors des élections municipales déjà, nombreux avaient été les observateurs, dans la gauche plurielle et dans le Parti socialiste à tirer le signal d’alarme dés le 14 mars 2001 lorsque l’abstention avait été forte aux élections municipales et lorsque la gauche, trop souvent divisée, avait, de façon surprenante aux yeux de beaucoup, perdu de nombreuses villes (exemple Rouen, Dieppe, et échec au Havre...).
À ce moment-là, par exemple, au sein du Parti socialiste, la Gauche socialiste avait analysé avec attention les scores, les raisons de l’échec, le « décrochage populaire » qu’il signifiait. On voyait déjà les désaffections, les impatiences sociales, les attentes, les mécontentements croissants.
Nous avions insisté avec force sur la nécessaire fusion entre le Parti socialiste et le mouvement social radical, entre la gauche institutionnelle et la gauche militante, « motivée »(Toulouse) et sur l’urgence de réorienter l’action du gouvernement en faveur des couches populaires. C’est dans cet esprit que notre second ministre est entré au gouvernement. Nous avons alors affirmé que l’explication donnée sur le besoin de proximité des français était un peu courte et que leurs attentes étaient sociales et républicaines (services publics, refus des ghettos, égalité des droits..)
 
1-D
Lors de nombreux autres scrutins européens, la social-démocratie s’est vue, ces dernières années, sanctionner, l’Europe rose laissant la place à une vague bleue... Alors que la gauche était au pouvoir dans 13 pays sur 15, au sein de l’Union européenne, en 1997, peu à peu, cette situation s’est inversée.
Au lieu de répondre aux attentes des peuples et d’engager le chantier de l’Europe sociale, les différentes directions des partis sociaux-démocrates, ont subi l’Europe libérale, monétaire, marchande, aboutissant à redonner les pouvoirs aux technocrates, aux multinationales toutes puissantes, et aux partis de droite soucieux de déréglementer les services publics, de rogner les interventions économiques des états et des citoyens.
On a vu les campagnes électorales aux Européennes de 1999 où l’occasion de faire percer une vraie Europe sociale a été gaspillée.
On a vu les parodies de congrès comme celui du PSE, à Berlin en mai 2001 alors que la Gauche socialiste européenne essayait de faire percer le nécessaire débat.
Ainsi, on a assisté à un renversement, non pas fondamental, mais dangereux où différentes extrêmes droites, nationalistes, réactionnaires, xénophobes, progressaient. L’abstention augmentait, la gauche se divisait et les forces socialistes ou social-démocrates reculaient. Le plus inquiétant est la part importante de l’électorat ouvrier qui se réfugiait dans le vote populiste. Non pas que « la partie soit jouée », le retour du balancier n’est pas complet, mais il est assez indicatif pour que des leçons communes, européennes soient également tirées.
 
1-E
Pourtant, les forces populaires des différentes gauches ne sont pas vaincues, ni réellement minorisées : en France, même le 21 avril, il y a eu 42,96 % au total des voix de gauche contre 40, 56% au total des voix de droite.
Ce jour-là, c’est le candidat de droite (finalement élu, par défaut) qui a le plus perdu ! Tous les partis de droite classique ont perdu 4 millions de voix alors que les partis de la gauche gouvernementale ont perdu1,6 million de voix (par rapport à 1995).
Ce qui s’est produit, c’est que l’extrême gauche, elle, a gagné 1,9 million de voix, c’est-à-dire que le centre de gravité de la gauche s’est déplacé vers la gauche : le Parti socialiste, à lui seul, a eu moins de voix que le total du reste de la gauche. Mais le résultat c’est que son candidat a été éliminé car il lui manquait 194 558 voix !
Même l’extrême droite paradoxalement perdait des voix ce 21 avril 2002 : le total Le Pen + Megret faisait près d’un million de voix de moins que le total des voix Le Pen + de Villiers de 1995. Le Pen ne progressait que de 900 000 voix reprises sur les autres candidats, absents, de la droite extrême, comme de Villiers ou Pasqua.
Ce qui s’est passé, c’est qu’il y a eu une contradiction importante entre les attentes du peuple de gauche et les réponses - bilan et projet - des dirigeants de la gauche. De ce popint de vue, le chiffre de 30 % des ouvriers ayant voté Le Pen est toutefois trés inquiétant.
En France. Et en Europe.
Car en Europe aussi, il y avait de grands espoirs et une grande combativité : soulignons que de Porto à Goteborg,, de Nice à Laeken, de Gênes à Barcelone, Séville et Rome, depuis 1997, ce sont chaque fois, régulièrement, des centaines de milliers de manifestants, parfois des millions qui ont défilé pour l’Europe sociale, avec leurs syndicats et leurs associations, type Attac, ou des syndicalistes courageux comme José Bové - la France se faisant une honte mondiale en le mettant en prison. Il est quand même contradictoire de constater que les mobilisations montent et que le cours politique dominant semble inversé.
 
1-F
Nous jugeons qu’il y a trois causes profondes au 21 avril : 
La première, c’est le bilan du gouvernement Jospin qui était nettement « mitigé » (comme nous l’avions analysé à Nantes en août 2001). C’est un bilan partagé, positif et négatif, pas unilatéral. On pouvait certes souligner qu’il était « le plus à gauche d’Europe ». Tout est relatif. Car en même temps, au plan intérieur il était nettement en dessous des exigences sociales des salariés et du peuple français, ce qui l’a perdu. Il s’est effectué une coupure avec les attentes populaires, les urgences sociales. Par ailleurs notre modèle républicain, particulièrement percuté par le libéralisme est apparu insuffisamment défendu voire remis en cause.
La deuxième cause est dans la campagne conduite par Lionel Jospin : elle a été mauvaise et n’a pas su dessiner un projet de transformation sociale assez radical pour séduire ceux auxquels il était vraiment censé s’adresser. Pas de projet de changement de société, trop gestionnaire, pas de souffle global, rien de consistant pour le salariat. Pas non plus de vision du rôle de la France dans le monde, contre l’impérialisme américain et promouvoir une autre mondialisation  et l’ambition du développement durable. Cette campagne ne mettait pas en perspective le bilan, niant ses faiblesses et n’ouvrant pas une nouvelle étape de changement social. Il nous est revenu, sans être entendus, de défendre les points les plus positifs qui, souvent faute d’avoir été portés politiquement avec du sens, n’ont pu être valorisés. Mais nous avons aussi repris les critiques lourdes que nous avions développées au cours des 5 années écoulées.
La troisiéme raison, c’est le fait que la présidentialisation accrue des institutions par le double effet de la réduction du mandat présidentiel et l’inversion du calendrier  nous ont affaibli. D’abord ce système privilégie le choix des personnes sur les choix collectifs et de fond, ensuite la non introduction d’une part de proportionnelle aux législatives pousse chaque force politique de gauche à se compter lors des scrutins nationaux. Notre défaite a été largement causée par cet excessif émiettement des forces de gauche et singuliérement de la gauche plurielle.
Attention : certains s’entêtent à expliquer l’échec uniquement par la deuxième cause. C’est une façon commode de ne pas aller au fond des choses sur le bilan du gouvernement et de ne rien changer pour l’avenir. D’autres jettent « le bébé et l’eau du bain », et rejettent les cinq ans de la gauche sur le compte du social libéralisme, (« Lionel qu’as tu fais de notre victoire ? ») : c’est une autre façon commode mais pessimiste d’affaiblir ce qui a été fait, de renvoyer gauche et droite dos-à-dos, de nier les possibilités d’entraîner toute la gauche vers un programme de changement réel.
 
2°) Le bilan du gouvernement de Lionel Jospin était mitigé :
 
2-A
Nous critiquons sévérement le bilan du gouvernement Jospin mais nous refusons un bilan unilatéral. Il y a des aspects positifs dans ce bilan, et pas seulement des aspects négatifs. Tout en lui reprochant ses carences graves à gauche, nous combattons la double idée fausse selon laquelle, il aurait « agi comme la droite », et il aurait « été social-libéral comme Blair ». Tous les chats ne sont pas gris sauf pour les amateurs de confusion.
Justement, dans le rapport de force français et mondial, le gouvernement « rouge-rose-vert » de Lionel Jospin avait des caractéristiques plus avancées, qui le distinguait significativement de la droite et des tenants de la « troisième voie » Clinton-Blair. Il a opéré certains choix volontaires que le reste de la social-démocratie européenne a refusé : les « 35 h sans perte de salaire », des droits nouveaux du travail, le maintien des retraites, la CMU, l’APA, mais aussi le PACS, la parité, l’IVG, le non-cumul des mandats... La France était, après novembre-décembre 95, la défaite de Chirac en 97, et au terme des cinq ans de la gauche, en 2002, un des pays au monde les plus avancés socialement.
Cela provient d’un « résultat différé » de Novembre Décembre 1995 et de la mise en place d’un gouvernement de coalition rouge rose verte. Cela provient aussi de ce qu’au cours des années 1997 - 2000, la combativité des salariés (nombre de jours de gréve, durée des grèves, caractère massif des grèves, priorité revenue aux revendications salariales, etc.) a été remarquablement dynamique et croissante : pour la première fois depuis les années 70, l’activité sociale se redéveloppait à un rythme suivi et fort.
En cinq ans, le salariat s’est renforcé et non pas affaibli.
La masse salariale globale a ré augmenté par rapport au capital.
De 1977 à 1997, la politique de développement du chômage et de précarisation de l’emploi a pesé sur les salaires et obtenu une hausse importante de la part des profits dans la valeur ajoutée: elle est passée, en France, de 31 % à 41 %. Cette hausse du taux de profit s’était accompagnée de faillites, de restructurations, d’une concentration accrue du capital (les grandes entreprises sont aux mains de quelques actionnaires), d’une modernisation de l’appareil productif et de la révolution technologique de l’informatique.
De 1997 à 2002, le gouvernement Jospin a stoppé cette régression de la part des salaires dans la valeur ajoutée : cette part a cessé de régresser, même si elle a stagné à 59 %. Les inégalités qui se creusaient sous la droite, ont été freinées (cf. « CAC 40 des inégalités » d’Alternatives économiques) puis ont stagné elles-aussi.
Ce gouvernement a favorisé délibérément la croissance, fait reculer le chômage de masse : 1 742 000 emplois créés en cinq ans dont 643 000 dans la seule année 2000, record historique sans précédent (+ 4,3 %). Le taux de chômage des jeunes est passé de 28 % en 97 à 18,7 en 2000. Il a imposé une avancée majeure avec la réduction du temps de travail par la loi à 35 hebdomadaires : 400 000 emplois créés, 21 millions de salariés concernés, même si, hélas, un sur deux en a réellement bénéficié, et encore un sur trois, parmi ceux-là, en a vraiment profité comme une conquête sociale (2 à 3 millions de salariés). Une loi pleine de contradictions mais nettement plus avancée que n’importe où ailleurs. Il y a même eu un petit début de recul de la précarité ( - 0,4 % environ) des CDD ( - 33 000 soit une baisse de 1,5 % entre mars 2000 et mars 2001) temps partiels  (- 0,6 %) en fin 2000, début 2001 et une forte baisse du chômage partiel (- 64 % en 1999) y compris des « emplois aidés » (de 455 000 à 408 000). L’interim baisse fin 2000-2001 mais il réaugmente en 2° semestre 01. Il y a eu aussi une hausse du nombre et de la durée moyenne des CDI.
Reste que l’importance du nombre de travailleurs pauvres ou travaillant en temps partiel ou n’ayant pas les moyens de vivre dignement est apparu particulièrement inacceptable dans une société où les profits des entreprises explosaient. Cela a pesé lourdement dans le sentiment d’abandon vécu par une partie du salariat renforçant l’idée que la gauche s’accommodait de l’assistanat et négligeait la valeur travail. Ces divisions au sein des couches populaires ont pu s’avérer destructrices et font le nid de l‘extrême-droite. En tout cas, c’est sur le terrain de l’universalité des droits et de la protection sociale que la résistance au libéralisme et à la financiarisation de l’économie a été la plus forte. Le gouvernement ,en dépit des pressions de l’aile socio-libérale en faveur des fonds de pensions a défendu les retraites et le principe de la répartition... (sans répondre, certes, aux revendications réclamant le retour aux 37,5 annuités) Alors qu’elle régressait dans toute l’Europe, la sécurité sociale a été élargie à tous avec la CMU et de nouveaux droits ont été garantis avec l’APA.Même si le service public n’a pas toujours bénéficié du soutien et des moyens attendus, le gouvernement Jospin contrairement à ceux de la droite a rompu avec la théorie du gel de l ‘emploi public.
La « loi de modernisation sociale », hélas mal ficelée et tardivement mise en oeuvre, a permis des avancées importantes en droit du travail, sur les licenciements, contre les discriminations. Il y a eu différentes mesures sociales d’envergure (CMU, APA,..) (la CMU de base bénéficie à 1,1 million de personnes et à près de 5 millions pour la couverture complémentaire (une progression de 32 % en 2000). Et démocratiques (parité, Pacs, IVG,...) et des projets de réforme institutionnelle dans le sens parlementaire.
Tous ces choix l’ont réellement distingué du reste de la social-démocratie. Ceux qui ont intérêt à le nier ou à le sous-estimer privent la gauche d’autant de point d’appui, de référence sur ce qui est possible, vers la politique que nous voulons. Ni Laurent Fabius, ni Dominique Strauss-Kahn n’ont apprécié les aspects les plus avancés des 35 h ou de la loi de modernisation sociale. En vérité, nous nous félicitons, de ce que le socialisme français ait plutôt été un pôle de résistance au social-libéralisme, et à « la troisième voie » façon Blair...
Toutefois dans l’action les engagements pris n’ont pas été tous tenus. Les 35 h se sont parfois accompagnés d’une réduction des rémurnérations à cause de l’annualité du temps de travail. Les conditions pour le passage à l’Euro, en particulier pour l’Europe sociale n’ont pas été garanties. L’ouverture du capital de France télécom explicitement exclue du programme fut réalisée confortant un nombre impressionnant de privatisations. La conférence prévue avec les partenaires sociaux pour la relance salariale n’a pas eu lieu. L’équilibre du départ entre contraintes du marché et ambition régulatrice ne fuit pas maintenu.
 
2-B
En tant que Gauche socialiste, nous avons pesé.
Nous qui avons été au gouvernement, et qui avons bataillé au sein du Parti socialiste, à tous les niveaux, et aussi, dans les mouvements sociaux, en faveur d’un certain nombre de ces choix, nous soulignons les « aspects positifs » et refusons les amalgames réducteurs avec les « sociaux-libéraux ». Nous n’avons pas été inutiles, nous avons pesé, insuffisamment ô certes, sur le cours des choses, du congrès de Brest à celui de Grenoble, des campagnes municipales à la présidentielle...
Rappelons à tous que Lionel Jospin réclamait même, à Brest, dans son intervention, devant trois mille militants, la carte de membre d’honneur de la Gauche socialiste parce qu’il avait repris nos idées de « gouvernement rouge rose vert » et « les 35 h sans perte de salaire » !...
Nous ne renvoyons pas ce gouvernement et son bilan, dos-à-dos avec la droite. Il y a un enjeu très important derrière toute simplification. Nous ne cautionnons pas ce que des sociaux-libéraux en interne au Parti socialiste français voudraient en donner comme image et interprétation.  Nous entendons même opposer ce bilan aussi controversé soit-il, aussi mitigé soit-il, aux projets des « droitiers » du parti pour l’avenir : ceux-ci prétendent en effet « trancher » entre « réformisme » et « radicalisme », tourner la page du congrès d’Epinay, « recentrer » le PS... en gommant les aspects positifs des cinq années de la gauche au pouvoir entre 1997 et 2002. Alors que nos critiques, elles, vont en sens inverse, c’est parce que le gouvernement a été freiné, tiré en arrière par des droitiers, par des théoriciens de la troisième voie, par les dirigeants de la social-démocratie européenne, qu’il a finalement perdu...
Les droitiers « blairistes » et l’extrême gauche tirent déjà dans deux sens opposés à propos du bilan, ils vont chercher à cliver, à faire disparaître le rôle de la « gauche plurielle », à diminuer les débats au sein du parti socialiste, à faire reculer la nécessité d’alliances avec les Verts, le PCF, etc... On remarquera l’analyse de Laurent fabius comme un refus de l’assistanat et le manque de ciblage social des aides publiques. Cette thématique est celle qui fut développée par Tony Blair pour conditionnaliser et réduire les prestations publiques au nom d’une certaine moralisation des soutiens de l’état. Ils vont dénaturer aussi bien le bilan que la campagne de Lionel Jospin pour mieux prôner l’existence de « deux gauches » aux projets inconciliables, creuser le fossé entre gauche « institutionnelle » et gauche « radicale », entre la social-démocratie et le mouvement social. 
 
2-C
Mais pas assez
Cette politique « rouge, rose, verte », celle de la loi pour des 35 h sans perte de salaire, de lutte prioritaire contre le chômage, était la nôtre, mais elle é été conduite en deçà des impatiences sociales, des urgences, elle ne corrigeait pas les effets ravageurs de la longue crise, et a déçu.
Tiraillé dans tous ses choix, depuis le début, Lionel Jospin n’a cessé d’arbitrer « en équilibre », il a osé des avancées sociales, mais il les a pondérés par des « contre-parties », des habillages, qui, sans ruiner tout à fait les effets recherchés, les minimisait, et ouvrait la porte béante aux contestations, aux mécontentements justifiés.
Nous avons, avant, en 1996, dans la foulée de Nov-Déc 95, fait progresser le programme du Parti socialiste dans les conventions de mars, juin et décembre 96.
Nous avons, pendant cinq ans, dés Amsterdam et jusqu’à Barcelone, dès le congrès de Brest, et à Grenoble mené une bataille pour orienter le gouvernement afin qu’il ne connaisse pas cette issue tragique.
Sur les 35 h, nous avons mené une bataille quasi quotidienne pour aboutir à une meilleure loi plus rapide, plus efficace. Il en fut de même, jusqu’au bout, sur le droit du licenciement. Sur ces terrains, nous avons été en avance et pas à pas, nous avons essayé de jouer un rôle de veille, de stimulant, de proposition concrète sans pareil.
Il en a été de même sur les questions de l’école, du logement, de la sécurité où nos camarades (Jean-Luc Mélenchon, Marie Noëlle Lienemann, Julien Dray) se sont distingués
Nous avons proposé une autre orientation, à temps, pour faire face aux urgences sociales. Une autre façon d’aborder les impôts, la démocratie sociale.
Nous avons pris toutes nos responsabilités, sans rechigner à tous les niveaux, nos militants comme nos dirigeants, nos candidats, nos élus, jusqu’aux derniers instants de la campagne électorale, sans jamais gêner l’action, toujours en proposant de façon constructive des objectifs concrets.
Une leçon décisive de toute cette période : nous ne pouvons gagner en ordre dispersé ni seulement en interne. Nous ne pouvons gagner sans grouper nos forces, nos cadres, nos dirigeants et frapper du même coup en même temps sur le même clou. Nous ne pouvons, bien sûr, gagner sans mouvement social.
Surtout ce dernier point est décisif : nous ne pouvons gagner en nous situant seulement en position de « conseillers » : il faut avoir une assise suffisamment importante dans le mouvement de masse, prendre des initiatives publiques, extérieures, dans les luttes sociales. (Nous avons tenté par notre conférence syndicale - 750 personnes - le 12 mai 2001, et encore par les Etats généraux contre le Medef le 15 janvier 2002 - 400 personnes : lors de cette dernière initiative, nous avons réalisé quelque chose d’unitaire et d’avant-garde, mais il aurait fallu réussir et nous devons apprendre à le faire à l’avenir, une initiative vraiment de masse). Même si nous avons un bon rapport de force interne, ça ne suffit pas, nous ne serons écoutés qu’en ayant un rapport de force social donc syndical, gréviste, etc.
Et une nouvelle configuration de la gauche. Il nous est arrivé souvent d’être en gros d’accord avec les Verts le PCF, d’autres courants du PS sur certaines avancées sociales et d’être alors probablement majoritaire au sein de la gauche sans pouvoir être réellement entendus et pris en compte. C‘est pourquoi l’absence d’unité politique des partis et forces de gauche autour d’objectifs de transformation sociale et d’un programme concret nous a affaibli.
 
2-D
« Nous nous sommes battus pour une réorientation de la politique européenne »: d’Amsterdam à Barcelone, l’acceptation de compromis, sans bataille ouverte, sans orientation compréhensible, a abouti à laisser en permanence l’Europe libérale l’emporter.
Nous avons eu raison au congrès de Brest d’insister sur les graves conséquences de la ratification du traité d’Amsterdam. Nul ne peut nier qu’il y a eu des répercussions profondes jusqu’à Barcelone 2002, au cœur de la campagne présidentielle.
Parce que la situation économique était bonne, il n’y avait pas d’inflation, le commerce extérieur était excellent, les déficits limités, une politique de relance était possible, les critères de Maastricht et d’Amsterdam ont été relativisés. Malgré eux, il a donc été possible de nourrir la sortie de crise, la croissance, l’emploi et même de redistribuer légèrement. ( Cela dit, on n’a pas pu, à cause d’eux, profiter de ces moments-là pour renforcer les prélèvements sur les cagnottes privées, sur les profits, et mieux corriger les inégalités terribles et durables nées de la crise).
Mais dés qu’au milieu 2001, des nuages noirs se sont amoncelés dans la situation économique internationale, le carcan des critères maastrichiens s’est refait sentir, les mises en garde contre les déficits, rigueur, ont recommencé, l’échéance de 2004 est réapparue.
Et à Barcelone, le 23 mars 2002 en pleine campagne électorale, Lionel Jospin est obligé de côtoyer, comme en juin 1997, Jacques Chirac en faisant mine de s’entendre avec lui... et d’accepter des mesures indignes sur les retraites et contre les services publics !
Lionel Jospin, nous dit-on, hésita sur le fait de déclencher une querelle à Barcelone, mais ne le fit pas... davantage qu’en juin 1997. Ainsi, cinq ans après, on renonce encore à la bataille contre les libéraux d’Europe... et l’on nourrit l’anti-européanisme en même temps que la méfiance sur la sincérité de la volonté de transformation sociale.
Pire : Lionel Jospin a même engagé la polémique électorale en accusant Chirac de faire des promesses incompatibles avec le « déficit-zéro » exigé par les libéraux à Barcelone !
Il fallait, il faut accuser Chirac du contraire : de ne pas se battre pour desserrer l’étau du « déficit-zéro » fixé en 2004. D’autant qu’en Europe nous n’étions pas les seuls à vouloir le faire !
 
2-E
Les 35 h : il a fallu cinq ans, deux lois, des dizaines de décrets et de circulaires, des dizaines de milliers d’accords ad hoc, 105 milliards, une « usine à gaz » juridique, pour permettre à une partie trop restreinte des salariés d’obtenir les 35 h.
Autant le projet était grand et conquérant, historique, autant il a été géré petitement, en multipliant les concessions à un patronat pourtant délibérément hostile et décidé à saboter le projet par tous les moyens. Ainsi, il peut apparaître dans l’opinion, dans les sondages, une perception mitigée des 35 h : tous les maux du monde leur ont été attribués (gel des salaires, flexibilité, annualisation, augmentation des cadences, non embauche, « travail à deux vitesses, forfaits-jours, etc. selon la taille des entreprises, les branches, ou le secteur privé ou public..)
L’article n°1 des deux lois « Aubry » - la durée légale à 35 h - est pourtant une avancée fantastique, aussi importante que les 40 h en 36, et les 39 h et la cinquième semaine en 82. Les jours de réduction du temps de travail s’ajoutent aux congés payés : on est ainsi passé, grâce à la gauche, entre 1936 et 2002 de deux semaines à six semaines de congés payés, record dans le monde.
La réduction du temps de travail est l’instrument privilégié de lutte contre le chômage de masse : si elle n’a créé que 400 000 emplois, c’est en raison des timidités d’application et, bien sûr, des résistances énormes, du sabotage, de la « guerre » déclarée menée par le patronat.
Mais il aurait été possible à tout moment de faire autrement et mieux : la Gauche socialiste, n’a cessé de le redire, de proposer des aménagements précis, argumentés, réalistes, aux deux lois du 13 juin 1998 et du 19 janvier 2000. Les 35 h ne pouvaient pas et ne devaient pas se faire « à profit constant », elles devaient être un moyen plus rapide, plus dynamique, de redistribution des richesses, de recul du chômage, de relance et de progression des droits des salariés. Il n’y aurait jamais dû y avoir six Smic, les salaires auraient du être garantis et progresser, la flexibilité héritée de la loi quinquennale de MM Balladur-Giraud aurait du être abrogée (comme nous l’avions fait adopter par le Parti socialiste), des principes d’ordre public social (durée maxima quotidienne et hebdomadaire du travail, deux jours de repos consécutifs) auraient dû être renforcés. Les aides auraient dû être réservé aux seules petites entreprises et subordonnées aux embauches et au respect du droit du travail.
Ainsi les 35 h ont été une mesure-phare qui a permis de gagner en juin 1997, de « tenir » pendant les cinq années qui ont suivi, mais elles n’ont pas « profité », elles n’ont été assez bien faites, assez poussées, pour entraîner l’adhésion populaire en 2002. Le pire est qu’il semble que le Parti socialiste et son candidat aient même donné l’impression de « tourner » sur le bilan des 35 h et ont décidé de ne pas mener campagne sur ce thème. Ainsi s’explique « l’oubli » incroyable pendant la campagne électorale, de ces 35 h, réduites en une ligne, page 4 du programme du candidat : contresens, erreur politique et pédagogique considérable alors que 9 millions de salariés (4,5 millions dans les entreprises de moins de 20 salariés 4,5 millions dans le secteur public) ne « découvraient » lesdites 35 h qu’à partir du 2 janvier 2002, en février et mars, en pleine campagne.
Et Laurent Fabius a même imposé un « assouplissement » des 35 h pour les entreprises de moins de 20 salariés : c’est ainsi que le contingent annuel d’heures supplémentaires est porté à 180 h (... en 2004) et que des millions de salariés ne verront que du feu en guise de 35 h...
Il aurait fallu une politique offensive, convaincue et pratique pour en développer tous les avantages : avoir fait l’impasse sur cette question centrale fut une immense erreur - encore sous-estimée gravement par la direction du parti.
 
2-F
La question des retraites fut tout aussi mal utilisée. Car Lionel Jospin a eu un rôle concret positif : il a protégé nos retraites pendant cinq ans, dans la foulée de la grande gréve de novembre décembre 1995 qui les avait déjà vigoureusement défendues contre le gouvernement Chirac-Juppé. 
Finalement, en abrogeant la loi Thomas sur les fonds de pension (tardivement, 17-1-02, loi de modernisation sociale), en défendant la retraite par répartition (intervention en mars 2000, rapport du COR, décembre 2001), et l’âge de départ officiel à 60 ans, (y compris après Barcelone, 23 mars 2002) en demandant des rapports différents de l’exécrable « livre blanc » de Michel Rocard, en mettant en place un « fonds de réserve », en refusant toutes les pressions, pourtant forcenées, du Medef contre les retraites complémentaires, (blocage du 31-12-00, accord du 11 février 2001 avec détournement de 16 milliards, trois mois de cotisations!) le gouvernement rouge, rose, vert, a répondu aux attentes des Français.
Mais il n’a, hélas, pas abrogé les mesures scélérates de Balladur (été 93) qui vont s’appliquer dans toute leur rigueur (160 trimestres et calcul sur les 25 meilleures années au 1er janvier 2003 dans le privé).
La question des retraites, comme celle du Smic, de l’Ecole et de la « Sécu » compte parmi les grandes questions décisives dans l’opinion, la culture, les « réflexes sociaux » profonds des Français. Elle est même au « palmarès » des préoccupations et elle a, rappelons-le, suscité encore une fois, la plus grande manifestation de la législature, le 25 janvier 2001. Il y a 12 millions de retraités en France et les retraites équivalent à 12,7 % du PIB.
Mais, paralysé par ceux, comme Laurent Fabius, qui estimaient qu’il était « aussi courageux d’aligner les fonctionnaires sur les 40 années de cotisation du privé... que d’être contre la peine de mort en 1981 », (intervention faite à L’Atelier, pendant la campagne, cf. Libération) Lionel Jospin n’a pas confirmé les attentes, ni guéri suffisamment les inquiétudes. Le débat a été banni, en vain, de la campagne électorale, mais il n’a cessé de sourdre. Le ministre de la fonction publique, Michel Sapin n’a pas respecté les consignes et a annoncé l’alignement de tous les salariés sur les 40 annuités. À Barcelone, Lionel Jospin a été entraîné dans un guet-apens en ce sens... Au lieu de tirer profit de la fierté de défendre les retraites, le paradoxe, c’est que Lionel Jospin a laissé percer, dans les rangs de ses proches, des intentions contradictoires, négatives, inquiétantes pour des millions de salariés !
Paradoxe : le gouvernement refusa en novembre 2001 le principe de verser une retraite à taux plein à ceux du privé qui avaient travaillé 40 ans... et le candidat le proposa en mars 2002. Quelle maladresse de refuser d’une main pour promettre de l’autre ! Il ne faut pas croire que la masse des électeurs soit aveugle, ni si mal informée...
Pourtant, la Gauche socialiste avait argumenté sur l’importance de cette question et de nombreux votes dans les fédérations avaient démontré qu’une immense majorité du Parti socialiste, (et de toute la gauche, et de la France...) étaient favorables à un retour aux 37,5 annuités pour tous, privé et public.
 
2-G
La question de la sécurité et de la justice ont été aussi des terrains de débats en grande partie ratés : avec de bonnes intentions, faute d’affronter suffisamment la droite, faute d’opter avec assez d’audace pour des solutions de gauche, bilan et campagne ont abouti à désorienter les citoyens.
Le libéralisme met en péril le modèle Républicain  : dérégulation des services publics, ouverture du capital de France Télécom, absence de directive cadre sur les services publics, absence d’initiatives françaises contre la directive dérégulant la Poste, absence de l’intervention de l’Etat dans le champ économique ou industriel, accroissement de la ségrégation urbaine rendant plus difficile de combattre les discriminations raciales
Les avancées sociales de la législature « rouge rose verte » n’ont pas suffi à faire reculer les dégâts antérieurs de la crise économique. Trop de misères, trop de chômage de longue durée, trop de jeunes sans emploi, trop de quartiers ghettos, trop d’économie parallèle, trop de délinquance, le cancer était profond dans nos villes, nos écoles, nos hôpitaux. Il fallait non seulement que la France « aille mieux » mais que les Français sentent massivement que l’immense majorité d’entre eux « allait s’en sortir »...
Dégradation des quartiers, certains devenus zones de non droit, recul des services publics, policiers tués, accidents du travail en hausse, accidents de la route catastrophique, violences à l’école, drogue, l’insécurité est multiforme et plus gravement ressentie en période de sortie de crise, de relance. 
Les Français restés à la traîne malgré eux, demandaient des politiques spécifiques, des efforts particuliers, à tous les niveaux : minima sociaux plus élevés, ré-insertion facilitée, quartiers ré habilités, écoles adaptées, sécurité sociale étendue, sécurité républicaine assurée. Évidemment, des années de destruction du tissu social, de la vie associative, syndicale, politique, de l’encadrement de la jeunesse, des espoirs ne pouvaient s’effacer naturellement, par simple effet de la croissance. Cf. « L’état de violence », Julien Dray). Il y fallait un volontarisme et c’est ce que la Gauche socialiste préconisa.
L’insécurité était le reflet du libéralisme régnant, peur du lendemain, de la perte d’emploi, du logement insalubre, de la banlieue grise, peur des « vieux jours », peur de l’isolement, de « l’autre », de l’étranger, de la petite délinquance de proximité qui met en jeu les maigres et rares biens, tout cela a été longuement exploité par l’extrême droite et la droite chiraquienne. Tout comme l’immigration, c’est un leitmotiv réactionnaire prégnant.
La politique de la ville, de lutte contre les ghettos, est restée insuffisante. Il aurait fallu faire des investissements et des transferts plus importants incompatibles avec les « baisses d’impôt ». Les mesures spécifiques de « rattrapage » des inégalités sociales sont restées loin en deçà de ce qui était attendu. Minima sociaux, indemnités chômages n’ont pas suivi la « relance » : des millions de « petites gens » entendaient dire que « ca allait mieux », mais leur sort ne changeait pas. Le bas du salariat ne voyait rien venir, ni en matière de salaire, ni en matière de 35 h.
Pourtant, au logement, dans la dernière période, Marie-Noëlle Lienemann multiplia propositions et actions, jusque y compris, le projet d’allocation logement universel. Là encore la Gauche socialiste s’efforçait concrètement de pousser le gouvernement à répondre plus activement aux « urgences sociales » : mais c’était se heurter frontalement à ceux qui avaient décidé que, « pour gagner il fallait baisser les impôts » !
Lionel Jospin reconnaissait pourtant souvent dans presque tous ses discours qu’il y avait des « impatiences sociales ». Mais c’était une périphrase, il ne les a pas traités de manière assez radical, assez rapide, assez profonde.
Des millions de gens étaient encore plus frustrés, alors que l’on sortait de la crise, qu’on était hors du tunnel, alors que la croissance et l’emploi revenaient, de ne pas en profiter, d’être tenu à l’écart. Et cela se comprend ! Leur désespoir était renforcé par le fait que ça allait mieux et qu’eux n’en profitaient pas. Comment peut-on entendre des communiqués de victoire du type : » nous avons fait reculer le chômage de 900 000 » « de 3 % » s’il en reste encore 9 % et qu’on reste parmi les derniers, sans espoir ?
Il restait bel et bien 2,5 millions de demandeurs d’emploi, 3,5 millions de chômeurs, 3 millions de temps partiels, 1,5 millions de précaires, 6 millions de « salaires » inférieurs au Smic, et un salaire sur deux inférieur à 8 660 F ! Or le gouvernement Jospin voulait donner l’image d’une société qui avance ! Prétendre, comme Laurent Fabius et DSK, s’adresser aux « couches moyennes » alors qu’un salarié sur deux dans les 97 % d’entreprise de moins de 50 salariés, ne voit rien venir, est tout simplement porteur de rage, de frustration, d’exaspération sociale intense.
Au lieu de baisser les impôts des riches, des sociétés et de s’excuser d’avoir une « cagnotte publique », il fallait s’en prendre à la « cagnotte privée », utiliser davantage les moyens du service public pour assurer une « sécurité sociale » pour tous : il fallait se distinguer de la droite qui n’envisage que la répression, et préfère « l’état pénal » à « l’état social ». Il fallait engager plus frontalement une politique de « sécurité globale » tous azimuts, incluant prévention, éducation des jeunes, école, insertion, emploi, réhabilitation des logements, redéploiement des services publics (dont la police républicaine, les éducateurs sociaux, une justice plus efficace).
Cette politique de sécurité globale fut défendue par la Gauche socialiste, illustrée, détaillée avec tous les éléments de prévention, d’éducation et de fermeté nécessaires. Mais on laissa accréditer l’idée qu’il n’y avait « pas de différence » avec la droite sur ce terrain et celle-ci finit par réduire les réponses à l’insécurité sociale à la seule répression policière.
Aidée par des médias presqu’entiérement contrôlés par des toutes-puissances financières hostiles.
 
2-H
La question du droit du licenciement est de même nature dans le bilan et dans la campagne électorale.
Lionel Jospin avait repris en mai-juin 97, la proposition de la Gauche socialiste de rétablir une forme de contrôle administratif sur les licenciements. Elle figurait dans son discours d’investiture devant l’Assemblée nationale.
Nous avions proposé un dispositif adapté, de type nouveau pour permettre à la puissance publique de venir en appoint aux luttes syndicales, aux institutions représentatives du personnel et pouvoir dire « stop » aux licenciements dits de convenance boursière, y compris aux licenciements abusifs individuels qui minent la vie de tant de « petits » salariés...
Aucune des promesses initiales ne fut mise en oeuvre alors que plusieurs fois la question rebondit négativement : lors des licenciements Michelin (automne 1999 : « l’état ne peut pas tout ») et lors des plans « sociaux » Danone et Marks & Spencer (forte baisse de la popularité de Lionel Jospin consécutive au printemps 2001 au refus de faire intervenir l’état : « nous ne sommes pas pour une économie administrée »).
Que peut signifier de l’économie administrée, dans un pays qui a eu pendant onze ans, un « contrôle administratif » sur TOUS les licenciements économiques ?  Qu’est-ce que ça peut signifier dans un pays qui reverse une « prime pour l’emploi », c’est-à-dire un « complément de salaire » ? Dans un pays où les médecins libéraux des cliniques se mettent en gréve pour réclamer que l’état paye le salaire de leurs personnels soignants? Dans un pays où les grands trusts, multinationales, fiefs financiers, sont des « administrations » plus fortes que des ministères ?
Il y a eu bon an mal an, autour de 250 000 licenciements économiques collectifs et autour de 450 000 licenciements économiques individuels. Déjà très mal acceptés lorsque la crise régnait, ces licenciements sont devenus encore moins tolérés par l’opinion lorsque la croissance était revenue : ils baissaient en nombre (moins de plans sociaux en 2001 qu’en 1999 et 2000) et pourtant ils étaient encore plus intolérables. Chacun ressentait leur injustice : plaire aux actionnaires qui réclamaient 15 % de taux de profit, (et qui, même, cela s’est révélé depuis, faisaient truquer les comptes par leurs audits pour y parvenir...).
Est-ce que l’état est là seulement pour subventionner sans contrôler ?
Est-ce qu’il est là pour distribuer les aides à l’embauche mais ne peut dire « stop » lorsque les licenciements sont visiblement abusifs ? Est-ce que l’état ne peut « rien » en économie ? Donner le sentiment d’impuissance publique en la matière a été un terrible affaiblissement du gouvernement rouge, rose, vert. D’ailleurs l’effet dans les sondages au printemps 2001 lors des grandes manifestations contre les plans en série (Danone, etc.) a été automatique, et chaque fois que le sujet est réapparu, l’opinion était constante à reprocher l’inaction du gouvernement. Jusque dans la campagne électorale ou le Premier ministre ne sait répondre au salarié de chez LU, en Essonne, devant les caméras.
La loi de modernisation sociale, dernière occasion, sinon d’interdire, mais de freiner et de rendre plus difficiles les licenciements massifs abusifs, ne fut même pas adoptée en procédure d’urgence, elle traîna de juin 2001 au 17 janvier 2002, ne fut pas mise en oeuvre sérieusement avant le 21 avril. Il n’y eut aucune tentative pour contrer la censure éhontée du Conseil constitutionnel. Même le doublement des indemnités individuelles de licenciement ne rentra en application... que par un décret du 7 mai 2002 ! Il faut dire que cette loi avait l’opposition de Laurent Fabius et de DSK qui y voyaient une gêne pour les entreprises !
 
2-I
C’est parce qu’il n’a pas réduit suffisamment les inégalités, pas assez corrigé les effets de la crise antérieure, pas assez redistribué les richesses que Lionel Jospin a été battu.
Parce que tous ces éléments positifs, parce que les mesures sociales mêmes avancées, n’étaient pas à la hauteur des attentes. Elles ne suffisaient pas face à « l’urgence sociale » de notre société minée par deux décennies de crise économique du capitalisme, parce que le cancer des quartiers ghettos, du chômage, avaient ruiné en profondeur nos écoles, nos cités, nos hôpitaux, nos services publics, et il ne suffisait pas, il ne suffit plus de « gérer » du « mieux », une simple politique d’amélioration.
La gauche socialiste avait fait, au Congrès de Brest, un thème central de « l’urgence sociale », de la nécessité de renverser le cours des choses. Nous n’avons pas mené ce débat en vain. Il y a eu une lutte autour de cette question. Sur ce point décisif, Lionel Jospin ne fut ni tout à fait avec Laurent Fabius et DSK, ni tout à fait avec nous. Il nous avait d’ailleurs prévenus directement : « - Ne vous trompez pas, ne m’attaquez pas à côté de la plaque, je suis de gauche, je suis obligé de gouverner le parti « au centre », mais j’ai besoin de la Gauche socialiste et la Gauche socialiste a besoin de moi ».
Nous sommes entrés au gouvernement dans une période de lutte, où les enseignants ne supportaient plus Allégre, et ou les fonctionnaires des Finances ne voulaient plus de Sautter. Cette ouverture à gauche a été « compensée par l’entrée de Laurent Fabius qui, en pratique a beaucoup fait reculer l’audience du gouvernement dans la dernière phase. Y compris face à certaines catégories de grévistes, lorsqu’il refuse tout compromis avec les douaniers en avril 2002 et leur cédé... le 22 avril !
Hélas, la recherche de « l’équilibre » souci permanent de Lionel Jospin ne donne pas la clef d’une vraie politique sociale : La France était dans un état où il ne lui suffisait plus d’une politique d’amélioration économique avec des effets sociaux, il fallait des mesures d’urgence, de correction volontariste du fossé, de la fameuse fracture sociale qui a été créée, développée, tout au long des années de crise.
Tout le reste de la politique contradictoire du gouvernement est un peu comme cela : un pas vers la taxe Tobin in fine, mais hésitation, toujours parce que Fabius et DSK sont contre, un pas contre la mondialisation, pour rencontrer Attac, mais pas de voyage à Porto Alegre, et meeting discret avec Lula à Bordeaux, clivage à Malmö au sein du PSE en début de mandat, mais silence à Berlin en 2001, etc.  Approbation de l’école professionnelle pour tous de Jean-Luc Mélenchon, mais laissez-faire de Jack Lang. Soutien de Marie-Noëlle Lienemann et sa CLU, mais quels crédits pour agir ?
Cette recherche paralysante d’ »équilibre » si difficile, a souvent gâché des chances : par exemple, sur les questions des sans papiers, de la double peine, et quelques autres sujets comme le droit de vote à 16 ans, et l’allocation-autonomie pour la jeunesse.
La question des sans-papiers avait contribué à la chute de Juppé en étant à l’origine (avec l’aide de Debré, et de sa hache, bien sûr) d’une des plus grandes manifestations d’insoumission civique depuis la guerre d’Algérie. Mais à la recherche de la politique « équilibrée », le gouvernement n’opère qu’une demi-régularisation, il dénie le droit de vote aux élections municipales, (un droit qui figurera pourtant dans le programme...), il refuse de traiter de l’injuste double peine... sauf au dernier moment. Tout cela a coûté un nombre de voix non négligeable à Lionel Jospin. Dans les derniers jours de la campagne, le candidat s’en est aperçu puisqu’il propose de passer de 10 à 5 ans pour donner le droit de vote aux immigrés et surtout bien tardivement il envisage de « limiter » la double peine. C’était un peu tard, et ce fut même fait avec des restrictions telles que cela mécontentait les partisans convaincus sur ce sujet.
Pareillement lorsque le candidat décide de prendre position pour le droit de vote…à 17 ans (alors que toutes les associations réclament le droit de vote à 16 ans) : le sens de « l’équilibre » est parfois tardif donc non-crédible et... incompréhensible.
La question de l’école a coûté très cher également : prendre comme le fit Claude Allègre à rebrousse-poil le corps enseignant, c’était se paralyser pour toute réforme, c’était se condamner, ce qui a conduit à perdre un nombre considérable de voix. Ce, malgré les efforts faits pour défendre, promouvoir, dynamiser l’école républicaine, publique, qui ont, ensuite, été réels (là encore, travail de la Gauche socialiste à l’enseignement professionnel). L’allocation d’autonomie pour la jeunesse est finalement dans le programme du candidat... mais elle ne ressemble pas à l’allocation d’études pour tous revendiquée...
Enfin, alors que la Sécurité sociale allait mieux, que les comptes étaient revenus à jour, il n’y eut pas d’anticipation en matière de gestion des hôpitaux et des effets des 35 h : prés d’un million de soignants ont été obligés d’entrer en mouvement dans les neuf derniers mois avant l’élection, pour seulement défendre leurs droits et ceux des malades. Des milliards ont été donnés aux cliniques privées pour payer leur personnel, sans que la question du salaire de leurs médecins, dirigeants et actionnaires soit évoquée : on allait là, faire soudainement de « l’économie administrée », de l’intervention de l’état. De février à avril, il y eut plusieurs dizaines de milliers de grévistes dans les hôpitaux auxquels on ne répondait presque rien : 45 000 embauches planifiées dans un temps long alors qu’il en aurait fallu le double en urgence.
 
2-J
Tous ces points constituent un ensemble inséparable :
Le « succès » de Lionel Jospin, dans l’opinion, réussissant brillamment, à la surprise générale, à « tenir » cinq ans, est aussi, paradoxalement, la cause de son échec. Il nourrit des espoirs qu’il ne parvient pas à satisfaire. À la différence de ses prédécesseurs, il fait avancer les choses dans le bon sens. Mais à la différence de ses prédécesseurs, il encourage une opinion qui s’est mobilisée et qui en exige plus. D’où le « gap ». D’où ce « gap » particulier ou il est donné gagnant, et où il perd tragiquement.
Il fallait des mesures plus rapides, plus volontaires pour corriger les inégalités sociales, les 35 h allaient trop lentement et pas pour tous, le Smic et les minima sociaux, n’augmentaient pas autant qu’il fallait. L’état devait redonner à tous le sentiment de puissance, d’intervention qui garantissait l’intérêt général, la redistribution, la régulation du marché et de son cortège d’injustices sauvages.
Les courbes de popularité du gouvernement Jospin sur les dernières années, chutent au moment de « l’Etat ne peut pas tout », de la « cagnotte publique », du refus d’interdire les « licenciements boursiers » à Danone... Il y a de l’attente pour les retraites, pour la taxe Tobin, pour le rejet des pressions européennes contre les services publics... et il y avait de l’attente pour un vrai programme socialiste dans la campagne électorale. Hélas...
Dans le bilan du gouvernement, il n’y a pas « trop de 35 h », au contraire, il n’y en a pas assez...
Sur 21 millions de salariés, un sur deux est réellement concerné par les 35 h. Sur ces derniers, un sur trois est satisfait de l’accord 35 h qui s’applique à lui : il y gagne, il y a de l’embauche, parfois même de la hausse de salaire, de la RTT, et de l’embauche… Mais deux sur trois sont mécontents : ils n’y gagnent pas nettement, il y a de la flexibilité, du gel de salaire, pas d’embauche… Tout dépend, s’il y a eu des luttes et des bons syndicats… 
Il n’y a pas trop de CMU, d’APA, de hausse des minima sociaux, ils sont insuffisants, trop longs à mettre en place... pas assez partagés : les profits capitalistes énormes de ces années-là ne sont pas suffisamment mis à contribution.
Il aurait fallu faire des transformations de fond, en urgence, radicales, opérer des redistributions réelles et volontaristes de richesses par l’impôt et les salaires : le peuple français ne supportait plus, dans son immense majorité, y compris parmi les couches moyennes minoritaires mais lucides, les inégalités qui le traversent.
Lionel Jospin n’a pas assez écouté la gauche du parti qui lui a fait et refait en temps réel des propositions qui lui auraient évité cette défaite. Symétriquement, même avec souci d »équilibre », il a trop écouté les droitiers du parti.
 
3°) La campagne électorale n’a offert ni mesures-phares concrètes suffisantes, ni même un idéal socialiste :
 
3-A
Dans une campagne électorale nationale, il faut proposer un « souffle » fort, une vision globale : l’affrontement avec Chirac ne pouvait en tenir lieu.
Ce n’était pas un « duel » personnel, et même le choix entre un candidat intègre et un « président-voyou », n’était pas celui qui allait emporter la conviction des Français - du moins pas au premier tour. En plus, il fallait être clair, si le choix était celui-là, alors il fallait appuyer carrément les initiatives d’un Arnaud Montebourg, lesquelles avaient le mérite de vouloir rendre propre la politique. Mais, ce n’était pas « sur les affaires » que se jouait l’élection. C’était bel et bien sur un choix de société, entre libéralisme et socialisme.
Hélas, ce choix ne fut, non seulement pas présenté, mais il fut esquivé délibérément dés la première intervention télévisée du candidat. Sans aucun doute les « conseillers » spéciaux, Laurent Fabius, DSK, Pierre Moscovici, étaient-ils plus écouté que la Gauche socialiste ! Lionel Jospin a opté pour un « programme qui n’était pas socialiste mais d’inspiration... ». il a refusé de dramatiser le choix de société. Il a proposé de « présider autrement » là où il fallait rompre avec la mondialisation libérale.
C’était exactement l’inverse qu’il fallait dire : « - Ce n’est pas une simple question de choix de personne, ce n’est pas une simple question de présidence différente : la France doit choisir entre le libéralisme à tous crins, débridé, l’économie boursière mondialisée, avec ses cortèges de licenciements, de déréglementations, ses bas salaires, la remise en cause de ses retraites, ou un socialisme de liberté, d’égalité, de fraternité, le plein emploi, la redistribution des richesses, la sécurité sociale pour tous, un état volontaire, une société mobilisée, la République sociale ».
Il fallait convenir que tout était loin d’être accompli en cinq ans : » Nous n’avons pu tout faire, notre bilan comporte du positif, (...) mais hélas, il reste beaucoup à faire, à corriger, à réaliser, (...) donnez nous les moyens de le faire, plus vite, plus fort, dans les cinq ans à venir. Nous le voulons, nous le ferons. »
Il fallait une campagne de « premier tour » à gauche vraiment, avec un objectif socialiste, et des revendications-phares immédiates, spectaculaires, s’adressant aux travailleurs, sur les salaires, les retraites, contre la précarité, pour une sécurité sociale collective pour tous.
Mais ce fut le contraire, d’emblée : l’orientation consista à mener une campagne de second tour, recentrée, dans un « duel » avec Chirac, sans mesures-phares capables de s’imposer au débat public. Et à force de prudence sur les sujets décisifs comme les retraites... le débat fut imposé, polarisé, centré sur la « sécurité », sur le terrain choisi par l’adversaire.
 
3-B
Un programme, ce n’est pas évidemment pas le seul élément d’une élection de type présidentielle. (Il y a eu les 110 propositions, la « lettre aux Français », et les 40 pages du programme Jospin, matinées de cinq thèmes « forts ») Ce qui compte avant tout, c’est le positionnement d’ensemble, visible. L’idéal socialiste aurait dû constituer l’horizon. On ne commence pas un siècle sans ambition globale.
On ne mégote pas le plein emploi (quasiment disparu du « projet socialiste 2002 » si nous ne l’avions pas fait remarquer)... C’est dans le cadre d’un projet global qu’un programme concret, avec des mesures précises, prend tout son sens. Cela devient déterminant surtout quand la majorité des gens ont été rendus sceptiques par les grands discours, et veulent des promesses immédiates, une réelle perspective, et quand... l’élection se joue à 194 558 voix !
Ce fut le premier point central sur lequel le programme pêcha - comme on l’a dit ci-dessus (et comme la Gauche socialiste, dès le début le fit remarquer : à tous les niveaux, dans les sections, les fédérations, lors de la convention de janvier 2002, au Cn, au Bn, au « conseil politique », par amendement, et dans tout le parti, par voie de presse, dans les meetings, réunions...).
Le programme de la campagne (largement limité et guidé par Pierre Moscovici, DSK, Laurent Fabius, malgré les objections, et suggestions de la Gauche socialiste) publié le 13 mars, a aggravé la situation, Il péchait par son côté catalogue, sans mesures phares pour le salariat.
Nous l’avons fait remarquer au Conseil national du PS en temps utile.
Du coup l’ensemble du message a été déporté, et c’est sur le terrain terre-à-terre, mystifié, de l’adversaire, l’insécurité que la bataille a été gravement perdue
 
3-C
Le Pen, eut son heure de gloire, après le 21 avril, sans paraître d’ailleurs, s’en réjouir autant qu’il l’eut pu. Il est vrai que lui aussi, était là par défaut, parce que ni de Villiers, ni Pasqua, n’avaient été candidats. Chirac avait-il manœuvré en ce sens ? En tout cas, Le Pen obtint ses signatures grâce à l’Elysée, après avoir fait mine d’être marginalisé. De Villiers se tint coi. Pasqua fut attaqué par une série de procès en cascades émanant d’informations venues d’en haut. Sans vraie progression des voix d’extrême droite, Le Pen franchit le cap, par surprise, mais aussi par carence, profitant des manques de la gauche soulignés ci-dessus.
Le Pen est un fasciste, mais heureusement, ce n’est pas le cas de la majorité de ses électeurs. À part le vieux lot de l’extrême droite française, intégriste, idéologiquement vichyste, ou Algérie française, et les secteurs de la droite aisés qui l’utilisent eux aussi au premier tour pour contrer au maximum la gauche, il y a des millions de « petites gens » qui se laissent avoir par la démagogie de celui qui joue le rôle explosif anti-establishment. Ce n’est pas nouveau, la droite a toujours eu une base populaire, sinon elle n’existerait pas : cette base, déçue, frustrée, s’est déplacée à l’extrême droite.
Il y a eu concomitance entre ce recul du candidat socialiste, dans une gauche qui se radicalisait à gauche, et de la progression du candidat d’extrême-droite face à une droite qui reculait.
Le « petit peuple », « ceux d’en bas » comme disent de façon méprisante, aussi bien Le Pen que Raffarin, ont contribué à faire la différence.
Les 8 millions de salariés des entreprises de moins de 50, n’ont pas d’organisation, de tradition, de syndicats, pas de droits, pas de sens collectif, ils ont des horaires à rallonge, les plus bas salaires, et leur vie d’exploitation est très dure, ils s’abstiennent fréquemment de voter. Ils n’ont personne qui dénonce ce qu’ils vivent, ceux qui les exploitent au quotidien. Faute de syndicat, de vie collective, ils sont renvoyés à eux-mêmes et ils n’entendent qu’une voix, hors gouvernement, qui dénonce l’establishment, les riches sans pudeur, l’Europe technocrate, la mondialisation cosmopolite qui effraie, les attentats du 11 septembre et leur cohorte de fantasmes, les fins de mois difficiles, et la voiture volée ou vandalisée. Les obscurs, les sans-grades, les petits, qui travaillent dur pour presque rien ou qui sont exclus, menacés, ne se reconnaissent pas dans un langage politicien modéré, installé, courtois, professoral. Ils ne croient plus, à force de déception, que quelque chose va changer pour eux, donc ils votent « contre », pour le plus fort en gueule et le Pen récolte ainsi les entrailles de la société en crise, du chômage de masse, du cancer des ghettos.
Le Pen a donné au moins l’impression de s’adresser à tous ces humbles. Il est certes milliardaire, tortionnaire, fasciste, mais qu’en ont-ils à faire pourvu qu’ils l’entendent crier le plus fort contre les politiciens qui ne s’occupent pas d’eux ? Le PS ne dénonce jamais l’establishment, les grandes fortunes, ni les financiers de la mondialisation : c’est un grand manque !
En vérité, c’est depuis que la gauche, pour la première fois, en 1983, a fait un tournant pour la « rigueur », l’austérité, que Le Pen a décollé. Depuis que la gauche a cessé de jouer son rôle de « battante » pour la transformation sociale, depuis que des désespoirs en sont nés, que les syndicats ont reculé et les partis aussi...
Tant que les inégalités ne seront pas réduites, les richesses redistribuées, il y aura place pour la progression de ce funeste charognard de Le Pen... Cela ne signifie pas que les 16 % d’électeurs de Le Pen soient fascistes (10 000 personnes seulement le 1er mai 2002, on est loin des défilés militarisés des centaines de milliers de membres des « ligues » des années trente...). Ils constituent cependant une extrême droite dangereuse, comme il y en a d’autres en Europe, sans pour autant, que nous en revenions aux mouvements fascistes de masses d’avant-guerre.
Le FN n’est pas assez fasciste pour qu’on compare avec les années trente, mais il est assez d’extrême droite pour qu’on veuille lui faire barrage par tous moyens et éviter ainsi qu’il ne profite de ses succès pour connaître une évolution comparable aux fascistes d’avant-guerre.
La seule façon de faire reculer les Le Pen, Megret, de Villiers, Pasqua, Boutin, hostiles aux femmes, défenseurs de la peine de mort, xénophobes, c’est de les empêcher, un jour, de se transformer en véritable fascisme, c’est de supprimer le terreau sur lequel ils prolifèrent.
 
3-D
L’abstention a été forte...
Mais en France, elle n’est pas structurelle, comme aux USA. Une frange importante, c’est vrai, de la population, ne vote jamais : environ 10 à 15%. Quant au reste, l’abstention est tantôt de gauche, tantôt de droite selon la façon dont chaque camp mobilise. Il y a, contrairement à certaines idées reçues, peu de basculement d’un « camp » vers l’autre. Il y a également très peu de « centre ».
Mais il y a tantôt des dynamiques à droite, tantôt des déceptions à gauche vice-versa.
En 1993, le total des voix de la droite victorieuse était inférieur au total des voix qu’avait obtenu la même droite lorsqu’elle avait été battue, douze ans plus tôt, à la présidentielle de 1981.
En étant plus forte que pour de précédentes élections présidentielles, l’abstention signifie que ledit scrutin n’a plus le même effet qu’avant. La personnalisation de la politique dépolitise les personnes. 70 %¨des Français, depuis 1997, estiment que l’élection parlementaire est la principale élection.
Les médias - essentiellement contrôlés par une poignée de capitaux et d’individus - ont joué un rôle civique éminemment négatif : ils ont organisé sciemment pour la majorité d’entre eux, la polarisation artificielle et délibérée sur la « sécurité », ils ont matraqué sur l’absence de différence droite-gauche, sur l’inintérêt du scrutin et des débats, ils ont encouragé l’abstention. Tout cela faisait le jeu délibéré de Chirac.
Il n’empêche, cela n’aurait pas été possible sans le bilan mitigé du gouvernement Jospin et la mauvaise campagne du candidat qui ont nourri le scepticisme et donc l’abstention à gauche : elle s’est ajoutée à la dispersion des voix sur sept candidats, et le « coup de tonnerre » s’est produit.
 
3-E
On doit ensuite constater que l’enchaînement mécanique des 4 scrutins conduisait à la défaite.
Elle n’était pas fatale, mais exigeait une ampleur de combativité, d’ambition, de contre-attaque, que le Parti socialiste n’était plus en mesure de porter et le reste de la gauche, de l’extrême gauche incluse, était totalement surpris, désarçonné, aucunement en mesure de le suppléer.
Il aurait fallu un bilan et une rupture à la fois, une prise de conscience collective rapide, un programme infiniment plus hardi, une explication publique consensuelle, de façon à renverser le mécanisme. Quasiment la quadrature du cercle.
L’inversion du calendrier avait ramené l’élection présidentielle au premier plan, donnant les clefs à Chirac qui en joua habilement. Avec le recul, le choix d’inversion du calendrier peut apparaître d’autant plus contestable qu’il a évidemment déterminé toute la suite.
On notera que l’extrême gauche qui avait gagné 1,9 million de voix, (près de 11 %¨ de voix « trotskistes », fait exceptionnel dans le monde entier, et tout à fait indicatif de l’aspiration de millions de français) s’est immédiatement divisée, incapable de faire face à la situation au plan politique. LO appela peu à manifester, s’embarqua dans des problèmes internes et ne sut s’exprimer : eux qui renvoyaient dos-à-dos « gauche » et « droite » étaient à nu devant la situation créée. La LCR appela à faire « barrage à Le Pen » mais avec trois positions internes (vote pour, vote sans le dire, pas de vote). Les « révolutionnaires » qui, en théorie, devraient se révéler « utiles » en temps de crise, se révélèrent inutiles pour faire face à la droite, et furent réduits à 1 %. LO et la LCR furent incapables de ne pas s’opposer. La LCR fit campagne « pour une autre gauche »... laquelle, pourtant se réduisit comme une peau de chagrin. Les gauchistes de la Ligue, comme ceux de LO n’appelèrent pas au désistement. C’était la centième fois que le même mécanisme se reproduisait, comme si jamais l’expérience ne devait se partager. Le vote « utile » l’emporta, et, encore une fois, de façon persistante dans l’histoire, les électeurs du peuple de gauche se servirent du PS pour faire barrage, comme ils pouvaient, à la droite.
Même les Verts et le PC firent les frais de la dynamique.
Le PCF, non seulement parce que c’est un appareil finissant, sans dynamique mais parce que sa campagne fut également mauvaise, sans mesures-phares, sans axe fort : il y eut une bouillie sans conviction, face au chômage, face aux inégalités... pour « tirer plus à gauche, la gauche ». Mais pourquoi faire ? Quel bilan exact ? Quelle perspective majeure ?
Les Verts s’en tirèrent mieux parce qu’ils défendirent un programme plus avancé sur tous les points (37,5 annuités pour tous, hausse des salaires et des minima sociaux, meilleure application des 35 h pour tous, contrôle des licenciements boursiers, taxe Tobin, répartition des richesses...)
 
3-F
Le PS est redevenu central en juin, seul en mesure d’être utile et de limiter les dégâts.
S’il fallait en douter, c’est une preuve encore plus profonde que beaucoup d’autres, de la justesse de la position de la Gauche socialiste qui a choisi de se trouver au « cœur de la gauche », au sein du parti socialiste, de la construire, de le faire progresser, de l’influencer. C’est aussi un fantastique argument en faveur d’un grand parti de la gauche, d’un rassemblement unitaire, et contre la division, contre le morcellement, les clivages abstraits, les surenchères. Des millions d’électeurs de gauche, avec bon sens, ont choisi de se reporter, après la crise, devant le danger, sur l’instrument qui leur apparaissait le plus efficace pour limiter les dégâts crées par le 21 avril.
Et, avant ils avaient manifesté le 1er mai dans un sursaut magnifique, témoin de la réalité des rapports de force en vigueur dans le pays. Au moins 2 millions de manifestants ont incarné la réalité de l’exception française, depuis novembre-décembre 1995. Et le PS fut avec eux, dans la rue. La Gauche socialiste avait fortement poussé en ce sens.
Deux millions de manifestants ont lucidement fait barrage, non seulement à « au facho » mais à « l’escroc ». Il y a eu 10,5 millions de voix de gauche et seulement 8 millions de voix de droite pour Chirac. On comprend qu’en théorie, de nombreux messages et repaires aient été brouillés en cette occasion et que, une fois « le danger » passé, certains s’interrogent : avions-nous raison de voter Chirac le 5 mai ? La question reste ouverte tellement elle met en jeu de principes, mais elle reste abstraite et nul n’a été en mesure de mener une autre campagne, d’y gagner ou d’y influencer quiconque. Fort heureusement, les 10 millions d’électeurs de gauche qui l’ont fait n’ont pas donné le moindre quitus à Chirac, et cela s’est incarné le 1er mai et cela doit se vérifier dans la suite des événements.
On peut par contre constater que l’illégitimité de Chirac après le 5 mai a été insuffisamment mise en cause par la direction du Parti socialiste : il était élu par défaut, par rejet pas par approbation, par un vote négatif, pas positif, et il aurait fallu, encore dramatiser l’élection de juin, en affirmant que la gauche voulait gagner pour qu’il démissionne, pas pour « cohabiter ».
Le programme du PS, adopté pour les législatives a marqué une légère inflexion à gauche, positive. La Gauche socialiste a essayé de l’améliorer encore, peut-être de façon trop dispersée. Mais il n’a pas été possible d’en faire l’instrument de redressement suffisant.
On ne peut refaire l’histoire : mais Lionel Jospin mandaté par le Parlement pouvait être Premier ministre... jusqu’au 17 juin. Puisque la crise était immense, la gauche aurait gagné à la grandir pour mieux la surmonter. Mais en fait l’élection des 9 et 16 juin a été ramenée à une « réplique », et le mécanisme institutionnel de la V° République qui avait tant été décrié, affaibli, s’est ravivé, subordonnant la nouvelle législature de cinq ans au nouveau quinquennat présidentiel.
Attention, car dans cinq ans, ça recommence.
À l’arrivée, le 16 juin, c’est une vraie défaite, alors que Chirac était en recul grave avec 19 % des voix le 21 avril, la droite a une réelle majorité des voix pour la première fois depuis 1995. Entre temps le médiocre mais dangereux gouvernement Raffarin s’est installé, anomalie incroyable, car sans légitimité, sans majorité, sans assemblée nationale, il a fait « comme si » il gouvernait pendant la phase décisive de la seconde élection du 7 mai au 9 juin.
 
3-G
Cette victoire de Chirac est à la Pyrrhus : les institutions de la V° République n’ont reçu qu’un sursis apparent. Le principe du présidentialisme est atteint, il a pris un coup dans l’aile. À première vue, tout est déjà en place pour une répétition du calendrier tous les cinq ans, présidentielle d’abord, puis législatives « alignées » sur celle-ci. Donc les écuries présidentielles se mettent en place automatiquement, subordonnant tout choix politique au « chef » potentiel, Alain Juppé et Laurent Fabius, par exemple, sont candidats implicites et tout s’organise pour ou contre eux, dans chaque camp. Mais le 21 avril est plus qu’un avertissement : le divorce entre l’establishment et le peuple a toutes les chances de remettre en cause ces beaux mécanismes tout huilés. Ce ne sont plus des énarques, des têtes d’œuf programmées, des professionnels devenus ignorants de la véritable vie de millions de salariés, qui porteront la parole populaire, d’abord parce qu’ils en sont de plus en plus incapables, ensuite parce que les institutions sortent des quatre scrutins, en crise larvée.
La photographie des résultats après le 16 juin est criante :
L’UMP a obtenu 33 % des suffrages au premier tour, mais 65 % des sièges ! Ce que l’on peut exprimer autrement : l’UMP + DL + UDF + divers droite + RPF + MPF ont eu 39 % des suffrages mais 68 % des députés
Le PS + divers gauches + le PCF + les Verts + l’extrême gauche + le Pôle républicain ont obtenu encore 39,9 % des voix mais seulement  31 % des députés.
L’UMP + les divers droites totalisent 10 millions d’électeurs mais seulement 24 % des inscrits ce qui leur donne une majorité absolue au Parlement
30 % des voix vont à des partis qui n’ont aucun groupe parlementaire
36 % des inscrits déterminent 90 % des députés.
Le Pen + Megret + Besancenot + Laguillier + Saint Josse + Lepage + Chevènement représentent 42 % des voix à la présidentielle mais aucun de ceux-là n’obtient un seul siége
L’extrême gauche a eu  en France, au total, le 21 avril, en chiffres absolus, autant de voix que Tony Blair élu de justesse, minoritaire en voix, en un seul tour, et avec une abstention encore plus forte... mais elle n’est pas représentée à aucun niveau institutionnel.
53 % de la population est féminine et il y a 11 % de femmes élues... 68 élues sur 577 députés... aucun musulman, aucun noir, aucun arabe, aucun salarié du privé, seulement un patron.
Ce tableau (réalisé par le journal Marianne) est profondément descriptif des contradictions en oeuvre. Il souligne à la fois l’ampleur de la défaite institutionnelle et sa fragilité : il montre aussi combien il est important de réactualiser dans le programme de la gauche, des changements institutionnels profonds, le rejet de la V° République, une assemblée constituante, la suppression du Sénat, le retour à un véritable parlementarisme, avec des élections proportionnelles, loyales, un système de démocratie sociale pour gérer la Sécurité sociale.
La Gauche socialiste qui, dés 1992, avait tenu une « convention pour une VI° République » se réjouit que ces idées soient actuellement reprises, notamment par le club d’Arnaud Montebourg, au sein du Parti socialiste, avec un écho fortement majoritaire à gauche.
 
4°) La défaite a été institutionnelle mais pas sociale :
 
4-A
La victoire était pourtant possible, la France est de gauche, et c’est un coup d’autant plus dur qui vient de lui être asséné. Choc, incompréhension, découragement, division vont se succéder. D’où l’important travail minutieux de bilan, détaillé qui est nécessaire.
C’est un travail de reconstruction, de rénovation qui doit traverser toute la gauche. Il va se faire dans un contexte particulier : la droite est enhardie par sa victoire qu’elle n’apprécie pas encore dans toute sa dimension, et elle va essayer d’en profiter pour faire reculer cette « exception française » qui s’est bâtie depuis la Résistance au travers de plusieurs grèves générales, et de la défense d’acquis sociaux devenus d’autant plus appréciables qu’ils ont reculé ailleurs dans le monde.
Nicolas Sarkozy, l’homme bleu horizon venu de Neuilly, explique que la droite n’a jamais disposé d’autant de pouvoirs d’agir depuis « 34 ans ». Il fait référence à juin 68. Par esprit revanchard ! Mais c’est une erreur car la droite a déjà eu les mêmes pouvoirs... en 1995 ! Il y a sept ans seulement et ça s’est terminé avec la grande gréve générale de novembre-décembre 1995.
Chirac, Raffarin, Juppé, les nouveaux maîtres, sont obsédés par ce souvenir.
Cette année-là, Chirac avait été élu en mai avec quelques paroles contre la fracture sociale. Pendant l’été, Alain Madelin (alors ministre de l’économie d’Alain Juppé) avait prôné une offensive forte pour s’en prendre aux acquis sociaux, il avait même expliqué qu’il « fallait un nouveau mai 68 et le gagner »... Puis, impatient, il avait démissionné du gouvernement avant que Juppé ne l’entende et se lance, à l’automne, dans son fameux plan contre la Sécurité sociale qui mit le feu aux poudres... Ils ont alors eu « le nouveau mai 68 » et ils l’ont perdu...
Nous revoilà donc avec le cas de figure de début 95. La droite a gagné institutionnellement mais pas encore socialement.
Chirac a les mêmes projets, les mêmes conseillers, les mêmes patrons qu’en 1995 : la première question est de savoir comment, il va, cette fois, s’attaquer aux acquis sociaux tant haïs par les libéraux. Comment va t il privatiser la sécurité sociale, les retraites ? Comment va t il annihiler les 35 h ? Comment va t il amoindrir l’état et les services publics ? Comment préparera t il le rendez-vous européen de 2004 où l’austérité devra s’imposer pour atteindre le « déficit zéro » ? Comment va t il instaurer des services minimums aux grèves, comment va t il baisser les impôts des riches ? Comment va t il remettre en cause baccalauréat, diplômes nationaux et école publique ?
Thatcher n’a été Thatcher qu’après avoir vaincu la gréve des mineurs. Reagan n’a été Reagan qu’après avoir vaincu la gréve des aiguilleurs du ciel. Chirac, Juppé, Raffarin, réussiront-ils là où la droite française a échoué depuis plus de vingt ans ?
 
4-B
La droite va donc essayer de transformer l’avantage, de parvenir à ses plus anciennes et plus ardentes fins, toujours reportées depuis 66-67, 68, 81, 86, 93, 95, 97... Comme le laissait échapper Juppé en novembre 1995, à propos de sa réforme de la sécurité sociale : « en finir avec trente ans d’anomalies ».
Le programme de la droite est explicite. Il suffit de lire, d’écouter, de déchiffrer ce qu’il y a derrière les phrases courtes et volontairement atrophiées de Raffarin. Ceux qui ont stupidement placé la gauche et la droite sur le même plan, vont devoir ouvrir les yeux.
Ils veulent achever - enfin -  ce que même les ordonnances de de Gaulle en 1966 et 67 n’avaient pas achevé. Achever la « refondation sociale » que voulait le Medef depuis deux ans :
·        Durcir les conditions d’emploi, augmenter la flexibilité des chômeurs,
·       Réduire le coût du travail, des accidents du travail, de la santé au travail...
·        Limiter les dépenses de Sécurité sociales, en finir avec le paritarisme, favoriser les assurances privées, les cliniques privées.
·        Une réforme visant à réduire sinon supprimer l’APA pourtant en pleine extension (800 000 personnes dépendantes concernées...)
·        Réorganiser à son avantage la formation professionnelle en la faisant assumer par les salariés
·        Démanteler le pouvoir des syndicats pour négocier gré à gré au niveau de l’entreprise, faire reculer le Code du travail pour laisser place aux « négociations »
      sans rapport de force, au démantèlement des droits attachés au contrat de travail.
·        Privatiser le système de retraite, développer les fonds de pension, rallonger la durée du travail sur la vie, en revenir à la retraite à 65 ans...
·        En finir avec les 35 h, avec le Smic, avec tout frein au droit de licencier  
·        Plier les cadres aux forfaits jours, aux stocks option, à la déréglementation mondiale
      À quoi s’ajoutera le programme classique de la droite française :
·        Encourager l’école privée, l’éclatement du « mammouth » de l’éducation nationale
·        Encourager la privatisation de la santé
·        Privatiser les derniers services publics, et diminuer le nombre de fonctionnaires, leur statut.
·        Renforcer l’état « pénal » régalien : police, justice, armée au détriment de « l’état social » (emploi, aides sociales, équipements collectifs, recherche).
·        Décentraliser toutes les institutions au niveau des régions pour mieux diviser, éclater les revendications, noyer celles-ci dans une Europe libérale, ou seules sera
      centralisées et pourront mieux manœuvrer les citoyens, les multinationales, les puissances financières.
·        Rétablir un « ordre moral » (anti Pacs, anti-avortement, anti-homosexuel) encourager xénophobie, racisme, nationalismes...(lutte contre les raves parties...); Au
      lieu de progresser dans l’esprit des nouvelles lois, la « parité » va regresser : l’UMP l’assume en payant pour avoir... moinds de candidates.
·        accentuer les contrôles de l’immigration (Sangatte, Cherbourg...)
·        Soumission à la mondialisation libérale, et à l’impérialisme dominant...
Tout ne sera pas fait d’un seul coup sans résistance, ni accord entre toutes les composantes de la droite : mais en imposant la construction d’un parti unique, l’UMP, en soumettant toutes les institutions au clan chiraquien, en portant au gouvernement directement des hommes du Medef, des réactionnaires fieffés, le pouvoir actuel se donne les moyens d’avancer en ce sens.
 
4-C
Mais attention, l’histoire ne se répète jamais deux fois de la même façon. Il n’y a pas d’automatisme dans le retour d’un nouveau Novembre-Décembre 1995. Ne serait-ce qu’à cause de la récente défaite et du temps nécessaire au redressement de la gauche. Ne serait-ce qu’à cause de traces différentes, dans le mouvement syndical, sur le bilan des 35 h, des retraites...
Ils vont essayer de jouer sur les hésitations à gauche entre « modérés » et « radicaux », même essayer de les pousser au maximum. Ils vont nourrir le même type de différenciation entre les directions syndicales, flattant la nouvelle direction CFDT, contre celles de la CGT et de FO. Ils n’imaginent le « dialogue social » que de façon marginale mais dans l’espoir de récolter les signatures qui affaibliraient encore plus fortement les salariés qu’en novembre-décembre 95 où la direction CFDT s’était vue isolée, même vis-à-vis de sa propre base. S’ils parviennent, ce qui est leur objectif à diviser la gauche syndicale et politique, ils passeront alors en force, s’ils échouent, alors la riposte bloquera nombre de leurs projets.
Rien n’est joué, inutile de crier à « la revanche sociale », nov-déc 95 ne se répète pas en claquant des doigts, le temps, la maturation comptent, la rigueur aussi, et la dynamique syndicale et  à gauche sera déterminante - ou non.
La droite, Chirac, Raffarin, Juppé, le savent et vont essayer de ne pas provoquer d’affrontement central trop rapide, trop direct. Ils vont au contraire, jouer le contournement, la division, la dispersion, l’épuisement, les avancées masquées, tirant la leçon de l’échec de la charge prétendument triomphale à l’Assemblée de Juppé le 25 novembre 1995.
Ils vont donner le maximum de moyens au Medef et user de tous les moyens du pouvoir absolu, qu’ils détiennent, majorité au Sénat, à l’assemblée, dans les régions, les départements, en jouant sur la durée, le contrôle total des médias, de la propagande et aussi de la répression...(Le refus de libérer José Bové étant un exemple lourd).
Les demi-mesures, les hésitations apparentes, les ellipses de Raffarin dans son discours d’investiture le 24 juin, ne doivent pas masquer, en même temps, que la majorité de droite est revancharde et s’impatiente, le Medef encore plus. Lorsque E-A Seilliére affirme «  - Avec Jospin on avançait dans le mauvais sens, avec Raffarin on recule dans la bonne voie... » la pression est là, incarnée également par Francis Mer à Bercy.
Le blocage du Smic, les multiples hausses de tarifs publics, les baisses de revenus pour les plus riches, les cadeaux des 20 euros aux médecins au détriment des comptes de la Sécu, les hausses des salaires des patrons et des ministres, le gel des postes de fonctionnaires, la privatisation en marche d’EDF-GDF et d’Air France, la suppression des anciens emplois jeunes publics, les cadeaux énormes en allégements de cotisations patronales pour la privatisation de nouveaux emplois jeunes, le renforcement de l’état « pénal », policier (alors que la France a le plus fort taux de policiers par habitant en Europe), un budget d’austérité proclamé pour 2003, choix d’environnement négatifs, Par exemple, report de la liaison fret ferroviaire Lyon-Turin, mais mise à l’étude d’un deuxième porte-avions, cadeaux aux chasseurs, l’annonce de « l’assouplissement des 35 h », (Merci Laurent Fabius d’avoir inventé cette expression, comme si elles n’étaient pas déjà trop souples), l’annonce du règlement des retraites à l’automne et d’ici juin 2003, bientôt changement du mode de scrutin pour les régionales et peut-être davantage, tout cela constitue un programme de droite véritablement de combat.
 
Deuxième partie
Défendre un idéal socialiste contre le désordre libéral,
Un idéal opposé à la gabegie et au désordre capitaliste
Appuyé sur des revendications majoritaires dans le salariat
 
1°) Question vitale : qui les socialistes aspirent-ils à représenter ? à qui s’opposent-ils ? sur quelle force sociale s’appuient-ils ?
 
1-2-A
À qui s’opposent les socialistes ?  Pour qui agissent-ils dans cette société ? Car ils ne sauraient contenter tout le monde, le meunier, l’âne et son fils... Ils ne peuvent à la fois plaire au Medef et aux salariés. D’un côté à Messier, Pebereau, Bon, Peyrelevade, Loïch le Floch Prigent, (allonger la liste....) qui s’augmentent de 36 % par an, et se gavent de stocks-options, et de l’autre, par exemple, aux 8 millions de salariés des petites entreprises, victimes de la sous-traitance sans réels droits sociaux.
Ils ne peuvent défendre correctement les droits de 21 millions de salariés français et les exigences des multinationales, la dictature des actionnaires, dont les marges ne sont, à leurs yeux, jamais suffisantes.
Ce qui est vrai à l’échelle de la France l’est à l’échelle du monde. Les trois plus grosses fortunes individuelles mondiales sont plus élevées que les richesses totales des 48 pays les plus pauvres. Le capitalisme financier est arrogant au point d’écraser des pays entiers comme l’Argentine ou l’Uruguay, le Mexique ou le Brésil. Hier, la Thaïlande et demain, l’Indonésie. Il les manipule économiquement et culturellement. Plus de mille milliards de transactions par jour au jeu des Bourses de la planète, quarante fois plus que de transactions commerciales réelles !
Les socialistes doivent défendre les intérêts de la majorité des humains, du milliard et demi qui manque d’eau, qui souffre de la faim, tout comme des centaines de millions de travailleurs qui se voient spolier, voler leurs maigres salaires, retraites, pensions, du Texas à Buenos Aires, de Séoul à Berlin, de Londres à Johannesburg.
Ils doivent s’opposer à ceux qui profitent sans vergogne du système capitaliste, aux « riches malfaiteurs » (expression de Franklin Roosevelt) d’Enron, de Worldcom, de Tycon, de Mercks, à « l’étrange dictature » des actionnaires, des pétroliers, des lobbies militaro-industriels, à l’empire des USA.
Notre parti ne dit pas suffisamment contre quoi (contre qui, contre quel système) il est. Cela manque à sa crédibilité. De même qu’il doit dire qui il entend représenter, défendre, soutenir, faire valoir les droits.
Les socialistes doivent défendre ceux qui produisent les richesses du monde et qui se les voient détournées, gaspillées, épuisées, par les spéculateurs, profiteurs, fraudeurs et aventuriers de la finance et de l’industrie. Les « initiés » du monde entier, et les « présidents voyous », de Bush à Berlusconi, en passant par Chirac, se croient, avec leurs séides, tout permis. Quel exemple, sinon d’encouragement, donnent-ils aux tyranneaux d’Afrique, aux corrompus d’Amérique latine, aux maffias russes et japonaises ? Lorsque Bush combat avec force éclat de voix et de bombes, le terrorisme, il tremble de combattre les paradis fiscaux, les filières de blanchiment de l’argent, sa main qui appuie fermement sur les boutons de commande des missiles, hésite dés qu’il s’agit de mesures de répression financière.
Le Français Jean-Marie Messier qui s’érigeait en héraut des médias, gagnait 5,12 millions d’euros, avec une augmentation de 19 % en brut par an, et 66 % après impôts, alors que Vivendi Universal perdait 13,6 milliards d’euros, alors qu’il contrôlait l’eau de notre pays... Il recevait un appartement de fonction à New York coûtant 17,5 millions de dollars...  Il prétendait « n’être jugé que sur le critère... de ses gains par rapport à ceux de ses actionnaires » (cf. son livre « J6M.com »). Quel salarié livré à la flexibilité, à la rentabilité, au chantage à l’emploi, et à une vie et une retraite de pauvre, peut ne pas avoir la haine d’un système qui permet cela ?
Selon le Nouvel Obsservateur du 27 juin 2002, les patrons du CAC 40 gagnent en moyenne 1,7 million d’euros par an soit 930 000 F par mois. Leurs salaires ont progressé en moyenne de 60 % l’an passé... et tous, à ce niveau de hiérarchie, maîtres et serviteurs, Medef, Chirac, Raffarin, Juppé, inclus, s’opposent à un « coup de pouce » au Smic...
Les socialistes doivent dénoncer cela, clairement. On doit les entendre sur ce terrain, haut et fort.
Ils doivent, ce faisant, se faire entendre de la génération qui, de Seattle à Gênes, et Porto Alegre affirme qu’un « autre monde est possible ». Pour se faire entendre de la jeunesse et des salariés.
 
1-2-B
Nous avons une base sociale forte et puissante : le salariat qui n’a jamais été aussi nombreux dans le monde et dans notre pays. Alors qu’il y a un milliard et demi de salariés dans le monde, il y a 88 % de la population active française qui est salariée.
Ce salariat n’a jamais cessé de progresser historiquement ; il était de 50 % de la population active en 1945, il est écrasant majoritairement aujourd’hui. La norme est le contrat de travail, un lien de subordination juridique, où l’employeur décide unilatéralement de la naissance du contrat, de son exécution, de sa fin. Les salariés n’ont pour l’essentiel que leur force de travail à vendre. Qu’est-ce que le tiers-état ? s’interrogeait l’abbé Sieyès. La réponse est transposée au salariat : il est tout. L’emploi (droit constitutionnel) reconnaît les individus comme travailleurs, bien au-delà de ce qu’il saisit d’eux comme force de travail. « Le salariat désigne le travailleur collectif tel que le constitue le salaire, direct et indirect. La socialisation du salaire, l’existence de procédures transversales de distribution des ressources salariales conduisent à une profonde homogénéisation du salariat. Le terme même de salariat prend tout son sens, car le salaire fonctionne comme un barème transversal aux secteurs, métiers, et aux qualifications. » (Extraits de Bernard Friot : Puissances du salariat, emploi et protection sociale à la française, Ed. La Dispute).
Contrairement à ce que prétendent nos théoriciens droitiers du Parti socialiste, ce salariat n’est ni plus « éclaté, »    ni « plus hétérogène » qu’avant. Au contraire, il s’homogénéise puissamment en même temps qu’il se développe numériquement. L’écart des salaires qui était de 1 à 6, il y a trente ans, n’est plus que de 1 à 2,5. Un « cadre » gagne « en moyenne » seulement 1,7 fois plus qu’un employé ou un ouvrier dans le public et 2,5 fois plus dans le privé (Insee, 2001-02). (Plus de 50 % des agents civils de l’état sont des enseignants, cadres). Il y a un salarié sur deux qui gagne moins de 8 600 F. Il y a deux salariés sur trois qui gagnent moins de 10 000 F. L’écart des salaires pour l’essentiel est compris entre 7 000 F brut et 21 000 F brut. Le pourcentage des CDI s’est augmenté, la durée des mêmes CDI tend à s’allonger (de 10, 5 ans en moyenne à 11, 4 ans en moyenne ces cinq dernières années). Il n’y a plus de distinction d’intérêt entre « cols blancs » (7,8 millions d’employés) et « cols bleus » : (7,2 millions d’ouvriers). Ouvriers et employés se sont rejoints et même croisés dans les procès de production et d’exploitation. L’écart hommes-femmes se resserre légèrement mais sans cesse : 48,3 % des femmes travaillent (contre 45,9 % en1990) 80 % de celles qui ont entre 25 et 49 ans. Un salarié sur deux travaille dans 97 % des entreprises de moins de cinquante salariés, et leur sort est largement comparable. D’abord à temps plein (contrairement à une idée reçue) et ensuite, à cause de scandaleuses mesures d’exonération, (choix politique, dans une « économie qu’on refuse pourtant de dire « administrée ») à temps partiel, les femmes sont cependant entrées massivement sur le marché du travail (de 36 % en 1962 à 48, 3 % en 2001).
Certes, il existe un « haut » et un « bas » du salariat, mais justement « la crise » a rapproché les différents niveaux, les a tous menacés, a pesé sur leurs conditions de travail dans un même sens : intensification, stress, flexibilité, tassement des salaires.... Les cadres ont été, dans leur immense majorité, « prolétarisés ». Chômage et précarité ont menacé tous les échelons, toutes les catégories. Malgré sa volonté, malgré son idéologie, malgré sa propagande, le patronat n’a pas réussi à atomiser les intérêts communs des salariés : au contraire, il les a objectivement rapprochés, laminés, soumis mondialement à la fois aux mêmes normes et aux mêmes menaces, d’un continent à l’autre.
Des droits nouveaux ont été conquis, selon les pays, et en France plus qu’ailleurs : en 1968, en 1981, en 1997. Les conventions collectives couvrent davantage de salariés, de même que la protection sociale globale. La part du salaire direct (3 300 milliards de francs...) et des salaires indirects (2 200 milliards de francs....) sur un produit intérieur brut de 9 900 milliards de francs... est totalement déterminant pour toute l’économie française. Cette force sociale majeure est toute puissante dans la production, dans la consommation, dans l’organisation de la société. Aucune entreprise n’existe sans ses salariés, ce sont eux qui produisent les richesses. Le travail n’est pas un coût, ni une « charge » trop lourde, contrairement à ce que veulent faire croire les libéraux, il est la base de toute richesse, ce qui coûte cher, au contraire, c’est ce que le capital prend au travail, ce qu’il détourne, ce qu’il vole : il prend trop, trop cher !Certes, la conscience de ce salariat n’est pas aussi homogène que l’est sa situation objective. Des retards, des divisions, syndicales et politiques, super-structurelles, existent, qui l’empêchent encore d’agir comme une force sociale unifiée et centrale : elles sont dues à la longue histoire du XX° siècle, à celle du stalinisme, de la social-démocratie, du gauchisme.
C’est à nous, socialistes, de postuler à l’unification politique et syndicale de ce salariat. C’est à nous de dépasser, de faire la synthèse des aspirations de celles et ceux qui sont la force centrale déterminante de ce pays. C’est à nous de les valoriser, de les rassembler, de les mobiliser pour opérer la transformation sociale qui conduira à la République sociale - française et universelle.
Toute résistance, toute rénovation, tout bond en avant, partira du salariat : il n’a jamais été aussi fort, puissant économiquement et socialement, c’est la grande force centrale décisive. Nous voulons reconnaître, rassembler, mobiliser cette grande force sociale majoritaire moderne, porteuse de tout progrès social : il y a davantage de facteurs d’homogénéité en son sein qu’il n’y en a jamais eu dans l’histoire jusque-là.
 
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Contrairement à Laurent Fabius ou DSK, nous ne soumettons pas notre politique socialiste à la conquête des couches moyennes, ou autres « bobos » prisés des médias. Seulement 5 % de la population possède 57 % du patrimoine. La concentration de la rente et du capital sont énormes. Moins qu’aux Etats-unis, mais nous suivons leur chemin