Projet de thèses soumis aux rencontres d’été de Nantes 2002 de la
« République sociale »
 
Bilan et perspectives de la Gauche socialiste
 
version « longue »
 
Pour la République sociale
Pour la VI° République !
Une république fédérale d’Europe
et la mondialisation des droits !
 

 
Plan
 
Tirer le bilan du 21 avril
 
1: la catastrophe
1-A : rien ne doit minimiser...
1-B : pas « la faute aux autres »...
1-C : signes avertisseurs...
1-D : En Europe aussi...
1-E : gauche pourtant forte...
1-F : deux causes profondes
 
2 : bilan mitigé du gouvernement Jospin
2-A : aspects positifs et négatifs
2-B : la Gauche socialiste a pesé
2-C : mais pas assez
2-D : au niveau européen
2-E : les 35 h
2-F : les retraites
2-G : sécurité et justice
2-H : licenciement
2-I : inégalités
2-J : urgences sociales
 
3 : mauvaise campagne
3-A : pas d’idéal socialiste
3-B : programme catalogue
3-C : Le Pen
3-D : l’abstention
3-E : mécanisme institutionnel
3-F : PS central
3-G : Chirac Pyrrhus
 
4 : défaite institutionnelle pas sociale
4-A : gauche pouvait gagner
4-B : droite enhardie
4-C : rien n’est écrit
 
 
1°) Defendre un idéal socialiste ?
1-2-A : à qui les socialistes s’opposent-ils ?
1-2-B : quelle force sociale représentent-ils ?
1-2-C : pas les « couches moyennes »
1-2-D : pas les « exclus »
1-2-E : un patronat pas homogéne
 
2°) combattre pied à pied Chirac-Raffarin-Juppé
2-2-A : état pénal, état social
2-2-B : défendre l’état volontaire
2-2-C : services publics
2-2-D : salaires, smic
2-2-E : 35 h assouplies ?
2-2-F : assaut contre nos retraites
2-2-G : fracture sociale
2-2-H : démocratie et sécurité sociale
2-2-I : école publique
2-2-J : santé pour tous
2-2-K : environnement
2-2-L : vivant
 
 
Un autre monde est possible
3-A : l’empire et le chaos
3-B : après la chute du mur de Berlin
3-C :  mais le « peuple mondial » s’éveille
3-D : Europe fédérale et sociale
3-E : Gauche socialiste internationaliste
3-F : République sociale universelle
 
 
Les moyens de la reconstruction
4-A : Gauche socialiste courant de la société
4-B : Un grand parti de la gauche
4-C : Débat citoyens à gauche
4-D : Vers un front uni de la gauche
4-E : Gauche socialiste et Parti socialiste
 

 
Première partie
Tirer sérieusement le bilan de la défaite
de la gauche plurielle et du PS en avril-juin 2002
pour faire à une droite de combat qui a tous les pouvoirs
1°) La catastrophe du 21 avril
 
1-A
Rien, dans le temps qui passe, ne doit minimiser...
... dans les analyses de la gauche française, l’importance de la défaite historique qu’elle a connu le 21 avril 2002. Ce n’est pas un « travail de deuil », qu’il faut effectuer après une telle catastrophe, mais un intense travail collectif, en profondeur, de réflexion, d’assimilation, de transformation.
Il ne faut pas cacher, ne pas diminuer, ne pas oublier, mais expliquer à fond, comprendre, prévenir tout recommencement. Aller aux racines.
Car si la gauche a commencé le début du XXI° siècle en étant absente du deuxième tour de l’élection présidentielle, en étant obligée de voter pour un « candidat-voyou » contre un candidat fascisant, ce n’est pas par fortuite malchance, encore moins par malentendu.
Elle avait des cartes très favorables en main, le candidat le mieux placé, Lionel Jospin, était intègre. La gauche avait des cartes favorables, l’idéologie libérale commençait un peu partout à être battue en bréche, les salariés se mobilisaient, l’aspiration à une République active, convaincante et ouverte s’exprimait, le bilan du gouvernement pouvait être un point d’appui même si de réelles insatisfactions se manifestaient.
Il a fallu pour que la gauche plonge ainsi dans la déroute, que le candidat FN arrive devant le candidat PS, que se creuse une terrible incompréhension entre ses partis, ses dirigeants et la majorité écrasante de sa base sociale naturelle.
 
1-B
L’erreur fatale serait, de la part des socialistes, d’attribuer « la faute aux autres » : en vrac, aux « abstentionnistes », à « ceux qui ont dispersé leurs voix », à la « diversité de la gauche », aux « gauchistes qui divisent », à tous ceux qui n’ont pas compris, ne se sont pas rendu compte, n’ont pas vu le danger, etc... Et puis de faire comme si de rien n’était, continuer comme avant.
Car s’il y a eu tant d’abstentions, c’est que le parti principal de la gauche n’a pas su mobiliser.
Car s’il y a eu division et dispersion, c’est parce que le message n’était ni assez enthousiasmant, ni assez mobilisateur. Ni transcendant, ni unifiant.
Car s’il y a eu des votes gauchistes, exutoires, c’est parce qu’il y avait un mécontentement réel sur les carences du bilan et sur celles du projet socialiste.
Car s’il y a eu un » coup de tonnerre », une incompréhension, c’est parce que la gauche, et en son sein, la force socialiste principale, n’a pas su mener une campagne sur un choix de société profondément différent de celui de la droite.
Car, s’il y avait un danger de ne pas être au deuxième tour, il n’a même pas été perçu par la direction tout entière du parti socialiste, et pas davantage par les autres partis de gauche.
Car il faut bien rendre compte du problème clef : de la coupure entre la direction principale de la gauche, socialiste, et sa base populaire.
Et photographiquement c’est clair : le candidat du PS est derrière celui de l’extrême droite.
 
1-C
Ce n’est pourtant pas faute de signes avertisseurs : lors des élections municipales déjà, nombreux avaient été les observateurs, dans la gauche plurielle et dans le Parti socialiste à tirer le signal d’alarme dés le 14 mars 2001 lorsque l’abstention avait été forte aux élections municipales et lorsque la gauche, trop souvent divisée, avait, de façon surprenante aux yeux de beaucoup, perdu de nombreuses villes (exemple Rouen, Dieppe, et échec au Havre...).
À ce moment-là, par exemple, au sein du Parti socialiste, la Gauche socialiste avait analysé avec attention les scores, les raisons de l’échec, le « décrochage populaire » qu’il signifiait. On voyait déjà les désaffections, les impatiences sociales, les attentes, les mécontentements croissants.
Nous avions insisté avec force sur la nécessaire fusion entre le Parti socialiste et le mouvement social radical, entre la gauche institutionnelle et la gauche militante, « motivée »(Toulouse) et sur l’urgence de réorienter l’action du gouvernement en faveur des couches populaires. C’est dans cet esprit que notre second ministre est entré au gouvernement. Nous avons alors affirmé que l’explication donnée sur le besoin de proximité des français était un peu courte et que leurs attentes étaient sociales et républicaines (services publics, refus des ghettos, égalité des droits..)
 
1-D
Lors de nombreux autres scrutins européens, la social-démocratie s’est vue, ces dernières années, sanctionner, l’Europe rose laissant la place à une vague bleue... Alors que la gauche était au pouvoir dans 13 pays sur 15, au sein de l’Union européenne, en 1997, peu à peu, cette situation s’est inversée.
Au lieu de répondre aux attentes des peuples et d’engager le chantier de l’Europe sociale, les différentes directions des partis sociaux-démocrates, ont subi l’Europe libérale, monétaire, marchande, aboutissant à redonner les pouvoirs aux technocrates, aux multinationales toutes puissantes, et aux partis de droite soucieux de déréglementer les services publics, de rogner les interventions économiques des états et des citoyens.
On a vu les campagnes électorales aux Européennes de 1999 où l’occasion de faire percer une vraie Europe sociale a été gaspillée.
On a vu les parodies de congrès comme celui du PSE, à Berlin en mai 2001 alors que la Gauche socialiste européenne essayait de faire percer le nécessaire débat.
Ainsi, on a assisté à un renversement, non pas fondamental, mais dangereux où différentes extrêmes droites, nationalistes, réactionnaires, xénophobes, progressaient. L’abstention augmentait, la gauche se divisait et les forces socialistes ou social-démocrates reculaient. Le plus inquiétant est la part importante de l’électorat ouvrier qui se réfugiait dans le vote populiste. Non pas que « la partie soit jouée », le retour du balancier n’est pas complet, mais il est assez indicatif pour que des leçons communes, européennes soient également tirées.
 
1-E
Pourtant, les forces populaires des différentes gauches ne sont pas vaincues, ni réellement minorisées : en France, même le 21 avril, il y a eu 42,96 % au total des voix de gauche contre 40, 56% au total des voix de droite.
Ce jour-là, c’est le candidat de droite (finalement élu, par défaut) qui a le plus perdu ! Tous les partis de droite classique ont perdu 4 millions de voix alors que les partis de la gauche gouvernementale ont perdu1,6 million de voix (par rapport à 1995).
Ce qui s’est produit, c’est que l’extrême gauche, elle, a gagné 1,9 million de voix, c’est-à-dire que le centre de gravité de la gauche s’est déplacé vers la gauche : le Parti socialiste, à lui seul, a eu moins de voix que le total du reste de la gauche. Mais le résultat c’est que son candidat a été éliminé car il lui manquait 194 558 voix !
Même l’extrême droite paradoxalement perdait des voix ce 21 avril 2002 : le total Le Pen + Megret faisait près d’un million de voix de moins que le total des voix Le Pen + de Villiers de 1995. Le Pen ne progressait que de 900 000 voix reprises sur les autres candidats, absents, de la droite extrême, comme de Villiers ou Pasqua.
Ce qui s’est passé, c’est qu’il y a eu une contradiction importante entre les attentes du peuple de gauche et les réponses - bilan et projet - des dirigeants de la gauche. De ce popint de vue, le chiffre de 30 % des ouvriers ayant voté Le Pen est toutefois trés inquiétant.
En France. Et en Europe.
Car en Europe aussi, il y avait de grands espoirs et une grande combativité : soulignons que de Porto à Goteborg,, de Nice à Laeken, de Gênes à Barcelone, Séville et Rome, depuis 1997, ce sont chaque fois, régulièrement, des centaines de milliers de manifestants, parfois des millions qui ont défilé pour l’Europe sociale, avec leurs syndicats et leurs associations, type Attac, ou des syndicalistes courageux comme José Bové - la France se faisant une honte mondiale en le mettant en prison. Il est quand même contradictoire de constater que les mobilisations montent et que le cours politique dominant semble inversé.
 
1-F
Nous jugeons qu’il y a trois causes profondes au 21 avril : 
La première, c’est le bilan du gouvernement Jospin qui était nettement « mitigé » (comme nous l’avions analysé à Nantes en août 2001). C’est un bilan partagé, positif et négatif, pas unilatéral. On pouvait certes souligner qu’il était « le plus à gauche d’Europe ». Tout est relatif. Car en même temps, au plan intérieur il était nettement en dessous des exigences sociales des salariés et du peuple français, ce qui l’a perdu. Il s’est effectué une coupure avec les attentes populaires, les urgences sociales. Par ailleurs notre modèle républicain, particulièrement percuté par le libéralisme est apparu insuffisamment défendu voire remis en cause.
La deuxième cause est dans la campagne conduite par Lionel Jospin : elle a été mauvaise et n’a pas su dessiner un projet de transformation sociale assez radical pour séduire ceux auxquels il était vraiment censé s’adresser. Pas de projet de changement de société, trop gestionnaire, pas de souffle global, rien de consistant pour le salariat. Pas non plus de vision du rôle de la France dans le monde, contre l’impérialisme américain et promouvoir une autre mondialisation  et l’ambition du développement durable. Cette campagne ne mettait pas en perspective le bilan, niant ses faiblesses et n’ouvrant pas une nouvelle étape de changement social. Il nous est revenu, sans être entendus, de défendre les points les plus positifs qui, souvent faute d’avoir été portés politiquement avec du sens, n’ont pu être valorisés. Mais nous avons aussi repris les critiques lourdes que nous avions développées au cours des 5 années écoulées.
La troisiéme raison, c’est le fait que la présidentialisation accrue des institutions par le double effet de la réduction du mandat présidentiel et l’inversion du calendrier  nous ont affaibli. D’abord ce système privilégie le choix des personnes sur les choix collectifs et de fond, ensuite la non introduction d’une part de proportionnelle aux législatives pousse chaque force politique de gauche à se compter lors des scrutins nationaux. Notre défaite a été largement causée par cet excessif émiettement des forces de gauche et singuliérement de la gauche plurielle.
Attention : certains s’entêtent à expliquer l’échec uniquement par la deuxième cause. C’est une façon commode de ne pas aller au fond des choses sur le bilan du gouvernement et de ne rien changer pour l’avenir. D’autres jettent « le bébé et l’eau du bain », et rejettent les cinq ans de la gauche sur le compte du social libéralisme, (« Lionel qu’as tu fais de notre victoire ? ») : c’est une autre façon commode mais pessimiste d’affaiblir ce qui a été fait, de renvoyer gauche et droite dos-à-dos, de nier les possibilités d’entraîner toute la gauche vers un programme de changement réel.
 
2°) Le bilan du gouvernement de Lionel Jospin était mitigé :
 
2-A
Nous critiquons sévérement le bilan du gouvernement Jospin mais nous refusons un bilan unilatéral. Il y a des aspects positifs dans ce bilan, et pas seulement des aspects négatifs. Tout en lui reprochant ses carences graves à gauche, nous combattons la double idée fausse selon laquelle, il aurait « agi comme la droite », et il aurait « été social-libéral comme Blair ». Tous les chats ne sont pas gris sauf pour les amateurs de confusion.
Justement, dans le rapport de force français et mondial, le gouvernement « rouge-rose-vert » de Lionel Jospin avait des caractéristiques plus avancées, qui le distinguait significativement de la droite et des tenants de la « troisième voie » Clinton-Blair. Il a opéré certains choix volontaires que le reste de la social-démocratie européenne a refusé : les « 35 h sans perte de salaire », des droits nouveaux du travail, le maintien des retraites, la CMU, l’APA, mais aussi le PACS, la parité, l’IVG, le non-cumul des mandats... La France était, après novembre-décembre 95, la défaite de Chirac en 97, et au terme des cinq ans de la gauche, en 2002, un des pays au monde les plus avancés socialement.
Cela provient d’un « résultat différé » de Novembre Décembre 1995 et de la mise en place d’un gouvernement de coalition rouge rose verte. Cela provient aussi de ce qu’au cours des années 1997 - 2000, la combativité des salariés (nombre de jours de gréve, durée des grèves, caractère massif des grèves, priorité revenue aux revendications salariales, etc.) a été remarquablement dynamique et croissante : pour la première fois depuis les années 70, l’activité sociale se redéveloppait à un rythme suivi et fort.
En cinq ans, le salariat s’est renforcé et non pas affaibli.
La masse salariale globale a ré augmenté par rapport au capital.
De 1977 à 1997, la politique de développement du chômage et de précarisation de l’emploi a pesé sur les salaires et obtenu une hausse importante de la part des profits dans la valeur ajoutée: elle est passée, en France, de 31 % à 41 %. Cette hausse du taux de profit s’était accompagnée de faillites, de restructurations, d’une concentration accrue du capital (les grandes entreprises sont aux mains de quelques actionnaires), d’une modernisation de l’appareil productif et de la révolution technologique de l’informatique.
De 1997 à 2002, le gouvernement Jospin a stoppé cette régression de la part des salaires dans la valeur ajoutée : cette part a cessé de régresser, même si elle a stagné à 59 %. Les inégalités qui se creusaient sous la droite, ont été freinées (cf. « CAC 40 des inégalités » d’Alternatives économiques) puis ont stagné elles-aussi.
Ce gouvernement a favorisé délibérément la croissance, fait reculer le chômage de masse : 1 742 000 emplois créés en cinq ans dont 643 000 dans la seule année 2000, record historique sans précédent (+ 4,3 %). Le taux de chômage des jeunes est passé de 28 % en 97 à 18,7 en 2000. Il a imposé une avancée majeure avec la réduction du temps de travail par la loi à 35 hebdomadaires : 400 000 emplois créés, 21 millions de salariés concernés, même si, hélas, un sur deux en a réellement bénéficié, et encore un sur trois, parmi ceux-là, en a vraiment profité comme une conquête sociale (2 à 3 millions de salariés). Une loi pleine de contradictions mais nettement plus avancée que n’importe où ailleurs. Il y a même eu un petit début de recul de la précarité ( - 0,4 % environ) des CDD ( - 33 000 soit une baisse de 1,5 % entre mars 2000 et mars 2001) temps partiels  (- 0,6 %) en fin 2000, début 2001 et une forte baisse du chômage partiel (- 64 % en 1999) y compris des « emplois aidés » (de 455 000 à 408 000). L’interim baisse fin 2000-2001 mais il réaugmente en 2° semestre 01. Il y a eu aussi une hausse du nombre et de la durée moyenne des CDI.
Reste que l’importance du nombre de travailleurs pauvres ou travaillant en temps partiel ou n’ayant pas les moyens de vivre dignement est apparu particulièrement inacceptable dans une société où les profits des entreprises explosaient. Cela a pesé lourdement dans le sentiment d’abandon vécu par une partie du salariat renforçant l’idée que la gauche s’accommodait de l’assistanat et négligeait la valeur travail. Ces divisions au sein des couches populaires ont pu s’avérer destructrices et font le nid de l‘extrême-droite. En tout cas, c’est sur le terrain de l’universalité des droits et de la protection sociale que la résistance au libéralisme et à la financiarisation de l’économie a été la plus forte. Le gouvernement ,en dépit des pressions de l’aile socio-libérale en faveur des fonds de pensions a défendu les retraites et le principe de la répartition... (sans répondre, certes, aux revendications réclamant le retour aux 37,5 annuités) Alors qu’elle régressait dans toute l’Europe, la sécurité sociale a été élargie à tous avec la CMU et de nouveaux droits ont été garantis avec l’APA.Même si le service public n’a pas toujours bénéficié du soutien et des moyens attendus, le gouvernement Jospin contrairement à ceux de la droite a rompu avec la théorie du gel de l ‘emploi public.
La « loi de modernisation sociale », hélas mal ficelée et tardivement mise en oeuvre, a permis des avancées importantes en droit du travail, sur les licenciements, contre les discriminations. Il y a eu différentes mesures sociales d’envergure (CMU, APA,..) (la CMU de base bénéficie à 1,1 million de personnes et à près de 5 millions pour la couverture complémentaire (une progression de 32 % en 2000). Et démocratiques (parité, Pacs, IVG,...) et des projets de réforme institutionnelle dans le sens parlementaire.
Tous ces choix l’ont réellement distingué du reste de la social-démocratie. Ceux qui ont intérêt à le nier ou à le sous-estimer privent la gauche d’autant de point d’appui, de référence sur ce qui est possible, vers la politique que nous voulons. Ni Laurent Fabius, ni Dominique Strauss-Kahn n’ont apprécié les aspects les plus avancés des 35 h ou de la loi de modernisation sociale. En vérité, nous nous félicitons, de ce que le socialisme français ait plutôt été un pôle de résistance au social-libéralisme, et à « la troisième voie » façon Blair...
Toutefois dans l’action les engagements pris n’ont pas été tous tenus. Les 35 h se sont parfois accompagnés d’une réduction des rémurnérations à cause de l’annualité du temps de travail. Les conditions pour le passage à l’Euro, en particulier pour l’Europe sociale n’ont pas été garanties. L’ouverture du capital de France télécom explicitement exclue du programme fut réalisée confortant un nombre impressionnant de privatisations. La conférence prévue avec les partenaires sociaux pour la relance salariale n’a pas eu lieu. L’équilibre du départ entre contraintes du marché et ambition régulatrice ne fuit pas maintenu.
 
2-B
En tant que Gauche socialiste, nous avons pesé.
Nous qui avons été au gouvernement, et qui avons bataillé au sein du Parti socialiste, à tous les niveaux, et aussi, dans les mouvements sociaux, en faveur d’un certain nombre de ces choix, nous soulignons les « aspects positifs » et refusons les amalgames réducteurs avec les « sociaux-libéraux ». Nous n’avons pas été inutiles, nous avons pesé, insuffisamment ô certes, sur le cours des choses, du congrès de Brest à celui de Grenoble, des campagnes municipales à la présidentielle...
Rappelons à tous que Lionel Jospin réclamait même, à Brest, dans son intervention, devant trois mille militants, la carte de membre d’honneur de la Gauche socialiste parce qu’il avait repris nos idées de « gouvernement rouge rose vert » et « les 35 h sans perte de salaire » !...
Nous ne renvoyons pas ce gouvernement et son bilan, dos-à-dos avec la droite. Il y a un enjeu très important derrière toute simplification. Nous ne cautionnons pas ce que des sociaux-libéraux en interne au Parti socialiste français voudraient en donner comme image et interprétation.  Nous entendons même opposer ce bilan aussi controversé soit-il, aussi mitigé soit-il, aux projets des « droitiers » du parti pour l’avenir : ceux-ci prétendent en effet « trancher » entre « réformisme » et « radicalisme », tourner la page du congrès d’Epinay, « recentrer » le PS... en gommant les aspects positifs des cinq années de la gauche au pouvoir entre 1997 et 2002. Alors que nos critiques, elles, vont en sens inverse, c’est parce que le gouvernement a été freiné, tiré en arrière par des droitiers, par des théoriciens de la troisième voie, par les dirigeants de la social-démocratie européenne, qu’il a finalement perdu...
Les droitiers « blairistes » et l’extrême gauche tirent déjà dans deux sens opposés à propos du bilan, ils vont chercher à cliver, à faire disparaître le rôle de la « gauche plurielle », à diminuer les débats au sein du parti socialiste, à faire reculer la nécessité d’alliances avec les Verts, le PCF, etc... On remarquera l’analyse de Laurent fabius comme un refus de l’assistanat et le manque de ciblage social des aides publiques. Cette thématique est celle qui fut développée par Tony Blair pour conditionnaliser et réduire les prestations publiques au nom d’une certaine moralisation des soutiens de l’état. Ils vont dénaturer aussi bien le bilan que la campagne de Lionel Jospin pour mieux prôner l’existence de « deux gauches » aux projets inconciliables, creuser le fossé entre gauche « institutionnelle » et gauche « radicale », entre la social-démocratie et le mouvement social. 
 
2-C
Mais pas assez
Cette politique « rouge, rose, verte », celle de la loi pour des 35 h sans perte de salaire, de lutte prioritaire contre le chômage, était la nôtre, mais elle é été conduite en deçà des impatiences sociales, des urgences, elle ne corrigeait pas les effets ravageurs de la longue crise, et a déçu.
Tiraillé dans tous ses choix, depuis le début, Lionel Jospin n’a cessé d’arbitrer « en équilibre », il a osé des avancées sociales, mais il les a pondérés par des « contre-parties », des habillages, qui, sans ruiner tout à fait les effets recherchés, les minimisait, et ouvrait la porte béante aux contestations, aux mécontentements justifiés.
Nous avons, avant, en 1996, dans la foulée de Nov-Déc 95, fait progresser le programme du Parti socialiste dans les conventions de mars, juin et décembre 96.
Nous avons, pendant cinq ans, dés Amsterdam et jusqu’à Barcelone, dès le congrès de Brest, et à Grenoble mené une bataille pour orienter le gouvernement afin qu’il ne connaisse pas cette issue tragique.
Sur les 35 h, nous avons mené une bataille quasi quotidienne pour aboutir à une meilleure loi plus rapide, plus efficace. Il en fut de même, jusqu’au bout, sur le droit du licenciement. Sur ces terrains, nous avons été en avance et pas à pas, nous avons essayé de jouer un rôle de veille, de stimulant, de proposition concrète sans pareil.
Il en a été de même sur les questions de l’école, du logement, de la sécurité où nos camarades (Jean-Luc Mélenchon, Marie Noëlle Lienemann, Julien Dray) se sont distingués
Nous avons proposé une autre orientation, à temps, pour faire face aux urgences sociales. Une autre façon d’aborder les impôts, la démocratie sociale.
Nous avons pris toutes nos responsabilités, sans rechigner à tous les niveaux, nos militants comme nos dirigeants, nos candidats, nos élus, jusqu’aux derniers instants de la campagne électorale, sans jamais gêner l’action, toujours en proposant de façon constructive des objectifs concrets.
Une leçon décisive de toute cette période : nous ne pouvons gagner en ordre dispersé ni seulement en interne. Nous ne pouvons gagner sans grouper nos forces, nos cadres, nos dirigeants et frapper du même coup en même temps sur le même clou. Nous ne pouvons, bien sûr, gagner sans mouvement social.
Surtout ce dernier point est décisif : nous ne pouvons gagner en nous situant seulement en position de « conseillers » : il faut avoir une assise suffisamment importante dans le mouvement de masse, prendre des initiatives publiques, extérieures, dans les luttes sociales. (Nous avons tenté par notre conférence syndicale - 750 personnes - le 12 mai 2001, et encore par les Etats généraux contre le Medef le 15 janvier 2002 - 400 personnes : lors de cette dernière initiative, nous avons réalisé quelque chose d’unitaire et d’avant-garde, mais il aurait fallu réussir et nous devons apprendre à le faire à l’avenir, une initiative vraiment de masse). Même si nous avons un bon rapport de force interne, ça ne suffit pas, nous ne serons écoutés qu’en ayant un rapport de force social donc syndical, gréviste, etc.
Et une nouvelle configuration de la gauche. Il nous est arrivé souvent d’être en gros d’accord avec les Verts le PCF, d’autres courants du PS sur certaines avancées sociales et d’être alors probablement majoritaire au sein de la gauche sans pouvoir être réellement entendus et pris en compte. C‘est pourquoi l’absence d’unité politique des partis et forces de gauche autour d’objectifs de transformation sociale et d’un programme concret nous a affaibli.
 
2-D
« Nous nous sommes battus pour une réorientation de la politique européenne »: d’Amsterdam à Barcelone, l’acceptation de compromis, sans bataille ouverte, sans orientation compréhensible, a abouti à laisser en permanence l’Europe libérale l’emporter.
Nous avons eu raison au congrès de Brest d’insister sur les graves conséquences de la ratification du traité d’Amsterdam. Nul ne peut nier qu’il y a eu des répercussions profondes jusqu’à Barcelone 2002, au cœur de la campagne présidentielle.
Parce que la situation économique était bonne, il n’y avait pas d’inflation, le commerce extérieur était excellent, les déficits limités, une politique de relance était possible, les critères de Maastricht et d’Amsterdam ont été relativisés. Malgré eux, il a donc été possible de nourrir la sortie de crise, la croissance, l’emploi et même de redistribuer légèrement. ( Cela dit, on n’a pas pu, à cause d’eux, profiter de ces moments-là pour renforcer les prélèvements sur les cagnottes privées, sur les profits, et mieux corriger les inégalités terribles et durables nées de la crise).
Mais dés qu’au milieu 2001, des nuages noirs se sont amoncelés dans la situation économique internationale, le carcan des critères maastrichiens s’est refait sentir, les mises en garde contre les déficits, rigueur, ont recommencé, l’échéance de 2004 est réapparue.
Et à Barcelone, le 23 mars 2002 en pleine campagne électorale, Lionel Jospin est obligé de côtoyer, comme en juin 1997, Jacques Chirac en faisant mine de s’entendre avec lui... et d’accepter des mesures indignes sur les retraites et contre les services publics !
Lionel Jospin, nous dit-on, hésita sur le fait de déclencher une querelle à Barcelone, mais ne le fit pas... davantage qu’en juin 1997. Ainsi, cinq ans après, on renonce encore à la bataille contre les libéraux d’Europe... et l’on nourrit l’anti-européanisme en même temps que la méfiance sur la sincérité de la volonté de transformation sociale.
Pire : Lionel Jospin a même engagé la polémique électorale en accusant Chirac de faire des promesses incompatibles avec le « déficit-zéro » exigé par les libéraux à Barcelone !
Il fallait, il faut accuser Chirac du contraire : de ne pas se battre pour desserrer l’étau du « déficit-zéro » fixé en 2004. D’autant qu’en Europe nous n’étions pas les seuls à vouloir le faire !
 
2-E
Les 35 h : il a fallu cinq ans, deux lois, des dizaines de décrets et de circulaires, des dizaines de milliers d’accords ad hoc, 105 milliards, une « usine à gaz » juridique, pour permettre à une partie trop restreinte des salariés d’obtenir les 35 h.
Autant le projet était grand et conquérant, historique, autant il a été géré petitement, en multipliant les concessions à un patronat pourtant délibérément hostile et décidé à saboter le projet par tous les moyens. Ainsi, il peut apparaître dans l’opinion, dans les sondages, une perception mitigée des 35 h : tous les maux du monde leur ont été attribués (gel des salaires, flexibilité, annualisation, augmentation des cadences, non embauche, « travail à deux vitesses, forfaits-jours, etc. selon la taille des entreprises, les branches, ou le secteur privé ou public..)
L’article n°1 des deux lois « Aubry » - la durée légale à 35 h - est pourtant une avancée fantastique, aussi importante que les 40 h en 36, et les 39 h et la cinquième semaine en 82. Les jours de réduction du temps de travail s’ajoutent aux congés payés : on est ainsi passé, grâce à la gauche, entre 1936 et 2002 de deux semaines à six semaines de congés payés, record dans le monde.
La réduction du temps de travail est l’instrument privilégié de lutte contre le chômage de masse : si elle n’a créé que 400 000 emplois, c’est en raison des timidités d’application et, bien sûr, des résistances énormes, du sabotage, de la « guerre » déclarée menée par le patronat.
Mais il aurait été possible à tout moment de faire autrement et mieux : la Gauche socialiste, n’a cessé de le redire, de proposer des aménagements précis, argumentés, réalistes, aux deux lois du 13 juin 1998 et du 19 janvier 2000. Les 35 h ne pouvaient pas et ne devaient pas se faire « à profit constant », elles devaient être un moyen plus rapide, plus dynamique, de redistribution des richesses, de recul du chômage, de relance et de progression des droits des salariés. Il n’y aurait jamais dû y avoir six Smic, les salaires auraient du être garantis et progresser, la flexibilité héritée de la loi quinquennale de MM Balladur-Giraud aurait du être abrogée (comme nous l’avions fait adopter par le Parti socialiste), des principes d’ordre public social (durée maxima quotidienne et hebdomadaire du travail, deux jours de repos consécutifs) auraient dû être renforcés. Les aides auraient dû être réservé aux seules petites entreprises et subordonnées aux embauches et au respect du droit du travail.
Ainsi les 35 h ont été une mesure-phare qui a permis de gagner en juin 1997, de « tenir » pendant les cinq années qui ont suivi, mais elles n’ont pas « profité », elles n’ont été assez bien faites, assez poussées, pour entraîner l’adhésion populaire en 2002. Le pire est qu’il semble que le Parti socialiste et son candidat aient même donné l’impression de « tourner » sur le bilan des 35 h et ont décidé de ne pas mener campagne sur ce thème. Ainsi s’explique « l’oubli » incroyable pendant la campagne électorale, de ces 35 h, réduites en une ligne, page 4 du programme du candidat : contresens, erreur politique et pédagogique considérable alors que 9 millions de salariés (4,5 millions dans les entreprises de moins de 20 salariés 4,5 millions dans le secteur public) ne « découvraient » lesdites 35 h qu’à partir du 2 janvier 2002, en février et mars, en pleine campagne.
Et Laurent Fabius a même imposé un « assouplissement » des 35 h pour les entreprises de moins de 20 salariés : c’est ainsi que le contingent annuel d’heures supplémentaires est porté à 180 h (... en 2004) et que des millions de salariés ne verront que du feu en guise de 35 h...
Il aurait fallu une politique offensive, convaincue et pratique pour en développer tous les avantages : avoir fait l’impasse sur cette question centrale fut une immense erreur - encore sous-estimée gravement par la direction du parti.
 
2-F
La question des retraites fut tout aussi mal utilisée. Car Lionel Jospin a eu un rôle concret positif : il a protégé nos retraites pendant cinq ans, dans la foulée de la grande gréve de novembre décembre 1995 qui les avait déjà vigoureusement défendues contre le gouvernement Chirac-Juppé. 
Finalement, en abrogeant la loi Thomas sur les fonds de pension (tardivement, 17-1-02, loi de modernisation sociale), en défendant la retraite par répartition (intervention en mars 2000, rapport du COR, décembre 2001), et l’âge de départ officiel à 60 ans, (y compris après Barcelone, 23 mars 2002) en demandant des rapports différents de l’exécrable « livre blanc » de Michel Rocard, en mettant en place un « fonds de réserve », en refusant toutes les pressions, pourtant forcenées, du Medef contre les retraites complémentaires, (blocage du 31-12-00, accord du 11 février 2001 avec détournement de 16 milliards, trois mois de cotisations!) le gouvernement rouge, rose, vert, a répondu aux attentes des Français.
Mais il n’a, hélas, pas abrogé les mesures scélérates de Balladur (été 93) qui vont s’appliquer dans toute leur rigueur (160 trimestres et calcul sur les 25 meilleures années au 1er janvier 2003 dans le privé).
La question des retraites, comme celle du Smic, de l’Ecole et de la « Sécu » compte parmi les grandes questions décisives dans l’opinion, la culture, les « réflexes sociaux » profonds des Français. Elle est même au « palmarès » des préoccupations et elle a, rappelons-le, suscité encore une fois, la plus grande manifestation de la législature, le 25 janvier 2001. Il y a 12 millions de retraités en France et les retraites équivalent à 12,7 % du PIB.
Mais, paralysé par ceux, comme Laurent Fabius, qui estimaient qu’il était « aussi courageux d’aligner les fonctionnaires sur les 40 années de cotisation du privé... que d’être contre la peine de mort en 1981 », (intervention faite à L’Atelier, pendant la campagne, cf. Libération) Lionel Jospin n’a pas confirmé les attentes, ni guéri suffisamment les inquiétudes. Le débat a été banni, en vain, de la campagne électorale, mais il n’a cessé de sourdre. Le ministre de la fonction publique, Michel Sapin n’a pas respecté les consignes et a annoncé l’alignement de tous les salariés sur les 40 annuités. À Barcelone, Lionel Jospin a été entraîné dans un guet-apens en ce sens... Au lieu de tirer profit de la fierté de défendre les retraites, le paradoxe, c’est que Lionel Jospin a laissé percer, dans les rangs de ses proches, des intentions contradictoires, négatives, inquiétantes pour des millions de salariés !
Paradoxe : le gouvernement refusa en novembre 2001 le principe de verser une retraite à taux plein à ceux du privé qui avaient travaillé 40 ans... et le candidat le proposa en mars 2002. Quelle maladresse de refuser d’une main pour promettre de l’autre ! Il ne faut pas croire que la masse des électeurs soit aveugle, ni si mal informée...
Pourtant, la Gauche socialiste avait argumenté sur l’importance de cette question et de nombreux votes dans les fédérations avaient démontré qu’une immense majorité du Parti socialiste, (et de toute la gauche, et de la France...) étaient favorables à un retour aux 37,5 annuités pour tous, privé et public.
 
2-G
La question de la sécurité et de la justice ont été aussi des terrains de débats en grande partie ratés : avec de bonnes intentions, faute d’affronter suffisamment la droite, faute d’opter avec assez d’audace pour des solutions de gauche, bilan et campagne ont abouti à désorienter les citoyens.
Le libéralisme met en péril le modèle Républicain  : dérégulation des services publics, ouverture du capital de France Télécom, absence de directive cadre sur les services publics, absence d’initiatives françaises contre la directive dérégulant la Poste, absence de l’intervention de l’Etat dans le champ économique ou industriel, accroissement de la ségrégation urbaine rendant plus difficile de combattre les discriminations raciales
Les avancées sociales de la législature « rouge rose verte » n’ont pas suffi à faire reculer les dégâts antérieurs de la crise économique. Trop de misères, trop de chômage de longue durée, trop de jeunes sans emploi, trop de quartiers ghettos, trop d’économie parallèle, trop de délinquance, le cancer était profond dans nos villes, nos écoles, nos hôpitaux. Il fallait non seulement que la France « aille mieux » mais que les Français sentent massivement que l’immense majorité d’entre eux « allait s’en sortir »...
Dégradation des quartiers, certains devenus zones de non droit, recul des services publics, policiers tués, accidents du travail en hausse, accidents de la route catastrophique, violences à l’école, drogue, l’insécurité est multiforme et plus gravement ressentie en période de sortie de crise, de relance. 
Les Français restés à la traîne malgré eux, demandaient des politiques spécifiques, des efforts particuliers, à tous les niveaux : minima sociaux plus élevés, ré-insertion facilitée, quartiers ré habilités, écoles adaptées, sécurité sociale étendue, sécurité républicaine assurée. Évidemment, des années de destruction du tissu social, de la vie associative, syndicale, politique, de l’encadrement de la jeunesse, des espoirs ne pouvaient s’effacer naturellement, par simple effet de la croissance. Cf. « L’état de violence », Julien Dray). Il y fallait un volontarisme et c’est ce que la Gauche socialiste préconisa.
L’insécurité était le reflet du libéralisme régnant, peur du lendemain, de la perte d’emploi, du logement insalubre, de la banlieue grise, peur des « vieux jours », peur de l’isolement, de « l’autre », de l’étranger, de la petite délinquance de proximité qui met en jeu les maigres et rares biens, tout cela a été longuement exploité par l’extrême droite et la droite chiraquienne. Tout comme l’immigration, c’est un leitmotiv réactionnaire prégnant.
La politique de la ville, de lutte contre les ghettos, est restée insuffisante. Il aurait fallu faire des investissements et des transferts plus importants incompatibles avec les « baisses d’impôt ». Les mesures spécifiques de « rattrapage » des inégalités sociales sont restées loin en deçà de ce qui était attendu. Minima sociaux, indemnités chômages n’ont pas suivi la « relance » : des millions de « petites gens » entendaient dire que « ca allait mieux », mais leur sort ne changeait pas. Le bas du salariat ne voyait rien venir, ni en matière de salaire, ni en matière de 35 h.
Pourtant, au logement, dans la dernière période, Marie-Noëlle Lienemann multiplia propositions et actions, jusque y compris, le projet d’allocation logement universel. Là encore la Gauche socialiste s’efforçait concrètement de pousser le gouvernement à répondre plus activement aux « urgences sociales » : mais c’était se heurter frontalement à ceux qui avaient décidé que, « pour gagner il fallait baisser les impôts » !
Lionel Jospin reconnaissait pourtant souvent dans presque tous ses discours qu’il y avait des « impatiences sociales ». Mais c’était une périphrase, il ne les a pas traités de manière assez radical, assez rapide, assez profonde.
Des millions de gens étaient encore plus frustrés, alors que l’on sortait de la crise, qu’on était hors du tunnel, alors que la croissance et l’emploi revenaient, de ne pas en profiter, d’être tenu à l’écart. Et cela se comprend ! Leur désespoir était renforcé par le fait que ça allait mieux et qu’eux n’en profitaient pas. Comment peut-on entendre des communiqués de victoire du type : » nous avons fait reculer le chômage de 900 000 » « de 3 % » s’il en reste encore 9 % et qu’on reste parmi les derniers, sans espoir ?
Il restait bel et bien 2,5 millions de demandeurs d’emploi, 3,5 millions de chômeurs, 3 millions de temps partiels, 1,5 millions de précaires, 6 millions de « salaires » inférieurs au Smic, et un salaire sur deux inférieur à 8 660 F ! Or le gouvernement Jospin voulait donner l’image d’une société qui avance ! Prétendre, comme Laurent Fabius et DSK, s’adresser aux « couches moyennes » alors qu’un salarié sur deux dans les 97 % d’entreprise de moins de 50 salariés, ne voit rien venir, est tout simplement porteur de rage, de frustration, d’exaspération sociale intense.
Au lieu de baisser les impôts des riches, des sociétés et de s’excuser d’avoir une « cagnotte publique », il fallait s’en prendre à la « cagnotte privée », utiliser davantage les moyens du service public pour assurer une « sécurité sociale » pour tous : il fallait se distinguer de la droite qui n’envisage que la répression, et préfère « l’état pénal » à « l’état social ». Il fallait engager plus frontalement une politique de « sécurité globale » tous azimuts, incluant prévention, éducation des jeunes, école, insertion, emploi, réhabilitation des logements, redéploiement des services publics (dont la police républicaine, les éducateurs sociaux, une justice plus efficace).
Cette politique de sécurité globale fut défendue par la Gauche socialiste, illustrée, détaillée avec tous les éléments de prévention, d’éducation et de fermeté nécessaires. Mais on laissa accréditer l’idée qu’il n’y avait « pas de différence » avec la droite sur ce terrain et celle-ci finit par réduire les réponses à l’insécurité sociale à la seule répression policière.
Aidée par des médias presqu’entiérement contrôlés par des toutes-puissances financières hostiles.
 
2-H
La question du droit du licenciement est de même nature dans le bilan et dans la campagne électorale.
Lionel Jospin avait repris en mai-juin 97, la proposition de la Gauche socialiste de rétablir une forme de contrôle administratif sur les licenciements. Elle figurait dans son discours d’investiture devant l’Assemblée nationale.
Nous avions proposé un dispositif adapté, de type nouveau pour permettre à la puissance publique de venir en appoint aux luttes syndicales, aux institutions représentatives du personnel et pouvoir dire « stop » aux licenciements dits de convenance boursière, y compris aux licenciements abusifs individuels qui minent la vie de tant de « petits » salariés...
Aucune des promesses initiales ne fut mise en oeuvre alors que plusieurs fois la question rebondit négativement : lors des licenciements Michelin (automne 1999 : « l’état ne peut pas tout ») et lors des plans « sociaux » Danone et Marks & Spencer (forte baisse de la popularité de Lionel Jospin consécutive au printemps 2001 au refus de faire intervenir l’état : « nous ne sommes pas pour une économie administrée »).
Que peut signifier de l’économie administrée, dans un pays qui a eu pendant onze ans, un « contrôle administratif » sur TOUS les licenciements économiques ?  Qu’est-ce que ça peut signifier dans un pays qui reverse une « prime pour l’emploi », c’est-à-dire un « complément de salaire » ? Dans un pays où les médecins libéraux des cliniques se mettent en gréve pour réclamer que l’état paye le salaire de leurs personnels soignants? Dans un pays où les grands trusts, multinationales, fiefs financiers, sont des « administrations » plus fortes que des ministères ?
Il y a eu bon an mal an, autour de 250 000 licenciements économiques collectifs et autour de 450 000 licenciements économiques individuels. Déjà très mal acceptés lorsque la crise régnait, ces licenciements sont devenus encore moins tolérés par l’opinion lorsque la croissance était revenue : ils baissaient en nombre (moins de plans sociaux en 2001 qu’en 1999 et 2000) et pourtant ils étaient encore plus intolérables. Chacun ressentait leur injustice : plaire aux actionnaires qui réclamaient 15 % de taux de profit, (et qui, même, cela s’est révélé depuis, faisaient truquer les comptes par leurs audits pour y parvenir...).
Est-ce que l’état est là seulement pour subventionner sans contrôler ?
Est-ce qu’il est là pour distribuer les aides à l’embauche mais ne peut dire « stop » lorsque les licenciements sont visiblement abusifs ? Est-ce que l’état ne peut « rien » en économie ? Donner le sentiment d’impuissance publique en la matière a été un terrible affaiblissement du gouvernement rouge, rose, vert. D’ailleurs l’effet dans les sondages au printemps 2001 lors des grandes manifestations contre les plans en série (Danone, etc.) a été automatique, et chaque fois que le sujet est réapparu, l’opinion était constante à reprocher l’inaction du gouvernement. Jusque dans la campagne électorale ou le Premier ministre ne sait répondre au salarié de chez LU, en Essonne, devant les caméras.
La loi de modernisation sociale, dernière occasion, sinon d’interdire, mais de freiner et de rendre plus difficiles les licenciements massifs abusifs, ne fut même pas adoptée en procédure d’urgence, elle traîna de juin 2001 au 17 janvier 2002, ne fut pas mise en oeuvre sérieusement avant le 21 avril. Il n’y eut aucune tentative pour contrer la censure éhontée du Conseil constitutionnel. Même le doublement des indemnités individuelles de licenciement ne rentra en application... que par un décret du 7 mai 2002 ! Il faut dire que cette loi avait l’opposition de Laurent Fabius et de DSK qui y voyaient une gêne pour les entreprises !
 
2-I
C’est parce qu’il n’a pas réduit suffisamment les inégalités, pas assez corrigé les effets de la crise antérieure, pas assez redistribué les richesses que Lionel Jospin a été battu.
Parce que tous ces éléments positifs, parce que les mesures sociales mêmes avancées, n’étaient pas à la hauteur des attentes. Elles ne suffisaient pas face à « l’urgence sociale » de notre société minée par deux décennies de crise économique du capitalisme, parce que le cancer des quartiers ghettos, du chômage, avaient ruiné en profondeur nos écoles, nos cités, nos hôpitaux, nos services publics, et il ne suffisait pas, il ne suffit plus de « gérer » du « mieux », une simple politique d’amélioration.
La gauche socialiste avait fait, au Congrès de Brest, un thème central de « l’urgence sociale », de la nécessité de renverser le cours des choses. Nous n’avons pas mené ce débat en vain. Il y a eu une lutte autour de cette question. Sur ce point décisif, Lionel Jospin ne fut ni tout à fait avec Laurent Fabius et DSK, ni tout à fait avec nous. Il nous avait d’ailleurs prévenus directement : « - Ne vous trompez pas, ne m’attaquez pas à côté de la plaque, je suis de gauche, je suis obligé de gouverner le parti « au centre », mais j’ai besoin de la Gauche socialiste et la Gauche socialiste a besoin de moi ».
Nous sommes entrés au gouvernement dans une période de lutte, où les enseignants ne supportaient plus Allégre, et ou les fonctionnaires des Finances ne voulaient plus de Sautter. Cette ouverture à gauche a été « compensée par l’entrée de Laurent Fabius qui, en pratique a beaucoup fait reculer l’audience du gouvernement dans la dernière phase. Y compris face à certaines catégories de grévistes, lorsqu’il refuse tout compromis avec les douaniers en avril 2002 et leur cédé... le 22 avril !
Hélas, la recherche de « l’équilibre » souci permanent de Lionel Jospin ne donne pas la clef d’une vraie politique sociale : La France était dans un état où il ne lui suffisait plus d’une politique d’amélioration économique avec des effets sociaux, il fallait des mesures d’urgence, de correction volontariste du fossé, de la fameuse fracture sociale qui a été créée, développée, tout au long des années de crise.
Tout le reste de la politique contradictoire du gouvernement est un peu comme cela : un pas vers la taxe Tobin in fine, mais hésitation, toujours parce que Fabius et DSK sont contre, un pas contre la mondialisation, pour rencontrer Attac, mais pas de voyage à Porto Alegre, et meeting discret avec Lula à Bordeaux, clivage à Malmö au sein du PSE en début de mandat, mais silence à Berlin en 2001, etc.  Approbation de l’école professionnelle pour tous de Jean-Luc Mélenchon, mais laissez-faire de Jack Lang. Soutien de Marie-Noëlle Lienemann et sa CLU, mais quels crédits pour agir ?
Cette recherche paralysante d’ »équilibre » si difficile, a souvent gâché des chances : par exemple, sur les questions des sans papiers, de la double peine, et quelques autres sujets comme le droit de vote à 16 ans, et l’allocation-autonomie pour la jeunesse.
La question des sans-papiers avait contribué à la chute de Juppé en étant à l’origine (avec l’aide de Debré, et de sa hache, bien sûr) d’une des plus grandes manifestations d’insoumission civique depuis la guerre d’Algérie. Mais à la recherche de la politique « équilibrée », le gouvernement n’opère qu’une demi-régularisation, il dénie le droit de vote aux élections municipales, (un droit qui figurera pourtant dans le programme...), il refuse de traiter de l’injuste double peine... sauf au dernier moment. Tout cela a coûté un nombre de voix non négligeable à Lionel Jospin. Dans les derniers jours de la campagne, le candidat s’en est aperçu puisqu’il propose de passer de 10 à 5 ans pour donner le droit de vote aux immigrés et surtout bien tardivement il envisage de « limiter » la double peine. C’était un peu tard, et ce fut même fait avec des restrictions telles que cela mécontentait les partisans convaincus sur ce sujet.
Pareillement lorsque le candidat décide de prendre position pour le droit de vote…à 17 ans (alors que toutes les associations réclament le droit de vote à 16 ans) : le sens de « l’équilibre » est parfois tardif donc non-crédible et... incompréhensible.
La question de l’école a coûté très cher également : prendre comme le fit Claude Allègre à rebrousse-poil le corps enseignant, c’était se paralyser pour toute réforme, c’était se condamner, ce qui a conduit à perdre un nombre considérable de voix. Ce, malgré les efforts faits pour défendre, promouvoir, dynamiser l’école républicaine, publique, qui ont, ensuite, été réels (là encore, travail de la Gauche socialiste à l’enseignement professionnel). L’allocation d’autonomie pour la jeunesse est finalement dans le programme du candidat... mais elle ne ressemble pas à l’allocation d’études pour tous revendiquée...
Enfin, alors que la Sécurité sociale allait mieux, que les comptes étaient revenus à jour, il n’y eut pas d’anticipation en matière de gestion des hôpitaux et des effets des 35 h : prés d’un million de soignants ont été obligés d’entrer en mouvement dans les neuf derniers mois avant l’élection, pour seulement défendre leurs droits et ceux des malades. Des milliards ont été donnés aux cliniques privées pour payer leur personnel, sans que la question du salaire de leurs médecins, dirigeants et actionnaires soit évoquée : on allait là, faire soudainement de « l’économie administrée », de l’intervention de l’état. De février à avril, il y eut plusieurs dizaines de milliers de grévistes dans les hôpitaux auxquels on ne répondait presque rien : 45 000 embauches planifiées dans un temps long alors qu’il en aurait fallu le double en urgence.
 
2-J
Tous ces points constituent un ensemble inséparable :
Le « succès » de Lionel Jospin, dans l’opinion, réussissant brillamment, à la surprise générale, à « tenir » cinq ans, est aussi, paradoxalement, la cause de son échec. Il nourrit des espoirs qu’il ne parvient pas à satisfaire. À la différence de ses prédécesseurs, il fait avancer les choses dans le bon sens. Mais à la différence de ses prédécesseurs, il encourage une opinion qui s’est mobilisée et qui en exige plus. D’où le « gap ». D’où ce « gap » particulier ou il est donné gagnant, et où il perd tragiquement.
Il fallait des mesures plus rapides, plus volontaires pour corriger les inégalités sociales, les 35 h allaient trop lentement et pas pour tous, le Smic et les minima sociaux, n’augmentaient pas autant qu’il fallait. L’état devait redonner à tous le sentiment de puissance, d’intervention qui garantissait l’intérêt général, la redistribution, la régulation du marché et de son cortège d’injustices sauvages.
Les courbes de popularité du gouvernement Jospin sur les dernières années, chutent au moment de « l’Etat ne peut pas tout », de la « cagnotte publique », du refus d’interdire les « licenciements boursiers » à Danone... Il y a de l’attente pour les retraites, pour la taxe Tobin, pour le rejet des pressions européennes contre les services publics... et il y avait de l’attente pour un vrai programme socialiste dans la campagne électorale. Hélas...
Dans le bilan du gouvernement, il n’y a pas « trop de 35 h », au contraire, il n’y en a pas assez...
Sur 21 millions de salariés, un sur deux est réellement concerné par les 35 h. Sur ces derniers, un sur trois est satisfait de l’accord 35 h qui s’applique à lui : il y gagne, il y a de l’embauche, parfois même de la hausse de salaire, de la RTT, et de l’embauche… Mais deux sur trois sont mécontents : ils n’y gagnent pas nettement, il y a de la flexibilité, du gel de salaire, pas d’embauche… Tout dépend, s’il y a eu des luttes et des bons syndicats… 
Il n’y a pas trop de CMU, d’APA, de hausse des minima sociaux, ils sont insuffisants, trop longs à mettre en place... pas assez partagés : les profits capitalistes énormes de ces années-là ne sont pas suffisamment mis à contribution.
Il aurait fallu faire des transformations de fond, en urgence, radicales, opérer des redistributions réelles et volontaristes de richesses par l’impôt et les salaires : le peuple français ne supportait plus, dans son immense majorité, y compris parmi les couches moyennes minoritaires mais lucides, les inégalités qui le traversent.
Lionel Jospin n’a pas assez écouté la gauche du parti qui lui a fait et refait en temps réel des propositions qui lui auraient évité cette défaite. Symétriquement, même avec souci d »équilibre », il a trop écouté les droitiers du parti.
 
3°) La campagne électorale n’a offert ni mesures-phares concrètes suffisantes, ni même un idéal socialiste :
 
3-A
Dans une campagne électorale nationale, il faut proposer un « souffle » fort, une vision globale : l’affrontement avec Chirac ne pouvait en tenir lieu.
Ce n’était pas un « duel » personnel, et même le choix entre un candidat intègre et un « président-voyou », n’était pas celui qui allait emporter la conviction des Français - du moins pas au premier tour. En plus, il fallait être clair, si le choix était celui-là, alors il fallait appuyer carrément les initiatives d’un Arnaud Montebourg, lesquelles avaient le mérite de vouloir rendre propre la politique. Mais, ce n’était pas « sur les affaires » que se jouait l’élection. C’était bel et bien sur un choix de société, entre libéralisme et socialisme.
Hélas, ce choix ne fut, non seulement pas présenté, mais il fut esquivé délibérément dés la première intervention télévisée du candidat. Sans aucun doute les « conseillers » spéciaux, Laurent Fabius, DSK, Pierre Moscovici, étaient-ils plus écouté que la Gauche socialiste ! Lionel Jospin a opté pour un « programme qui n’était pas socialiste mais d’inspiration... ». il a refusé de dramatiser le choix de société. Il a proposé de « présider autrement » là où il fallait rompre avec la mondialisation libérale.
C’était exactement l’inverse qu’il fallait dire : « - Ce n’est pas une simple question de choix de personne, ce n’est pas une simple question de présidence différente : la France doit choisir entre le libéralisme à tous crins, débridé, l’économie boursière mondialisée, avec ses cortèges de licenciements, de déréglementations, ses bas salaires, la remise en cause de ses retraites, ou un socialisme de liberté, d’égalité, de fraternité, le plein emploi, la redistribution des richesses, la sécurité sociale pour tous, un état volontaire, une société mobilisée, la République sociale ».
Il fallait convenir que tout était loin d’être accompli en cinq ans : » Nous n’avons pu tout faire, notre bilan comporte du positif, (...) mais hélas, il reste beaucoup à faire, à corriger, à réaliser, (...) donnez nous les moyens de le faire, plus vite, plus fort, dans les cinq ans à venir. Nous le voulons, nous le ferons. »
Il fallait une campagne de « premier tour » à gauche vraiment, avec un objectif socialiste, et des revendications-phares immédiates, spectaculaires, s’adressant aux travailleurs, sur les salaires, les retraites, contre la précarité, pour une sécurité sociale collective pour tous.
Mais ce fut le contraire, d’emblée : l’orientation consista à mener une campagne de second tour, recentrée, dans un « duel » avec Chirac, sans mesures-phares capables de s’imposer au débat public. Et à force de prudence sur les sujets décisifs comme les retraites... le débat fut imposé, polarisé, centré sur la « sécurité », sur le terrain choisi par l’adversaire.
 
3-B
Un programme, ce n’est pas évidemment pas le seul élément d’une élection de type présidentielle. (Il y a eu les 110 propositions, la « lettre aux Français », et les 40 pages du programme Jospin, matinées de cinq thèmes « forts ») Ce qui compte avant tout, c’est le positionnement d’ensemble, visible. L’idéal socialiste aurait dû constituer l’horizon. On ne commence pas un siècle sans ambition globale.
On ne mégote pas le plein emploi (quasiment disparu du « projet socialiste 2002 » si nous ne l’avions pas fait remarquer)... C’est dans le cadre d’un projet global qu’un programme concret, avec des mesures précises, prend tout son sens. Cela devient déterminant surtout quand la majorité des gens ont été rendus sceptiques par les grands discours, et veulent des promesses immédiates, une réelle perspective, et quand... l’élection se joue à 194 558 voix !
Ce fut le premier point central sur lequel le programme pêcha - comme on l’a dit ci-dessus (et comme la Gauche socialiste, dès le début le fit remarquer : à tous les niveaux, dans les sections, les fédérations, lors de la convention de janvier 2002, au Cn, au Bn, au « conseil politique », par amendement, et dans tout le parti, par voie de presse, dans les meetings, réunions...).
Le programme de la campagne (largement limité et guidé par Pierre Moscovici, DSK, Laurent Fabius, malgré les objections, et suggestions de la Gauche socialiste) publié le 13 mars, a aggravé la situation, Il péchait par son côté catalogue, sans mesures phares pour le salariat.
Nous l’avons fait remarquer au Conseil national du PS en temps utile.
Du coup l’ensemble du message a été déporté, et c’est sur le terrain terre-à-terre, mystifié, de l’adversaire, l’insécurité que la bataille a été gravement perdue
 
3-C
Le Pen, eut son heure de gloire, après le 21 avril, sans paraître d’ailleurs, s’en réjouir autant qu’il l’eut pu. Il est vrai que lui aussi, était là par défaut, parce que ni de Villiers, ni Pasqua, n’avaient été candidats. Chirac avait-il manœuvré en ce sens ? En tout cas, Le Pen obtint ses signatures grâce à l’Elysée, après avoir fait mine d’être marginalisé. De Villiers se tint coi. Pasqua fut attaqué par une série de procès en cascades émanant d’informations venues d’en haut. Sans vraie progression des voix d’extrême droite, Le Pen franchit le cap, par surprise, mais aussi par carence, profitant des manques de la gauche soulignés ci-dessus.
Le Pen est un fasciste, mais heureusement, ce n’est pas le cas de la majorité de ses électeurs. À part le vieux lot de l’extrême droite française, intégriste, idéologiquement vichyste, ou Algérie française, et les secteurs de la droite aisés qui l’utilisent eux aussi au premier tour pour contrer au maximum la gauche, il y a des millions de « petites gens » qui se laissent avoir par la démagogie de celui qui joue le rôle explosif anti-establishment. Ce n’est pas nouveau, la droite a toujours eu une base populaire, sinon elle n’existerait pas : cette base, déçue, frustrée, s’est déplacée à l’extrême droite.
Il y a eu concomitance entre ce recul du candidat socialiste, dans une gauche qui se radicalisait à gauche, et de la progression du candidat d’extrême-droite face à une droite qui reculait.
Le « petit peuple », « ceux d’en bas » comme disent de façon méprisante, aussi bien Le Pen que Raffarin, ont contribué à faire la différence.
Les 8 millions de salariés des entreprises de moins de 50, n’ont pas d’organisation, de tradition, de syndicats, pas de droits, pas de sens collectif, ils ont des horaires à rallonge, les plus bas salaires, et leur vie d’exploitation est très dure, ils s’abstiennent fréquemment de voter. Ils n’ont personne qui dénonce ce qu’ils vivent, ceux qui les exploitent au quotidien. Faute de syndicat, de vie collective, ils sont renvoyés à eux-mêmes et ils n’entendent qu’une voix, hors gouvernement, qui dénonce l’establishment, les riches sans pudeur, l’Europe technocrate, la mondialisation cosmopolite qui effraie, les attentats du 11 septembre et leur cohorte de fantasmes, les fins de mois difficiles, et la voiture volée ou vandalisée. Les obscurs, les sans-grades, les petits, qui travaillent dur pour presque rien ou qui sont exclus, menacés, ne se reconnaissent pas dans un langage politicien modéré, installé, courtois, professoral. Ils ne croient plus, à force de déception, que quelque chose va changer pour eux, donc ils votent « contre », pour le plus fort en gueule et le Pen récolte ainsi les entrailles de la société en crise, du chômage de masse, du cancer des ghettos.
Le Pen a donné au moins l’impression de s’adresser à tous ces humbles. Il est certes milliardaire, tortionnaire, fasciste, mais qu’en ont-ils à faire pourvu qu’ils l’entendent crier le plus fort contre les politiciens qui ne s’occupent pas d’eux ? Le PS ne dénonce jamais l’establishment, les grandes fortunes, ni les financiers de la mondialisation : c’est un grand manque !
En vérité, c’est depuis que la gauche, pour la première fois, en 1983, a fait un tournant pour la « rigueur », l’austérité, que Le Pen a décollé. Depuis que la gauche a cessé de jouer son rôle de « battante » pour la transformation sociale, depuis que des désespoirs en sont nés, que les syndicats ont reculé et les partis aussi...
Tant que les inégalités ne seront pas réduites, les richesses redistribuées, il y aura place pour la progression de ce funeste charognard de Le Pen... Cela ne signifie pas que les 16 % d’électeurs de Le Pen soient fascistes (10 000 personnes seulement le 1er mai 2002, on est loin des défilés militarisés des centaines de milliers de membres des « ligues » des années trente...). Ils constituent cependant une extrême droite dangereuse, comme il y en a d’autres en Europe, sans pour autant, que nous en revenions aux mouvements fascistes de masses d’avant-guerre.
Le FN n’est pas assez fasciste pour qu’on compare avec les années trente, mais il est assez d’extrême droite pour qu’on veuille lui faire barrage par tous moyens et éviter ainsi qu’il ne profite de ses succès pour connaître une évolution comparable aux fascistes d’avant-guerre.
La seule façon de faire reculer les Le Pen, Megret, de Villiers, Pasqua, Boutin, hostiles aux femmes, défenseurs de la peine de mort, xénophobes, c’est de les empêcher, un jour, de se transformer en véritable fascisme, c’est de supprimer le terreau sur lequel ils prolifèrent.
 
3-D
L’abstention a été forte...
Mais en France, elle n’est pas structurelle, comme aux USA. Une frange importante, c’est vrai, de la population, ne vote jamais : environ 10 à 15%. Quant au reste, l’abstention est tantôt de gauche, tantôt de droite selon la façon dont chaque camp mobilise. Il y a, contrairement à certaines idées reçues, peu de basculement d’un « camp » vers l’autre. Il y a également très peu de « centre ».
Mais il y a tantôt des dynamiques à droite, tantôt des déceptions à gauche vice-versa.
En 1993, le total des voix de la droite victorieuse était inférieur au total des voix qu’avait obtenu la même droite lorsqu’elle avait été battue, douze ans plus tôt, à la présidentielle de 1981.
En étant plus forte que pour de précédentes élections présidentielles, l’abstention signifie que ledit scrutin n’a plus le même effet qu’avant. La personnalisation de la politique dépolitise les personnes. 70 %¨des Français, depuis 1997, estiment que l’élection parlementaire est la principale élection.
Les médias - essentiellement contrôlés par une poignée de capitaux et d’individus - ont joué un rôle civique éminemment négatif : ils ont organisé sciemment pour la majorité d’entre eux, la polarisation artificielle et délibérée sur la « sécurité », ils ont matraqué sur l’absence de différence droite-gauche, sur l’inintérêt du scrutin et des débats, ils ont encouragé l’abstention. Tout cela faisait le jeu délibéré de Chirac.
Il n’empêche, cela n’aurait pas été possible sans le bilan mitigé du gouvernement Jospin et la mauvaise campagne du candidat qui ont nourri le scepticisme et donc l’abstention à gauche : elle s’est ajoutée à la dispersion des voix sur sept candidats, et le « coup de tonnerre » s’est produit.
 
3-E
On doit ensuite constater que l’enchaînement mécanique des 4 scrutins conduisait à la défaite.
Elle n’était pas fatale, mais exigeait une ampleur de combativité, d’ambition, de contre-attaque, que le Parti socialiste n’était plus en mesure de porter et le reste de la gauche, de l’extrême gauche incluse, était totalement surpris, désarçonné, aucunement en mesure de le suppléer.
Il aurait fallu un bilan et une rupture à la fois, une prise de conscience collective rapide, un programme infiniment plus hardi, une explication publique consensuelle, de façon à renverser le mécanisme. Quasiment la quadrature du cercle.
L’inversion du calendrier avait ramené l’élection présidentielle au premier plan, donnant les clefs à Chirac qui en joua habilement. Avec le recul, le choix d’inversion du calendrier peut apparaître d’autant plus contestable qu’il a évidemment déterminé toute la suite.
On notera que l’extrême gauche qui avait gagné 1,9 million de voix, (près de 11 %¨ de voix « trotskistes », fait exceptionnel dans le monde entier, et tout à fait indicatif de l’aspiration de millions de français) s’est immédiatement divisée, incapable de faire face à la situation au plan politique. LO appela peu à manifester, s’embarqua dans des problèmes internes et ne sut s’exprimer : eux qui renvoyaient dos-à-dos « gauche » et « droite » étaient à nu devant la situation créée. La LCR appela à faire « barrage à Le Pen » mais avec trois positions internes (vote pour, vote sans le dire, pas de vote). Les « révolutionnaires » qui, en théorie, devraient se révéler « utiles » en temps de crise, se révélèrent inutiles pour faire face à la droite, et furent réduits à 1 %. LO et la LCR furent incapables de ne pas s’opposer. La LCR fit campagne « pour une autre gauche »... laquelle, pourtant se réduisit comme une peau de chagrin. Les gauchistes de la Ligue, comme ceux de LO n’appelèrent pas au désistement. C’était la centième fois que le même mécanisme se reproduisait, comme si jamais l’expérience ne devait se partager. Le vote « utile » l’emporta, et, encore une fois, de façon persistante dans l’histoire, les électeurs du peuple de gauche se servirent du PS pour faire barrage, comme ils pouvaient, à la droite.
Même les Verts et le PC firent les frais de la dynamique.
Le PCF, non seulement parce que c’est un appareil finissant, sans dynamique mais parce que sa campagne fut également mauvaise, sans mesures-phares, sans axe fort : il y eut une bouillie sans conviction, face au chômage, face aux inégalités... pour « tirer plus à gauche, la gauche ». Mais pourquoi faire ? Quel bilan exact ? Quelle perspective majeure ?
Les Verts s’en tirèrent mieux parce qu’ils défendirent un programme plus avancé sur tous les points (37,5 annuités pour tous, hausse des salaires et des minima sociaux, meilleure application des 35 h pour tous, contrôle des licenciements boursiers, taxe Tobin, répartition des richesses...)
 
3-F
Le PS est redevenu central en juin, seul en mesure d’être utile et de limiter les dégâts.
S’il fallait en douter, c’est une preuve encore plus profonde que beaucoup d’autres, de la justesse de la position de la Gauche socialiste qui a choisi de se trouver au « cœur de la gauche », au sein du parti socialiste, de la construire, de le faire progresser, de l’influencer. C’est aussi un fantastique argument en faveur d’un grand parti de la gauche, d’un rassemblement unitaire, et contre la division, contre le morcellement, les clivages abstraits, les surenchères. Des millions d’électeurs de gauche, avec bon sens, ont choisi de se reporter, après la crise, devant le danger, sur l’instrument qui leur apparaissait le plus efficace pour limiter les dégâts crées par le 21 avril.
Et, avant ils avaient manifesté le 1er mai dans un sursaut magnifique, témoin de la réalité des rapports de force en vigueur dans le pays. Au moins 2 millions de manifestants ont incarné la réalité de l’exception française, depuis novembre-décembre 1995. Et le PS fut avec eux, dans la rue. La Gauche socialiste avait fortement poussé en ce sens.
Deux millions de manifestants ont lucidement fait barrage, non seulement à « au facho » mais à « l’escroc ». Il y a eu 10,5 millions de voix de gauche et seulement 8 millions de voix de droite pour Chirac. On comprend qu’en théorie, de nombreux messages et repaires aient été brouillés en cette occasion et que, une fois « le danger » passé, certains s’interrogent : avions-nous raison de voter Chirac le 5 mai ? La question reste ouverte tellement elle met en jeu de principes, mais elle reste abstraite et nul n’a été en mesure de mener une autre campagne, d’y gagner ou d’y influencer quiconque. Fort heureusement, les 10 millions d’électeurs de gauche qui l’ont fait n’ont pas donné le moindre quitus à Chirac, et cela s’est incarné le 1er mai et cela doit se vérifier dans la suite des événements.
On peut par contre constater que l’illégitimité de Chirac après le 5 mai a été insuffisamment mise en cause par la direction du Parti socialiste : il était élu par défaut, par rejet pas par approbation, par un vote négatif, pas positif, et il aurait fallu, encore dramatiser l’élection de juin, en affirmant que la gauche voulait gagner pour qu’il démissionne, pas pour « cohabiter ».
Le programme du PS, adopté pour les législatives a marqué une légère inflexion à gauche, positive. La Gauche socialiste a essayé de l’améliorer encore, peut-être de façon trop dispersée. Mais il n’a pas été possible d’en faire l’instrument de redressement suffisant.
On ne peut refaire l’histoire : mais Lionel Jospin mandaté par le Parlement pouvait être Premier ministre... jusqu’au 17 juin. Puisque la crise était immense, la gauche aurait gagné à la grandir pour mieux la surmonter. Mais en fait l’élection des 9 et 16 juin a été ramenée à une « réplique », et le mécanisme institutionnel de la V° République qui avait tant été décrié, affaibli, s’est ravivé, subordonnant la nouvelle législature de cinq ans au nouveau quinquennat présidentiel.
Attention, car dans cinq ans, ça recommence.
À l’arrivée, le 16 juin, c’est une vraie défaite, alors que Chirac était en recul grave avec 19 % des voix le 21 avril, la droite a une réelle majorité des voix pour la première fois depuis 1995. Entre temps le médiocre mais dangereux gouvernement Raffarin s’est installé, anomalie incroyable, car sans légitimité, sans majorité, sans assemblée nationale, il a fait « comme si » il gouvernait pendant la phase décisive de la seconde élection du 7 mai au 9 juin.
 
3-G
Cette victoire de Chirac est à la Pyrrhus : les institutions de la V° République n’ont reçu qu’un sursis apparent. Le principe du présidentialisme est atteint, il a pris un coup dans l’aile. À première vue, tout est déjà en place pour une répétition du calendrier tous les cinq ans, présidentielle d’abord, puis législatives « alignées » sur celle-ci. Donc les écuries présidentielles se mettent en place automatiquement, subordonnant tout choix politique au « chef » potentiel, Alain Juppé et Laurent Fabius, par exemple, sont candidats implicites et tout s’organise pour ou contre eux, dans chaque camp. Mais le 21 avril est plus qu’un avertissement : le divorce entre l’establishment et le peuple a toutes les chances de remettre en cause ces beaux mécanismes tout huilés. Ce ne sont plus des énarques, des têtes d’œuf programmées, des professionnels devenus ignorants de la véritable vie de millions de salariés, qui porteront la parole populaire, d’abord parce qu’ils en sont de plus en plus incapables, ensuite parce que les institutions sortent des quatre scrutins, en crise larvée.
La photographie des résultats après le 16 juin est criante :
L’UMP a obtenu 33 % des suffrages au premier tour, mais 65 % des sièges ! Ce que l’on peut exprimer autrement : l’UMP + DL + UDF + divers droite + RPF + MPF ont eu 39 % des suffrages mais 68 % des députés
Le PS + divers gauches + le PCF + les Verts + l’extrême gauche + le Pôle républicain ont obtenu encore 39,9 % des voix mais seulement  31 % des députés.
L’UMP + les divers droites totalisent 10 millions d’électeurs mais seulement 24 % des inscrits ce qui leur donne une majorité absolue au Parlement
30 % des voix vont à des partis qui n’ont aucun groupe parlementaire
36 % des inscrits déterminent 90 % des députés.
Le Pen + Megret + Besancenot + Laguillier + Saint Josse + Lepage + Chevènement représentent 42 % des voix à la présidentielle mais aucun de ceux-là n’obtient un seul siége
L’extrême gauche a eu  en France, au total, le 21 avril, en chiffres absolus, autant de voix que Tony Blair élu de justesse, minoritaire en voix, en un seul tour, et avec une abstention encore plus forte... mais elle n’est pas représentée à aucun niveau institutionnel.
53 % de la population est féminine et il y a 11 % de femmes élues... 68 élues sur 577 députés... aucun musulman, aucun noir, aucun arabe, aucun salarié du privé, seulement un patron.
Ce tableau (réalisé par le journal Marianne) est profondément descriptif des contradictions en oeuvre. Il souligne à la fois l’ampleur de la défaite institutionnelle et sa fragilité : il montre aussi combien il est important de réactualiser dans le programme de la gauche, des changements institutionnels profonds, le rejet de la V° République, une assemblée constituante, la suppression du Sénat, le retour à un véritable parlementarisme, avec des élections proportionnelles, loyales, un système de démocratie sociale pour gérer la Sécurité sociale.
La Gauche socialiste qui, dés 1992, avait tenu une « convention pour une VI° République » se réjouit que ces idées soient actuellement reprises, notamment par le club d’Arnaud Montebourg, au sein du Parti socialiste, avec un écho fortement majoritaire à gauche.
 
4°) La défaite a été institutionnelle mais pas sociale :
 
4-A
La victoire était pourtant possible, la France est de gauche, et c’est un coup d’autant plus dur qui vient de lui être asséné. Choc, incompréhension, découragement, division vont se succéder. D’où l’important travail minutieux de bilan, détaillé qui est nécessaire.
C’est un travail de reconstruction, de rénovation qui doit traverser toute la gauche. Il va se faire dans un contexte particulier : la droite est enhardie par sa victoire qu’elle n’apprécie pas encore dans toute sa dimension, et elle va essayer d’en profiter pour faire reculer cette « exception française » qui s’est bâtie depuis la Résistance au travers de plusieurs grèves générales, et de la défense d’acquis sociaux devenus d’autant plus appréciables qu’ils ont reculé ailleurs dans le monde.
Nicolas Sarkozy, l’homme bleu horizon venu de Neuilly, explique que la droite n’a jamais disposé d’autant de pouvoirs d’agir depuis « 34 ans ». Il fait référence à juin 68. Par esprit revanchard ! Mais c’est une erreur car la droite a déjà eu les mêmes pouvoirs... en 1995 ! Il y a sept ans seulement et ça s’est terminé avec la grande gréve générale de novembre-décembre 1995.
Chirac, Raffarin, Juppé, les nouveaux maîtres, sont obsédés par ce souvenir.
Cette année-là, Chirac avait été élu en mai avec quelques paroles contre la fracture sociale. Pendant l’été, Alain Madelin (alors ministre de l’économie d’Alain Juppé) avait prôné une offensive forte pour s’en prendre aux acquis sociaux, il avait même expliqué qu’il « fallait un nouveau mai 68 et le gagner »... Puis, impatient, il avait démissionné du gouvernement avant que Juppé ne l’entende et se lance, à l’automne, dans son fameux plan contre la Sécurité sociale qui mit le feu aux poudres... Ils ont alors eu « le nouveau mai 68 » et ils l’ont perdu...
Nous revoilà donc avec le cas de figure de début 95. La droite a gagné institutionnellement mais pas encore socialement.
Chirac a les mêmes projets, les mêmes conseillers, les mêmes patrons qu’en 1995 : la première question est de savoir comment, il va, cette fois, s’attaquer aux acquis sociaux tant haïs par les libéraux. Comment va t il privatiser la sécurité sociale, les retraites ? Comment va t il annihiler les 35 h ? Comment va t il amoindrir l’état et les services publics ? Comment préparera t il le rendez-vous européen de 2004 où l’austérité devra s’imposer pour atteindre le « déficit zéro » ? Comment va t il instaurer des services minimums aux grèves, comment va t il baisser les impôts des riches ? Comment va t il remettre en cause baccalauréat, diplômes nationaux et école publique ?
Thatcher n’a été Thatcher qu’après avoir vaincu la gréve des mineurs. Reagan n’a été Reagan qu’après avoir vaincu la gréve des aiguilleurs du ciel. Chirac, Juppé, Raffarin, réussiront-ils là où la droite française a échoué depuis plus de vingt ans ?
 
4-B
La droite va donc essayer de transformer l’avantage, de parvenir à ses plus anciennes et plus ardentes fins, toujours reportées depuis 66-67, 68, 81, 86, 93, 95, 97... Comme le laissait échapper Juppé en novembre 1995, à propos de sa réforme de la sécurité sociale : « en finir avec trente ans d’anomalies ».
Le programme de la droite est explicite. Il suffit de lire, d’écouter, de déchiffrer ce qu’il y a derrière les phrases courtes et volontairement atrophiées de Raffarin. Ceux qui ont stupidement placé la gauche et la droite sur le même plan, vont devoir ouvrir les yeux.
Ils veulent achever - enfin -  ce que même les ordonnances de de Gaulle en 1966 et 67 n’avaient pas achevé. Achever la « refondation sociale » que voulait le Medef depuis deux ans :
·        Durcir les conditions d’emploi, augmenter la flexibilité des chômeurs,
·       Réduire le coût du travail, des accidents du travail, de la santé au travail...
·        Limiter les dépenses de Sécurité sociales, en finir avec le paritarisme, favoriser les assurances privées, les cliniques privées.
·        Une réforme visant à réduire sinon supprimer l’APA pourtant en pleine extension (800 000 personnes dépendantes concernées...)
·        Réorganiser à son avantage la formation professionnelle en la faisant assumer par les salariés
·        Démanteler le pouvoir des syndicats pour négocier gré à gré au niveau de l’entreprise, faire reculer le Code du travail pour laisser place aux « négociations »
      sans rapport de force, au démantèlement des droits attachés au contrat de travail.
·        Privatiser le système de retraite, développer les fonds de pension, rallonger la durée du travail sur la vie, en revenir à la retraite à 65 ans...
·        En finir avec les 35 h, avec le Smic, avec tout frein au droit de licencier  
·        Plier les cadres aux forfaits jours, aux stocks option, à la déréglementation mondiale
      À quoi s’ajoutera le programme classique de la droite française :
·        Encourager l’école privée, l’éclatement du « mammouth » de l’éducation nationale
·        Encourager la privatisation de la santé
·        Privatiser les derniers services publics, et diminuer le nombre de fonctionnaires, leur statut.
·        Renforcer l’état « pénal » régalien : police, justice, armée au détriment de « l’état social » (emploi, aides sociales, équipements collectifs, recherche).
·        Décentraliser toutes les institutions au niveau des régions pour mieux diviser, éclater les revendications, noyer celles-ci dans une Europe libérale, ou seules sera
      centralisées et pourront mieux manœuvrer les citoyens, les multinationales, les puissances financières.
·        Rétablir un « ordre moral » (anti Pacs, anti-avortement, anti-homosexuel) encourager xénophobie, racisme, nationalismes...(lutte contre les raves parties...); Au
      lieu de progresser dans l’esprit des nouvelles lois, la « parité » va regresser : l’UMP l’assume en payant pour avoir... moinds de candidates.
·        accentuer les contrôles de l’immigration (Sangatte, Cherbourg...)
·        Soumission à la mondialisation libérale, et à l’impérialisme dominant...
Tout ne sera pas fait d’un seul coup sans résistance, ni accord entre toutes les composantes de la droite : mais en imposant la construction d’un parti unique, l’UMP, en soumettant toutes les institutions au clan chiraquien, en portant au gouvernement directement des hommes du Medef, des réactionnaires fieffés, le pouvoir actuel se donne les moyens d’avancer en ce sens.
 
4-C
Mais attention, l’histoire ne se répète jamais deux fois de la même façon. Il n’y a pas d’automatisme dans le retour d’un nouveau Novembre-Décembre 1995. Ne serait-ce qu’à cause de la récente défaite et du temps nécessaire au redressement de la gauche. Ne serait-ce qu’à cause de traces différentes, dans le mouvement syndical, sur le bilan des 35 h, des retraites...
Ils vont essayer de jouer sur les hésitations à gauche entre « modérés » et « radicaux », même essayer de les pousser au maximum. Ils vont nourrir le même type de différenciation entre les directions syndicales, flattant la nouvelle direction CFDT, contre celles de la CGT et de FO. Ils n’imaginent le « dialogue social » que de façon marginale mais dans l’espoir de récolter les signatures qui affaibliraient encore plus fortement les salariés qu’en novembre-décembre 95 où la direction CFDT s’était vue isolée, même vis-à-vis de sa propre base. S’ils parviennent, ce qui est leur objectif à diviser la gauche syndicale et politique, ils passeront alors en force, s’ils échouent, alors la riposte bloquera nombre de leurs projets.
Rien n’est joué, inutile de crier à « la revanche sociale », nov-déc 95 ne se répète pas en claquant des doigts, le temps, la maturation comptent, la rigueur aussi, et la dynamique syndicale et  à gauche sera déterminante - ou non.
La droite, Chirac, Raffarin, Juppé, le savent et vont essayer de ne pas provoquer d’affrontement central trop rapide, trop direct. Ils vont au contraire, jouer le contournement, la division, la dispersion, l’épuisement, les avancées masquées, tirant la leçon de l’échec de la charge prétendument triomphale à l’Assemblée de Juppé le 25 novembre 1995.
Ils vont donner le maximum de moyens au Medef et user de tous les moyens du pouvoir absolu, qu’ils détiennent, majorité au Sénat, à l’assemblée, dans les régions, les départements, en jouant sur la durée, le contrôle total des médias, de la propagande et aussi de la répression...(Le refus de libérer José Bové étant un exemple lourd).
Les demi-mesures, les hésitations apparentes, les ellipses de Raffarin dans son discours d’investiture le 24 juin, ne doivent pas masquer, en même temps, que la majorité de droite est revancharde et s’impatiente, le Medef encore plus. Lorsque E-A Seilliére affirme «  - Avec Jospin on avançait dans le mauvais sens, avec Raffarin on recule dans la bonne voie... » la pression est là, incarnée également par Francis Mer à Bercy.
Le blocage du Smic, les multiples hausses de tarifs publics, les baisses de revenus pour les plus riches, les cadeaux des 20 euros aux médecins au détriment des comptes de la Sécu, les hausses des salaires des patrons et des ministres, le gel des postes de fonctionnaires, la privatisation en marche d’EDF-GDF et d’Air France, la suppression des anciens emplois jeunes publics, les cadeaux énormes en allégements de cotisations patronales pour la privatisation de nouveaux emplois jeunes, le renforcement de l’état « pénal », policier (alors que la France a le plus fort taux de policiers par habitant en Europe), un budget d’austérité proclamé pour 2003, choix d’environnement négatifs, Par exemple, report de la liaison fret ferroviaire Lyon-Turin, mais mise à l’étude d’un deuxième porte-avions, cadeaux aux chasseurs, l’annonce de « l’assouplissement des 35 h », (Merci Laurent Fabius d’avoir inventé cette expression, comme si elles n’étaient pas déjà trop souples), l’annonce du règlement des retraites à l’automne et d’ici juin 2003, bientôt changement du mode de scrutin pour les régionales et peut-être davantage, tout cela constitue un programme de droite véritablement de combat.
 
Deuxième partie
Défendre un idéal socialiste contre le désordre libéral,
Un idéal opposé à la gabegie et au désordre capitaliste
Appuyé sur des revendications majoritaires dans le salariat
 
1°) Question vitale : qui les socialistes aspirent-ils à représenter ? à qui s’opposent-ils ? sur quelle force sociale s’appuient-ils ?
 
1-2-A
À qui s’opposent les socialistes ?  Pour qui agissent-ils dans cette société ? Car ils ne sauraient contenter tout le monde, le meunier, l’âne et son fils... Ils ne peuvent à la fois plaire au Medef et aux salariés. D’un côté à Messier, Pebereau, Bon, Peyrelevade, Loïch le Floch Prigent, (allonger la liste....) qui s’augmentent de 36 % par an, et se gavent de stocks-options, et de l’autre, par exemple, aux 8 millions de salariés des petites entreprises, victimes de la sous-traitance sans réels droits sociaux.
Ils ne peuvent défendre correctement les droits de 21 millions de salariés français et les exigences des multinationales, la dictature des actionnaires, dont les marges ne sont, à leurs yeux, jamais suffisantes.
Ce qui est vrai à l’échelle de la France l’est à l’échelle du monde. Les trois plus grosses fortunes individuelles mondiales sont plus élevées que les richesses totales des 48 pays les plus pauvres. Le capitalisme financier est arrogant au point d’écraser des pays entiers comme l’Argentine ou l’Uruguay, le Mexique ou le Brésil. Hier, la Thaïlande et demain, l’Indonésie. Il les manipule économiquement et culturellement. Plus de mille milliards de transactions par jour au jeu des Bourses de la planète, quarante fois plus que de transactions commerciales réelles !
Les socialistes doivent défendre les intérêts de la majorité des humains, du milliard et demi qui manque d’eau, qui souffre de la faim, tout comme des centaines de millions de travailleurs qui se voient spolier, voler leurs maigres salaires, retraites, pensions, du Texas à Buenos Aires, de Séoul à Berlin, de Londres à Johannesburg.
Ils doivent s’opposer à ceux qui profitent sans vergogne du système capitaliste, aux « riches malfaiteurs » (expression de Franklin Roosevelt) d’Enron, de Worldcom, de Tycon, de Mercks, à « l’étrange dictature » des actionnaires, des pétroliers, des lobbies militaro-industriels, à l’empire des USA.
Notre parti ne dit pas suffisamment contre quoi (contre qui, contre quel système) il est. Cela manque à sa crédibilité. De même qu’il doit dire qui il entend représenter, défendre, soutenir, faire valoir les droits.
Les socialistes doivent défendre ceux qui produisent les richesses du monde et qui se les voient détournées, gaspillées, épuisées, par les spéculateurs, profiteurs, fraudeurs et aventuriers de la finance et de l’industrie. Les « initiés » du monde entier, et les « présidents voyous », de Bush à Berlusconi, en passant par Chirac, se croient, avec leurs séides, tout permis. Quel exemple, sinon d’encouragement, donnent-ils aux tyranneaux d’Afrique, aux corrompus d’Amérique latine, aux maffias russes et japonaises ? Lorsque Bush combat avec force éclat de voix et de bombes, le terrorisme, il tremble de combattre les paradis fiscaux, les filières de blanchiment de l’argent, sa main qui appuie fermement sur les boutons de commande des missiles, hésite dés qu’il s’agit de mesures de répression financière.
Le Français Jean-Marie Messier qui s’érigeait en héraut des médias, gagnait 5,12 millions d’euros, avec une augmentation de 19 % en brut par an, et 66 % après impôts, alors que Vivendi Universal perdait 13,6 milliards d’euros, alors qu’il contrôlait l’eau de notre pays... Il recevait un appartement de fonction à New York coûtant 17,5 millions de dollars...  Il prétendait « n’être jugé que sur le critère... de ses gains par rapport à ceux de ses actionnaires » (cf. son livre « J6M.com »). Quel salarié livré à la flexibilité, à la rentabilité, au chantage à l’emploi, et à une vie et une retraite de pauvre, peut ne pas avoir la haine d’un système qui permet cela ?
Selon le Nouvel Obsservateur du 27 juin 2002, les patrons du CAC 40 gagnent en moyenne 1,7 million d’euros par an soit 930 000 F par mois. Leurs salaires ont progressé en moyenne de 60 % l’an passé... et tous, à ce niveau de hiérarchie, maîtres et serviteurs, Medef, Chirac, Raffarin, Juppé, inclus, s’opposent à un « coup de pouce » au Smic...
Les socialistes doivent dénoncer cela, clairement. On doit les entendre sur ce terrain, haut et fort.
Ils doivent, ce faisant, se faire entendre de la génération qui, de Seattle à Gênes, et Porto Alegre affirme qu’un « autre monde est possible ». Pour se faire entendre de la jeunesse et des salariés.
 
1-2-B
Nous avons une base sociale forte et puissante : le salariat qui n’a jamais été aussi nombreux dans le monde et dans notre pays. Alors qu’il y a un milliard et demi de salariés dans le monde, il y a 88 % de la population active française qui est salariée.
Ce salariat n’a jamais cessé de progresser historiquement ; il était de 50 % de la population active en 1945, il est écrasant majoritairement aujourd’hui. La norme est le contrat de travail, un lien de subordination juridique, où l’employeur décide unilatéralement de la naissance du contrat, de son exécution, de sa fin. Les salariés n’ont pour l’essentiel que leur force de travail à vendre. Qu’est-ce que le tiers-état ? s’interrogeait l’abbé Sieyès. La réponse est transposée au salariat : il est tout. L’emploi (droit constitutionnel) reconnaît les individus comme travailleurs, bien au-delà de ce qu’il saisit d’eux comme force de travail. « Le salariat désigne le travailleur collectif tel que le constitue le salaire, direct et indirect. La socialisation du salaire, l’existence de procédures transversales de distribution des ressources salariales conduisent à une profonde homogénéisation du salariat. Le terme même de salariat prend tout son sens, car le salaire fonctionne comme un barème transversal aux secteurs, métiers, et aux qualifications. » (Extraits de Bernard Friot : Puissances du salariat, emploi et protection sociale à la française, Ed. La Dispute).
Contrairement à ce que prétendent nos théoriciens droitiers du Parti socialiste, ce salariat n’est ni plus « éclaté, »    ni « plus hétérogène » qu’avant. Au contraire, il s’homogénéise puissamment en même temps qu’il se développe numériquement. L’écart des salaires qui était de 1 à 6, il y a trente ans, n’est plus que de 1 à 2,5. Un « cadre » gagne « en moyenne » seulement 1,7 fois plus qu’un employé ou un ouvrier dans le public et 2,5 fois plus dans le privé (Insee, 2001-02). (Plus de 50 % des agents civils de l’état sont des enseignants, cadres). Il y a un salarié sur deux qui gagne moins de 8 600 F. Il y a deux salariés sur trois qui gagnent moins de 10 000 F. L’écart des salaires pour l’essentiel est compris entre 7 000 F brut et 21 000 F brut. Le pourcentage des CDI s’est augmenté, la durée des mêmes CDI tend à s’allonger (de 10, 5 ans en moyenne à 11, 4 ans en moyenne ces cinq dernières années). Il n’y a plus de distinction d’intérêt entre « cols blancs » (7,8 millions d’employés) et « cols bleus » : (7,2 millions d’ouvriers). Ouvriers et employés se sont rejoints et même croisés dans les procès de production et d’exploitation. L’écart hommes-femmes se resserre légèrement mais sans cesse : 48,3 % des femmes travaillent (contre 45,9 % en1990) 80 % de celles qui ont entre 25 et 49 ans. Un salarié sur deux travaille dans 97 % des entreprises de moins de cinquante salariés, et leur sort est largement comparable. D’abord à temps plein (contrairement à une idée reçue) et ensuite, à cause de scandaleuses mesures d’exonération, (choix politique, dans une « économie qu’on refuse pourtant de dire « administrée ») à temps partiel, les femmes sont cependant entrées massivement sur le marché du travail (de 36 % en 1962 à 48, 3 % en 2001).
Certes, il existe un « haut » et un « bas » du salariat, mais justement « la crise » a rapproché les différents niveaux, les a tous menacés, a pesé sur leurs conditions de travail dans un même sens : intensification, stress, flexibilité, tassement des salaires.... Les cadres ont été, dans leur immense majorité, « prolétarisés ». Chômage et précarité ont menacé tous les échelons, toutes les catégories. Malgré sa volonté, malgré son idéologie, malgré sa propagande, le patronat n’a pas réussi à atomiser les intérêts communs des salariés : au contraire, il les a objectivement rapprochés, laminés, soumis mondialement à la fois aux mêmes normes et aux mêmes menaces, d’un continent à l’autre.
Des droits nouveaux ont été conquis, selon les pays, et en France plus qu’ailleurs : en 1968, en 1981, en 1997. Les conventions collectives couvrent davantage de salariés, de même que la protection sociale globale. La part du salaire direct (3 300 milliards de francs...) et des salaires indirects (2 200 milliards de francs....) sur un produit intérieur brut de 9 900 milliards de francs... est totalement déterminant pour toute l’économie française. Cette force sociale majeure est toute puissante dans la production, dans la consommation, dans l’organisation de la société. Aucune entreprise n’existe sans ses salariés, ce sont eux qui produisent les richesses. Le travail n’est pas un coût, ni une « charge » trop lourde, contrairement à ce que veulent faire croire les libéraux, il est la base de toute richesse, ce qui coûte cher, au contraire, c’est ce que le capital prend au travail, ce qu’il détourne, ce qu’il vole : il prend trop, trop cher !Certes, la conscience de ce salariat n’est pas aussi homogène que l’est sa situation objective. Des retards, des divisions, syndicales et politiques, super-structurelles, existent, qui l’empêchent encore d’agir comme une force sociale unifiée et centrale : elles sont dues à la longue histoire du XX° siècle, à celle du stalinisme, de la social-démocratie, du gauchisme.
C’est à nous, socialistes, de postuler à l’unification politique et syndicale de ce salariat. C’est à nous de dépasser, de faire la synthèse des aspirations de celles et ceux qui sont la force centrale déterminante de ce pays. C’est à nous de les valoriser, de les rassembler, de les mobiliser pour opérer la transformation sociale qui conduira à la République sociale - française et universelle.
Toute résistance, toute rénovation, tout bond en avant, partira du salariat : il n’a jamais été aussi fort, puissant économiquement et socialement, c’est la grande force centrale décisive. Nous voulons reconnaître, rassembler, mobiliser cette grande force sociale majoritaire moderne, porteuse de tout progrès social : il y a davantage de facteurs d’homogénéité en son sein qu’il n’y en a jamais eu dans l’histoire jusque-là.
 
1-2-C
Contrairement à Laurent Fabius ou DSK, nous ne soumettons pas notre politique socialiste à la conquête des couches moyennes, ou autres « bobos » prisés des médias. Seulement 5 % de la population possède 57 % du patrimoine. La concentration de la rente et du capital sont énormes. Moins qu’aux Etats-unis, mais nous suivons leur chemin. Alors qu’à l’autre bout de l’échelle 10 % possède 1 % dudit patrimoine. Il reste 94 % de la population qui se partage - inégalement - 42 % des richesses. C’est une photographie radicale de la situation. Parmi les 3,5 millions de cadres (public et privé), environ 2 % ont un véritable statut juridique de « cadre supérieur », les autres sont des cadres d’exécution. Plus d’un quart des cadres ont un salaire inférieur au plafond de la sécurité sociale (14 700 F....) et leur nombre est en progression. 
Les « couches moyennes » sont introuvables.
Ce ne sont pas elles qui peuvent fonder une politique, ni qui font une quelconque différence dans une élection. Elles ne font pas « un centre » : c’est le triangle des Bermudes. Il ne reste plus que 12 % de la population active, qui est « libérale », « à son compte », artisan, commerçant, paysan, médecin, architecte, et autres consultants. Il y a 40 000 porteurs de stock-option en tout et pour tout. Même si leur puissance économique et politique est encore réelle, leurs lobbies sont actifs, il y a longtemps qu’ils pèsent moins que le salariat.
Encourager la rente, et les rentiers ne fonde pas davantage une politique.
Lorsqu’on parle de l’actionnariat, en France, des chiffres sont cités à hauteur de 6,7 millions d’actionnaires. Cela inclut un ensemble disparate de petits placements, d’assurance vie, de formules de plans épargne, y compris, participation, intéressement et plans épargne entreprise forcés. Parmi lesquels les placements directs en Bourse sont minoritaires et d’ailleurs en baisse, malgré la propagande en ce sens, par rapport à 1987 (moins de 1,7 millions d’actionnaires). 98 % des actionnaires possèdent 2 % des actions, alors que 98 % des actions sont possédées par 2 % des actionnaires...
L’épargne salariale existante sous différentes formes depuis 1959 et 1967, n’atteint guére en 1997, que 45 milliards de francs collectés, qui coûtent cher à la collectivité puisque les exonérations de cotisations sociales se sont élevées à 20 milliards de francs et les exonérations fiscales à 5 milliards de francs (Chiffres du Rapport Balligand-Foucault). C’est tout à fait exorbitant pour un nombre dérisoire de salariés. 67,6 % des salariés gagnant moins de 8 000 F par mois détiennent moins de 10 000 F d’épargne salariale tandis que 40 % de ceux qui gagnent plus de 20 000 F par mois détiennent plus de 50 000 F  : “ l’épargne salariale reflète plus les inégalités sociales en France qu’elle ne les corrige ” explique d’ailleurs le rapport Balligand-Foucault.
Les fonds de pension existent déjà en France. Ils n’ont pas attendu qu’une loi soit votée pour leur ouvrir les portes du marché français. Mais ils jouent un rôle marginal. Ils ne comptabilisent en les additionnant tous, guère plus de 1,5 millions d’adhérents. Ils ne jouent le plus souvent qu’un rôle de complément dans le secteur d’activité où la retraite complémentaire n’existe pas ou ne complètent que très médiocrement la retraite de base. Dans des secteurs également où la totalité des revenus d’activité ne servent pas de base pour le calcul des retraites.
La fameuse Préfon dont la publicité est adressée aux fonctionnaires, et que Chirac prétend étendre « à tous », est, en principe, destinée à compenser la non-prise en considération des primes dans les retraites de la fonction publique, mais elle est un échec depuis plus de trente ans ! Elle n’a qu’un peu plus de 150 000 adhérents et contrairement aux fonds d’épargne retraite d’entreprise, elle ne bénéficie d’ailleurs pas d’abondement de son employeur (l’Etat). Le Fonpel et la Carel sont destinés aux élus locaux (ils comptent environ 10 000 adhérents à eux deux).La Coreva, régime complémentaire facultatif, est proposée aux exploitants agricoles (environ 70 000 adhérents). La Cref est un complément retraite de la fonction publique (400 000 adhérents environ). L’Afer est l’association française d’épargne retraite (un peu plus de 500 000 adhérents). Les “ contrats Madelin ” enfin sont destinés aux travailleurs indépendants (220 000 adhérents environ).
Les fonds de pension qui existent de facto en France, y connaissent un échec cuisant : 90 % des populations concernées ne voient pas la nécessité d’y adhérer. Tout simplement parce que dans notre pays, les régimes de retraites de base et complémentaires ont correctement rempli leur rôle. (Dans les pays anglo-saxons, les régimes de base sont financés par l’impôt et sont d’un niveau très peu élevé. Tous ceux qui en ont les (faibles) moyens souscrivent donc des fonds de pension pour ne pas vivre dans la pauvreté tout au long de leur retraite).
Enfin, même si le poids de la rente est lourd, nous avons le taux d’épargne - populaire - le plus élevé de tous les pays du monde. Nous sommes depuis les années 90, exportateurs nets de capitaux à l’étranger. Le pôle financier public, (Caisse des dépôts et consignation, Caisse d’épargne, Caisse nationale de prévoyance, La Poste) est un des plus puissants (que le gouvernement Raffarin aimerait dépecer et privatiser, alors que c’est l’une des dernières garanties de la puissance de l’état, l’un des derniers instruments qui peut permettre investissements et planifications à long terme).
Rien, absolument rien ne justifie une politique privilégiée vers la rente, les prétendues « classes moyennes », ni au plan numérique, sociologique, ni au plan économique. Ni pour des raisons électorales, ni pour des raisons sociales.
Les socialistes qui prétendent courtiser les « classes moyennes » et ignorent la puissance du salariat, n’ont pas d’avenir.
 
1-2-D
Nous ne croyons pas que la tâche des socialistes soit de se préoccuper d’abord sinon uniquement, des « exclus ». Contrairement à DSK (« La flamme et la cendre »), à certains syndicalistes et à de nombreux gauchistes qui sur ce point se rejoignent, nous savons combien les précaires et les « exclus » tendent à augmenter en nombre et sont portés, par les méfaits du capitalisme aux confins de la société. Mais notre politique ne relève pas d’un « socialisme compassionnel » ni de l’aumône, ni de la charité, ni de l’accompagnement social des dégâts du libéralisme. Nous sommes pour « zéro Sdf » mais ce n’est pas le phare de notre programme.
Nous croyons pouvoir supprimer l’exclusion en faisant avancer par le haut toute la société - même s’il y faut bien évidemment des mesures spécifiques, transitoires (hausses des minima sociaux notamment).
Nous savons qu’il y a 20 % de la société qui a souffert plus que les autres salariés de la crise. Désinsérés, désocialisés, sans emploi, sans formation, pour eux, l’égalité des chances et des droits est une lointaine utopie. Il y a 3,4 millions de temps partiels, à 85 % des femmes et des non qualifiées. Il y a 6 millions de personnes dont le revenu est inférieur au Smic. Il y a 22 % de jeunes au chômage. Il y a 950 000 CDD, 650 000 intérimaires. Entre 1 et 1,5 précaires et « travailleurs pauvres » sur dix. Le nombre de chômeurs, de sous-emploi, de cas sociaux, de marginaux est supérieur, de loin, à ceux qui sont officiellement demandeurs d’emploi. Et il y a au minimum 1, 5 à 2 millions de « travailleurs pauvres ».
Ceux-là doivent bien évidemment être défendus, et pouvoir sortir de leur condition misérable. Les obscurs, les sans-grades, les licenciés, les précaires, sont pourtant infiniment plus hétérogènes, difficiles à mobiliser que la grande masse des salariés. Certains socialistes et même syndicalistes ont prôné le partage du travail, la flexibilisation des statuts et des droits dans le but de rapprocher « nantis » et « précaires », de redistribuer, vers le bas, les richesses. Ils ont prôné de défaire des droits d’en-haut sous prétexte de mieux les répartir en-bas. De déshabiller Pierre pour habiller Paul. Une façon de gérer les effets de la crise sans s’attaquer au capital fautif et profiteur.
Nous ne sommes pas de cette école qui évite de s’attaquer aux profits et aux capitalistes. Nous voulons faire progresser l’ensemble des droits pour l’ensemble des salariés afin de tirer vers le haut et... d’inclure les « exclus ». Un chômeur est un salarié temporairement privé d’emploi, un retraité est un ancien salarié, un jeune est un salarié en formation, un temps partiel subi est un salarié sous employé : nous ne luttons pas pour l’éclatement des statuts mais pour leur rapprochement et leur renforcement. Cela passe par la hausse du salaire direct et indirect.
Pour atteindre « zéro jeune au chômage », il faut de bonnes formations, de bonnes conditions de travail, de bons salaires, pas des « emplois au rabais, »  ni des CIP, ni des « petits boulots » déréglés.
Pour réinsérer des chômeurs en difficulté et en fins de droits, il ne faut pas de sous-statut, ni des indemnités dégressives, ni des pressions à « l’employabilité » mais au contraire un vrai travail avec un vrai salaire. Les socialistes n’acceptent pas les chantages aux délocalisations et baisses des droits sociaux, au contraire, ils intègrent la progression des droits du travail dans les progrès de productivité, dans les règles de la concurrence. Ils n’acceptent pas d’opposer les droits et acquis des salariés, aux « lois du marché » mais ils veulent plier le marché aux règles de progrès, d’égalité, nécessaires aux humains. 
 
1-2-E
Il est impératif de s’entendre également sur ce que représente le patronat, dans l’analyse des forces sociales en présence, qu’il est nécessaire d’effectuer avec minutie, après le 21 avril, pour refonder une politique de gauche, Trop souvent, les socialistes parlent indistinctement des « entreprises » sans mettre en avant les lignes forces des différenciations qui existent entre les intérêts des petits, moyens et grands patrons.
En France, mille entreprises de plus de mille salariés font travailler 3,8 millions de personnes et produisent plus de 40 % du PIB. Il n’y a que 1600 entreprises de plus de 500.
De l’autre côté, il y a 97 % des entreprises qui ont moins de cinquante salariés. Et un million de petits employeurs qui font travailler 3,4 millions de personnes dans des unités de moins de 10.
Rien à voir entre mille grands « entrepreneurs » de plus de mille et un million de petits patrons de moins de 10. Même si les premiers, aux commandes du Medef aiment bien manipuler les seconds.
Le grand patronat est très concentré : quelques dizaines de grands administrateurs tout-puissants siègent dans quelques dizaines de conseils d’administration, et décident de l’orientation de l’économie du pays, avec plus d’influence que de nombreux ministres et même que le gouvernement. Ce sont eux les décideurs qui s’arrogent salaires et avantages mirifiques dans le but d’atteindre des taux de profit de 15 % pour leurs actionnaires et qui, sinon, concoctent plans de licenciements et restructurations, jetant des centaines de milliers de salariés à la rue. Ce sont eux, les initiés, non transparents, échappant au suffrage universel, qui décident de l’application des « prétendues lois du marché », lesquels ne sont pas si aveugles que cela à leur volonté politique souvent collective (et qui préférera Chirac à Jospin naturellement).
Les grandes entreprises, notamment lorsqu’elles ont été privatisées, ont reconstitué des situations de monopole, continuant de fonctionner en économie administrée, mais en échappant à l’intérêt général qui prévalait - en théorie - dans le secteur public. Elles ont oeuvré à faire reculer, en interne, le droit et les statuts des salariés autant qu’elle pouvait et sinon, elles ont développé une « externalisation » systématique, (des délocalisations multiples à l’intérieur de nos frontières), qui permettait de contourner les seuils sociaux, les rapports de force syndicaux, les conventions collectives.
Ainsi des centaines de milliers d’entreprises sont dépendantes de ces grands donneurs d’ordre, qui passent les « marchés » à leurs conditions, exigeant des baisses de coût, de conditions de travail, de droits syndicaux, etc. Elles n’ont pas les coudées franches et subissent cette sous-traitance dans les pires conditions, évidemment ressenties en premier par leurs salariés.
Tandis qu’au sommet de cette pyramide d’entreprises, il y a des prédateurs souvent cyniques, et qu’à la base, il y a des « petits patrons » à la vie dure et précaire, les socialistes ont eu le tort de mener une politique d’un seul « bloc », sans différencier les aides, sans réglementer la sous-traitance, les conditions de passage des marchés, sans favoriser le contrôle et l’effectivité du droit du travail, là où il y a moins de syndicat, moins de rapport de force, moins de résistance.
 
2°) S’opposer pied à pied au programme Chirac-Juppé-Raffarin :
Pas d’état d’âme : face à gouvernement de droite revanchard et dangereux, nous devons saisir toutes occasions de lui faire barrage et de mobiliser toute la gauche syndicale et politique, unie contre lui. En même temps que remonte en puissance et se réorganise la gauche. Savoir le faire, c’est tirer en pratique les leçons du 21 avril, c’est corriger les aspects négatifs du gouvernement Jospin, c’est rattraper les erreurs de la campagne électorale, c’est réapprendre à gagner et à gouverner autrement demain.
 
2-2-A
Mettre en cause « l’état pénal », y opposer un état social : une politique globale de sécurité sociale au quotidien, justice, police, éducation, répression, réinsertion républicaines
Alors que l’état libéral se dit « impuissant » en économie, par exemple, face aux licenciements, mais il se veut tout puissant dans la répression des effets et réactions à la dérégulation économique.
L’exemple américain est un modèle pour nos libéraux français : là-bas, on est passé de 400 000 détenus en 1975 à 2 millions aujourd’hui, 4,5 millions d’américains sont condamnés à la prison avec sursis, en liberté conditionnelle, en attente de jugement, 6 millions sont « sous main de justice », privés de droits civiques, un hommes sur vingt, un Noir sur dix, un adolescent noir sur trois.
Du temps des goulags, l’Union soviétique n’a jamais utilisé son système pénal de manière aussi extensive et intensive. Avec 700 détenus pour 100 000 habitants, les USA sont comparables à l’URSS des années 50, et à l’Afrique du sud de l’apartheid. Le chercheur Loïc Wacquant note que l’URSS était tombée à 350 détenus pour 100 000 en 1989 et que depuis la chute du Mur, et l’événement du libéralisme, elle est revenu au taux d’il y a trente ans, avec 800 détenus pour 100 000.
La France et les pays européens oscillent jusqu’à présent entre 70 et 120 détenus pour 100 000 habitants soit cinq à douze fois moins qu’aux USA. Mais la « voie américaine » fascine nos Chirac-Raffarin-Sarkozy. Avec les milliards qu’ils investissent dans la matraque, les flash-ball, les gilets pare-balle, les juges « expéditifs », policiers supplémentaires et avec un ministre « chargé de l’immobilier des centres d’enfermement » où l’on pourra placer des jeunes dés l’âge de 13 ans, ce sont autant de « transferts » du « social » au « pénal » qui sont mis en oeuvre. Les Français perdront en service publics, en équipements, en éducateurs, ce qui sera surinvesti dans la police, la justice et les prisons.
C’est une nouvelle technique de gestion de la misère, sorte de retour au XIXe° siècle, si l’on considère en même temps la tendance à la dérégulation économique et au démantèlement des protections sociales. L’état consent une débauche d’énergie sans précédent dans les ghettos et quartiers pauvres, sous prétexte de « restaurer le droit à la sécurité des petits » au moment même où il accorde aux « grands « une impunité totale. Le « laisser-faire » pour les « couches supérieures », le bâton pour ceux d’en bas.
Tandis que les « petits » bénéficient d’un pompeux affichage publicitaire sur la façon dont Sarkozy va les traiter, Francis Mer s’avoue impuissant à restaurer des méthodes de comptabilité transparentes des entreprises, au moment même où le grand capitalisme dévoile ses tricheries à Enron, Tyco, Worldcom., Xerox, Executive Live, Vivendi, Merck, Arthur Andersen, ABB, Alcatel, etc... : pire, il confie sans vergogne à Daniel Bouton, le PDG de la Société Générale, mis en examen pour blanchiment d’argent, le soin de... « ré examiner les règles de gouvernement d’entreprise ». La délinquance financière représente des milliards de fois plus que la petite délinquance des quartiers, en vol de biens, en gaspillage global, en conséquences criminelles...Entre 1990 et 1999, les abus de biens sociaux ont augmenté de 41 % et les affaires de corruption ont doublé. Alors qu’elles ne représentent que seulement « 1 % de l’ensemble des délits sanctionnés » titre Le Monde du 9 août.
La justice dans ces cas n’est ni rapide ni expéditive : les procédures durent en moyenne quatre ans et les juges se plaignent des « personnalités des milieux financiers qui ne tolèrent pas qu’on ose seulement poser des questions », « des attaques personnelles des pressions, de la violence des réactions » qu’ils subissent quotidiennement et qui ne semble faire réagir ni J. P. Raffarin ni Jacques Chirac. 
Nous défendons un projet global : l’insécurité est libérale, la sécurité est sociale.
L’insécurité est le fruit de ce système d’inégalités libérales qui se creusent, et exaspèrent les désespoirs, les tensions, les frustrations. La France, qui allait mieux, au sortir de cinq ans de gouvernement Jospin, n’avait pas effacé les lourdes conséquences de la crise capitaliste antérieure. Le fossé social était devenu d’autant plus insupportable que la croissance était là... et que tout le monde était loin d’en profiter également. C’est ce qui a provoqué la défaite de la gauche le 21 avril. Surfant sur ce climat, la droite a inversé la politique que la gauche aurait dû mener avec plus de vigueur : au lieu d’assécher le terrain de l’insécurité résultant de longues années de crise économique, elle va l’aggraver... et le réprimer à la fois.
Pour rétablir un « ordre public » digne de ce nom, il n’y a qu’une autre voie, alternative, contraire à celle de Sarkozy-Raffarin-Chirac : la sécurité sociale. Cette autre voie, défendue par Julien Dray, et la Gauche socialiste, consiste à la différence de la droite, à prendre la sécurité comme « un tout » : pas à privilégier la répression au détriment de la prévention. Un « tout », c’est le plein emploi, le recul de la précarité, la chasse prioritaire aux crimes « économiques d’en haut », le rétablissement d’un « ordre public social » au travail, la réduction des inégalités, la redistribution des richesses, l’éducation, la protection sociale garantie : et en complément, de façon appropriée, la répression des délits et crimes qui portent à atteinte à cet ordre public-là.
 
2-2-B
Défendre l’état républicain, les impôts républicains, l’intervention centrale de l’état volontaire, l’aménagement national du territoire, une vraie politique de la ville, une planification économique pour un développement durable.
Les démonstrations de la politique de la droite sont totalement transparentes : alors qu’il se propose sous couvert de « décentralisation » de démanteler les interventions de l’état central, seul capable d’opérer les péréquations, de planifier l’aménagement du territoire, alors qu’il investit des milliards dans la sécurité et les prisons, l’une des premières mesures d’économie consiste à revoir les grands travaux d’équipement de transports publics. Et pas seulement les projets discutables de « tout-autoroute » mais aussi le ferroutage pourtant réclamé, plébiscité, et tant de fois « choisi » depuis plus de dix ans : le seul fait de remettre à l’étude le tunnel de ferroutage Lyon-Turin, après les accords signés, après la catastrophe du tunnel du Mont-Blanc, est tout un symbole.
Mais combien d’autres projets vont suivre la même remise en cause ? depuis des hôpitaux, jusqu’à des crèches, en passant par le réaménagement de grandes banlieues vont être reportés, ou censurés pour cause d’économie ... et de renvoi aux futures « régions renforcées » ? Car dans cette décentralisation, la part reviendra aux régions les plus riches, les déséquilibres existants seront accrus, la centralisation étatique reculant, ce seront les entreprises nationales et multinationales qui seront seules centralisées au niveau européen et qui décideront des conditions de passation de marché.
Le démantèlement de l’état républicain fait parfaitement partie du projet libéral. Depuis longtemps « Démocratie Libérale » et Alain Madelin, J.P. Raffarin plaident en ce sens ; c’est le contraire du développement durable, planifié, prévoyant, global. C’est le renvoi aux lobbies, aux « barons », aux féodaux locaux en dépit des services publics, les économies d’échelle seront supprimées. Internet à haut débit au lieu de devenir un projet national systématique sera laissé aux choix locaux, aux surenchères ou « oublis » de tel ou tel secrétariat départemental régional.
L’affaiblissement de l’état, (sauf dans la police et la répression, sauf dans le choix d’un deuxième porte-avion) c’est aussi un recul immense du contrôle des citoyens, c’est le renvoi sur des dizaines de centre de décisions concurrents qui feront le bonheur des chercheurs de marge de profit maximum dans les chantiers, c’est le dos tourné aux grands travaux.
De même qu’il faut, avec audace, prendre le contre-pied de toute cette démagogie « anti-impôts » qui ne profite qu’aux riches, et affaiblit les choix de la république : l’impôt progressif sur les revenus est une grande conquête républicaine, il doit être plus juste et plus ferme, nul ne doit pouvoir trouver les « niches » ni les dérogations qui permettent d’y échapper. Au nom de quoi ces patrons à 100 et 200 000 euros par mois doublés de stock options, et d’indemnités grasses de licenciements (même lorsqu’ils commettent des fautes lourdes) se plaignent-ils d’être imposés ? Au nom de quoi ces spéculateurs qui « font de l’argent en dormant » ou sur les vagues manipulées de la Bourse, échapperaient-ils aux lois communes ? A contrario de MM Chirac-Raffarin-Juppé, et aussi de Laurent Fabius et de DSK, nous prônons une véritable révolution fiscale, qui refasse de l’impôt direct le cœur de la participation à la République, et supprime peu à peu tous les impôts indirects, injustes socialement et économiquement.
 
2-2-C
Défendre les services publics, leur élargissement, c’est défendre le principe, non pas d’un service « minima », ni de « missions déléguées » de service public au gré des initiatives individuelles, c’est au contraire mettre en avant des principes de continuité, de solidarité, d’égalité de traitement dans tout le territoire au service de toutes les populations concernées.
C’est le service public qui a permis le développement magnifique de ce pays : l’installation partout de l’électricité, du téléphone, du gaz, des voies ferrées, l’acquisition, le contrôle et le développement de l’énergie, les écoles et les hôpitaux publics, la prévention médicale scolaire et du travail, les transports en commun, RATP, SNCF, les grandes compagnies de l’aviation, et airbus, les grands établissements de crédit et de banque, tous les grands équipements et grands travaux, ainsi que la conquête de l’espace, avec Ariane. Rien n’a été fait sans trouver sa source dans la volonté commune, générale, à des périodes où les capitalistes n’avaient ni la volonté, ni l’ambition, ni la capacité de voir assez grand. 
Nous allons avoir, avec l’offensive contre EDF-GDF (qui va servir de « test » aussi pour la remise en cause des retraites) et avec le nouveau pas pour la privatisation d’Air France, des développements nouveaux de la liquidation des services publics de la grande tradition française. Demain seront bradées nos voies ferrées, nos métros, et commenceront la marchandisation de la santé, celle de l’école.
La gauche n’a pas assez défendu les grandes conquêtes de nos services publics face à l’Europe libérale, à ces technocrates qui exigent partout le même type de concurrence qui a fait des ravages spectaculaires dans les trains britanniques et dans l’électricité californienne. C’est le retour de l’anarchie, de l’irrationnel, de la gabegie, dans le seul intérêt de profits à court terme, et au détriment des grands projets collectifs, dignes des ambitions et des espoirs de dizaines de millions d’humains.
Les socialistes doivent renverser la vapeur, et prendre le contre-pied du bradage, des dénationalisations, des dépeçages imposés par Bruxelles et si bien acceptés et encouragés par les libéraux. Déjà, les secteurs « privatisés » montrent toutes leurs limites : quand Air France a dû laisser la place à des compagnies diverses, celles-ci, à tour de rôle, ont connu fiasco, licenciements, fusion, cession, et finalement ce sont les grands monopoles privés qui remplacent - dans le seul intérêt de leurs actionnaires qui ne voient qu’à court terme - la grande compagnie publique. On voit déjà dans la déréglementation du ciel les sources nouvelles d’insécurité, le vieillissement des appareils et des ports. Tout comme on sait que dans les mers où le libéralisme et la déréglementation sont à leur comble, les catastrophes écologiques, mais aussi les véritables crimes contre les travailleurs marins se multiplient : 4000 naufrages par an, des milliers d’hommes noyés, des sous-traitances en cascade, un gâchis incommensurable...
Les limites du « privé » se voient à tout niveau : les études l’ont montré (et tout utilisateur de téléphone portable s’en rend compte, la fameuse concurrence ne baisse pas les prix, ni ne fait le bonheur du consommateur, au contraire) le « coût » des services du privé est de 14 % fois supérieur au coût des services publics, l’écart comparé ne cesse de grandir au détriment du privé. Les métros privés du monde capitaliste - Londres ! - sont en complète ruine et coûtent plus cher que le magnifique métro public parisien.
Enfin nous avons en France, le contre-exemple parfait avec les services de l’eau, de la gabegie, des inégalités sur le territoire, des carences, et manipulations de toutes sortes, des risques aussi (où va, depuis la déconfiture de son chef, Vivendi Environnement ?). Là où nous n’avons pas nationalisé, pas imposé un service public national, les communes, départements, régions sont à la merci des tractations, corruptions, chantages, les plus importants, sans qu’aucun argument sérieux ne vienne contredire les avantages évidents que la France retirerait durablement d’une nationalisation globale de ses approvisionnements en eau.
Les socialistes devraient pour montrer le cœur de leurs propositions en matière de service public nouveau, d’organisation du développement durable de la société mener une vaste campagne pour la nationalisation de l’eau, en un grand et unique service public. Ils devraient organiser de vastes états généraux en défense et en rénovation des services publics, inscrire leur renforcement, leur redéploiement au cœur d’une nouvelle « économie sociale de marché ».
C’est ce que la gauche socialiste avait défendu et continue de mettre en avant contre la droite au pouvoir , à l’heure des bilans du 21 avril et du prochain congrès du Parti socialiste.
 
2-2-D
Contre la baisse du coût du travail : pour les salaires
Raffarin n’a même pas pris le temps d’attendre la consultation des syndicats obligatoirement prévue la dernière semaine de juin sur ce sujet, avant d’annoncer sa décision : 2,7 millions de smicards resteront donc à 5834 F nets avec une « hausse limitée à 2,4 % : la carte orange augmente de 3,8 % : un salarié sur six, une femme sur deux, un jeune sur trois sont concernés dans le privé... Les salaires des grands patrons, eux, ont augmenté de 35 %, celui des ministres de 70 %, sans parler des indemnités que ces gens-là se mettent dans la poche, même quand ils conduisent leurs entreprises au fiasco (Michel Bon de France télécom) ou quand ils se font virer à cause de leurs propres turpitudes (Jean-Marie Messier, de Vivendi).
89 branches sur 164 ont pourtant des salaires minima conventionnels inférieurs au Smic : quasi jamais le patronat qui préfère le « contrat » à la loi... ne négocie sans que la loi ne le lui impose !
Qu’on ne nous dise pas qu’on ne peut pas augmenter le Smic à cause du « coût trop élevé du travail » qui « menacerait l’emploi » : notre coût horaire de la main d’oeuvre est plus bas qu’en Allemagne, au Danemark, en Belgique, en Autriche, en Suéde, (en 1999 - Insee 2001-02). Nul n’a jamais prouvé qu’il y avait un rapport entre le taux du Smic et l’emploi. Là où il est plus élevé, il y moins de chômeurs, exemple Danemark, et là où il est plus faible il y en a davantage, exemple Espagne.
De plus les cotisations sociales sur le Smic ont été considérablement baissées et il s’agit donc d’emplois massivement aidés au point que la hausse du Smic augmente mécaniquement de très nombreuses aides de l’état (dont la PPE, prime pour l’emploi).
Enfin le fait qu’il y ait différents Smic (six), à cause d’un très mauvais aspect de la loi Aubry, n’est pas davantage un argument : des retards ont été pris, qui ont gelé les salaires en-dessous de ce qu’ils devraient être, et il faudra bien un jour rattraper les 11,4 % par heure d’écart entre les Smic à 35 h et les Smic à 34 h... Le choix de Jean-Pierre Raffarin de bloquer le Smic est idéologique (il appartient au parti d’Alain Madelin, et son ministre d’état n°1 est Francis Mer). Peu lui importe que cela démente tous ses discours, par ailleurs, condescendants, sur « la France d’en bas ».
Qu’on ne nous dise pas que cela générait la croissance : alors que Chirac, pendant la campagne électorale, l’estimait, comme Lionel Jospin, à 3%, la voilà ramenée à 1,4 % cette année 2002. Et l’homme du Medef, devenu patron de Bercy, Francis Mer, s’engage à respecter les décisions européennes en 1984... s’il y a 3 % de croissance dans les deux années à venir ! Rien n’est sûr en la matière...
Et, contrairement aux affirmations des libéraux, la croissance ne bute pas aujourd’hui sur des contraintes d’offre mais sur l’insuffisance de la demande salariale.
Or, l’évolution de cette demande dépend non seulement du salaire direct mais aussi du salaire indirect. Diminuer ce qu’ils appellent indûment « charges » et que nous appelons salaire indirect est un contresens. Car ce salaire indirect est, pour l’essentiel, dépensé immédiatement, qu’il s’agisse des prestations-santé en nature, des allocations chômage, des allocations familiales ou des retraites.
(voir en annexe, le texte de débat avec la brochure de Sterdinyak, la motion 3 et Henri Emmanuelli sur ce sujet).
La vigueur de la croissance de 1997-2000 a d’ailleurs fait la preuve de l’inanité de l’affirmation des libéraux. C’est, à l’inverse de leur dogme, la combinaison d’une augmentation du salaire réel et de la baisse de l’euro face au dollar qui a permis d’enclencher un cercle vertueux où les stocks se résorbaient et l’investissement se raffermissait. La réduction du temps de travail, en augmentant la masse salariale globale permettait, ensuite, de stabiliser la croissance, de faire reculer le chômage et en augmentant le salaire indirect d’équilibrer les comptes de la Sécurité sociale.
La suppression des emplois jeunes publics, même si on en connaît les limites, et leur remplacement par des emplois jeunes privés, énorme cadeau aux entreprises, est un processus qui vise à transférer aux collectivités locales et aux associations para publiques, des « charges » (salaire indirect) qui vont être enlevées aux chefs d’entreprise. Les impôts locaux devront remplacer nombre de postes devenus indispensables, et les impôts publics vont être reversés aux employeurs pour payer des jeunes. Exemple splendide du libéralisme en action qui, par ailleurs, prétend ne pas vouloir d’intervention de l’état en économie ! Le Medef qui refusait les emplois jeunes aux conditions antérieures va les accepter aujourd’hui.
 
2-2-E
François Fillon, comme Chirac, a annoncé l’assouplissement des 35 h par voie réglementaire. Ce qui veut dire, remettre en cause les heures supplémentaires, donc travailler plus... pour gagner moins.
Nous devrons défendre les 35 h et toute l’orientation de réduction du temps de travail, vers les 32 h...
La droite va s’abriter derrière les erreurs (que nous avions souligné en leur temps...) de la deuxième loi Aubry : celle qui visait à faire payer les « aides » aux 35 h sur le budget de la protection sociale, celle qui a provoqué six Smic, et celle qui a consisté à « assouplir » le contingent annuel des heures supplémentaires en le portant à 180 h. Il va aussi faciliter les flexibilités déjà permises par la loi Balladur-Giraud (loi « quinquennale », hélas non abrogée par la gauche, malgré ses promesses).
Pour autant ce ne sera pas facile et pas sans résistance. Car les salariés, concrètement, tous critiques que soit une partie d’entre eux sur l’application des 35 h, vont se rendre compte qu’ils y perdront du temps et de l’argent. Les promesses sans fondement de Chirac « travailler plus pour gagner plus » vont s’envoler en fumée...
Cependant des obstacles nouveaux sont apparus sur le chemin de MM Raffarin et Fillon :
La Cour de cassation, le 4 juin 2002 a imposé une révolution dans la mise en oeuvre des 35 h : des millions de salariés, grâce à cette interprétation de la loi Aubry, vont pouvoir réclamer des millions d’euros...
Nombreux, très nombreux sont en effet, les accords de branche et d’entreprise qui ont prévu de fixer la durée du travail à 35 h et prévu une « indemnité » de réduction du temps de travail pour maintenir le salaire à son niveau antérieur... Mais très nombreux sont les employeurs qui ont continué à faire travailler leurs salariés 39 h par semaine, en contrepartie de cette indemnité et de la bonification prévue par la loi (10 % en temps de repos sauf accord contraire...)
La Cour de cassation, ce 4 juin, dans un arrêt n° 2095 FS-D syndicat général des organismes privés sanitaires et sociaux à but non lucratif, (SOP) affirme un principe général :
« Attendu qu’un accord collectif fixant la durée du travail à 35 h et prévoyant le versement d’une indemnité de réduction du temps de travail pour maintenir le salaire à son niveau antérieur, les salariés qui ont continué à travailler pendant 39 h par semaine, ont droit à cette indemnité et au paiement des heures accomplies au-delà des 35 h, majorées de la bonification alors applicable. « 
C’est-à-dire qu’ils n’ont pas seulement droit à l’indemnité plus 10 % mais à l’indemnité, au paiement des heures entre 35 et 39 et à la bonification applicable... (10 % la première année, 25 % la seconde année...)
Dans un deuxième arrêt, n°2096 du 4 juin également, (syndicat national pour la sauvegarde de l’enfant à l’adulte...)  la Cour de cassation précise :
« Ayant constaté que les salariés, employés dans des entreprises de plus de vingt salariés avaient continué à travailler 39 h par semaine, la cour d’appel a exactement décidé qu’ils avaient droit, à compter du 1er janvier 2000, au paiement de l’indemnité conventionnelle de réduction du temps de travail et des heures accomplies au-delà de 35 h au taux majoré... ».
Voilà un arrêt qui doit donner espoir aux salariés que les employeurs ont abusivement maintenus à un horaire de 39 h.
Le maintien du salaire ne peut effectivement dépendre d’heures supplémentaires.  
Quatre heures supplémentaires par semaine systématiquement, c’est aussi une pratique qui peut être interprétée, non comme un usage normal par l’employeur des heures supplémentaires mais comme un changement du contrat de travail qui est basés sur la durée légale. Juridiquement cela peut donner droit aux salariés de ne pas accepter ces heures systématiques, sans pour autant perdre le salaire qui leur est dû et qui ne saurait être baissé, ne serait-ce que d’un centime, contre leur gré.
Cette interprétation des 35 h freine les possibilités de changement réglementaire « indolore » des 35 h : leur assouplissement ne sera guère facile sans passer par le Parlement. Et passer par le Parlement, enclenche une bataille sociale autrement plus forte.
 
2-2-F
L’assaut de la droite et du Medef se prépare contre nos retraites
Dans son discours d’investiture du 3 juillet J.-P. Raffarin a sonné le tocsin : avant « la fin du premier semestre 2003 », il aura mis en cause le système actuel de retraites.
1°) Chaque système particulier de retraite sera revu et modifié selon un calendrier séparé. Ce sera des coups durs portés à ceux qui ont des avantages dus aux pénibilités de leur métier.
2°) Le choix de partir en retraite à l’âge qu’on veut pour « gagner plus » sera instauré. C’est la fin du « droit à 60 ans ». Vous aurez le « choix » entre travailler plus longtemps ou avoir une retraite plus basse.
3°) Il annonce des compléments de retraite avec incitation fiscale (fonds de pension). On pense tous aux faillites des tricheurs qui gèrent ces fonds et aux millions de pauvres salariés qui se sont fait gruger par ce système.
4°) Il annonce « l’équité » : ce qui signifie le même nombre d’annuités (40) pour le public et le privé : ce qui privera le privé de l’espoir d’en revenir à 37,5 annuités. Et recréera du chômage de masse. 40 annuités pour les fonctionnaires = 30 milliards d’heures de travail en moins pour les jeunes
La « liberté » de prendre sa retraite « quand on veut », c’est l’hypocrisie totale !
Comme si chacun pouvait « choisir » l’âge de son départ en retraite alors qu’il dépend de l’employeur, du nombre de trimestres, et du taux de remplacement...
Lorsque Raffarin propose d’allonger la durée de cotisation à 40 années de cotisation dans la fonction publique, une telle mesure ne couvrirait que 5 % des besoins de financement de nos retraites. Il ne propose pas de baisser le montant des retraites. Il propose même de “ garantir une retraite d’un bon niveau ”… Et, non seulement il ne propose pas d’augmenter le taux des cotisations retraites, mais il propose de les diminuer. Il veut, en effet, baisser les “ charges ” c’est-à-dire les cotisations sociales et donc les cotisations retraites.
Nous pouvons être sûrs d’une chose, c’est ce que cela entraînerait : un recul considérable de l’âge de départ en retraite et une baisse insupportable du montant des retraites.
Pour y parer, Raffarin propose les “ fonds de pension à la française ”.
Comme Chirac, il souhaite laisser la “ liberté d’épargner en franchise d’impôt pour améliorer sa retraite en organisant l’épargne individuelle et en créant des fonds de pension à la Française ”.
Or, des fonds de pension, même “ à la Française »  n’apporteraient aucune solution au problème de nos retraites, au contraire.
Comme les fonds anglo-saxons, ils sont menacés d’écroulement, de spéculation, d’échec. Qui peut encore croire aux fonds de pension, après la crise asiatique, la crise russe, la crise mexicaine, la crise brésilienne, la crise argentine ?
Qui peut encore y croire après le krach du Nasdaq et des valeurs de la “ nouvelle économie ” ?
Qui peut encore y croire après la faillite du mastodonte du secteur de l’énergie, Enron, qui laisse sur la paille des milliers de salariés et de futurs retraités qui cotisaient depuis des dizaines d’années sur le fonds de pension de l’entreprise ?
Quel salarié a encore, aujourd’hui, envie de jouer sa retraite à la Bourse après Tyco, Vivendi, les faussaires capitalistes ?
Soit ces fonds de pension constitueraient réellement un “ 3ème étage ” pour nos retraites, un étage supplémentaire. Et la question qui se pose aussitôt serait de savoir comment il serait possible à Raffarin de financer cet étage supplémentaire alors qu’il n’est pas capable de nous dire comment il va financer les deux premiers !
La retraite à la carte ?
Raffarin plaide : “ la liberté pour ceux qui veulent et qui peuvent travailler plus longtemps ”. Cette proposition n’a strictement aucun sens. Les 2/3 des salariés qui arrivent aujourd’hui à l’âge de la retraite ne sont plus au travail mais au chômage, en maladie ou en invalidité.
Raffarin doit sans doute vivre sur une autre planète que la nôtre. Mais pas à proximité des salariés pour lesquels il est impossible de parler de “ liberté ” dans le choix de l’âge de départ à la retraite. La seule liberté qui existera sera celle d’espérer pouvoir continuer à travailler jusqu’à 63 ou 65 ans pour « avoir son nombre de trimestres ».
Ou de continuer à être exclu du monde du travail à 50 ou 55 ans avec des droits à la retraite considérablement amputés.
C’est le choix entre « s’user davantage ou vivre moins bien le reste de son âge ».
En 1972, il suffisait de 30 annuités... et la retraite était pourtant à 65 ans ! Aujourd’hui que la France est plus riche, il faudrait cotiser plus...
Et cela consisterait, nous l’avons toujours dit, à faire travailler 5,5 millions de salariés pendant 36 mois de plus, c’est-à-dire à rallonger la durée du travail sur la vie plus qu’elle n’a été raccourcie sur la semaine par les 35h...
Nous engagerons une bataille nationale, avec un comité national unitaire, pour le retour aux 37,5 annuités et demie, et nous tenterons, par tous les moyens de faire obstacle à cette politique de la droite.
 
2-2-G
Combattre Raffarin, c’est aussi formuler un programme de lutte pour la réduction des inégalités, la redistribution des richesses malgré les « risques » permanents engendrés par l’anarchie du marché. Plein emploi, bon emploi ! Et sinon protection sociale maintenue.
Le Medef a écrit, sous la plume de ses principaux dirigeants, MM Seilliére et Kessler, des articles en faveur du « risque » et des « risquophiles », opposés aux « risquophobes ». En faveur « de l’aventure »de l’entreprise, contre le confort du « protégé social »...Ainsi veut-il justifier la diminution de toutes les protections sociales, en revenir à ne payer que le salaire direct, correspondant au seul temps de travail effectif, et remettre aux choix individuels l’assurance contre la maladie, la vieillesse, l’économie pour les congés payés, le logement, etc.
On notera que c’est exactement la philosophie du parti, « Démocratie libérale » dont est issu J.P. Raffarin. On notera aussi que dés qu’il y a risque, par exemple, après le 11 septembre, les « assureurs » et Denis Kessler se tournent vers l’état pour les couvrir. On notera aussi que lorsqu’un patron sur deux du CAC 40 est mis en examen, Ernest Seilliére demande à l’état de ne pas inquiéter ces « risque-tout ».
Contre les « peurs sociales » qui minent la société depuis la crise et qui ont tellement joué le 21 avril, les socialistes doivent préconiser un accroissement des « couvertures contre les risques » sociaux.
Ils ont commencé à le faire en envisageant de meilleures réparations contre les accidents du travail, l’exposition à l’amiante. Par l’instauration du Rmi. En mettant en place la CMU. En imaginant une CLU (couverture-logement universel). En instaurant une APA qui protége contre la dépendance des personnes âgées. En préconisant une « allocation-autonomie » unique pour les jeunes qui permette une vraie égalité des chances dés la formation. En taxant davantage la précarité. Il convient de le défendre pour un statut global des handicapés. En instaurant un véritable accès à un service public de la formation professionnelle tout au long de la vie.
La grande innovation socialiste qui germe derrière tout cela, est celle d’un droit à un véritable statut social tout au long de la vie, quelles que soient les variations des risques et du sort des citoyens.
Il ne s’agit pas de gérer mieux une « précarisation de la vie », « le travail en miettes », ou la réduction de la vie professionnelle à « 40 000 heures » (temps partiel sur la vie) ou encore le « rapport Boissonnat » qui décrivait l’avènement généralisé du travail précaire et intermittent. Ce n’est pas un projet qui vise à mutualiser, entre salariés seulement, entre citoyens seulement, les conséquences des pertes d’emploi, de l’exclusion, des déqualifications, des handicaps ou des accidents. Au contraire, il s’agit d’indemniser, de réparer, de taxer, donc d’imposer à ceux qui en sont la cause, le coût de tout ce qui n’est pas « plein emploi, bon emploi ».
Il s’agit de mieux garantir les pleins droits au salariat : plein emploi, bon emploi, salaires négociés collectivement, selon les qualifications acquises, dans des conventions collectives rénovées. Et, dans la mesure où les décideurs et actionnaires ne sont pas capables de garantir un plein et bon emploi - ils devront cotiser, se voir imposer la prise en charge d’un revenu social minima décent toute la vie : de la formation initiale à la retraite, de l’allocation d’études à l’allocation dépendance, en passant par un droit à formation professionnelle, à de véritables indemnités chômage... Un revenu modulé selon les capacités et besoins, les qualifications et les handicaps.
Étendre et non pas diminuer la protection sociale.
Mais ce n’est pas seulement l’impôt qui doit corriger les conséquences des plans sociaux, des dépôts de bilan, des liquidations et faillites capitalistes. On doit viser à faire partager par les actionnaires, les financiers capitalistes, les conséquences de leurs choix économiques : trop facile de licencier pour augmenter ses profits à 15 % et de laisser à l’état la réparation des dégâts sociaux provoqués. Il faut rendre les grandes entreprises si puissantes, davantage responsables des risques sociaux, donc augmenter le salaire indirect, la taxation des capitaux.
Les bonnes entreprises solides et prospères sont celles qui ont de bons salariés, qualifiés, bien payés et bénéficiant de réels droits. Il faut encourager économiquement, socialement, cette norme du CDI qualifié, à l’expérience professionnelle reconnue, du salaire négocié collectivement, du respect contrôlé et sanctionné du droit du travail, de la protection face aux risques sociaux. De façon à dissuader la recherche et la course à l’usage systématique de la précarité, du licenciement boursier, de l’exclusion hors de l’emploi.
 
2-2-H
Une nouvelle démocratie sociale : la sécurité sociale est la conquête la plus importante du peuple français. Quel beau mot « sécurité » accolé à « sociale ». Si elle est appelée ainsi, et que le mot « assurance » a été écarté historiquement, c’est pour affirmer un principe que des décennies de luttes ouvrières ont revendiqué : il s’agit d’effectuer entre salariés un prélèvement volontaire, socialisé, mutualisé, distinct de l’impôt, pour « mettre de côté », dans un « bas de laine », contrôlé par les salariés eux-mêmes, les sommes nécessaires à la protection sociale de tous et toutes. Il ne s’agit pas d’un « prélèvement obligatoire » mais volontaire. Il ne s’agit pas d’un « impôt » car l’impôt n’est pas « pré affecté », il s’agit au contraire d’une « cotisation » salariale (mais aussi imposée au patronat), qui est prédestinée, uniquement affectée à une caisse séparée, délibérément séparée pour échapper à tout détournement, tout autre usage. Cet argent-là étant celui des salariés pour leur maladie, leurs accidents, leurs charges de famille nombreuse, leur chômage, leur retraite, il ne peut pas être utilisé à d’autres fins. Ce principe de socialisation d’une part des salaires, versée dans un « pot commun » pour être redistribué en fonction des besoins est le principe le plus beau pour des socialistes, pour les français, pour la France et en exemple, aux yeux du monde entier.
C’est sur la base de la gestion de ces sommes collectées pour la protection sociale, que peut s’ériger, se justifier, se fonder le plus bel exemple de démocratie sociale. Initialement, en 1945, il fut mis en place sous une forme paritaire associant dans des collèges distincts, salariés et employeurs : les employeurs y tenaient une place proportionnelle à leur influence, environ 15 %. Les syndicats de salariés y tenaient le reste de la place et géraient en commun le budget de la sécurité sociale. Au début les systèmes étaient complexes et de nombreuses catégories de la population n’y étaient pas adhérentes ou intéressées. Mais peu à peu, l’accroissement du salariat, l’intérêt de la protection sociale ont conquis toutes les catégories qui se sont affiliées quoique avec des systèmes complexes de péréquation. On en est arrivé à une couverture concernant la quasi-totalité des Français. Le budget de 2200 milliards est supérieur au budget de la nation.
Mais paradoxalement, entre temps, la droite et le patronat ont réussi à minimiser, puis à retirer d’entre les mains des syndicats de salariés l’essentiel de la gestion de ces énormes sommes. D’abord les ordonnances de 1966-67 de Gaulle-Pompidou, qui ont dénaturé la gestion démocratique initiale, donné les pleins pouvoirs au patronat avec un pseudo »paritarisme » où celui-ci obtenait 50 % des sièges et s’alliait avec qui il voulait pour contrôler les caisses. Ensuite la suppression des élections aux caisses de Sécu (rétablies une seule fois par la gauche en 1983). Ensuite le dessaisissement progressif de toute gestion au profit du Parlement. Enfin peu à peu des « transversales » ont été mises en place, visant à fiscaliser les cotisations sociales et à les faire rentrer dans le pot commun de l’impôt, loin des principes initiaux de « sécurité sociale ».
Paradoxalement le Conseil constitutionnel a récemment montré son inconsistance juridique (mais ses déterminations politiciennes), au cours des dernières années, tantôt à tort, en décidant que la CSG (« contribution » sociale généralisée) était en fait un impôt, tantôt en interdisant au gouvernement de prélever sur les cotisations sociales pour financer les 35 h. Jamais, jamais Martine Aubry n’aurait dû proposer, dans sa loi, de faire payer par les Caisses des salariés, le dédommagement aux employeurs pour les 35 h.
Si nous voulons avancer vers le socialisme dans ce pays, il faut s’appuyer sur ce qui est déjà socialiste, il ne faut pas mettre en cause ce qui est socialiste. Cette question n’est pas secondaire, elle repose sur... 2200 milliards (de FF, en euros...), notre santé, nos retraites et le rôle de nos syndicats, celui du salariat tout entier. À côté, de nombreuses questions ont moins d’importance théorique et pratique... Elles ne valent pas un siècle d’histoire et de luttes, elles ne valent pas de batailles aussi centrales...
Nous voulons retrouver, conserver, rétablir tous les principes de la « Sécu » et même changer la constitution en conséquence (suppression du Sénat, élections à toutes les caisses, gestion démocratique, contrôlée, ouverte de notre Sécu, en navette entre le « Parlement social » et l’Assemblée nationale, cette dernière décidant après implication, proposition, consultation des partenaires sociaux qui gèrent les caisses.
·        Ceci implique un grand bond en avant pour les syndicats dans la gestion de la sociale (caisses de Sécu) - comme dans la justice au travail (prud’hommes) et les élections professionnelles (DP, CE, CHSCT).
·        Ceci signifie des élections au suffrage universel des ayants-droits selon le principe, « un humain une voix »,  des scrutins réguliers, responsabilisation dans les choix de gestion en navette avec le Parlement. (Et cela tranchera enfin une question béante depuis que le Medef a boycotté les caisses...)
·        Cela devrait être l’occasion de nouveaux critères de représentativité, des financements publics transparents au plus prés des instances concernées pour tout le mouvement syndical,
·        Il devra être établi une règle majoritaire pour tout accord, de branche, d’entreprise, droits nouveaux de contrôle des entreprises (bilan comptables, transparence) avec avis conforme des DP, CE, ...
Si nous voulons une démocratie sociale, des négociations, une véritable implication des salariés dans la vie des entreprises, dans la vie de leur protection sociale, ce choix devrait décupler la cohésion sociale, les échanges fructueux entre producteurs, dans l’intérêt d’une économie sociale de marché, c’est la voie efficace à suivre.
Tout part du mouvement social. Il faut profiter de la résistance que démontrera le mouvement social face à la droite Chirac-Raffarin pour oser proposer un véritable programme socialiste alternatif. Le patronat est conscient, qu’un tel programme est crédible, c’est pourquoi il y a tant de silence, tant d’ignorance cultivée, tant de désertion dans la gestion, des caisses, tant de confusion historiquement entretenue sur les origines de la Sécu. Les libéraux veulent en tuer l’idée !  Ils veulent accélérer la pression pour le démantèlement de tous les acquis, du droit du travail et l’abrogation des statuts protecteurs obtenus par les salariés lors des grandes luttes du XX° siècle
Il faut s’appuyer sur le climat de luttes qui a existé entre 1997-2000 et qui n’est pas éteint malgré le 21 avril. Il faut profiter des élections prud’homales du 11 décembre 2002 pour faire de la propagande en ce sens.
Il faut travailler dans les syndicats pour clarifier ces questions, car elles sont en débat sans être tranchées. Tous les syndicats sont concernés, mais il y a un rôle particulier de la CFDT, car le pouvoir va essayer de se l’approprier, pour jouer la division, c’est sûrement en son sein qu’énormément de questions vont se trancher. Mais également dans la CGT, car des secteurs s’avèrent de plus en plus vulnérables à des dérapages, des bradages, aussi bien sur les retraites que sur la Sécu. Paradoxalement, malgré ses lourdes contradictions, FO est sur ces questions un point de résistance plus important.
Entre tous les syndicats, des Sud à l’UNSA, de la CGT à FO, et CFDT, nous ne sommes ni partisans, ni claniques, tous nos militants ont en permanence en vue, qu’il n’y a pas de raison objective à la division syndicale. Tous les débats pourraient se mener dans une même confédération, à condition que des critères de démocratie, d’indépendance, et d’ouverture soient respectés. Nous ne négligeons ni ne méprisons aucune composante, même minoritaire. Mais nous savons que la division et la dispersion syndicales n’aident en rien le mouvement social. Le but du syndicalisme n’est pas de s’aligner sur les particularismes des chapelles idéologiques existantes, au contraire il est de les dépasser, de les assembler, de les faire agir en synergie sur les revendications qui leur sont communes. Tous les salariés ont en commun leur contrat de travail : ni divergence philosophique, religieuse, politique, ne devraient empêcher la discussion, la réflexion, l’action commune dans un syndicalisme confédéré.
La Gauche socialiste s’est battue pour l’unification du syndicalisme étudiant et a pesé victorieusement en ce sens. Pour, elle, cet exemple dans la jeunesse devrait être un exemple pour tous les salariés, surtout en France où les adhésions aux syndicats n’ont jamais été aussi fortes qu’en 1935 et 1945 lorsqu’il y avait une unité organique. Évidemment, cela implique de respecter les traditions, les sensibilités, l’indépendance des syndicats, de leurs composantes historiques, et exige une totale, une implacable, intransigeante règle démocratique.
 
2-2-I
École, contre la marchandisation de la formation
Ici reprendre J.L. Mélenchon et bilan Daniel Assouline
 
2--2-J
Santé : contre la privatisation de la Sécu, projet de Mattei
Ici reprendre article sur hôpitaux, luttes à venir, santé publique contre cliniques privées
 
2-2-K
Contre la politique de Roselyne Bachelot de remise en cause des avancées acquises par la gauche plurielle
pour une issue positive au sommet de Johannesburg (reprendre les sept points du Monde diplo..) Développement important
Pour sauver la planète, il est indispensable que les puissants de ce monde adoptent, à Johannesburg, au moins sept décisions capitales :
·        1) un programme international en faveur des énergies renouvelables, centré sur l’accès à l’énergie dans les pays du Sud ;
·        2) des engagements en faveur de l’accès à l’eau et de son assainissement en vue de réduire de moitié, d’ici à 2015, le nombre de personnes privées de cette
          ressource vitale qui est un bien commun de l’humanité ;
·        3) des mesures pour protéger les forêts, comme prévu par la convention sur la biodiversité adoptée à Rio en 1992 ;
·        4) des résolutions pour mettre en place un cadre juridique instituant la responsabilité écologique des entreprises et réaffirmant le principe de précaution comme
          préalable à toute activité commerciale ;
·        5) des initiatives pour subordonner les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) aux principes des Nations unies sur la protection des
          écosystèmes et aux normes de l’Organisation internationale du travail (OIT) ;
·        6) des règlements pour exiger des pays développés qu’ils s’engagent à consacrer un minimum de 0,7% de leur richesse à l’aide publique au développement ;
·        7) des recommandations impératives, enfin, pour annuler la dette publique des pays pauvres.
 
2-2-L
Non au brevetage du vivant
cf Marie-Noëlle Lienemann
 
Troisième partie
Un autre monde est possible
Le socialisme est une idée neuve, un programme mondial
De Seattle à Porto Alegre
Face au chaos, à l’empire américain
 
3-A : Rompre avec le capitalisme
Les conditions d’une sortie de la crise de surproduction et de la récession qu’elle a enclenchée sont réunies depuis le milieu de la dernière décennie du siècle précédent : des politiques de relance ont été remises à l’ordre du jour, et, pour augmenter les profits, des mesures protectionnistes surprenantes de la part d’intégristes libéraux ont également été mises en oeuvre. Georges Bush, mal élu, initié des affaires pétrolières, va t en guerre contre le désordre mondial, n’hésite pas à braver quand cela lui chante les décisions de l’OMC qu’il impose pourtant aux autres. L’empire américain profite, sans principe, du chaos mondial, y décide unilatéralement des affaires et des armes, selon ses seuls intérêts.
C’est l’époque que nous avons tant de fois décrite du nouvel age du capitalisme, de la domination financière, celle qui domine la recherche féroce de nouveaux marchés, qui affame le tiers-monde, organise la marchandisation de toutes les protections sociales, et la privatisation notamment, des services publics.
29 entreprises multinationales comptent parmi les 100 premiéres « entités » les plus riches  du monde, nous apprend la Cnuced, ce qui signifie que ces multinationales prennent leur place parmi les 100 premiers pays., Exxon Mobil étant situé juste derrière le Pakistan mais devant le Chili, Général Motors, Ford, Daimler-Chrisler se situant devant le Pérou, le Nigéria, le Koweit et l’Ukraine...La premiére multinationale fraçaise émerge à la 74° place...
Les critères libéraux imposés en Europe par la banque centrale et les droites au pouvoir se sont toujours opposées à une vaste relance, une vaste redistribution : pas de déficit, pas d’inflation, pas de dette... Donc pas d’utilisation des marges de manœuvre budgétaires pour la relance l’investissement, les services publics, le social. Elles ont le credo de l’euro fort, de l’argent roi, de la hausse sans limites des taux de profit.
Les choix majeurs imposés par les libéraux sont ceux de la baisse des impôts, de la baisse des cotisations sociales, de la facilitation des profits, par toute mesure permettant spéculations et absence de contrôle et soumettant l’avenir de tous les pays, dont le nôtre, au capitalisme financier. Contre les retraites, contre les salaires, contre les acquis sociaux. Pour des marges de profit toujours plus élevées, à court terme, sans considération de développement durable ni de satisfaction des besoins humains. Toutes les affaires Enron, Tyco, Worldcom, Imclone, United Airlines, Vivendi, France télécom, (un patron du CAC 40 sur deux, en France, est mis en examen) sont parfaitement indicatrices non de « dérèglement » du système mais de la réalité du fonctionnement ordinaire du système capitaliste, de ses errements, de ses tricheries... pour atteindre ces objectifs. Délits d’initiés, fraude bancaire, obstruction à la justice, parjure, faux et usages de faux, trafics de bilans comptables, abus de biens sociaux, sont les mamelles du capitalisme financier.
Sans mettre en cause ce pillage des requins de la finance, sans dénoncer ces jeux de Bourse, aux règles incontrôlables, il n’y a pas de projet socialiste, pas de réponse à la dérégulation mondialisée, pas d’Europe sociale. Ceci est connu de notre peuple : même les plus humbles des salariés et des chômeurs qui ne connaissent rien en économie savent cela d’instinct, et les propagandes de la Bourse, des jeux d’action, des grandes fortunes sont vomies par des millions de nos concitoyens qui savent que c’est là qu’est le mal, c’est là ce qu’il faut combattre, c’est à cela qu’il faut proposer un système économique alternatif de réglementation démocratique, sous un réel contrôle des peuples.
Non seulement l’horizon n’est pas capitaliste, mais il n’y a pas d’horizon humain sans rupture avec le système capitaliste en vigueur.
 
3-B : Après la chute du mur de Berlin, l’empire face au chaos mondial
... L’écroulement du stalinisme soviétique, la guerre du Golfe, de Bosnie, les guerres barbares de Somalie, du Rwanda, du Burundi, des grands lacs, d’Angola, la guerre du Kosovo, Algérie, Tchétchènie, Colombie, les attentats criminels du 11 septembre, la guerre en Afghanistan, et la guerre au Moyen-Orient, c’est le désordre mondial qui s’est installé.
Pour y faire face avec les méthodes de la guerre et non celles de l’expansion et de l’entr’aide, W Bush a accru les dépenses militaires de 48 milliards de dollars, davantage que le total de l’aide publique au développement reçue par l’ensemble du tiers-monde.
Le système libéral mondial, le règne du capitalisme financier, favorisent la faim, les guerres, les catastrophes dites « naturelles », les ravages écologiques, les pandémies, les dettes odieuses, les régimes dictatoriaux, les réseaux terroristes de l’ombre, les trafics mafieux, les paradis fiscaux, le regain de la criminalité financière et politique internationale sans foi ni loi.
Les entreprises, et leurs chefs incontrôlables, ont acquis des puissances supérieures et des formes de souveraineté étrangères à la définition territoriale des états, les faisant échapper à tout contrôle, à l’intersection entre économie délinquante et économie transnationale en général.
Ils ont transformé l’Argentine en terre de misére, avec 19 millions de pauvres sur 36 millions d’habitants, 8,4 millions de presonnes souffrant de la faim, 22 % de chômeurs officiels, et une inflation de 34,7 % (site officiel de la présidence argentine, Indec).
L’impérialisme US dominant ne peut et ne veut ni pacifier, ni « sauver » le monde, il fait face difficilement, écartelé, aux propres kraks de son économie, aux ruines des anciens pays de l’Est, aux tragédies du tiers-monde... et à ses propres réseaux renégats du type de la secte Ben Laden.
Si la violence armée prévaut dans « les suds », ce n’est pas par archaïsme ni « sauvagerie culturelle »  mais comme résultat de l’expulsion vers le sud par les pays dominants, des causes de la violence. L’empire américain ne cherche à assumer aucune fonction protectrice ou réparatrice, vis-à-vis de ses auxiliaires, dictateurs corrompus ou bandes mercenaires égarées. Il cherche à repousser le désordre, à le contenir hors de ses frontières et zones d’influence économiques, par des normes financières (OMC, G8, OCDE, FMI, BM, BERD, BEI, BCE, Davos...) ou des expéditions militaires (Golfe, Kosovo, Somalie, Afghanistan), réprimant, sans chercher à conquérir ni à guérir les symptômes du désespoir issu de sa politique.
C’est le système du leadership unique dans un monde considéré comme un chaos aléatoire. Il endigue, dissémine, réprime mais n’assume aucune contrepartie sociale de son rôle dominant.
Après les abominables attentats du 11 septembre à new York, perpétrés par des renégats de la CIA, des intégristes, capitalistes, réactionnaires dangereux, les dirigeants américains ont utilisé tous les moyens de la guerre, en se refusant à utiliser tous les moyens de la paix. Ils n’ont en rien modifié leur politique vis-à-vis du tiers-monde, ni du Moyen-Orient, pire, ils envisagent tout à la fois de couler le sommet de Johannesburg et d’engager une nouvelle guerre contre l’Irak.
Ce capitalisme n’envisage ni de traquer sérieusement l’argent sale, ni d’imposer la transparence financière, ni d’éradiquer les paradis fiscaux, ni de tarir les sources des terroristes, des fraudeurs, des trafiquants : il ne veut pas s’attaquer aux causes, aux racines du mal, car il en est lui-même le reflet, le complice, « l’autre face ». Alors il déclare vouloir mener la guerre « par tous les moyens militaires à sa disposition, ouverts et secrets » avec le même type d’organisations secrètes, de coups tordus, de financements mafieux dont il n’a cessé d’user depuis la guerre froide, contre le Vietnam, l’Amérique latine, l’Afrique.
Des « riches malfaiteurs »  (selon l’expression de Théodore Roosevelt), une aristocratie d’affaires, dirigent et conduisent au gouffre des pans entiers de l’économie, truquent les comptes, et dépouillent des millions de travailleurs et de pauvres de leurs moyens de survie. Jamais la liste n’a été aussi voyante, d’Enron à Worldcom en passant par Tyco, Xerox, Arthur-Andersen, Mercks, Aol Time Warner, hier Maxwell, Léo Kirch et aujourd’hui Jean-Marie Messier, des multinationales et des aventuriers et fraudeurs, dirigeants du capitalisme : un patron français sur deux du CAC 40 est mis en examen. Un PDG sur deux ne signe pas le « serment » de la SEC sur la propreté des comptes aux USA (Le Monde, 15 août). Ces escroqueries boursières, ces spéculations cyniques, ne sont pas une aberration dénaturée du système, elle lui sont consubstantielles, elles en sont l’expression, parfois cachées, parfois voyantes, mais toujours présentes. Des dirigeants des plus grands pays comme Bush, Chirac, Poutine y sont liés : secrets d’initiés, abus de biens sociaux, financements occultes, réseaux pétroliers, lobby militaro-industriel, les forment, les font élire et les protégent. Ils privent les états nations et les peuples de leur souveraineté. Le « clan pétrolier texan » fait valoir sa loi au monde entier, contre Hugo Chavez et le peuple vénézuélien, ou par-dessus le peuple afghan en nommant Hamid Karzaï, conseiller de l’Unocal, à la présidence. Il cherche aussi à nommer d’autres Hamid Karzaï pour diriger les peuples irakiens ou palestiniens à la place de Saddam Hussein ou Yasser Arafat.
En retour, ces grands commis du capital comblent leurs mandants, par des commandes militaires supplémentaires, des cadeaux fiscaux, des privatisations scandaleuses, des diplomaties secrètes entre dirigeants des grands conglomérats industriels et financiers, par le refus des traités sur les armes biologiques ou antipersonnelles, ou celui de Kyoto sur l’effet de serre, par le boycott ou la paralysie du sommet de Johannesburg, par le refus de tout tribunal pénal international. Ils marginalisent l’ONU. Ils encouragent l’arrogance de l’OMC, favorisent la dissémination des OGM, le tout nucléaire, les trafics d’armes, mais freinent toute mise en oeuvre des recommandations de l’OMS ou de l’OIT... Ils ont organisé la prolifération nucléaire, favorisant de terribles guerres comme hier entre l’Irak et l’Iran, et aujourd’hui entre l’Inde et le Pakistan, ils ont fixé la liste de leurs ennemis présents, « l’axe du mal », Libye, Iran, Irak, Syrie, Corée du nord, et futurs, la Chine.
 
3-C : mais le peuple mondial se réveille...
Pour autant, le capitalisme n’est pas « victorieux », sa puissance n’est illimitée, il est au contraire, selon nous, et davantage depuis 1989, mis à nu, en crise profonde. Il est arrogant, économiquement, militairement, culturellement mais pas tout-puissant : il engendre chaque jour les forces sociales, les aspirations, les luttes et les idées neuves qui le renverseront.
La colère du « peuple mondial » est encore virtuelle, naissante, fragile, mais elle se dresse contre l’empire de Seattle à Gênes et Porto Alegre, sa tradition se nourrit des « grandes révolutions » de 1649, 1793, 1848, 1971, 1917, 1968, elle veut annuler la régression barbare « libérale » en cours. Alors que l’analyse libérale veut faire croire que la fin de l’URSS était la fin du « socialisme réel », cette opinion qui progresse peut faire penser qu’il s’agit de son commencement.
Le XXIe° siècle va être, selon nous, l’histoire du renversement de ce système, et celui de l’accouchement d’une nouvelle société mondiale, opposée point par point aux crimes et gabegies du capitalisme, une république sociale universelle libre, égale, fraternelle, démocratique.
Il sera le siècle des organisations internationales, du contrôle démocratique, du développement durable, celui de l’annulation de la dette, celui des investissements dans les pays en développement, celui de la fin des diktats du FMI, celui où l’OIT travaillera à parité avec l’OMC de façon à rendre le droit du travail constitutif du droit de la concurrence.
Nous ne voulons pas d’OMC sans OIT, sans OMS, sans OME, sans ONU. Nous voulons la transparence boursière, bancaire, l’épuration de la fraude et des fraudeurs, la taxation des mouvements de capitaux, la réforme du droit des sociétés, des tribunaux de commerce, la réforme des règles de la concurrence incluant le respect du droit du travail, la réglementation de la sous-traitance, des critères de passation des marchés au niveau national et international. 
 
3-D : L’Europe fédérale, sociale
De Gênes à Barcelone, chacun a noté ce phénomène exponentielle qui aboutit à ce que chaque semestre, les manifestations pour l’Europe sociale soient de plus en plus fortes. Alors qu’à Porto encore, il ne s’agissait que de démonstrations des « directions syndicales » voilà que de Nice à Laeken, ce sont des centaines de milliers de salariés, de jeunes qui défilent dorénavant, plus que ce que tous les dirigeants de la CES n’envisageaient.
Il y a eu déjà des premières grèves européennes de cheminots, de routiers, et l’on voit se constituer l’Europe des luttes sociales. Les masses commencent à prendre en main les affaires que les technocrates de Bruxelles se croyaient réservées. Ce n’est qu’un début, nous l’avons dit mille fois : la monnaie unique encourage au combat pour un salaire minimum européen (1200 euros par mois), les 35 h en France, en Allemagne, en Belgique, posent la question à l’Italie, à l’Espagne, et à toute l’union européenne. À force de privilégier l’Europe des marchands et des banquiers, les dirigeants vont voir se dresser l’autre Europe, celle des salariés, des syndicats, des grèves et des manifestations.
Nous sommes favorables à une Europe fédérale car c’est cette orientation qui vise à garantir un contrôle citoyen, un fonctionnement démocratique, une suprématie du politique sur l’économique. Moins l’Europe est organisée, plus les multinationales y règnent, plus le marché est incontrôlable. C’est pourquoi les libéraux, en Europe comme ailleurs, (Amérique du Nord, Amérique du sud, Asie) sont favorables à tous les élargissements sans conditions d’échanges ni de droits sociaux.
Nous sommes opposés à tout nouvel élargissement de l’Europe sans garanties, constitution démocratique, sans garanties sociales, (salaires, durée du travail, garanties de l’emploi, droits syndicaux).
ci dessous Amendement intégré à la partie Europe  (Harlem)
Il est devenu essentiel pour les socialistes de montrer en quoi l’Europe qu’ils veulent est une réponse à la brutalité sociale et à la dépossession démocratique engendrée par la mondialisation libérale.
Les socialistes doivent dire comment, en tirant les leçons des années 97-2002 et de la dérive libérale de la construction européenne, dérive dont le sommet de Barcelone restera le symbole, ils comptent mettre la puissance économique de l’Europe au service d’un modèle social de haut niveau et de la conquête de nouveaux droits. Ils doivent dire que c’est pour cela et pour une Europe qui pese dans le monde face aux Etats Unis, pour la paix, la justice, le développement durable, qu’ils veulent une Europe politique plus intégrée. Pas pour renforcer les institutions actuelles. Mais pour remettre la volonté des citoyens dans le poste de commande.
Dans le débat qui va se dérouler au sein et autour de la Convention pour l’avenir de l’Union, si les fédéralistes de gauche n’ont à proposer que les « acquis » et la « méthode communautaire », c’est l’option défendue par MM. Aznar, Chirac et Blair, avec le soutien du Président de la Convention, Giscard d’Estaing qui l’emportera : celle d’une présidence du Conseil renforcée, bloquant l’Europe à la case intergouvernementale et perpétuant l’opacité et les limites actuels.
L’Europe a besoin d’institutions nouvelles.
L’heure est venu de batir une véritable démocratie parlementaire européenne. La Commission doit être transformée en un gouvernement européen constitué à partir de la majorité issue des élections européennes. Ainsi se créera un lien direct entre l’executif européen et le vote des citoyens. Le Parlement européen doit être doté de la plénitude des pouvoirs législatifs et budgétaires pour pouvoir adopter à la majorité, avec le Conseil, les mesures de progrès social, d’harmonisation fiscale, de financement de la recherche ou des grands travaux européens, repondant aux besoins et à l’intérêt collectif de l’Union.
Les socialistes européens doivent se battre au sein de la Convention pour une Constitution sociale de la Fédération européenne, c’est à dire pour que le futur traité constitutionnel établisse les conditions d’une harmonisation sociale vers le haut, comme le traité de Maastricht avait établit les conditions de la convergence monétaire vers la monnaie la plus forte. Ils doivent demander un chapitre sur les services d’intérêts général qui favorise la mise en réseau européen et la modernisation des services publics et pas leur démantèlement suivant les règles du « marché intérieur ». Un moratoire sur les libéralisations doit être appliqué tant qu’une directive cadre n’aura pas garanti la pérennité et le développement des services publics dans l’Union.
Les socialistes doivent demander que les objectifs de la banque centrale européenne soient complétés pour inclure la croissance et l’emploi, ainsi qu’un réaménagement du Pacte de stabilité afin de pouvoir mener des politiques monétaires et budgétaires actives stimulant l’investissement et la croissance.
 
3-D : La Gauche socialiste, en se construisant, cette dernière décennie, s’est internationalisée. Elle a essaimé en Europe par une action volontariste au sein du Parti socialiste européen. Cela s’est traduit par la création, le développement du « Club des Républiques sociales européennes ». des réunions régulières, des documents communs, une plate-forme internationale lors du congrès du PSE de mai 2001 constituent des avancées d’autant plus positives qu’elles ont été effectuées avec la participation de la motion 3 dirigée par Henri Emmanuelli.
Nous avons en effet pu associer dès le départ au niveau international prés de 27 % du Parti socialiste français dans cette orientation qui vise à introduire débats et démocratie au niveau des partis sociaux-démocrates européens, à y défendre une orientation d’ensemble pour une Europe fédérale, démocratique et sociale contre le libéralisme qui la préside encore aujourd’hui.
Nous avons également engagé une action dans le cadre des batailles internationales contre la mondialisation libérale. Nous avons été présents aux deux sommets de Porto Alegre et avons pu y apparaître, faire connaître nos orientations en tant que composante du parti socialiste français, et des partis sociaux-démocrates européens. Ce n’était pas acquis d’y trouver notre place, de nous lier aux dirigeants du Parti des travailleurs brésiliens, au forum de Sao Paolo, de cohabiter avec toutes les forces vives qui s’y trouvaient représentées.
Porto Alegre, c’est 80 000 participants venus de 131 pays... Un rassemblement international sans précédent historique de mémoire de militant internationaliste. Le « congrès des peuples d’Orient » qui s’était tenu à Bakou en 1921, les réunions internationalistes antifascistes d’Amsterdam Pleyel, les convergences en Europe, pour l’Espagne ou le Portugal, contre la guerre du Vietnam, ou, plus récentes, lors des « sommets » des 15, de l’OMC ou des « G8 » n’ont pas encore atteint cette importance.
Ce deuxième sommet de Porto Alegre s’inscrit dans la série de manifestations de Seattle, Porto, Göteborg, Prague, Nice, Gênes, Laeken, mais il a sa caractéristique propre : il est le produit partiellement spontané d’une lame de fond. Malgré l’infériorité en matière de financement et de communication des forces opposées à la mondialisation libérale dominée par l’impérialisme américain, elles l’emportent en nombre, en détermination, en symbolique sur le forum de Davos, devenu minoritaire.
35 000 Brésiliens, 15 000 jeunes, 281 langues parlées, 700 ateliers et 26 forums différents, 10 jours de débat de haut niveau, on y trouvait des intellectuels réputés, des vieux militants chevronnés, des paysans sans terre, des « intouchables » venus d’Inde, des Américains éclairés, des Argentins en révolte, des responsables syndicaux d’envergure, et une jeunesse magnifique. Mélange de syndicalistes, d’associatifs, d’ONG, d’élus de tous les tendances de la gauche mondiale, il n’y avait aucune exclusive possible (au désespoir de quelques sectaires qui ne rêvaient que de cela) car le rassemblement était ascendant, productif, porteur d’un immense espoir partagé.
Nos orateurs Gauche socialiste, étaient nombreux et reconnus, tant dans le forum parlementaire que dans les divers forums spécialisés.
Parmi les premiers thèmes développés, il y avait des tables rondes avec des maires de grandes villes de toute la planète qui décrivaient leurs efforts pour l’intégration sociale dans leurs communes. Ainsi, purent s’exprimer, en comparant leurs expériences, les maires de Sao Paulo, Porto Alegre, Paris, Rome, Genève, de Lyon, de Bruxelles (Freddy Thielmans, maire Gauche socialiste) mais aussi de Bègles, de Limeil-Brévannes, d’Athis-Mons et de...Belfort.
Il a été proposé une conférence des maires des quinze plus grandes villes du monde (Mexico, Shanghai, Canton, Le Caire, Sao Paulo, Calcutta, Manille, Lagos...) qui pourrait se tenir sous l’égide du Forum.
D’autres personnalités vinrent s’exprimer dans des forums spéciaux, ou les auditeurs étaient nombreux : ce fut le cas pour Noam Chomsky ou Susan Georges, pour le juge Garzon parlant de la délinquance financière internationale, de Ricardo Petrella parlant de l’eau dans le monde, ou pour le forum présidé par Bernard Cassen (Le Monde diplomatique et ses réseaux étant très diffusés au Brésil).
Jean-Luc Mélenchon déjà présent en octobre 2001 au forum mondial de l’éducation a poursuivi son investissement dans la définition d’un programme mondial de lutte contre la marchandisation de l’école, au cours des réunions qui se sont tenues parallèlement au 2° forum social mondial. Il a animé un séminaire sur « une autre éducation est possible et nécessaire » avec des participants de la FSU (Gérard Aschieri, Louis Weber) avant de signer avec le maire de Porto Alegre, Tarso Genro une déclaration commune de coopération
Plus de 1100 parlementaires (dont 77 italiens et 76 français) ont débattu de l’alternative à la mondialisation libérale pendant deux jours
Attac a émergé dans quarante pays. En France, elle s’est développée après novembre-décembre 1995, et compte 28 000 Membres et 230 comités locaux. Intellectuels, syndicalistes font le cocktail détonant qui assure la réussite d’Attac qui s’est assigné « d’emblée une mission d’éducation populaire orientée vers l’action contre la dictature des marchés, et, d’autre part, qu’elle place cette mission dans un cadre non seulement international, mais également internationaliste, la solidarité avec les sociétés des autres pays du monde se situant au centre même de sa démarche ». (Plate-forme d’Attac). D’où la parfaite adéquation d’Attac avec le forum social mondial.
La Gauche socialiste est investie aux cotes d’Attac et de plus en plus nombreux sont ses militants qui y agissent.
À Porto Alegre, un meeting de la République sociale européenne s’est tenu avec le forum de Sao Paulo dans le local du Parti des travailleurs. Il fut annoncé par 30 000 tracts en trois langues, et permit de se connecter entre les gauches socialistes d’Europe et les gauches d’Amérique latine. Étaient présents un membre du parti communiste cubain, un représentant du Frente Amplio d’Uruguay, et un dirigeant du parti des travailleurs, Aloïsio Mercadante, Bernard Pignerol, Pierre-Yves Maillard, Vicent Garcés (espagnol spécialiste de la souveraineté alimentaire), Detlev von Larcher, Olga Zrihen, et nos orateurs.
Par sa présence tout au long du forum, par son stand permanent, par les prises de parole de ses élus, de ses délégués, jeunes, maires, ministres, la Gauche socialiste et la République sociale européenne, se sont fortement impliqués et inscrits dans cet immense rassemblement historique contre la mondialisation libérale. C’est un travail irremplaçable qui a fait connaître la Gauche socialiste dans le monde.
De même lorsque nous travaillons à faire triompher la taxe Tobin au Parlement français (amendement Julien Dray, comité Attac parlementaire animé par Yann Galut) et au Parlement européen (combat de Harlem Désir pour un rassemblement mondial et européen des parlementaires en ce sens, pour une réforme de l’OMC, etc.)
 
3-E : Pour la République sociale universelle
Notre pays a des acquis de luttes et des acquis sociaux exceptionnels par rapport au monde actuel. Deux grèves générales en trente ans, de 1968 à 1995 les ont conservés et développés.
En 1995, un journal italien « La Repubblica » écrivait : « L’Europe est un volcan et quand la lave veut sortir, elle choisit Paris ». Depuis, il y a eu d’autres grèves générales exceptionnelles, en Italie les 13 mars et 16 avril contre Berlusconi, en juin dans l’état Espagnol, contre Aznar et toute l’Europe
Quatre cent mille salariés et jeunes se sont retrouvés en liesse à Barcelone le 16 mars. De semestre en semestre, chaque sommet européen, est l’occasion de démonstrations de force de plus en plus populaires, les mots d’ordre se précisent, les échanges se développent par branche, entre pays, l’internationalisme syndical et démocratique se développe contre le mondialisme capitaliste et libéral.
Il y a eu trois millions de manifestants, le 23 mars, à Rome, venus de toute l’Italie.
C’est une fantastique mobilisation, tous les syndicats ont participé, toute la gauche commence à revivre, à la place qu’elle n’aurait jamais dû quitter, combative, pour s’opposer à une nouvelle loi sur les licenciements. La coupure entre gauche modérée et gauche radicale, s’est en cette occasion atténuée, et c’est le bon chemin à suivre.
Le même processus s’amorce dans l’état espagnol. L’Europe n’est pas « bleue », les luttes montent, de nouveaux mouvements de type Attac, naissent dans la jeunesse surtout.
Nous ne travaillons pas dans un cadre chauvin, nationaliste, mais dans un cadre internationaliste, européen, mondial.
La Gauche socialiste a défini un programme d’ensemble et une méthode d’action collective irremplaçable. Nous combattons pour la République sociale, contre les institutions de la V° République, pour la démocratie contre les multiples formes de dictature aveugle du marché libéral.
Nous sommes pour la restitution de sa souveraineté au peuple contre les chefs d’entreprise banqueroutiers, contre les puissances obscures de la spéculation, contre les immenses fortunes détournées sur les fruits du travail et des travailleurs.
Nous sommes prêts, à partir de cette contribution, à définir avec toute la gauche les idées, voies, moyens, idées, qui permettent de rassembler les forces sociales qui peuvent construire cette république sociale.
Nous ne sommes ni une secte, ni une avant-garde autoproclamée, nous nous situons au cœur de la gauche, dans notre pays et dans le monde, conscients de ce que nous pouvons apporter et de ce que toutes les autres forces de gauche possèdent, cultivent, développent.
Nous ne voulons pas « cliver » mais rassembler, pas « séparer » mais unifier, pas « diviser » mais entraîner : nous ne voulons pas être aux marges de la gauche mais au cœur de celle-ci. Nous ne donnons pas des leçons pour appeler « les gens » à quitter un grand parti pour en rejoindre un petit, ou pour en faire un autre, nous essayons de transformer la gauche dans son ensemble, de la faire travailler, agir, construire ensemble.
Notre démarche de république sociale n’est pas séparatiste mais universelle, elle se veut globale, ouverte, dynamique.
Nous ne sommes pas opposés à la « mondialisation » si on l’entend par internationalisation, si l’on veut « réglementer la mondialisation » et non pas « mondialiser la derèglementation ».
ici Proposition d’amendement intégrée au passage sur la mondialisation. (Harlem)
Les socialistes doivent proposer que l’Union soit la première zone s’appliquant à elle-même une taxe Tobin sur les transactions finacières internationales, premier impôt de solidarité mondiale, de même qu’elle a décidé d’appliquer le protocole de Kyoto sans attendre les autres pays.
L’Europe doit proposer la création de « fonds structurels mondiaux » pour aider les pays du Sud à faire face à leurs besoins vitaux dans des domaines comme l’accès à l’eau, aux énergies renouvelables, à l’éducation, à la santé. L’accès à ces biens publics mondiaux doit relever d’une logique de mondialisation des droits fondamentaux de l’être humain et non de la marchandisation.
Les socialistes doivent demander que l’Europe regroupe ses droits de vote au sein du FMI et de la Banque Mondiale, pour réformer leur fonctionnement, remettre ces institutions publiques mondiales au service du développement, de la lutte contre la pauvreté, du rattrapage des retards dans les pays du Sud, pour y obtenir l’annulation de la dette et imposer le respect des stratégies de développement et des modèles de société que se choisissent les peuples. Avec une « exception service public » contre les privatisations ou les libéralisations forcée imposées de l’extérieur par les organisations internationales, comme il y a une « exception culturelle » contre les interventions de l’OMC dans ce domaine.
Les socialistes doivent soutenir l’abandon des subventions aux exportations agricoles qui ruinent les petits agriculteurs du Sud et demander que l’Europe donne la priorité au sein de l’OMC, non pas à la libéralisation des services, des marchés publics et des investissements, mais à l’intégration régionale (Mercosur, etc.) qui permet la diversification économique, un développement maitrisé, et l’émergence d’un monde multipolaire. Ils doivent défendre la reconnaissance d’une hierarchie des normes internationales qui place les conventions sociales de l’OIT dont les pouvoirs de sanction doivent devenir effectifs, les accords multilatéraux sur l’environnement, ceux de l’OMS sur la santé et l’accès aux médicaments, au-dessus du droit commercial. C’est à dire un nouvel équilibre de la gouvernance mondiale.
On devrait pouvoir faire appel d’une décision de l’OMC devant les agences compétentes des Nations Unies, l’OMC devrait être réintégrée en son sein et placé, comme le FMI et la Banque Mondiale, sous la responsabilité d’un Conseil de sécurité économique et social veillant à la cohérence de leurs actions et au respect des objectifs de développement durable qui seront débattus au sommet de la terre de Johannesbourg. L’Europe doit demander une véritable transparence, l’ouverture aux ONG et le renforcement du contrôle parlementaire sur les organes du FMI et de l’OMC.
Les socialistes doivent faire de l’Europe l’instrument d’un nouvel internationalisme qui donne un débouché aux revendications et aux aspirations du mouvement social mondial qui a vu le jour de Seattle à Porto Alegre.
 
Quatrième partie
Les moyens politiques
Représenter, unifier la force sociale majoritaire : le salariat
 
4-A : La Gauche socialiste n’est pas seulement un courant du Parti socialiste, elle est un courant de la société.
Ses militants sont engagés dans les associations (Attac) dans les syndicats, (en priorité les grandes confédérations... mais tout syndicat combatif, représentatif) dans les mouvements de jeunesse (UNEF, FIDL, SOS-racisme...).
Sans mouvement social, nous ne sommes rien. Tout part du mouvement social et y revient. En passant par un programme et un débouché politique.
À la différence de la droite, et de ses partis politiques, les forces d’un Parti socialiste comme de toute la gauche, doivent se nourrir des activités citoyennes, militantes, syndicales, sinon elles se dessèchent et sont condamnées à périr. Des socialistes qui prôneraient la séparation de l’institutionnel du « radical », le modéré « sérieux » du mouvement social, se suicideraient, eux, leur théorie et le parti avec.
Les blairistes qui, en Grande-Bretagne, ont fait main basse sur le Parti travailliste, l’ont coupé de sa base syndicale, ont modifié ses statuts, isolé bureaucratiquement la gauche vivante, bloqué les débats démocratiques, ont sans doute (provisoirement) conquis le pouvoir, mais le résultat de leur action n’a plus guère à voir avec la transformation sociale, ils se sont soumis au libéralisme, et nul doute qu’un renversement ne se reproduise, régénérant tôt ou tard ce parti vers de meilleures traditions, programmes et résultats pratiques. Nous voulons épargner au Parti socialiste français cet errement - lequel, d’ailleurs ne correspond ni à la combativité propre, ni aux acquis du salariat de notre pays.
Nos idées, notre programme, nos méthodes d’action ne sont pas « élaborées en chambre », ni dans une « fraction » séparée, secrète d’un quelconque parti ou courant, elles proviennent au contraire des enseignements mêmes des luttes et des traditions des organisations de masse concernées, dont nous respectons l’indépendance, car nous savons que c’est le meilleur moyen pour qu’elles se développent, s’enrichissent, s’unifient, et se dynamisent. Nous sommes contre les « clans », les « disciplines » abstraites, les « ordres » venus d’en haut, car nous savons trop bien, qu’il y a, à tous niveaux une interaction positive, nécessaire, entre le politique et le syndical, entre l’associatif et l’institutionnel, entre le spontané et l’organisé.
La Gauche socialiste est irremplaçable par ses acquis historiques, sa genèse, par son enracinement dans les luttes, par sa volonté consciente de faire « le pont » entre les institutionnels et les radicaux, par son choix d’un parti socialiste militant, à la fois de gouvernement et de lutte, implanté syndicalement et présent à tous les niveaux de la société. La Gauche socialiste, après le 21 avril, est la seule à défendre consciemment cette perspective d’enraciner le parti socialiste dans les mouvements sociaux : sans elle, sans une vraie gauche organisée avec elle, autour d’elle, le clivage surviendrait tôt ou tard entre modérés et gauchistes, « deux gauches » se diviseraient à l’infini, la droite pourrait avoir toutes les coudées franches et resterait plus longtemps au pouvoir.
La Gauche socialiste est aussi un « collectif », elle fonctionne à la base, à tous les niveaux, le plus démocratiquement possible, elle élabore, agit comme une force associée, coordonnée, de façon la plus centralisée possible. 
 
4-2 : Les acteurs de la gauche
N’étant ni une avant-garde, ni une fraction, mais seulement consciente de ses connaissances, de ses cadres, de son implantation, la Gauche socialiste est ouverte à toute la gauche. Elle ne vise pas à perdurer, à se maintenir, à s’isoler, au contraire, elle milite depuis toujours pour un grand parti de toute la gauche.
Nous, GS, le disons tel quel : il faudrait en France un grand parti des travailleurs - comme au Brésil. Un parti de tous les salariés français : 88 % de la population active. Un PS. Un vrai. Pas hésitant face au libéralisme.
Ce n’est pas une question facile quand des socialistes posent cette question. Car ils ont toutes les raisons d’être soupçonnés d’hégémonisme, d’utilitarisme, de manipulation. Surtout, il faut le dire honnêtement après le scrutin du 16 juin.
Mais qu’est-ce qu’il reste du Congrès de Tours ? Rien. Même les jeunes ne s’en souviennent pas. Et quand les profs d’histoire parlent de « communisme », ils ne savent pas ou n’osent pas dire qu’il s’agit de « stalinisme ». Quand ils parlent de « socialisme » ils ne savent même pas la genèse du parti qui porte ce nom. L’histoire du XX° siècle est occultée. (Dire qu’on a failli avoir un président qui avait été 25 ans trotskiste pendant sa vie !). Que vaut le PCF aujourd’hui ? 3 %. Que valent Besancenot, Laguillier, Gluckstein ? 11 %. Et Lionel Jospin, a valu 16,36 %. Étonnant tableau qui n’a pas fini d’être médité par les historiens et les théoriciens. Quel tableau de la gauche française, une des plus cultivées et combatives du monde !
L’union fait la force. C’est le refrain des unions américaines. Solidarnosc, ou la CUT brésilienne, quelque soit leur évolution, datent de ces grands moments historiques où le syndicalisme est un raz-de-marée unitaire.
En France, nous l’avons vu, il n’y eut jamais tant de syndiqués qu’en 1935 ou 1945 : quand il y avait unité syndicale, il y avait des millions d’adhérents ! Les grandes périodes de la gauche sont celles de son unité, même si le contenu et les modalités de cette unité n’étaient pas satisfaisants, loin de là (front populaire, front républicain, front national, union de la gauche, gauche plurielle, gauche unie...).
Il y a une disponibilité des salariés : 80 % d’entre eux votent aux élections professionnelles pour un syndicat, et 4,5 millions d’entre eux réussissent à voter aux prud’hommes malgré les difficultés.
Aujourd’hui où il y a 88 % de la population active salariée, pourquoi l’unité ne serait-elle pas au cœur de tous les problèmes de la gauche ?  Il ne s’agit pas de prôner un parti « unique » à bureaucratie unique ! Il faut respecter scrupuleusement les traditions de chacun, la moindre des sensibilités, des susceptibilités. Les rancœurs, les réticences pratiques sont multiples et innommables, nous le savons. Mais théoriquement quels arguments s’opposent à ce que communistes d’aujourd’hui et socialistes soient dans un même parti ? Les débats internes sont les mêmes !
Évidemment il existe une condition sine qua non c’est qu’il y ait une démocratie scrupuleuse respectant les débats, et les responsabilités.
Aucune avancée ne se construit sur la délimitation, contrairement à tant d’idées erronées selon lesquelles « le clivage réformisme-révolution » est préalable ou fondamental à toute action de masse. Pour faire bouger une société, il ne faut pas en détacher le quarteron des plus convaincus : au contraire, il faut rassembler et entraîner la majorité. Être au cœur de la gauche ! Un parti unifié de la gauche ne pourrait être que pluriel pour être fort ! Au lieu de chercher à s’exclure, à surenchérir, à différencier, toutes et tous devraient pouvoir discuter, agir dans un même cadre, à condition, que l’expression de la base serait entendue, respectée...
Certes, une telle condition est exorbitante alors que dans chacun des partis de gauche existants, elle n’est pas respectée. Mais justement, seule une confrontation, des états généraux, une refondation peut parvenir à changer les mauvaises mœurs régnantes. C’est sous une poussée d’en bas, dans un cadre collectif qu’un programme nouvel anticapitaliste peut être conçu et mis en oeuvre.
Comment parvenir à une telle symbiose, une fusion ? D’abord en commencent par en évoquer l’utilité, la nécessité, en réfléchissant aux transitions, en créant des comités de liaison à la base, partant du monde syndical, associatif. C’est peut-être un long travail, utopique, avec des chemins compliqués et imprévisibles mais pourquoi n’y parviendrions-nous pas ?
La droite en face s’efforce de le faire, le patronat, lui, est uni, dans une même organisation.
La gauche, syndicats et partis, elle, a besoin d’unité aussi. Profondément.
 
4-3 : Le programme que nous défendons, nous GS, doit être démocratiquement soumis à débat...
Évidemment nous ne sommes pas prêts à renoncer à nos convictions les plus ancrées, sur le nouvel âge du capitalisme, sur la sécurité sociale, sur la VI° République sociale... Comme tous, nous croyons à ce socle commun qui nous soude, et que nous avons mis tant de temps à élaborer. Sans être conservateurs ni repliés sur nous-mêmes, nous n’avons pas envie de le gaspiller. Nous ne sommes pas une fraction, nous ne sommes pas non plus constitués de sous-courants, nous nous sommes même interdit de rassembler, comme on dit, « des cliques et des clans ». Sans être centralisés, par contre, nous essayons d’être disciplinés, simple question d’efficacité. La Gauche socialiste s’est construite par strates, par addition, par dynamique, elle est forte de chacun de ces apports, sans que l’un puisse dicter quoi que ce soit à l’autre. Elle est essentiellement un « collectif ». C’est notre force, pas notre faiblesse. Les débats peuvent être vifs, mais personne ne peut exclure personne, l’adhésion est libre et volontaire, dans le cadre des statuts du parti socialiste. De même pour le club de la République sociale. Nous existons par une même impulsion, une même racine, puis un même mouvement, et surtout un même programme.
Nous le défendons, même par rapport à l’autre courant de gauche du Parti socialiste, la motion 3, Henri Emmanuelli, Alain Vidalies... Nous le défendons à l’intérieur du Parti socialiste, et également au sein de la gauche en général...
Nous acceptons volontiers la confrontation et les unifications sans crainte que cela débouche sur un programme moins radical... au contraire. Élaboré démocratiquement, le programme d’un grand parti unifié des salariés, serait, n’en doutons pas, plus à gauche.
Il y a, soulignons-le,  des « majorités d’idées » : elles sont vraiment à gauche.
Contrairement à ce que croient les gauchistes, toujours persuadés, que dans une « grand parti », ce serait les spécificités de gauche qui se perdraient... Ce serait le contraire, car « la base » de la gauche est, de loin, plus sincèrement avide de changement que ses dirigeants. Elle serait davantage écoutée dans un grand parti que morcelée dans quatre, cinq, six, sept partis différents... ces deniers ont des instincts de chapelle, des règles moins démocratiques séparément que ce qu’ils seraient obligés d’avoir et de faire s’ils étaient ensemble.
Rien que dans le Parti socialiste aujourd’hui, si les militants ont vraiment la liberté de voter, (sans que la direction ne décrète que nos amendements sont « contradictoires », sans qu’elle n’utilise le « 49-3 » en interne) les propositions de la Gauche socialiste seraient majoritaires.
À gauche, s’il n’y avait pas les divisions, le retour aux 37,5 annuités serait massivement acquis. De Fo à la Cgt en passant par 45 % d’opposants Cfdt, les Sud, l’Unsa, la Fsu.
De même pour la nationalisation de l’eau : ce serait un plébiscite.
De même pour de vraies 35 h : il a existé sur des questions clefs de la mise en oeuvre des 35 h, des majorités syndicales, politiques, mélangées, qui, de façon écrasante, auraient, si elles avaient été entendues, modifié le cours des choses, le contenu de la loi. 
Pour de grands services publics : là encore des états généraux montreraient la force puissante de ceux qui les défendent, qui sont prêts à combattre à fond pour les rétablir, les élargir.
De même pour une VIe république démocratisée : d’Arnaud Montebourg, au PCF, des Verts à la GS, une constitution démocratique serait mise en place, si la démocratie d’un grand parti de gauche l’emportait.
Pour batailler pour une mondialisation régulée, il y aurait une majorité telle que les nationalistes, souverainistes, xénophobes, et autres gourous chevènementistes seraient déconsidérés : un programme international offensif en faveur d’une OIT dotée du pouvoir de sanctionner pour imposer ses normes, une ONU véritable, une OMEnvironnement, une OMsanté, elles-aussi doté de pouvoirs qui s’imposent à l’OMC, s’appuierait sur un véritable soutien populaire de masse, dans lequel ni « la nation », ni « l’état républicain » ne seraient plus menacés de dissolution, de repli, de conservatisme. 
À gauche, s’il y avait un grand parti démocratique, il y aurait des centaines de milliers d’adhérents : les militants ne manqueraient plus, les liens avec le monde associatif et les syndicats seraient considérables. On aurait une société mobilisée et un état volontaire...Un contrôle des élus et une garantie que les promesses de changement social seraient respectées.
Nous savons combien est difficile et immense une telle perspective, et combien il faudrait briser de réticences, d’intérêts, y compris bureaucratique... mais il y a des circonstances exceptionnelles où parfois s’imposent de telles idées et elles forcent alors tous les barrages avec impétuosité. Le 21 avril pousse à la discussion en ce sens.
Mais nous rappelons aussi que ce n’est pas une position de circonstance, due seulement au 21 avril car la Gauche socialiste avait défendu cette idée dés le lendemain des élections municipales de 2001 et qu’elle avait tenté à sa manière, certes trop limitée, de les mettre en oeuvre, au moins contre le Medef en janvier dernier.
 
4-4 : De la gauche plurielle à la nécessaire unité de la gauche : nous savons que la perspective d’un grand parti de la gauche demande de nombreuses transitions, débats, échanges, actions, vérifications.
Ne serait-ce que pour dégager ces fameuses majorités d’idées dont nous pensons qu’elles existent  : pour les faire apparaître, il faut confronter, converger, associer, dépasser les cadres et idées régnantes.
Il faut aussi rétablir un front « de classe » , la certitude d’appartenance à un même « camp », celui du salariat face à la droite.
Nous avons contribué à ce que le Parti socialiste appelle les citoyens, toute la gauche, à l’automne 2002, à débattre sous toutes les formes libres de colloques, d’état généraux, d’assemblée permettant au maximum de militants, de français de faire connaître leurs opinions.
Cette phase de concertation, d’échange, la plus libre possible, la plus profonde, la plus sérieuse, est absolument indispensable pour reconstruire la gauche après le 21 avril.
Il ne doit pas y avoir de limites ni d’exclusives dans ce processus, tous ceux qui voudront y participer de façon positive y seront bienvenus : le 21 avril, le centre de gravité de la gauche s’est déplacé vers la gauche, cela signifie qu’il faut entendre les raisons pour lesquelles, la LCR, LO, le PT, ont obtenu prés de 11 % des voix, de même les raisons des 5,5 % des Verts et des 3,5 % du PCF, des 1,5 % des radicaux. Nous n’excluons personne de cette immense discussion.
Nous souhaitons un processus dans lequel les syndicalistes comme les associatifs puissent, à titre individuel, s’impliquer, apporter, enrichir la discussion.
Il ne s’agit pas d’une opération académique, formelle, mais il faut bel et bien, à travers ces échanges, élaborer le programme de reconquête, et retrouver, rassembler les forces militantes populaires qui ont fait défaut. Il faut qu’elles soient écoutées, et entendues, qu’elles trouvent le moyen d’adhérer, de décider, de peser ensuite.
Notamment pour le congrès du Parti socialiste qui se tiendra à Dijon en avril 2003. Car ce congrès ne doit pas, lui non plus, être formel. Il faut comme nous l’avons dit tout au long de ce texte, et comme la Gauche socialiste entend le défendre, qu’il entende les leçons des 21 avril, 9 et 16 juin.
Les présentes thèses ont pour fonction de définir ce que la Gauche socialiste veut proposer aux citoyens, à la gauche, aux courants et sensibilités du parti socialiste, à son congrès.
Avant que des « états-généraux », (ou Assises de la transformation sociale, ou tout autre cadre similaire...) avec nos partenaires, sous une forme appropriée reconstitue un front victorieux face à la droite, aussi bien dans les luttes que pour les prochaines élections de 2004 à 2007.
 
4-5 : Conclusion : au cœur de la gauche
La Gauche socialiste vise d’abord, à Nantes et à son Conseil national qui suit, de se doter de thèses cohérentes, tirant bilan et perspectives, des événements et de son action. Elle entend partir de là pour s’adresser à) tous les socialistes, à toute la gauche. Les relations privilégiées qu’elle souhaite pouvoir nouer avec les forces et courant les plus proches seront déterminées d’abord par la proximité - ou non - du programme, des idées.
Deux buts essentiels sont à sa portée, là où elle se situe, dans le Parti socialiste, dans la rentrée politique cet automne :
1°) De rassembler toute la gauche du Parti socialiste sur une base politique solide, cohérente, audible par tous les militants adhérents.
2°) D’empêcher que le congrès du parti socialiste en soit formel et ne débouche sur une main-mise de courants droitiers qui entendraient le « blairiser », et l’écarter ainsi du mouvement social en même temps que d’au proche retour de la gauche au pouvoir.
1°) Cela signifie que des efforts particuliers doivent être entrepris après nos rencontres d’été et l’adoption des présentes thèses, pour nous adresser, sans préalable, ni exclusive à toutes les composantes qui peuvent contribuer à faire avancer nos objectifs.
Cela vise en premier lieu, la motion 3 d’Henri Emmanuelli, Alain Vidalies, Christian Bataille, Jean Malot, Emmanuel Maurel, et tous les militants qui ont adopté au dernier congrès des thèses différentes :mais assez voisines. Les événements du 21 avril nous imposent de tout faire que nous travaillions mieux ensemble que par le passé. Nos deux courants représentaient au minimum 27 % du parti à Grenoble et lorsque nous additionnons nos forces nous sommes naturellement mieux à même de peser contre toute évolution « social-libérale » du parti socialiste.
Déjà nous avons rédigé et déposé des textes communs dans le PSE, des amendements communs lors du débat sur le « projet 2002 » : parfois nous avons réagi par des communiqués identiques (sur les salaires) des batailles parlementaires communes (sur la loi de modernisation sociale).
Parfois nous n’avons pu nous mettre d’accord, par exemple contre le présidentialisme, pour le retour aux 37,5 annuités, ou pour la défense des cotisations de sécurité sociale. Nous avons eu des désaccords tactiques : par exemple sur la « synthèse » lors du congrès de Grenoble, ou encore sur la participation au secrétariat, lors du conseil national du 29 juin 2002.
Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on règle des traditions de débat différentes et qu’on parvient à des approches communes sur tout.
Par exemple, la participation au secrétariat national, discutée le 29 juin, a traversé nos deux courants, et il s’est avéré qu’il ne s’agissait pas d’une divergence de fond, mais seulement, comme l’expliqua Jean-Luc Mélenchon, à la tribune, devant 200 membres du Conseil national, de savoir si nous serions plus efficaces pour nous faire entendre « dedans » ou « dehors »... En fait si nous nous étions concertés ensemble, nous aurions sûrement fait le même choix !
Nous avons un large champ d’accord : à nous de savoir l’approfondir dès lors qu’il y a une volonté de travail commun manifeste, et une organisation en ce sens.
C’est pourquoi nous avons proposé à l’unanimité, lors de notre conseil national du 22 juin, un « comité de liaison » entre la Gauche socialiste et la motion 3, qui permette à nos deux « directions », à nos deux « collectifs » d’apprendre ce travail en commun, de compléter audacieusement, efficacement, ce rapprochement sur le fond politique. Ça n’implique ni la fin de nos spécificités, ni forcément une osmose sur toutes les questions, ni même des contributions ou motions communes sur tout, mais cela permettra à coup sûr de peser davantage dans le futur débat, le futur congrès. 
Les militants socialistes le percevront : la gauche du parti s’unit. Ce sera un symbole, un signe aussi pour l’intérieur comme pour l’extérieur. Bien entendu il ne s’agira d’un « ralliement » de personne envers personne, en aucun cas d’une subordination mais d’une alliance au contenu clair.
Des gestes concrets l’illustreront dès que possible : présence réciproque à nos rencontres d’été, comité de liaison régulier, collectif, entre direction, organisation de débats communs, internes et publics.
Cela signifie aussi que nous prendrons langue avec Arnaud Montebourg et avec ceux qui le soutiennent et dont nous nous félicitons qu’ils défendent une VI° République. Nous proposerons d’échanger entre nos réunions, débats, contributions, de façon à faire avancer sur ces thèmes, le plus possible nos idées communes.
De façon générale, nous voulons faire progresser des « majorités d’idées » - cf. ci-dessus - dans la gauche du Parti socialiste, comme dans la gauche tout entière. Nous savons que les rapports de force existent et que si, sur certaines questions clefs (contre le présidentialisme, pour les 37,5 annuités de retraites, pour les salaires, etc.) il apparaît des majorités nettes, les militants se sentiront enhardis à voter, exprimeront cette majorité, penseront que leur parti (et toute la gauche) se renforcera en les adoptant.
Le débat à venir est d’abord politique, et non « tactique » ni « organisationnel » : les choix tactiques et organisationnels seront subordonnés aux choix politiques et non pas l’inverse.
2°) Notre deuxième effort, complémentaire, aussi difficile et volontaire, c’est d’œuvrer à ce que le clivage souhaité par des « modérés » ou « blairistes » « troisième voie » ne puisse pas s’opérer, qu’ils ne puissent pas prendre la direction du parti et couper celui-ci de ses indispensables racines dans les profondeurs du mouvement social.
Pour cela, la Gauche socialiste, le « comité de liaison » entre Gauche socialiste, motion 3, et d’autres, doit être la plus forte et la plus ouverte possible. Étant entendu qu’il n’y a pas abandon de nos acquis, de nos idées, de notre plate-forme, de nos contributions et motions, nous devons clairement faciliter, cette fois, les accords de « bloc » et/ou de synthèse qui permettraient au parti d’avancer, non pas vers le centre mais vers la gauche.
Il y a un intérêt, cette fois, par rapport au congrès précédent à annoncer que nous souhaitons faciliter, après débat, dans le respect de chacun, une synthèse fonctionnelle, voire politique pour que toutes les leçons du 21 avril soient bien tirées, et pour que le parti se lance à la reconquête de sa base populaire. Non seulement nous ne voulons pas présager que la direction du parti ne le fera pas, mais nous souhaitons lui donner acte que, pour nous, elle en est capable, que nous souhaitons travailler avec elle dans ce sens. Cette ouverture de notre part, est un engagement à ne pas nous enfermer dans une tour d’ivoire, c’est un défi pour entraîner la grande majorité du parti dans la bonne voie.
Si nous voulons une gauche forte et unie dans le Parti socialiste, c’est non pas pour qu’elle constitue « l’opposition de sa majesté », mais pour qu’elle influence et co-dirige celui-ci. Parce qu’une nouvelle période s’ouvre, nous voulons être fort, théoriquement, politiquement, organisationnellement, pour influer sur son cours.
Tel est le sens de toute notre démarche qui commence par s’affirmer dans l’ensemble de ces thèses, déjà « testées », réfléchies, discutées une première fois lors de notre Conseil national du 22 juin, et soumises démocratiquement à discussion de l’assemblée des membres de la Gauche socialiste rassemblée à Nantes.
FIN
 
ci-dessous pour info :
notes prise en réunion  le mardi 9 juillet
 
Bernard Pignerol : thèse 2-1 à ajouter : pas forcément Enron, faillite tricherie, ne pas réduire à ca, deux éléments, rôle spécifique USA, rôle économique de + en + prééminence dans les instances internationales, OMC, etc. AL, guerre,
ok majorité d’idées, pas sur mouvement social apporte des réponses unificatrices, par pays, zone de pays, doute là-dessus, pas parce que gestionnite, interrogations plus profondes, bouclage, rapport classique individu laminé, conscience de classe, le curseur mieux place est-ce si simple ? on doit répondre a d’autres questions, ville, service public, quel concept unificateur ?La social-démocratie ne sait pas répondre, est-ce 6° République ? démocratie représentative ? ou, qu’en comment ?
Laurence Rossignol :  prudence, écrire, quelles divergences, on les examine ou non ? moi je me ne reconnais pas dans la structure, intemporelle du projet de thèses, assez d’accord avec Bernard, j’articulerai pas comme ça, on vit une victoire du capitalisme, le capitalisme n’a pas de projet de modèle alternatif qui lui permet d’endiguer son avancée, une victoire de l’idéologie du capitalisme, ses moyens, ses médias sont plus importants que jamais, échec incapacité des gouvernements sociaux libéraux, à résoudre les questions posées par les peuples, montée des droites en Europe, pas reprendre nouvel âge du capitalisme, la question est celle de la redistribution des
richesses, entre nord et sud, au-delà de nos frontières, le devenir de l’Afrique est  largement plus important  que la question des retraites en France, plus que toutes les questions sociales de chez nous, réflexion planétaire, est-ce que cinquième internationale pas posée ? jusqu’à quand ? fin du stalinisme, fin du congrès de Tours, on la pose de façon inter. nouvel idéal socialiste, pas seulement 20 F de plus de SMIC, recherche idéal, grand mouvement, volonté globale à rechercher, nouveau programme de transition... nouvelle conscience de classe et idéologie dominante... absente chez nous, on est marxistes purs et durs, réflexion pas réactualisée, en lien avec marchandisation de l’ensemble de notre société, recul et réflexion sociale, c’est déjà là, les femmes exemple, on est en recul, identité, travail, reculs mêmes formes partout,  se préparer à assumer les débats liés à la marchandisation du corps, bébé médicaments, rapport entre libertés individuelles, et ordre public, cœur du nouveau capitalisme, moyen de déstructuration du salariat, ca doit ossifier, structurer notre texte...
D B : première discussion , quelle est la nature et la forme du texte qu’on cherche à produire, en même temps une documentation d’orientation, en même temps un document pour tout le pays, tout à la fois, ou quoi ? accord avec Bernard et Laurence, texte trop habituel en-deçà de la situation politique nouvelle dans laquelle on est... rajouter aussi car ca manque, en intro, ou planétaire, qu’est l’analyse des résultats électoraux de 97-02, à avril-juin, ca doit y être, + analyse, ca y est pas, couches populaires quartiers populaires, deux questions structurantes, celle-là et la question de la démocratie, dans toutes ses dimensions, institutions, fonctionnement des partis de gauche fil conducteur, dans ce qu’on raconte...
Magali Escot : j’aime bien la façon dont Laurence a posé le cadre, texte bien mais déjà dit,
nouveau contexte, sous la droite, partir de la victoire du capitalisme, faire déboucher et préciser même s’il est en crise, nouvel âge, ca fait bien longtemps, qu’on l’a analysé, tout le monde ok sur une analyse qui date d’il y a cinq ans, capitalisme boursier, formes nouvelles en crise, États-Unis, voir politique protectionniste des usa, la gauche n’a plus d’alternative et il existe dans ce cas, intégrisme ou fascisme, y passer un peu de temps
François Delapierre : remarques, on a intérêt à renforcer l’aspect thèses, travailler à dix slogans, partir de choses qui dessinent une carte d’identité de la gauche socialiste, montrer quels thèmes principaux on amène ?Discussion sur la forme, des choses plus ou moins mises en valeur, accord avec choses dites, faire lien avec 21 avril, question de la conscience et comment la faire exister, rôle du politique, on peut pas penser que le retour de la conscience de classe viendra de la politique de Raffarin, pas que ca, faut faire autrement, importance du projet, importance du parti, dramatiser, c’est là que ca se passe, tonalité, appeler à nous rejoindre, on retrouve tout ca sur institutions, Europe,
Pascale Lenéouannic : pas intérêt à faire une accumulation des thèses de la GS, pas copier collé de nos thèses de congres, manque la question des alliances, (?) c’est déconnecté, intemporel, Laurence l’a dit. Plusieurs choses et deux débats : prendre la mesure de ce qui s’est passé, dans le monde, USA, GB, France, trois responsables élus dans des conditions particulières, Bush, Blair, Chirac, de moins en moins de participants aux élections, dans ce schéma-là quel est le projet, quelle est la méthode ? est ce qu’on accompagne le libéralisme ou est-ce qu’on a une ligne de rupture, liée au projet... Si on comprend pas ça, on est dans une situation ou l’on est enfermé dans un débat, mécaniquement, pas création de conscience de classe, les choses vont plus mal que ca, pas d’alternance mécanique, montée des intégrismes, extrême droite, risque sérieux, ca va mal...
pas obligé 5° puis 6°, mais dans notre texte, il doit y avoir l’idée que le point déséquilibre, il n’est pas dans le PS mais dans la gauche, dans Attac, plus d’éléments ressemblant à une gauche combattante que chez nous... partage des tâches, ca ne marche pas avec verts, pc, etc...
Bernard Pignerol : Laurence parle de 5° internationale, mettre ça entre parenthèse,
Daniel Assouline : débat difficile car il oscille entre discussion sur le plan et éléments de fond, reparler du plan et du texte dont on a besoin, pour Nantes ? Est-ce qu’il s’agit d’un texte base de nos interventions, congrès, ou texte d’orientation pour la GS. Il faut l’autre, un texte plus complet, pour gagner au fond... mais pour Nantes, ne pas produire ca, faut d’abord ordonner notre propre positionnement, 
notre propre travail, des thèses pour des tâches, partir de l’électrochoc du 21 avril, qui dise : concrètement, après le 21 avril, la gauche est sans programme, sans direction, sans ressource pour prendre le pouvoir demain...Si on avait une bataille à mener, législatives, effondrement  de la crédibilité de nos réponses, en France et en Europe,  personne n’est en meilleure situation que nous, reconstruire un projet crédible, décliner ce sur quoi on doit reconstruire un projet crédible, on part de quoi ? quelle classe doit gouverner ? le mouvement social ne produit pas de réponse, mais est ce qu’on part de lui ? de notre point de vue, reconstruction, importance des tâches...  Thèses doivent conclure par une proposition de méthode, pour aborder le forum, débat de la rentrée, on vise à produire un texte politique global pour entrer dans ce débat sans être déjà ce texte, pas tout mélanger, thèse assez concises, taches, orientation, pas de délaiement,
Pascal Cherki : un texte de méthode, qu’est-ce qui permet d’aller dans la clarification politique, le bilan, problème, j’ai relu dans le détail les interventions au CN, quelles sont les causes, réelles du 21 avril ? besoin de le dire, la qualité du bilan aide à y voir clair... Clivage c’est quoi la mondialisation libérale, une vraie question qui fait sens,
Ensuite, Europe, une des questions sur lesquelles on bute,
 
3° la classe pour laquelle on aspire à gouverner...
Lu CN employés, ouvriers, Fabius, Aubry, en fait c’est 60 % de la population active,
Débat conscience en soi, conscience pour soi, débat sur exclus, classes populaires,
le problème c’est qu’il n’y a pas de débouché politique, 3 millions qui votent pour des trotskistes, vote populaire et jeune, c’est pas rien, quel rapport du parti à sa classe, question de la stratégie, quelle échéance, congrès du PS, avancer sur ces questions-là...
Isabelle Thomas : pas sûre de la forme des dix thèses, car avant d’énumérer, il faut une analyse plus générale, plus globale, situation internationale, commencer par photographie de l’adversaire, face aux deux résultats électoraux, pas se contenter du 21 avril, faire une photo en dynamique de tous les résultats électoraux, état de la sd en Europe, 3° deux analyses absolument nécessaires à l’introduction, je rejoins Daniel, même si on ne peut pas que faire des analyses, il faut que ça débouche, place de l’Europe est faible, souligner dans le bilan de la gauche depuis 1997, le salariat, le refus de la marchandisation et la question de la conscience de classe, c’est effectivement, les sociologues reviennent tous sur des années de désinformation sur les classes populaires, à travailler, sur nos tâches à la fin, donner au moins quelques outils pour aborder les forums de manière concrète, 
On essaie de reconstruire un projet alternatif de rupture, projet avec gauche Emmanuelli et peut être d’autres,
Julien Dray : un peu gène par la discussion, comprend pas bien la volonté de réinventer le monde, le PS a toujours été un parti réformiste, jamais été une alternative au capitalisme depuis 1914, Epinay c’est la FGDS qui se transforme en fusionnant avec des partis bourgeois, face à 68, en 77, dans la volonté de la victoire électorale, jamais été ouvrier, de masse, ni alternatif, on rêve d’une social-démocratie qui a été instrumentalisme avec des hauts et des bas, pourquoi vouloir ré analyser ce qui a été écrit mille fois sur le capitalisme financier inter, et sur le contexte. Mais je veux bien qu’on rentre dans la conscience de classe, ce n’est pas ça qu’il faut faire, il faut être précis, pourquoi on a perdu, quelle explication, quelle analyse, qu’est-ce que cela a traduit, et comment on peut créer les conditions d’une résistance, contre-offensive et d’une reconquête, à Nantes, on doit répondre à cela, d’accord avec Gérard, c’est une défaite politique, pas une défaite sociale, le potentiel, il était là, le FN n’est pas un parti fasciste, je maintiens, le débat a déjà eu lieu mille fois, cf. Anne Tristan, au front,
leur stratégie n’est pas le fascisme des années 30, c’est une extrême droite, « classique », rien à voir avec les nazis, alliance avec la droite plutôt à l’italienne, que rupture, on n’est pas dans une logique de défaite, défaite politique, pas sociale, ils concentrent là-dessus, répondons, faut un texte court assez synthétique : défaite pourquoi, quelle responsabilité, on est dans une phase de croissance économique, les forces du salariat se renouvellent, emplois jeunes accès à la conscience de classe, ils vont se mobiliser, Gérard a longuement développé tout ca, ce n’est que la traduction du cycle économique, voir bataille sur le SMIC, sur les salaires, d’où difficultés de la droite à s’en sortir... Première ligne de la résistance, par se lancer dans un contre-programme, ce sera plus tard, donner un cadre d’analyse en rupture avec ce qui a été dit dans le parti, sept à huit pages qui permet de se retrouver dans ces fondamentaux là...
Pascale Lenéouannic : on ne peut pas dire Le Pen pas fasciste et appeler à voter Chirac...
Julien Dray : entre extrême droite et droite, c ‘est pas pareil, parce démocratie menacée...
pas une menace fasciste au sens historique du terme,
Laurence Rossignol  : idéologie, société de consommateurs, tue les modes de représentation collective,
 
encart :
Libération du 23 juillet, page 4, extrait :
« Demander aux personnes âgées de dépendre de la Bourse pour leur retraite, c’est prendre un très grand risque. En ce qui concerne les stock-options, un glissement s’est opéré dans les années 90. Au départ, elles ne représentaient qu’un complément de rémunération pour motiver les employés. Elles ont pris une place croissante dans les rétributions (aujourd’hui elles représentent la majeure partie de la rémunération des grands patrons américains).S’est alors produit un effet que personne n’avait anticipé : les employés ont été motivés avant tout pour faire progresser le cours par tous les moyens, ce qui a donné lieu à des pratiques désastreuses. On a vu des chefs d’entreprise se transformer en showmen, tout faire pour plaire aux marchés. Ils n’ont plus agi en fonction du bien de l’entreprise tel que eux l’envisagent mais tel que les marchés l’imaginent.
Les marchés n’ont jamais correctement reflété l’économie, ils n’ont aucune signification sur ce plan, ils n’ont aucune relation raisonnable avec l’économie, leurs ressorts sont en quasi-totalité d’ordre psychologique
Dans les années 70, une théorie sur « l’efficience » des marchés, une formule sacrée dans toutes les écoles de commerce américaines : l’idée qu’ils sont un reflet parfait de l’économie. Des générations d’étudiants ont ainsi appris qu’il fallait respecter le marché. C’est l’une des erreurs les plus dramatiques dans l’histoire économique. La première urgence est de corriger cette conception totalement erronée.
Bien sûr il ne faut pas fermer le Bourse pour autant, mais il faut s’assurer que ce ne soit pas elle qui s’occupe de garantir les gens pour les questions de santé ou de retraite. La Bourse ne pose pas de problème à condition que les gens se contentent d’y placer des revenus sur lesquels ne repose pas leur existence. Il est absolument indispensable de laisser la protection sociale en dehors des drames du marché boursier.
Robert Schiller, professeur à Yale