Avec son projet de deuxième loi, Martine Aubry ne donne raison qu'à Nicole Notât et au Medef en concédant qu'il y aura finalement une "année de transition" de plus "pour faciliter la dynamique" de la "négociation collective".
 
Le projet de loi publié le 25 juin 99 et passé en Conseil des ministres le 28 juillet, rend le Medef très content, malgré le "jeu de rôle" du baron Ernest-Antoine Seillére qui feint une indignation trop exagérée pour être vraie.
 
35 h : 20 ans d'attente !
 
Les 35 h étaient déjà dans le programme du PS... en 1981.
Les ordonnances Auroux de 1982 prévoyaient de les mettre formellement en oeuvre... en décembre 1985.
Et si en 1992, Martine Aubry y était opposée (relire : "Le choix d'agir" en livre de poche)...
...et si Michel Rocard en 1993 n'en voulait pas...
...et si en mai 1995, Lionel Jospin, dans sa campagne présidentielle, défendait les 37 h...
... les militants se sont prononcés clairement pour "les 35 h sans perte de salaire" dés 1994 lors de la Convention du Bourget et au congrès de Liévin.
Lors de ses conventions de juin et décembre 1996, le PS s'était encore plus clairement prononcé sans ambiguïté pour "une loi cadre dès le début de la législature".
Lionel Jospin en fit un thème central dans sa campagne électorale de mai 1997.
Cela fut inclus dans son discours d'investiture - au même titre que le contrôle administratif sur les licenciements.
Il y eut enfin la «Conférence emploi, salaires, réduction du temps de travai»! le 10 octobre 1997,
Puis, hélas, cette «loi-cadre» fut divisée en deux lois en juin 1998, et voilà que la deuxième loi de fin 1999 organise le report de la mise en oeuvre des 35 h de 1998... à 2 000 puis 2001 Pour 4,5 millions de salariés travaillant dans les entreprises de moins de 20, il faudra même attendre 2002 et 2003.
 
Pendant la "transition", le chômage continue
 
Mme Notât appuie tout cela : drôle de dirigeante syndicale, celle qui conseille à un gouvernement de reculer la date de mise en oeuvre de la réduction du temps de travail pour les salariés ! Mais pourquoi le gouvernement, le Parlement l'écouteraient-t-elle ? Entre 1982 et 1999, on est passés et restés à 3,3 millions de chômeurs officiels, 5 millions réels.
Il y a pourtant urgence sociale !
Les 35 h sont conçues comme une arme de lutte contre le chômage de masse : pourquoi en repousser l'usage ? Attendre la veille des prochaines élections est, par ailleurs, un risque. Ce n'est pas la "dynamique de la négociation collective" prolongée pendant un an de plus qui va leur donner du travail : alors que depuis juin 1996 (loi Robien) et juin 97 (victoire de la gauche) juin 98 (loi Aubry), tous les média, tous les patrons, discutent à qui mieux-mieux des 35 h, plus de 90 % des salariés n'en ont pas encore vu la couleur fin juin 1999 ! Ceci crée un fossé énorme entre l'affichage et la réalité.
 
Officiellement le gouvernement prétend lui-même, en additionnant depuis le 11 juin 1996, les effets cumulés de la loi Robien et ceux de la loi Aubry, que 1,62 million (soit 8,3 %) de salariés à temps complet sont à 35 h sur un total de 19,5 millions de salariés concernables... En 3 ans, et 2 lois, ça fait un piètre résultat pour une "dynamique" de négociation.
Même en encourageant un an de négociations de plus, et même à un rythme supérieur, on arrivera à ce que 10 à 15 % de salariés soient concernés. Il en restera 85 % qui attendront toujours,... et un aussi grand nombre de chômeurs continuant à souffrir.
Deux patrons sur trois préfèrent les heures supp.', l'intérim, les C.D.D., la sous-traitance pour ajuster à leurs besoins de production le temps de travail de leurs salariés, (enquête Insee, été 98) Ce n'est pas d'eux qu'il faut attendre la solution. Le Medef grogne, bloque, sabote, déforme : on ne peut faire boire un âne qui n'a pas soif. Si c'est pour, durant un an encore, laisser les syndicalistes et salariés négocier au cas par cas, le dos au mur, dans le cadre de la loi quinquennale non abrogée, avec un patronat enhardi par ce report, la transition est le pire des choix.