Négocier, inciter, tels sont les maîtres mots de la première loi Aubry et du projet de deuxième loi.
 
Oui, mais voilà, pour négocier, il faut des négociateurs : et le patronat ne veut rien entendre. Le Medef veut le beurre, l'argent du beurre et le sourire du crémier : de la flexibilité, des aides et pas d'embauche.
Alors que les grandes entreprises n'ont jamais été aussi prospères, elles n'ont compté que pour 5 % sur le total des accords qui ont été signés au titre de la première loi Aubry. 95 % ont été signés dans des entreprises de moins de 500 salariés et 66 % dans des entreprises de moins de 50 salariés.
Seulement 40,71 % des accords d'entreprise du secteur privé sont conformes à la loi Aubry, et sauvent ou créent 57 890 emplois concernant 732 706 salariés. " L'incitation " prévue par la première loi Aubry a donc concerné moins de 5 % des salariés sur un total de 14 millions travaillant dans le privé.
 
Plus le temps passe, plus le scepticisme de l'immense majorité des salariés est grandissant
 
• II y a ceux qui ne voient rien venir et qui s'agacent d'entendre parler de réduction du temps de travail alors que leur propre durée du travail est fortement supérieure à 39 h.
• II y a ceux qui sont écartés par la loi, c'est à dire 4,5 millions de salariés des entreprises de moins de 20 pour lesquelles les 35 h sont reportées en 2002 et 2003. • II y a ceux qui sont dans une entreprise ayant signé un accord et qui souffrent de flexibilité aggravée, d'une productivité accrue: ils s'aperçoivent que leur employeur a limité au maximum les embauches.
• II y a ceux qui sont dans une entreprise où la négociation est en cours et qui se méfient car le patron propose surtout des contreparties qui l'avantagent.
• Très peu, trop peu de salariés ont eu un vrai gain : en échange de quelques jours de repos supplémentaires (bienvenus), soit leurs salaires ont été gelés, sort la baisse de la durée du travail a été " compensée " par de l'annualisation, par du travail le samedi, ou des modulations afin de produire à " flux tendus ".
 
Tout cela vient de ce que la première loi n'avait pas verrouillé la flexibilité, qu'elle n'avait pas rétabli assez de droit et de contrôle, qu'elle n'avait pas aboli la loi quinquennale d'E. Balladur.
 
Le bilan expérimental de la première loi, ce sont des accords concernant une minorité, servant mieux les patrons que les salariés.
 
D'où l'importance de la deuxième loi : elle est censée s'appliquer à toutes et tous. Elle doit combler les trous, réparer les refus de négocier. Elle doit encadrer la négociation de telle façon que les syndicats et les salariés retrouvent un rapport de force que le chantage patronal à l'emploi leur avait partiellement enlevé. Avec un patronat qui sabote, avec un mouvement syndical trop faible et, hélas, encore trop divisé, avec une pression du chômage trop forte, le sort de 90 % des salariés qui n'ont pas de syndicat, pas d'élus du personnel, pas de comité d'entreprise, dépend seulement et uniquement de la loi, et de sa mise en œuvre, de son contrôle.
Il faut autant de négociation que possible mais autant de loi que nécessaire