Un salarié sur six travaille à temps partiel, dont 85 % de femmes et 80 % de non qualifiés. La majorité subit ce temps partiel faute de vrai boulot; parce qu'à l'ANPE, quand on est une femme et sans diplôme, c'est tout ce que l'on vous propose.
 
Dans le monde marchand et domestique : 53 % des agents de nettoyage sont à temps partiel et 75 % sont des femmes, 30 % des agents de service des écoles, des filles de salle dans les hôpitaux sont à temps partiel, 45 % des caissières travaillent moins de 30 heures, 94 % des caissiers sont des femmes, 20 % des secrétaires du privé sont à temps partiel dont 89,8 % de femmes. Dans la grande distribution (300 000 salariés), un quart est à temps partiel, dont 29 % des vendeurs de l'habillement, de l'alimentation, de l'industrie de luxe (dont 98 % de femmes). Dans le secteur de l'aide à domicile (IOO 000 salariés, presque IOO % de femmes) : 80 % sont à temps partiel. C'est dans les entreprises de moins de 10 salariés qu'il y a le plus de temps partiels : 31 %, presque un sur trois. Cela concerne près d'une femme sur deux, contre " seulement " 14 % des hommes. Or dans ces entreprises, les durées sont plus longues et moins faciles à contrôler. C'est là que le temps partiel sert le plus à dissimuler des temps complets, et des horaires à rallonge.
 
Nouveaux pauvres salariés
 
C'est une politique volontaire encouragée depuis 1992 par l'État : une forte part des 73,8 milliards d'aides et exonérations accordées au total aux employeurs dans la seule année 1997 le sont pour les temps partiels (30 % d'exonération de cotisations sociales par emploi). Des salariées à temps partiel travaillent 6 jours sur 7, peu d'heures par jour, mais bien placées : c'est le comble de la flexibilité. Ça supprime des emplois : car le nombre total des heures des temps partiels embauchés est inférieur au total des équivalents plein-temps en place auparavant. Davantage de salariés travaillent chacun moins, mais la moyenne de leur salaire est de 4 250 francs, plus que le RMI, nettement moins que le SMIC. Ce sont des catégories qui sortent des statistiques de l'ANPE mais qui entrent dans une autre statistique : celles des " nouveaux pauvres " salariés. En France, 11 % des ménages sont concernés.
La loi Aubry du 13 juin 1998 a introduit à partir du 1er janvier 1999 quelques freins bienvenus : une seule coupure de deux heures maximum par jour est autorisée. Et si pendant douze semaines des heures complémentaires sont effectuées, elles donnent droit à un nouveau contrat de travail intégrant cette nouvelle durée. Des pénalités ont enfin été introduites dans le Code du travail en cas d'infraction.
 
Mais le projet de deuxième loi est nettement plus mauvais :
 
II reprend la directive européenne sur le temps partiel du 15 décembre 1997, qui redéfinit le temps partiel toute personne travaillant moins que l'horaire collectif, soit 34 h. (Alors qu'actuellement en France, c'était au maxima 80 % d'un temps plein soit pour 32 h pour 39 h, le minima étant 20 h). Désormais avec les 35 h, le Ier janvier 2000, un temps partiel commencera à ... 34 h. Tout patron aura intérêt à embaucher directement à 34 h surtout si l'abattement de 30 % de cotisations sociales s'applique à ce cas ! D'autant que la rémunération du salarié travaillant 34 h sera payées 34 sur la base du SMIC horaire, alors que les Smicards à 35 h seront toujours payées 39 ! Comment une telle mesure peut-elle être introduite dans le deuxième projet de loi sans que ses auteurs n'aient vu le danger !
 
La Gauche socialiste propose :
 
-garantie d'un égal traitement entre salariés à temps partiel et à temps plein, priorité de réembauche à temps plein, égalité de salaire horaire, de congés payés, de retraite, etc...
- suppression des heures complémentaires et remplacement par des heures supplémentaires majorées à 25 % avec un nombre strictement plafonné selon le régime commun et en fonction du temps de travail stipulé sur le contrat.
- suppression des exonérations pour embauche à temps partiel.