- Cinq hebdomadaires s'affichent dans nos rues en proclamant "la victoire de la République" le 5 mai. Ils font mine d'oublier qu'il ne s'est agi que d'un référendum contre Le Pen, pas d'un plébiscite pour Chirac. D'ailleurs, s'ils n'étaient pas des menteurs fieffés, ils auraient titré sur Chirac, mais ils préféraient sciemment introduire la confusion.
- Le 5 mai est un vote de rejet, pas un vote d'adhésion. Personne n'a gagné ce jour-là. Seul Le Pen a perdu. Ce fut un vote négatif pas un vote positif.
Si Chirac a obtenu 82,5 % des voix, c'est d'ailleurs parce que la gauche a constitué la majorité de ceux qui ont voté contre Le Pen : 10, 5 millions de voix de gauche et d'extrême gauche contre 8 millions de voix de droite, telle est la vérité des chiffres. Chirac n'est pas un président élu sur un programme, c'est un homme "reconduit", par des électeurs qui, en d'autres temps, l'auraient battu, pour éviter à un autre de l'emporter. C'est un "prolongé" pas un approuvé. Il n'a pas de légitimité populaire ni majoritaire comme il a pu avoir antérieurement. Tout a été faussé. Chirac n° 2 est le produit d'un défaut, un raté de la démocratie, dont la fonction unique est d'avoir servi, à son corps défendant, d'instrument pour "barrer la route à Le Pen".
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- Ce n'est pas une victoire de la République mais une victoire des républicains
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- Ce n'est pas un vote "pour" mais "malgré" Chirac qui a eu lieu. Chirac, et ses amis, étaient même opposés à la manifestation du 1er mai qui a eu pour effet de cantonner Le Pen dans la limite des moins de 20 %. Chirac dénonçait les "extrémismes" mais pas le fascisme. Chirac a pris soin de ne pas débattre avec Le Pen, surtout pour ne pas compromettre la récupération ultérieure des électeurs du Front national. Chirac prenait soin d'afficher Blanc, Millon, Baur, dans ses meetings, tellement il croyait peu dans le rejet populaire. Chirac a tellement été versatile, malhonnête et cynique, comme à son habitude, qu'il a lâchement félicité "les jeunes" pour leur mobilisation... après le 1er mai.
On ne saurait donc, en aucun cas, assimiler la victoire de Chirac et celle de la démocratie : il suffit de lire les journaux étrangers pour voir que s'ils nous félicitent d'avoir écarté le fasciste, il nous plaignent et se moquent encore d'avoir été obligés de le faire en réélisant un escroc. L'image de la France à l'étranger est entachée d'être passée par ce chemin pour se préserver : elle ne sera blanchie que lorsque la justice réglera le cas restant. Lorsque la gauche reviendra. Aussi ne doit-on pas ménager le moindre répit, le moindre délai, dit de grâce : le gouvernement boutiquier de Jean-Pierre Raffarin n'a pas de légitimité : repose-t-il sur autre chose que les 19 % de Chirac du 21 avril ? En tous les cas, il n'a pas de majorité. Un des vices
cachés de la V° République, c'est qu'un gouvernement peut occuper les médias, se présenter comme agissant de plein droit sans légitimité parlementaire. Lionel Jospin qui ne tenait sa légitimité que du Parlement, aurait même pu ne démissionner qu'après le résultat des élections législatives.
- Obséquieux, tous les commentateurs qui, hier, osaient gloser sur les différents de la "gauche plurielle", se taisent, sur le fait qu'il n'y ait pas, ce coup-là, de majorité, ni singulière ni plurielle. Chirac essaie même de museler ses propres supporters en les coulant dans le moule d'un parti unique à la fois pour les discipliner dés maintenant, les faire gagner le 16 juin et les "tenir" après.