"AU GALOP"... "EN MISSION"... "FEUILLE DE ROUTE"... ET RISTOURNE AUX RICHES
Chirac et Raffarin s'y croient ! Stoppons-les en juin
 
Le gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy essaie défaire "comme si". Il s'auto-présente, s'autocongratule, se dresse des "feuille de route", se déclare "en mission", et annonce qu'il va agir au "galop". Il se propose même défaire des "projets de loi", des "collectifs budgétaires", des "lois-cadres", alors qu'il n'y a pas de Parlement pour voter quoi que ce soit de tout cela.
 
En attendant, il organise l'occupation de l'espace, en envoyant Sarkozy dans tes banlieues ou aux Halles, et Alliot-Marie à... Karachi. Il se pare de la "défense de la France" contre Al Qaida : Chirac aime ça, camper dans ce genre de rôle lui plaît quand il y a des élections en vue (se rappeler les otages du Liban, Ouvéa... et "l'insécurité" manipulée de Clichy à Nanterre). Il se paie même une querelle "pour ou contre" le 3e aéroport entre Gilles de Robien et Jean-François Coppée sans savoir s'il aura une quelconque influence sur ce choix. Et encore sur l'amnistie des contraventions de stationnement. Enfin il contraint ses maires-ministres à démissionner de leurs fonctions locales... alors qu'ils ne sont pas sûrs de rester ministres après le 16 juin. Forcing et précipitation, manœuvres et ratés, Chirac et Raffarin tentent de foncer.
 
Le but de cette mise en scène
 
Jean-Pierre Raffarin (J.P. R. : Juppé pour Réfèrent) au moins, à travers tous ces effets d'annonce anticipés, a le mérite de nous mettre en garde sur tous ses futurs méfaits : baisse des impôts pour "les classes moyennes", remise en cause des 35 h, remise en cause des retraites, mise en place d'un dispositif policier hors norme, (attention "bavures" annoncées), collectif budgétaire diminuant les ressources futures des services publics, allégement des cotisations dites "charges" sociales (donc de la protection sociale), etc... Le résultat de toute cette politique libérale sera évidemment d'aggraver la situation, de ré augmenter le chômage, creuser encore davantage les inégalités, donc nourrir de futurs progrès du Front national. Affaiblissant ainsi la société en même temps que la gauche, Chirac, Raffarin et Juppé (le déjà candidat des présidentielles de 2007), espèrent prolonger leur pouvoir et, enfin, imposer en France la société anglo-saxonne dont ils ont toujours rêvé à l'image de leurs idoles Reagan et Thatcher. Jusqu'à présent, ils n'avaient pu le faire : mais la défaite - réelle - du 21 avril leur en donne l'opportunité. La déception et la colère qui ont saisi le peuple de gauche, frustré de sa victoire, divisé dans ses explications, constitue, pensent-ils, l'occasion de passer en force. D'où les missions définies "au galop", les "directives" claironnées par Chirac.
 
L'acuité de la bataille droite-gauche
 
Nous (GS) nous sommes indignés pendant les semaines de février-avril que le "ton" de la campagne présidentielle ne soit pas celui d'un vif engagement de la gauche contre la droite expliquant qu'il y avait un choix de société, un choc des valeurs, des conséquences quotidiennes et durables opposées entre les deux programmes. L'erreur fut de jouer l'image, de personnaliser le choix (mauvais Chirac, "usé, vieilli", contre Jospin, "honnête, travailleur"). L'erreur fut de minimiser les divergences, de ne pas polémiquer sur le fond politique : sécurité, retraite, salaires, école, maladie... Autant que le contenu des programmes, c'était là l'essentiel : il y a deux camps, deux options frontalement différentes, qui débouchent dans la vie des salariés, de toute la population, sur des résultats extrêmement concrets. D'où le réflexe qui aurait du en sortir : on ne s'abstient pas, on vote pour son camp, même si la direction de celui-ci ne vous convient pas tout à fait, on pèse à l'intérieur de la gauche pour qu'elle s'oriente plus fortement selon les urgences sociales.
 
Provocations chiraco-raffarinesques
 
Patrick Devedjian, (ex-membre du groupe néo-nazi "Occident", ex-manieur de barres de fer, condamné comme Blouser les pauvres, ristourne aux riches Disons-le clairement : tout le monde a compris que des millions de pauvres, travailleurs et chômeurs, inquiets de leur avenir, ont voté Le Pen. Pas parce qu'ils sont fascistes, mais parce que personne, hélas, ne dénonce "l'establishment" aussi fort que le facho. Chirac ne retient qu'un seul aspect du discours du facho en question : c'est qu'il est "économiquement de droite" et qu'il veut supprimer l'impôt sur le revenu. C'est vrai que sur ce point, les pauvres qui votent Le Pen sont cons et qu'ils se font blouser. Alors Chirac aime bien les cons qui se font blouser : il annonce (sans en avoir encore les moyens, il lui faut un vote à l'Assemblée...) qu'il va aller sur les traces du facho : il va baisser l'impôt de 5 % pour toutes les tranches, ce qui représente 2,7 milliards d'euros ! C'est un cadeau, à hauteur de 30 % (de ces 2,7 Mds d'euros) qui va revenir à 1 % des plus riches de ce pays. Et pour le reste à 70 % aux ménages les plus aisés : ce sera ça de moins que les pauvres n'auront pas dans la redistribution. Dans la feuille de route de "Chirac-Raffarin" du 11 mai, il y a un bout du programme de Le Pen : et ce qu'il y a de "super" c'est que ça va désespérer encore plus les pauvres, et que ça nourrit le discours de Le Pen. En face, disons-le aux c..s de gauche (hé,oui, il y en a dans notre camp) que ceux qui pensent qu'il faut baisser les impôts des riches, ils marquent contre leurs buts. tel puis amnistié, on n'a plus le droit d'en parler) "ministre délégué aux libertés locales" est une provocation à la gauche. Nommer Francis Mer, un des plus hauts responsables du Medef, à Bercy, au poste clef des Finances, est encore une autre indication de ce que Chirac et Raffarin veulent faire : Francis Mer est l'homme qui voulait imposer aux syndicats une "refondation sociale" avec une "formation professionnelle" cofinancée par les salariés eux-mêmes sur leur RTT, sur leurs heures supplémentaires, sur leurs primes, et indemnités de chômage et salaires. Que cet homme du Medef ait pour charge, d'ici la fin de l'année de baisser de 5 % l'impôt sur le revenu, c'est un cadeau de 2,7 milliards d'euros aux riches.
 
Leur barrer la route les 9 et 16 juin
 
Soyons à la hauteur : dénonçons cette fois avec vivacité, les mauvais coups annoncés par ce gouvernement encore sans légitimité. L'heure n'est pas, n'est plus aux nuances feutrées. Si la droite passe, tout notre système social reculera. Et quand on prend de tels coups, la gauche recule. EtJuste ce qu'il faut tirer de bilan... et corriger afin de gagner le 16 juin et agir après... !
 
Annuler les 35 h par le report de la retraite à 60 ans :
 
Annoncer que la retraite des fonctionnaires sera alignée sur celle du privé, c'est aller plus loin que le sale coup déjà porté par E. Balladur sournoisement en été 1993 (déjà après une défaite de la gauche). Cela revient à ouvrir la brèche pour que le patronat obtienne ce qu'il réclame l'allongement du privé à 42,5 annuités afin d'en revenir à avant 1982, à la retraite à 65 ans.
Cela supprimera tout effet aux 35 h et créera du chômage de masse : faire travailler 5, 5 millions de fonctionnaires 36 mois de plus dans leur vie, cela représente 30,3 milliards d'heures de travail, soit une "rallonge" tellement considérable de la durée du travail sur la vie qu'elle sera plus importante que la réduction effectuée sur la semaine.
Des centaines de milliers de jeunes ne pourront pas devenir fonctionnaires et n'auront pas d'emploi : on les maintiendra en "emplois-jeunes", en CES ou CEC. Des millions de salariés supplémentaires n'atteindront pas le nombre de trimestres nécessaires pour recevoir une retraite à taux plein.
Que tous ceux qui pensent encore s'abstenir ou ne pas voter utilement à gauche les 9 et 16 juin réfléchissent sur l'ampleur de ce que serait ce recul social. Cette seule question relève d'un choix de société. Cette seule question vaut 1100 milliards de francs soit le prix d'une année de retraite pour le pays, elle est plus décisive financièrement que tous les autres enjeux ! Elle est plus déterminante pour tous les petits, les exclus, les bas salaires.
Ceux auxquels Chirac promet " de pouvoir choisir librement l'âge de leur départ en retraite en échange d'un taux plus élevé" : ce qui revient au choix entre "s'user davantage ou vivre moins le reste de son âge".