AVANCEES ET LIMITES DANS LE NOUVEAU PROGRAMME DUPARTI SOCIALISTE POUR LES ELECTIONS DE JUIN 2002
 
Quel débat autour du programme législatif du P.S. ?
 
 
Entre le Conseil national du Parti socialiste du mardi 23 avril et celui du mardi 7 mai, le débat s'est développé sur le contenu de ce qui devait être le programme de celui-ci pour les élections législatives.
 
La première réaction a été celle, prévisible, sinon légitime, de l'auto-préservation : ce n'était pas à cause du programme du candidat si nous avions perdu mais à cause de mille autres raisons. Tous rendirent un hommage solennel, parfois un peu compassé, à Lionel Jospin. Tous jurèrent de le soutenir dans cette épreuve. Puis il fallait bien entrer dans le vif des explications : les uns disaient que nous n'avions pas su expliquer, pas su communiquer, les autres que nous n'avions pas assez bien défendu le bilan, d'autres que nous n'avions pas assez dramatisé et appelé à un "vote utile", d'autres encore que c'était dû à la division des candidatures, d'autres que c'était un malentendu, et mettaient en cause pêle-mêle, Besancenot, Laguillier, Chevènement, les gauchistes, les abstentionnistes, "ceux qui aujourd'hui se mordaient les doigts de ne pas avoir voté dés le premier tour"...
Dans les analyses, chacun évoquait bien le "message" donné par les électeurs mais sans s'accorder pour le préciser. Les uns, finalement reprenaient une analyse qui fut, brièvement murmurée par Lionel Jospin le soir de sa défaite : "mes idées sont minoritaires". Et les mêmes souvent revenaient sur les cas rencontrés de victimes de vols, d'insécurité, les propos xénophobes, l'hostilité des secteurs populaires, comme si le "peuple" était coupable d'être ainsi, et nous impuissants à lui faire entendre la justesse de nos analyses.
 
Keynes et Rosa Luxembourg
 
Dominique Strauss-Kahn souligna que Keynes avait rendu davantage de services à la classe ouvrière que Rosa Luxembourg, ce à quoi Jean-Luc Mélenchon rétorqua que "si les chefs sociaux démocrates de l'époque avaient laissé vivre Rosa Luxembourg plus longtemps, elle aurait sûrement rendu d'autres services éminents". Laurent Fabius prit un ton grave et solennel pour demander la continuité dans l'action du Parti. Plus tard, il écrira un article dans Le Monde pour souligner que "tout séisme connaît des répliques" ce qui semblait ne pas dessiner une issue prometteuse pour les législatives.
Le chef du groupe parlementaire souligna même la volonté des députés socialistes, leur cohésion, leur volonté de tenir bon, et de continuer sur la lancée, sans rougir, sans changer de cap.
Henri Emmanuelli souligna les questions de fond : les fameux "63 ans" de retraite signées à Barcelone, les manques sur les salaires... la nécessité de mettre l'accent sur un programme social. Julien Dray, Jean-Luc Mélenchon, Marie-Noëlle Lienemann, Gérard Filoche intervinrent : défendant à tour de rôle ce que signifiait de "social" le message des électeurs, ils soulignaient que le vrai deuxième tour serait les législatives, des candidatures uniques, une plate forme de gauche unie, qu'il fallait les préparer le 1er mai, s'appuyer sur les cortèges de la jeunesse, et bientôt, il y aurait un million de manifestants, il fallait mettre en chantier un nouveau programme à la hauteur de la demande sociale.
Un échange entre Henri Weber et Daniel Vaillant posa la question du "risque" des manifestations de jeunes qui parcouraient toute la France. Provocations ? est-ce que ça ne nourrirait pas le FN ?
Le Premier secrétaire choisit la continuité : "nous entendrons le message, nous ferons les adaptations nécessaires, mais en gardant la cohérence de notre orientation antérieure". Mais il avait une ouverture pour une commission d'écriture du programme autour de Martine Aubry.
Une autre partie du débat porta sur la façon de faire barrage contre Le Pen. La proposition d'un tract national appelant en titre à "voter Chirac" fut chahutée un moment, il y avait manière et manière de faire : on pouvait titre contre Le Pen Du bon avenir des 35 h Dans une premier version du texte programmatique, le 4 mai, il était écrit : "Aller jusqu'au bout des 35 h et veiller à leur meilleur applciation partout. Aucun travailleur, qu'il soit ouvrier ou cadre, salarié ou fonctionnaire, dans une grande entreprise ou une PME, n'en sera exclu." Nous nous en sommes félicités. Hélas, cela a été changé : il reste : "Réussir partout et pour tous les 35 h et veiller à leur bonne application". C'est toujours cela qui n'était pas écrit dans le programme de 44 pages édité le 17 mars. d'abord en tirant la conclusion selon laquelle le vote pour utile consistait à utiliser le bulletin "Chirac" sans faire de concession à celui-ci. Mais tout en oeuvrant à ce que Le Pen soit le plus minoritaire possible de façon à ce que Chirac lui-même ne puisse se légitimer d'après les voix obtenues.
 
Les enjeux du 1er mai
 
Les hésitations ont été multiples sur les décisions du parti : était-ce seulement une manifestation syndicale, fallait il soutenir, y appeler, y avoir un cortège ? Dans toute la france, non seulement les jeunes manifestaient mais des réunions de la gauche, unitaires, ou seulement socialistes se tinrent, provoquées par le "choc" du 21 avril. A l'exemple du Puy, où la maire socialiste, Ariette Arnaud-Landau et Raymond Vacheron, secrétaire de la section du parti, animèrent une réunion de plus de 700 personnes : toute la gauche était là, syndicale et politique, décidée à s'unir sur des candidatures uniques et une plate-forme commune. Ce fut une réunion politique comme il en existe peu, où tous les esprits sont ouverts, déterminés, soucieux : elle déboucha sur une unanimité combative. Ce fut la même chose, selon nos informations dans des centaines d'endroits : de la Marne à Toulouse, de Paris à Amiens...
 
Le PS pour un salaire minimum européen
 
Neuf états en Europe imposent aux employeurs un salaire minimum : Grande-Bretagne, France, Espagne, Luxembourg, Hollande, Belgique, Portugal, Grèce, Irlande). Dans les 6 autres cela concerne les partenaires sociaux (Allemagne, Danemark, Italie, Suède, Autriche, Finlande).
L'écart va de 1290 au Luxembourg à 406 au Portugal. Grèce : 473. Espagne 516...Les 6 autres font plus de 1000 : 1124 en GB et 1126 en France. Ces Smic concernent 2,2 % de salariés en Espagne, en GB, aux Pays-Bas, en Irlande, 6,2 % au Portugal, 13,6 % en France et 15,5 % au Luxembourg. Selon Eurostat, les femmes sont deux fois nombreuses à toucher le Smic en Europe. (Le Monde du 18 avril)
Le programme du Parti socialiste dorénavant "l'harmonisation progressive des droits sociaux au niveau le plus haut et l'instauration d'un salaire minimum européen". Il appelle à une nouvelle hiérarchie des règles internationales, les droits environnementaux, sociaux et humains devant être prioritaires sur le droit des affaires et de la concurrence.