La Gauche socialiste a fait tout ce qu'elle a pu pour le meilleur texte possible
 
 
Le peuple de gauche s'est cherché lui-même une voie, et c'est ce qui a donné le 1er mai. Cette exceptionnelle mobilisation, digne des meilleures traditions de la gauche française, a constitué le plus clair des messages : il y a disponibilité majoritaire pour la gauche si elle répond aux enseignants, à tous les salariés, aux chômeurs si elle casse les ghettos, si elle propose des ressources et des emplois aux jeunes, si elle redistribue les richesses, si elle fait "son boulot", en un mot si elle est de gauche. Pourquoi dans ce pays riche, ne serait-ce pas possible de rompre avec le libéralisme, de s'opposer à la mondialisation capitaliste, pourquoi n'y auait-il pas d'espoir en ce sens ?
Le Parti socialiste a participé, finalement, très activement, aux cortèges du 1er mai, ses dirigeants sont venus, au coeur du défilé, et c'est sans doute l'élément le plus important aux yeux de millions d'électeurs de gauche. Aux ultra gauches qui l'ignorent, il faut peut-être préciser que dans les cortèges, syndicaux, jeunes (Unef, Fidl, Sos...) un manifestant sur deux ou trois était un socialiste : c'est donc un geste très positif que François Hollande, Martine Aubry soient venus. C'est mieux qu'un discours : mais cela aurait eu autrement plus d'impact si le "programme" écrit parallèlement à cette mobilisation avait été à la hauteur.
 
Avancées et reculs en commission et dans le parti
 
Martine Aubry n'eut certes pas la tâche facile. Partagée entre la droite et la gauche, cordaient arbitrer? Chaque fois qu'il y avait une avancée dans le texte, quelqu'un tirait dans l'autre sens. Jour après jour, au cours du travail, tantôt collectif, tantôt individuel, il y a eu de forts tiraillements déjà révélés par la presse : oui, DSK le lundi 6 mai au matin, s'est éclipsé en expliquant "qu'il y avait trop d'extrême gauche dans la salle", oui Laurent Fabius a estimé le lundi 6 mai au soir, que c'était un texte de m... avant de demander qu'on en revienne à des propos plus modérés sur le Smic, qu'on rajoute la "prime pour l'emploi", et... l'épargne salariale. Oui, a défaut d'un débat de fond, il y a eu des compromis : tout cela est gros d'un débat ultérieur. Mais il ne s'agissait pas d'un congrès, nul ne pouvait jouer avec le feu, il n'y avait que 4 semaines de campagne électorale, l'aspiration à l'unité était bien sûr très forte : d'où le vote unanime, mal- gré les réserves données par Julien Dray puis Gérard Filoche dans son explication de vote, lors du CN du mardi 7 mai.
Des membres de la Gauche socialiste ont été associés dans le désordre, (individuellement, parfois de façon groupée, parfois sur des questions différentes) sans avoir toujours les moyens de se coordonner entre eux, ni avec les amis d'Henri Emmanuelli, lesquels ont, eux aussi, contribué à certaines avancées. On retiendra de ces batailles semi perdues, semi gagnées, qu'il faut davantage de travail opiniâtre et collectif "pour frapper sur un même clou", notamment entre les deux courants de gauche du parti.
Mais on en est arrivés à un texte qui commence par des hausses de salaires, qui veut combattre la précarité, qui reconsidère le droit du licenciement, qui revient sur les 35 h, qui défend la retraite à 60 ans, qui défend plus fermement les services publics, une Europe sociale et démocratique, un Smic européen et des droits du travail alignés sur le haut...
Ce n'est pas un texte "flamboyant", loin de là. Il y a hélas de mauvaises raisons si les amendements "sociaux" proposés par la Gauche socialiste (reproduits ci-contre) n'ont pas été intégrés. Pourtant la presse n'a pas eu tort de noter une "inflexion à gauche" (qu'Henri Emmanuelli n'a cessé de souligner, la grossissant plus qu'elle n'existait). In fine, ce nouveau programme comporte des "avancées", sans doute insuffisantes pour satisfaire les urgences sociales, mais, ajouté à la présence des dirigeants du parti le 1er mai, et à une volonté d'en découdre, cela fait sens.
On sait pourtant que si la direction avait écouté la base du parti, le programme aurait été infiniment plus avancé : les conseils fédéraux de la Somme, de Haute-Garonne, de l'Essonne, du Cher, de Haute-Loire, de l'Hérault, de l'Ardéche, des Alpes-Maritimes, de l'Aveyron, du Gers, du Puy-de-Dôme, des Pyrénées-Atlantiques, ont adopté par des votes extrêmement majoritaires ou parfois au consensus, les amendements présentés par des membres locaux de la Gauche socialiste. Notamment en faveur du retour aux 37,5 annuités de cotisations pour les retraites : il se confirme que cette revendication-clef, déjà approuvée en janvier, est fortement plébiscitée dans les rangs socialistes.
 
La dynamique de la campagne
 
On peut parier cependant sur la logique des débats, au cours de la campagne, pour accentuer les trop minces progrés effectués dans le texte. Aux sceptiques, il faut enseigner que les chances de gagner l'élection législative sont réelles et qu'une victoire déstabiliserait la droite de façon puissante, Chirac s'en trouverait définitivement marginalisé, et le nouveau gouvernement de gauche se retrouverait face à un défi historique sans précédent : aller plus loin que jamais dans la réforme sociale ou perdre tout crédit face au FN.
Tout le mois de mai et les premiers jours de juin, chaque militant socialiste, doit être sur le pont, avec ou sans état d'âme : il faut dresser le danger de la droite, attaquer impitoyablement les premiers pas du gouvernement Raffarin. Chirac tient un langage de guerre, de missions, de feuilles de route ? Menons la contre-offensive tambour battant et nous enlèverons la place.
Les amendements Gauche socialiste non intégrés
 
Ils ont été envoyés à Martine Aubry le samedi 4 mai, mais à part de petits bouts de phrase, sur les licenciements ou sur la précarité, ils n'ont pas été pris en considération. Par contre, ils ont été votés massivement par les militants partout ou ils ont pu être présentés lundi 6 mai au soir.
 
1°) Pour défendre tous les acquis permettant la retraite à 60 ans : égalité pour tous privé, public, 37,5 annuités de cotisations pour une retraite à taux plein (75 % indexé sur les salaires). Ainsi que le COR (Conseil d'orientation des retraites) l'a prouvé, cela représente 0,3 % du PIB sur 40 ans, c'est le choix de société que nous devons faire : il garantit l'avenir pour 21 millions de salariés ainsi que leur pouvoir d'achat.
2°) Hausse des salaires et des minima sociaux, ajustement automatique de tous les minima conventionnels sur le Smic. Les richesses produites par les salariés doivent être mieux et davantage redistribuées.
3°) Limitation de la précarité : quota de 10 % maximum de CDD, d'intérim par entreprise sauf dérogation exceptionnelle et préalable. Majoration des contrats d'intérim portée de 10 à 15 % pour l'indemnité de précarité d'emploi. Sanctions renforcées et doublement des effectifs de l'inspection du travail.
4°) Droit d'annulation par les prud'hommes, en référé, des licenciements individuels abusifs et droit de réintégration des salariés concernés. Contrôle administratif sur les « plans de sauvegarde de l'emploi » et remboursement de toutes les aides publiques par les entreprises qui font des bénéfices et licencient. 5°) Pour le plein et le bon emploi : poursuite de la réduction du temps de travail afin d'amener les salariés aux 35 h réelles, à décompte constant, sans perte de salaire pour tous. Amélioration de la loi en consultation avec les organisations syndicales : aides d'état réservées aux petites entreprises ayant effectué des embauches correspondantes, baisse de la durée maxima d'ordre public de 48 à 44 h hebdomadaires, deux jours de repos consécutifs hebdomadaires pour tous. Pauses sur le lieu de travail et habillage inclus dans le temps de travail effectif.
6°) Démocratie sociale : élections à la toutes les caisses de la Protection sociale avec des collèges adaptés pour un nouveau paritarisme démocratisé à la proportionnelle, « un ayant-droit, une voix ». Le scrutin se tiendra tous les 5 ans lors d'une journée de vote chômée permettant à tous de vraiment voter en même temps que les prud'hommes. Par ailleurs les élections professionnelles se tiendront tous les deux ans, partout, un même jour. Redéfinition de la représentativité, du financement des organisations syndicales, mise en place du principe majoritaire pour la légalité des accords signés. Droits nouveaux des comités d'entreprise y compris droit d'avis conforme. Tout cela afin de revivifier, en concertation, le syndicalisme, son rôle et ses droits.
7°) Défense et renforcement de tous les services publics : non aux ouvertures au capital qui conduisent à la désagrégation progressive de ceux-ci, et même à des échecs et régressions, (France Télécom) sinon à des faillites comme on le voit dans le monde entier.
8°) Pour une autre fiscalité : recul des impôts injustes et indirects, progrès des impôts directs sur le revenu, la fortune, les profits. 5 % de la population possède plus de 50 % du patrimoine : leurs impôts doivent augmenter. 10 % de la population ne possède que moins de 1 % du patrimoine : leurs aides sociales et à l'emploi doivent augmenter. Le niveau des impôts ne devra baisser qu'une fois les services publics assurés et renforcés.
 
L'extrait sur les services publics
 
"Nous voulons améliorer le service public et l'efficacité du srvice rendu au public, parce que le& français veulent que chaque enfant réussisse à l'école, que chaque malade soit bien soigné, que la sécurité soit assurée en bas de chez eux, que chacun ait accès au sport, à la culture...
"L'état est le seul à même de financer les investissment à long terme, coûteux mais nécessaires à leur efficacité et leur pérennité. Nous refusons la privatisation des services publics. Nous affirmons la nécessité du contrôle public sur les entreprises publiques".
Nous avions proposé d'ajouter : "Nous refusons toute privatisation ainsi que toute ouverture du capital des entreprises publiques. EDF restera donc à 100 % publique". (Cela était voté par 79 voix contre 6 et 9 abstentions dans la Somme, par exemple). Mais ce ne fut pas intégré finalement.