LA FIN DU PARTI D'EPINAY ?
 
Réformisme et/ou radicalité ?
 
 
Paradoxalement, du côté des droitiers du Parti socialiste, les bouches s'ouvrent. Dans une section de Paris, un député n'a pas hésité à poser le problème : "Le parti d'Epinay est mort : la dernière tentative de concilier une ligne réformiste et la radicalité des mouvements sociaux incarnée par Lionel Jospin a échoué, maintenant, il faut trancher".
 
Sur LCI, c'est Antoine Burnier qui explique : "Le Parti socialiste est devant le même choix que le parti travailliste, britannique, au début des années 80, après la victoire de Margaret Thatcher : parce qu'il n'a pas su en tirer assez vite les leçons, il est resté 17 ans d'ans l'opposition avant de choisir Tony Blair. Il faut que le PS français tranche et rompe avec toutes ses composantes, encore mouvementistes, trotskistes, etc..." .
DSK a quitté une réunion de travail, ou c'est vrai, il y avait cinq membres de la GS sur 25 présents en disant : "il y a trop d'extrême gauche ici". Lionel Fabius s'est mis en colère en refusant ce texte de m... qui était présenté en termes de programme.
Dans le Monde, Laurent Mauduit a commis un curieux article qui annonçait "la mort de la première gauche". Curieux, car il identifiait la "première gauche" à Lionel Jospin et expliquait que celui-ci s'était rallié à la "deuxième gauche" et qu'il avait perdu...
C'est ce même petit monde qui reprochait lors des municipales de mars 2001 à la liste de gauche toulousaine de s'être alliée au 2° tour avec les "motivés". Ce sont les mêmes qui sont pour "les baisses d'impôt", qui expliquent que l'on ne peut plus rien faire pour protéger les services publics de la "concurrence", et qu'il faut s'appuyer sur les couches moyennes.
 
Les droitiers devraient se cacher
 
Pourtant, il y a un paradoxe à ce que ces thèses s'expriment aujourd'hui. Car, pour paraphraser Laurent Mauduit, si Lionel Jospin s'est rallié à la "deuxième gauche" et a perdu, c'est plutôt la preuve qu'il ne faut pas faire ce choix... La leçon du 21 avril, c'est plutôt que toute orientation droitière nourrit l'échec face, à un peuple de gauche légitimement exigeant.
Alors pourquoi ravivent-ils le social-libéralisme au moment où il fait la démonstration de sa nocivité ? La raison en est simple : ils sont cyniques, ils anticipent sur un échec aux législatives, et parie sur cinq ans de droite au pouvoir.... laquelle droitisera la société. D'où la comparaison avec Thatcher : enfin, en France le modèle anglo-saxon va s'installer... donc il faut des "opposants" anglo-saxons. Des "opposants" modernes qui anticipent et renoncent aux "fadaises soixantuitardes", aux mouvements de type novembre décembre 95, aux grèves des années Jospin.
Voilà pourquoi Chirac-Raffarin essaient de promouvoir Luc Ferry, le philosophe qui crache sur mai 68, en feignant de gommer les 9 millions de grévistes salariés qui en ont fait la force. Voilà pourquoi il y a une telle offensive contre les syndicats, visant à subordonner ceux-ci à la gestion de l'épargne salariale... Ce qui se prépare avec la droite est une offensive réactionnaire sans précédent en France : c'est le Medef au pouvoir. Et ceux qui, au sein du Parti socialiste n'ont jamais voulu polémiquer avec le Medef, s'adaptent déjà à ce futur état de fait.
Ils font, certes, le gros dos le temps des législatives, n'étant pas tout à fait surs de la défaite. Mais ils se préparent à s'imposer grâce à celle-ci. Voilà aussi pourquoi les plus motivés, les plus persuadés qu'on peut gagner les 9 et 16 juin, est la gauche du Parti socialiste.
Ce que nous préparent les droitiers sociaux-libéraux, eux, va bien au-delà : c'est un "duel" Juppé-Fabius en 2007, un débat aseptisé où le choix ne sera plus que de pure forme, encore moins de différence droite-gauche, encore moins d'enjeu social !
 
Pourtant, ils sont irréalistes
 
Eux qui se veulent les sérieux, les modernes ne sont pourtant que de pauvres aveugles : si le parti socialiste se coupe de la radicalité, des mouvements sociaux, de l'antilibéralisme, il perd toute sa sève, toute sa tradition historique, et surtout, sociologiquement ce qui fait l'immense majorité des voix opposée à la droite, celles des salariés. Tony Blair, en Grande-Bretagne n'a été réélu qu'avec une considérable abstention et son "règne" pourrait bien finir dans une confusion créée par son absence de politique sociale dans un pays souffrant de misère profonde.
Choisir de couper le PS de ses forces vives militantes, jeunes, syndiquées serait un suicide. Non seulement ce serait une abdication devant la droite, mais cela livrerait cette dernière à la pression de l'extrême droite.
Aller dans le sens des sociaux libéraux, ou ne pas choisir la seule orientation de gauche, ne pas donner la parole, ne pas adapter son programme aux couches populaires, c'est là que se situe le risque de rester dans l'opposition pendant 17 ans...