Sommaire numéro 92 Février 2002
 
Edito : Lula, Jospin
Bush s'en va t'en guerre
3. L'homme qui ne s'aimait pas
Dossier spécial Porto Alegre, récit, infos, chiffres, débats
Marseille fracturé par Gaudin
6.Toulouse insécurité industrielle après AZF
Bourdieu : extraits
courrier des lecteurs
Humeurs
 

 

Lula, Jospin

 
Dans le plus grand rassemblement mondial contre le libéralisme, à Porto Alegre, il ne viendrait à l'esprit de personne de renvoyer dos-à-dos, la gauche et la droite, ni de se tromper de camp. La victoire du parti des travailleurs brésiliens à la présidentielle de l'automne 2002 représenterait un immense progrès pour tous les travailleurs d'Amérique latine. Mais tous savent et disent que la victoire de la gauche en France, au printemps, représenterait un formidable encouragement pour eux.
C'est pour cela que Lula viendra soutenir Lionel Jospin à Paris en mars prochain et que Lionel Jospin ira soutenir Lula ensuite.
Vue de Porto Alegre, la France est celle qui installe les 35 h par la loi, qui préserve les retraites par répartition à 60 ans, celle qui donne six semaines de congés payés, celle qui protège le Sécurité sociale, l'école publique, le Smic et fait progresser la parité hommes-femmes, se bat pour une charte sociale dans une Europe démocratique, fédérale. Celle où la gauche plurielle partage le pouvoir.
Les socialistes, autour de François Hollande, de la forte délégation de la Gauche socialiste, de six ministres, ont été nombreux à faire le voyage pour participer à ce deuxième forum social mondial - qui a réussi à éclipser le forum libéral de Davos (transféré à New York cette année). Certains s'en sont sottement moqués : mais que le Parti socialiste soit là, en force, a été apprécié par les dirigeants du Parti des travailleurs, et par l'immense majorité des participants, qui y ont vu le meilleur soutien possible à leur action, et c'est pourquoi nous avons été reçu à bras ouvert, convié à parler dans tous les grands forums.
Y avait-il trop de français ? Non, pas assez. Y avait-il trop d'européens ? Non, pas assez. Il manquait aussi des Indiens, des Africains en plus grand nombre, des asiatiques. Mais les 51 000 participants, dont 35 000 brésiliens, 15 000 jeunes, 2000 européens, et, au total 131 pays représentés, incarnaient le camp de tous ceux qui cherchent une alternative sociale internationaliste à la mondialisation libérale.
Qui, là-bas, pouvait chercher à exclure, cliver, ou dénoncer la présence massive des socialistes ? Les quelques sectaires, qui s'y essayaient, étaient rendus très discrets par la force du mouvement.
On n'a jamais sans doute vu, dans l'histoire, une telle convergence mondiale rassemblant des forces vives militantes de tous les continents : nul ne peut prétendre parler au nom de ce rassemblement, nul ne peut le manipuler, ni le récupérer, c'est une force profonde, venue de la base de tous les syndicats, associations, partis de gauche qui s'y sont investis. De Attac aux paysans sans terre (le plus grand mouvement de masse du monde), des organisations de jeunes aux grands syndicats, des mouvements de femmes aux révoltes des Indiens, la diversité était grande, mais elle était la garantie de la maturité, du sérieux, de l'enthousiasme, et aussi la productrice d'idées-forces, d'éléments de programme qui contribuaient à faire du socialisme, une idée neuve.
Tout était tourné vers l'avenir et non pas vers le passé, tout était tendu vers le but d'un "autre monde" social, humain, démocratique, soucieux d'environnement et de partage des richesses.
L'élan de Porto Alegre n'a rien d'exotique, il n'est pas étranger aux préoccupations françaises, et même si les médias en ont parfois fait la caricature, nous devons y puiser énergie, enseignements, confiance pour une dynamique de la victoire de la gauche à Paris, les 21 avril et 5 mai prochain.
Lionel Jospin est évidemment le mieux placé pour l'assurer cette victoire : elle ne sera pas seulement positive pour les salariés et la jeunesse française, elle aidera à ce que d'autres Porto Alegre vivent, à ce qu'en Europe aussi une convergence des luttes sociales se développe comme Amérique latine. Pour une autre mondialisation anticapitaliste.
 

 
Bush s'en va-t'en guerre... sans Enron !
L'empire veut régenter la planète
 
Qui a pu croire qu'un gouvernement républicain, aussi réactionnaire, mal élu, avec un "leader" entièrement dans la main des pétroliers texans les plus réactionnaires, puisse mener une politique intelligente, voire progressiste ? On avoue qu'on a eu quelques jours d'illusion, quand, pour les nécessités de sa coalition internationale, après le 11 septembre, Colin Powell a fait patte de velours. II s'agissait de faire croire ces jours-là, que l'opération allait se limiter à l'éradi-cation des assassins du World Trade Center, qu'il n'était pas question de "croisade", ni d'impérialisme tous azimuts.
 
Le "naturel" a vite repris le dessus
 
Non seulement la guerre en Afghanistan a pris des formes qui n'étaient pas adaptées aux buts affichés, mais elle a vite été conduite de façon à mettre en place un pouvoir "à la botte" des USA (CF. D&S n° 91 : Hamid Karzaï, l'homme de l'Unocal au pouvoir).
Ni Ben Laden, ni Mollah Omar, n'ont à ce jour été retrouvés, mais des centaines de prisonniers talibans, des saoudiens, anciens alliés de la CIA, ont été transférés, enchaînés, torturés, contre toutes les conventions de guerre internationales existantes, à Guantanamo, Cuba.
Bush a profité de l'occasion qui lui a été donnée pour prendre pied en Asie centrale et il compte y rester des décennies, vu l'importance des réserves de pétrole et de gaz de la région, vu son rôle stratégique au carrefour de la Chine, de l'Inde, de la Russie.
Mais cela ne suffit pas : les troupes américaines sont débarquées progressivement aux Philippines, combattre la guérilla musulmane, traquer les réfugiés d'Al Quaïda, mais surtout reprendre là aussi un pied armé déterminé.
 
Un combat de longue haleine ?
 
Le sens des déclarations de Bush sur le fait qu'il s'agit d'une guerre prolongée contre le terrorisme qui pourrait "durer des décennies" est devenu soudain extrêmement menaçant. Car "w" Bush a officiellement menacé les puissances du mal, l'axe "voyou" constitué par l'Irak, l'Iran et la Corée du nord...
Là encore on avait cru que l'Iran s'était prononcé du bon côté, après le 11 septembre. Des experts internationaux avaient commencé à étudier l'évolution du régime iranien et à refaire son histoire, depuis le départ du Shah, afin de souligner les plus récents faits positifs. Il devenait, disait-on, possible de réintégrer l'Iran dans "la communauté internationale". Voilà soudainement qu'il n'en est rien.
L'Irak est un pays en perdition, soumis à une dictature brutale, confortée par un boycott odieux qui fait des dizaines de milliers de victimes. Au lieu de mettre fin à une guerre qui dure "depuis le père Bush", en 1991, et de créer les conditions d'un dégagement de la dictature en permettant au peuple de revivre d'abord décemment, le pouvoir de Bush choisit la voie de la provocation, et d'une nouvelle agression.
Quant à la Corée du Nord, oublie t on la "percée diplomatique" saluée, il y a encore peu, lorsque le fils de Kim il Sung rendait visite à la Corée du sud. Bien sûr ce régime est odieux et mortifère, mais depuis quand le "droit d'ingérence" se transforme t il en brutalité, en invasion, en chantage ? Depuis quand est-ce la violence impérialiste venue d'ailleurs qui doit se substituer à l'aide qui pourrait être donnée aux peuples afin qu'ils s'émancipent eux-mêmes ?
Philippines, Iran, Irak, Corée, tout un axe d'intervention, un tour du monde des endroits à bombarder, où des millions de dollars parviendront aux peuples sous forme de bombes plutôt que d'allégement de la dette...
 
Une autre forme d'incrédulité ?
 
Après les avoir cru, un moment, adroits et attentionnés, on s'étonne parfois de retrouver Washington brutal et conquérant. Mais quel est donc le vrai visage de ces dirigeants américains ? Comment peuvent-ils être si tyranniques, guidés par leurs profits brutaux, par des coups de force à courte vue ?
La réponse, nous la connaissons et nous ne devons pas vivre d'illusions : il n'y a rien de nouveau sous le soleil de la grande puissance impérialiste. Elle fut capable en 1965 d'intervenir à St Domingue, et... en 1982 dans une petite île comme Grenade. Elle a renversé tous les régimes progressistes d'Amérique latine, du Honduras à Santiago du Chili. Elle n'a jamais hésité à soutenir les pires dictatures terroristes en Argentine, ou au Brésil. Elle n'a pas davantage hésité pour écraser les sandinistes au Nicaragua... avec des armes iraniennes, ni pour intervenir à Panama en kidnappant Noriega, le chef local trafiquant qu'elle avait mis en place. Pas de pitié ! Cuba subit un blocus depuis plus de quarante ans !
Ce que les Usa ont fait directement dans leur arrière-cour d'Amérique latine, ils l'ont fait indirectement dans le reste du monde, ils s'apprêtent à le faire encore plus fortement au Moyen-Orient et en Asie. Plus un continent ne nous échappera, voilà ce que Bush, bien au-delà de la chasse au terroriste, veut signifier aujourd'hui de Manille à Riyad, du Yémen à la Somalie, du Nigeria à la Libye.
 
Ouvrons les yeux
 
Un tel monde unipolaire, une telle puissance sans contrepartie, des comportements unilatéraux de ce type font régner un danger nouveau de désordre sur la planète. On le voit en Palestine, où Bush a apporté son appui à Sharon et où celui-ci, systématiquement, détruit l'autorité palestinienne, organise le terrorisme d'état cynique contre le terrorisme désespéré du Hamas. Des générations de jeunes arabes et palestiniens sont formés là à l'école de la haine, de la revanche, et ne cesseront jamais de vouloir venger leurs proches, leurs espoirs trahis, écrasés. Cette politique est aveugle, elle ne peut déboucher que sur une déstabilisation prolongée du monde, et c'est pourquoi, politiquement, il faut la freiner, l'isoler, la combattre. La paix dans le monde passe par l'échec des va t'en guerre façon Bush.
MATTI ALTONEN
Enron : la faillite
II n'y a pas que l'Argentine qui soit une victime spectaculaire des intégristes du libéralisme, ce système dangereux pour les sociétés humaines fait des ravages en Amérique même.
Les financiers de Bush, ceux qui l'ont fait élire, ont piqué dans la caisse, organisé des détournements de fonds avant de laisser tomber en faillite l'entreprise géante qu'ils dirigeaient, Enron.
Ce sont les petits actionnaires, comme toujours, depuis 1929, qui ont trinqué. Ils ont tout perdu, leurs économies, leurs retraites, leur travail.
Pas de pitié, pas de rattrapage, pas de sécurité sociale, ni de retraite par répartition, là-bas MM Kessler et Seilliére ont gagné depuis longtemps. Quand un fonds de pension s'écroule, il ne fait pas bon y être salarié cotisant...
 
 
L'Homme qui ne s'aimait pas", d'Eric Zemmour
Bien connaître Chirac pour mieux le virer
 
 
Quand un grand reporter du Figaro, Eric Zemmour, entreprend de retracer la carrière politique de Chirac depuis les années 60, et de comprendre les motivations de l'Homme, on peut s'attendre, à quelques semaines des présidentielles, à un exercice de promotion. C'est pourtant tout le contraire qui nous attend !
 
Chirac ne découvre la politique qu'à l'âge de 30 ans. Enarque sous la pression d'un père autoritaire, il se rêvait général. Il entre à la Cour des comptes, après la guerre d'Algérie, avant d'être transféré au secrétariat général de Pompidou, à Matignon. Il confiera alors à un baron gaulliste : « Le gaullisme, je m'en fous, ce n'est pas ma génération ».
 
Un homme de coups tordus
 
Sa carrière est un ensemble de coups, souvent portés à son propre camp. Député de Corrèze en 1967, il est au coeur des négociations de mai 1968, qu'il se flatte d'avoir suivies avec un revolver en poche. Il est nommé à l'Agriculture en 1968, et s'acoquine tout de suite avec la FNSEA. En 1974, premier coup tordu, il torpille Chaban et les gaullistes, joue Giscard, qui le nomme à Matignon. Il en claque la porte en 1976, créé le RPR, sur des bases gaullistes, prend la mairie de Paris en 1977. En 1981, il joue voire encourage la défaite de Giscard, convaincu que la gauche ne tiendra pas deux ans. Il survit miraculeusement à tous ses échecs cinglants (1988, 1997), et aux trahisons et tentatives de putsch contre sa personne (1989, 1995).
 
Un homme cynique, dépourvu de convictions
 
Chirac n'a jamais cru à la politique. Il n'a jamais été gaulliste. Il confiera un jour à Bayrou : « La politique, c'est fini, cela ne sert à rien. Le président doit représenter la France à l'étranger, c'est tout ». S'il faut se déclarer gaulliste contre Giscard dans les années 75, il sera gaulliste. S'il faut dire du bien de Thatcher-Reagan contre la gauche, il sera llibéral dans les années 80. S'il faut devenir social-humaniste pour couler Balladur en 1995, il sera le candidat de la fracture sociale.
 
Un homme sous influence
 
Tous les grands politiques ont leurs conseillers. Mais ce sont ces grands hommes qui tranchent. Or, Chirac est décrit, tout au long de l'ouvrage, comme un homme qui a besoin que ses conseillers guident son action. Ce que feront le tandem Juillet-Garaud dans les années 70-80, Pasqua (qui tiendra le RPR par les réseaux corses) de 1980 à 1985, Balladur de 1985 à 1993, et enfin Claude Chirac-Villepin-Monod aujourd'hui. Complexé par la morgue de Giscard (qu'il tuera politiquement sans complexe), il demeure aujourd'hui encore fasciné par la personnalité complexe de François Mitterrand, auquel il est convaincu de n'arriver qu'à la cheville.
 
Un homme ivre de pouvoir, mais qui ne veut pas gouverner
 
Comme il a besoin qu'on décide à sa place, il a besoin qu'on gouverne à sa place. Giscard de 1974 à 1976, Mitterrand et Balladur de 1986 à 1988, puis de 1993 à 1995, Juppé de 1995 à 1997, aujourd'hui Lionel Jospin depuis 1997 assument ce rôle. Chirac, appuyé depuis 1977 sur le fabuleux trésor de guerre de la mairie de Paris, est un chef de clan, qui vit du pouvoir, arrose son petit monde qui lui doit tout. Il est imbattable pour demander à chacun des nouvelles de la santé de l'épouse, des enfants, du chien. Mais la politique et le débat d'idées l'ennuient.
 
Comment ses « copains » parlent de lui
 
Un grand passage de ce livre se passe à Strasbourg, dans un restaurant, où Pasqua, Madelin et Bayrou mangent ensemble, accompagnés chacun d'un conseiller. Au quatrième cognac, les convives se lâchent. Passages choisis, dans l'hilarité générale.
Madelin : « Seguin me disait que Chirac, depuis sa cellule de la Santé, serait encore candidat »
Pasqua : « Je tiens Chirac pour le fossoyeur de la Cinquième. Dire qu'il y en a qui croient qu'il préside la France, en fait, il est seulement entré à l'Elysée »
Bayrou : « Quand il a dissous, en 1997, il m'a dit qu'il n'avait qu'une seule crainte, que sa majorité soit trop large »
Madelin : « On devait monter une association des cocus de Jacques Chirac. Et la filer à Pons, cela lui ferait beaucoup plus de monde à gérer que son association des amis de Jacques Chirac »
Abitbol (conseiller de Pasqua) : « En 1981, c'est moi qui ai rédigé sa profession de foi. Il a gardé la profession, j'ai gardé la foi »
Bayrou : « II ne croit qu'au pouvoir, c'est-à-dire les bagnoles et les nominations. Tout est factice chez lui. Il n'aime pas plus la Corrèze qu'autre chose, il préfère l'Ile Maurice et les milliardaires. Il n'aime que le fric et le luxe. Il est bien l'héritier de Pompidou, lié aux Rothschild »
Fermez le ban, ils appelleront quand même à voter pour lui s'il est au deuxième tour (bien que son «ami» Charette doute de sa présence à ce second tour).
 
Attention au coup du mec sympa
 
Ce livre est impitoyable pour Chirac, ses méthodes, sa nullité politique. Mais on pourrait se laisser prendre, comme un temps quelques ministres du gouvernement Jospin, par ce côté mec sympa. Un mec qui se tourne en dérision, qui fait tout pour passer pour plus bête qu'il n'est, qui doute de lui, qui n'a pas d'idées tranchées, qui multiplie les gaffes peut-il être si méchant ? Nous devons répondre qu'il est d'abord dangereux. Parce qu'il est prêt à tout pour garder le pouvoir : démagogie, coups tordus, mensonges. S'il gagnait, il n'aurait rien à refuser au Medef, il casserait le modèle républicain français issu de la Libération. Mais cela, ce n'est pas à Eric Zemmour de le dire, c'est le travail de la gauche toute entière.
A nous de convainvre tous ceux qui ont tout à redouter de la victoire de Chirac, le salariat, les retraités, de voter à gauche, pour virer définitivement ce loustic de la vie politique française.
ClCERO PlCAS
 
 
 

DEUXIÈME FORUM SOCIAL DE PORTO ALEGRE, 30 JANVIER AU 5 FEVRIER - UN AUTRE MONDE EST POSSIBLE

 

80 000 participants, 26 forums, 700 ateliers...
 
Un rassemblement international sans précédent historique
 
Ce n'était ni une affaire de "paillettes", ni une "jolie colonie de vacances" ni un rallye mondain. Encore moins un spectacle de rodéo avec des "gauchos" (vachers argentins) jouant du fouet et des claquettes bottées... Il ne s'agissait ni d'un happening festif sous les "cocotiers" ni sur "la plage". Ni d'un carnaval, avec manifestations casseroles à la main. Pourtant, il y a eu bien de l'ironie dans nos médias.
 
Un véritable mouvement de masse
Bien sûr, c'était possible, à distance, pour quelques médias malintentionnés, de ne traiter l'événement que sous un jour exotique. Il suffisait d'ironiser sur le sens d'une "ruée" de français, six ministres en tête, vers une lointaine ville du sud du Brésil. Les uns faisaient mine d'y voir un spectacle mondain (Robert Hue), les autres dédaignaient ce rassemblement hétéroclite petit-bourgeois (Ariette Laguillier) et lesderniers se vantaient d'avoir toujours été là et de détenir le monopole de l'authenticité (Olivier Besancenot et Alain Krivine). Même le RPR Serge Lepeltier s'essayait à persifler tout en côtoyant les paysans sans terre, et en cherchant à plaire à José Bové, tandis que le conseiller de l'Elysée, rodait en quête de caution de gauche pour le candidat avignonnais Jacques Chirac. Mais ils ne pouvaient empêcher tous ceux qui participaient de prés au forum social mondial de constater sa puissance, laquelle pulvérisait la portée cancanière de toutes ces petites histoires.
80 000 Participants venus de 131 pays, ce n'est pas rien. De mémoire de militant internationaliste, il n'y a pas de précédent. Le "congrès des peuples d'Orient" qui s'était tenu à Bakou en 1921, les réunions internationalistes antifascistes d'Amsterdam Pleyel, les convergences en Europe, pour l'Espagne ou le Portugal, contre la guerre du Vietnam, ou, plus récentes, lors des "sommets" des 15, de l'OMC ou des "G8" n'ont pas encore atteint cette importance. Certes ce deuxième sommet de Porto Alegre s'inscrit dans la série de manifestations de Seattle, Porto, Gôteborg, Prague, Nice, Gênes, Bruxelles, mais il a sa caractéristique propre : il est le produit partiellement spontané d'une lame de fond. Malgré l'infériorité en matière de financement et de communication des forces opposées à la mondialisation libérale dominée par l'impérialisme américain, elles l'emportent en nombre, en détermination, en symbolique sur le forum de Davos, devenu minoritaire. 35 000 Brésiliens, 15 000 jeunes, 281 langues parlées, 700 ateliers et 26 forums différents, on y trouvait des intellectuels réputés, des vieux militants chevronnés, des paysans sans terre, des "intouchables" venus d'Inde, des Américains éclairés, des Argentins en révolte, des responsables syndicaux d'envergure, et une jeunesse magnifique. Mélange de syndicalistes, d'associatifs, d'ONG, d'élus de tous les tendances de la gauche mondiale, il n'y avait aucune exclusive possible (au désespoir de quelques sectaires qui ne rêvaient que de cela) car le rassemblement était ascendant, productif, porteur d'un immense espoir partagé.
 
Dix jours de débats successifs
 
Parmi les premiers thèmes développés, il y avait des tables rondes avec des maires de grandes villes de toute la planète qui décrivaient leurs efforts pour l'intégration sociale dans leurs communes. Les dimanche, lundi, mardi et mercredi, du 27 au 30 janvier, ainsi, purent s'exprimer, en comparant leurs expériences, les maires de Sao Paulo, Porto Alegre, Paris, Rome, Genève, de Lyon, de Bruxelles (Freddy Thielmans, maire Gauche socialiste) mais aussi de Bègles, de Limeil-Brévannes, d'Athis-Mons et de... Belfort.
Les échanges étaient tous instructifs sur les choix et les limites des efforts qui peuvent être faits pour "gérer autrement" des villes, lorsque la gauche y a gagné les élections. Marie-Noëlle Lienemann y a expliqué notamment, que l'on ne pouvait s'en tenir à des critères de gestion... car sinon, on finit par être responsable de ses propres succès et de ses échecs à titre personnel, ou en tant qu'équipe, alors que c'est le système global qui est en cause, et que sans s'attaquer à lui, on est bloqué dans l'essentiel de ses volontés de transformation sociale. Marie-Noëlle profita de sa présence pour sortir des circuits officiels et entraîna une caméra de Canal + visiter les favellas autour de Porto Alegre.
Il a été proposé une conférence des maires des quinze plus grandes villes du monde (Mexico, Shanghai, Canton, Le Caire, Sao Paulo, Calcutta, Manille, Lagos...) qui pourrait se tenir sous l'égide du Forum.
 
Noël Mamère et Jean-Pierre Chevènement...
 
Au moins deux candidats à l'élection présidentielle française s'exprimèrent le mercredi 6 février. Noël Manière eut du mal à trouver le "ton" adéquat car, critiquer fortement le gouvernement français, là-bas, au Brésil, n'est pas si facile que ça. C'est reçu de façon médiée : doit-on être si sévère pour un pays qui a la retraite à 60 ans, six semaines de congés payés, les 35 h, un droit syndical, des délégués du personnel, des comités d'entreprise ? Quant à la pollution, vu la situation au Brésil, il y a certes de quoi faire, mais pas n'importe comment, pas de n'importe quelle façon. Jean-Pierre Chevènement, lui, venu pour se faire sacraliser d'un point de vue international et de gauche, se lança dans un cours magistral ou, en une heure, il ne fut question ni du travail, ni des travailleurs : le point de vue national l'emportait sur le point de vue social. Il est difficile de s'allier sans rivage à droite et de ramer vraiment à gauche....(Voir la critique de son intervention ci-après).
 
La manifestation d'ouverture
 
D'autres personnalités vinrent s'exprimer dans des forums spéciaux, ou les auditeurs étaient nombreux : ce fut le cas pour Noam Chomsky ou Susan Georges, pour le juge Garzon parlant de la délinquance financière internationale, de Ricardo Petrella parlant de l'eau dans le monde, ou pour le forum présidé par Bernard Cassen (Le Monde diplomatique et ses réseaux étant très diffusés au Brésil).
Le jeudi 7 février, le grand défilé d'ouverture réunit près de 80 000 participants. Coloré, divers, combatif le cortège rassemblait tous les types humains : depuis les femmes chiliennes, jusqu'aux postiers français, les intellectuels et les paysans, verts et rosés, homosexuels, les Argentins et les Italiens, jeunes, et vieux, tous brassés dans un melting pot unique, défilèrent sur de longs kilomètres jusqu'à l'Anfiteatro Pôr do Sol. Tous les groupes politiques du Brésil (exmaoïstes, exstaliniens, ex-guerilleriste, divers PC) se succédaient derrière le parti des travailleurs. En tête Lula et José Dirceu du PT, Tarso Genro, le maire, Olivier Dutra, le gouverneur, Mario Soarés, ancien président du Portugal, tenaient une banderole "contre la guerre, pour la paix, pour un autre monde"
 
Le "forum parlementaire"
 
Plus de 1100 parlementaires (dont 77 italiens et 76 français) devaient débattre de l'alternative à la mondialisation libérale pendant deux jours, les 1 et 2 février. C'est là qu'il y eut le seul incident : des Argentins du Mas et des Italiens du groupe Refondazione manifestèrent à l'intérieur du forum, jusqu'à prendre la tribune d'assaut avec des banderoles, pour exiger le départ des députés qui avaient voté la guerre en Italie et en France. La logique sectaire qui les poussait à "cliver" au lieu "d'unifier" partait d'un considérant impitoyable : ceux qui sont contre le libéralisme doivent être contre la guerre, et ceux qui ne sont pas contre la »uerre en sont pas des vrais 'antilibéraux". Au lieu de convaincre, ils cherchèrent les bonnes vieilles méthodes d'occupation bruyante, de dénonciation directe : le Forum sut contourner l'obstacle puisqu'il négocia un texte... qui mit tout le monde d'accord, et qui désarma cette manœuvre ultra gauche. L'intervention des élus de la Gauche socialiste et de la république sociale européenne, notamment de notre camarade Harlem Désir fut efficace en ce sens. Jo Rossignol (France), Detlev von Larcher (Allemagne), Olga Zrihen (Belgique), Vicent Garces (Espagne) Pierre-Yves Maillard (Suisse) y participèrent au titre de la République sociale européenne. Quelle était la fonction de ce forum ? rassemblant des élus de toutes les gauches, il lui fallait néanmoins se donner une direction, aussi plusieurs résolutions furent-elles votées après débat et commission ad hoc pour en finaliser le contenu.
 
Le débat d'Attac
 
Attac a émergé dans quarante pays. En France, elle s'est développée après novembre-décembre 1995, et compte 28 000 Membres et 230 comités locaux. C'est l'expression associative la plus novatrice et la plus dynamique qui existe contre la mondialisation libérale. Attac se propose de "dépasser le dilemne entre réformistes sans réformes et révolutionnaires sans révolution" .(Pierre Khalfa). Susan Georges, lors du grand rassemblement du Zénith, à Paris le 26 janvier a été ovationnée pour avoir déclaré : "La classe qui nous domine ne veut qu'une chose - elle veut tout, elle veut contrôler toutes les ressources, elle veut toutes les libertés, et il faut la combattre". Intellectuels, syndicalistes font le cocktail détonant qui assure la réussite d'Attac qui s'est assigné "d'emblée une mission d'éducation populaire orientée vers l'action contre la dictature des marchés, et, d'autre part, qu'elle place cette mission dans un cadre non seulement international, mais également internationaliste, la solidarité avec les sociétés des autres pays du monde se situant au centre même de sa démarche". (Plateforme d'Attac). D'où la parfaite adéquation d'Attac avec le forum social mondial. Attac y animé un forum et de nombreux débats et prises de position avec une très grande sympathie des participants..
 
Le forum de l'éducation et de la jeunesse
 
Jean-Luc Mélenchon s'était déjà rendu en octobre au forum mondial de l'éducation qui s'était tenu à Porto Alegre : il a poursuivi son investissement dans la définition d'un programme mondial de lutte contre la marchandisation de l'école, au cours des réunions qui se sont tenues parallèlement au 2° forum social mondial. Il a animé le 2 février un séminaire sur "une autre éducation est possible et nécessaire" avec des participants de la FSU (Gérard Aschieri, Louis Weber) avant de signer avec le maire de Porto Alegre, Tarso Genro une déclaration commune de coopération le lundi 4 février. Participant comme un poisson dans l'eau à toutes les activités, fête du parti des travailleurs, rencontre avec Lula, réception officielle au consulat français, présence sur le stand de la république sociale, Jean-Luc Mélenchon a aussi effectué une conférence à l'institut de la citoyenneté sur le thème "éducation et socialisme" le lundi 4 février devant près d'un millier de personnes. En parallèle avec ces activités, dans le forum de la jeunesse se tenaient de nombreuses conférences et débats auxquels participèrent Yassir Fichtali, président de l'UNEF, et François Delapierre de la Gauche socialiste.
 
Le meeting de la République sociale européenne avec le forum de Sao Paulo
 
Le Parti des travailleurs offrit son local le dimanche 3 février pour une rencontre entre le "Forum de Sao Paulo" et la République sociale européenne. Elle fut annoncée par 30 000 tracts en trois langues, et ce fut de notre point de vue, la réunion la plus fructueuse car elle permit de se connecter entre les gauches socialistes d'Europe et les gauches d'Amérique latine. Etaient présents un membre du parti communiste cubain, un représentant du Frente Amplio d'Uruguay, et un dirigeant du parti des travailleurs, Aloïsio Mercadante. L'échange fut long et prolongé avec nos représentants, Bernard Pignerol, Pierre-Yves Maillard, Vicent Garces (espagnol spécialiste de la souveraineté alimentaire), Detlev von Larcher, Olga Zrihen, et déboucha sur une volonté établie d'élargir le forum à l'Europe. Ce qui donna le lendemain en séance publique plénière, (sur lethème "partis politiques et mouvements sociaux") l'occasion, à nos trois orateurs, Harlem Désir, Detlev von Larcher, Gérard Filoche, de revenir, après Aloïsio Mercadante sur cette proposition qui devra trouver sa concrétisation prochainement. Par sa présence tout au long du forum, par son stand permanent, par les prises de parole de ses élus, de ses délégués, jeunes, maires, ministres, la République social zuropéenne s'est fortement impliquée et inscrite dans cet immense rassemblement historique.
 
Le meeting de clôture géant
 
L'apothéose fut le mardi où plus de 15 000 participants ont applaudit à tout rompre les orateurs de tous les continents (notamment du Pérou, du Mali, de l'Inde, d'Espagne, en scandant les slogans de la manifestation du premier jour en faveur d'un "autre monde possible". La chanson du Forum, reprise par 15 000 personnes debout, inspirait un grand élan collectif, et irradiait la joie commune de tous les participants. Ce n'est décidément pas "la fin de l'histoire", c'est le début d'une nouvelle grande aventure humaine internationaliste !
 

 
Le 2° forum social de Porto Alegre en chiffres
 
80 000 participants
210 ethnies et 186 langues
131 pays,
15230 délégués
11600 jeunes de 52 pays
57 % d'hommes et
43 % de femmes
4909 organisations différentes
2500 organisateurs et 800 volontaires
9790 italiens de 406 organisations
924 argentins de 224 organisations
682 français de 224 organisations
465 uruguayens
406 américains de 166 organisations
1120 parlementaires
2400 journalistes et 780 free lance de 50 pays
467 quotidiens
193 revues
188 radios
116 télévisions
9 résolutions fondamentales
550 000 connexions par jour au site du Forum
12 000 appareils de traduction simultanée
315 interprètes
16 000 chambres d'hôtel occupées
700 stands (dont celui de la République sociale européenne)
 
Porto Alegre et l'Etat Rio grande do Sul en chiffres
 
L'état de Rio Grande do sul (19 % du Pib brésilien) comporte 9 623 300 d'habitants pour une superficie égale à la France,
5° état brésilien le plus peuplé sur 27 états
2700 hbts par km2
Porto Alegre 3 235 925 habitants dans l'agglomération et 1 286 251 dans la ville proprement dit, soit 684 000 femmes et 601 000 hommes
superficie 282 000 km ce qui représente 3,3 % du territoire brésilien,
497 communes Porto alegre fondé en 1772 espérance de vie : 74,6 ans (67,5 pour le Brésil) mortalité infantile : 18 pour 1000 ( 37, 5 pour le Brésil) 92,6 % de gens alphabétisés (85,7pour le Brésil).
9 % de salariés dans l'industrie 30 % des salariés du commerce 24 % des salariés dans les services
19 lignes de bus 3900 taxis l 920 942 mille passagers sur l'aéroport
5,7 millions de tonnes dans le port, 461 navires
6 chaînes de télévision, 4 quotidiens à 149 000 exemplaires, 50 revues
on est passé de 5,7 hbts par maison en 1970 à 3,29 habitants par maison en 1991
22 millions de mètres carrés d'espaces verts et un million d'arbres (19 % d'extremosa, 1 % de flamboyant, 3,1 % d'ipe roxo, 11,4 % de jacaranda mimosaefolia, 6,8 % cinamono,18 % de ligustro).
Porto alegre est a 1109 km de Sao Paulo et à 1553 km de Rio de Janeiro.
 
Quatre élections d'un gouvernement démocratique et populaire : liberté, égalité, humanité.
 
Le budget participatif a connu une croissance de 100 %. 190 000 personnes ont participé a son élaboration en 1999, en 2001, 378 000 ont participé. 35 % des recettes nettes de l'état sont consacrés à l'éducation. Une "assembléée consitutante scolaire" a été mise en place, 20 000 professeurs embauchés, 80 millions d'euros de travaux investis dans 2000 écoles, 1400 classes nouvelles, 135 cours de second degré ouverts,, transports scolaires organisés dans 96 mairies.
Le MOVA., mouvement pour l'Alphabétisation des jeunes et des adultes crée en 1999 a touché 140 000 personnes.
200 000 emplois crées, salaire minimum régional supérieur de 28 % au salaire national.
Gouverneur : Olivia Dutra. Vice gouverneur Miguel Rossetto
Maire de Porto alegre : Tarso Gensor.
 

 
La rencontre des socialistes et celle des Français au consulat
 
François Hollande, décontracté et motivé par l'ambiance, recevait le vendredi 2 février au soir, les socialistes présents dans un des hôtels du centre ville, Plazza San Raphaël, où logeaient la majorité des français présents. Il nous fut agréable de l'entendre plaisanter sur "le fait que si les congres du parti se tenaient à Porto Alegre, la majorité du parti changerait... et serait gauche socialiste".Cela tomba dans le micro du journaliste John-Paul Le Pers ("Le vrai faux journal" de Karl Zéro) qui avait introduit sa caméra avec son indiscrétion habituelle. Chacun en rit d'autant qu'on se sentait en osmose, et que, le climat de mobilisation qui nous entourait poussait à une complicité militante plus "gauche" qu'à Paris. François Hollande évoque le fait que dans l'après-midi, José Bové a déclaré qu'il appellerait "à voter pour le camarade Basta"... Ce n'est pas bon cette blague...
Comme un journaliste de Politis, ancien de la LCR, Jean-Pierre Beauvais s'était invité lui-aussi, il y eut quelques échanges sur le nombre et les forces de l'extrême gauche qui nous côtoyaient. C'est alors, que le hasard mis en présence, François Hollande et Olivier Besancenot, que Gérard Filoche présenta l'un à l'autre. Cordiale poignée de main, entre le candidat de la LCR et le premier secrétaire du PS, ainsi qu'avec Samy Joshua et Daniel Bensaïd : François sait nouer le dialogue avec ces responsables qui n'ont pas encore pris position définitive pour appeler à battre la droite au 2 tour. (Même si Olivier Besancenot a déjà déclaré "qu'à titre personnel, il votait contre la droite").
Plus tard ce vendredi soir, le consulat invite tous les français présents à un restaurant typique de churrascaros" (ou des viandes grillées sur feu de bois en larges brochettes sont servies) : prés de 300 répondent à l'occasion. Tous auraient pu venir, c'était une invitation ouverte pour un repas gratuit. Ce sont les rares images qu'on verra sur le journal de France II : des "gauchos" vachers argentins, font un pas de danse avec leurs lassos, avec un numéro de claquettes, et puis la caméra filme les grandes tablées où les convives, dans cette atmosphère festive, semblent ripailler. La gauche plurielle représentée est plutôt fraternelle, et complice comme cela arrive trop rarement en France. C'est Jean-Luc Mélenchon, par ordre protocolaire ministériel, est chargé de faire le salut officiel à tous les convives et s'en tire très bien, entouré de Guy Hascouet et de Christian Paul
 
la liste des "internationaux"
 
Adolfo Ferez Esquivel, prix Nobel de la paix 1980
Baltazar Garzon, juge espagnol Cecilia Soto Gonzalez, ambassadeur du Mexique
Benedita da Silva, vice gouverneur de Rio
Jacques parizeau, premier ministre du Québec
Louise Beaudoin, ministre des relations internationales du Québec
Luiz zamora, député fédéral argentin manuel vasquez montalban, écrivain espagnol
Mario Soares, anienc président du portugal
Mary Robinson, commission des droits de l'homme de l'ONU
Noam Chomsky professeur nord américain
Olga Aredez, groupe des femmes de la place de mai argentine
Rigoberta Menchu tum (prix Nobel de la paix en 1992
 
France 2 sélectionnera les images en montrant le "clan" Noël Manière à côté d'Alain Lipietz et Francine Bavay, le "clan" socialiste où François Hollande se voit présenter Martha Sulpicy (maire de Sao Paulo) par Luis Favre, et on les voit tous attablés, quand arrive José Bové. Gérard Filoche et Harlem Désir vont naturellement dialoguer avec lui, (les caméras et les micros se concentrent) à propos de son éventuelle condamnation à de la prison ferme "Je demanderai à ceux qui me soutiennent de submerger la prison d'oranges, cent mille oranges par jour, Jean-Michel Jarre se propose de faire un "son et lumière" sur les murs de la prison" nous raconte t il. Le juge osera t il enfermer José Bové, nul n'y croit ? Puis comme Jean-Luc Mélenchon se joint à son tour à la discussion, José Bové répond : va t il "voter pour le camarade Basta", c'est-à-dire s'abstenir ? - "S'il y a un débat je ne ferai pas ça, il faut qu'il y ait un débat". On s'accorde. Mais France 2 ne passera pas le dialogue, se contentant de commenter : "José Bové fait la leçon aux socialistes".
Le seul interviewé de la soirée sur la chaîne française sera finalement le RPR Lepeltier qui se vante d'être déjà venu l'année précédente, et accuse les "nouveaux arrivés" de "suivisme"... Voilà qui n'aidera pas le public Français à se faire une idée juste de la soirée et encore moins de l'intérêt du forum social mondial.
 
La "liste" des français ?
La délégation française était très fournie en militants et responsables de gauche et d'extrême-gauche. Au moins là-bas, à Porto Alegre, le brassage et la dynamique unitaire avaient un sens. Pourquoi n'y a t il pas plus fréquemment les mêmes rencontres, les mêmes mélanges à Paris ? On aurait réussi des "états généraux" de toute la gauche !
On voudrait n'oublier personne. Nous mentionnerons :
Bertrand Delanoé, Marie Noëlle Lienemann, Catherine Touchefeu, François Simon, Marie-Pierre de la Gontrie, Pierre Schapira, Yassir Fichtali, Danielle Mitterrand, Jean-Luc Mélenchon, Christian Paul, Guy Hascouet, Charles Josselin, Marie-Georges Buffet, Francis Wurtz, Jean-Pierre Brard, Patrick Braouzec, Jean-Pierre Beauvais, François Hollande, Henri Weber, François Passerieux, Béatrie Marre, Bernard Soulages, Guy Labertit, Charlotte Brun, Jean-Claude Lefort, Chantai Rodrigo, Michel Saulnier, Gérard Filoche, François Delapierre, Bernard Pignerol, Françoise Castex, Roberto Romero, Nicolas Voisin, Jérôme Guedj, Jo Rossignol, Harlem Désir, Yann Galut, Béatrice Marre, Henri Emmanuelli, Gérard Aschieri, Louis Weber, Bernard Cassen, Christophe Aguiton, Julien Lusson, Noël Manière, Francine Bavay, Alain Lipietz, José Bové, Sami Nair, Jean-Pierre Chevènement, Philippe Cohen, Philippe Texier, Jacques Nikonoff, Olivier Besancenot, Alain Krivine, Daniel Bensaid, Olivier Sabado, Samy Joshua, Michaël Lowy, François Chesnais, Serge Depaquit... Chacun reconnaîtra les appartenances et les titres...
 

 
Rencontre avec Lula
 
Le samedi 2 février à midi, deux délégations du Parti socialiste et du Parti des travailleurs se rencontrèrent pour un déjeuner fraternel... Deux membres de la Gauche socialiste, Jean-Luc Mélenchon et Gérard Filoche furent associés dans la délégation par François Hollande et l'échange fut fort enrichissant.
Lula expliqua rapidement sa campagne : "Lors de la précédente, je disais "reforme agraire" et tous les paysans criaient, "quand tu seras élu, on occupera les terres", je disais "réforme sociale" et tous les ouvriers criaient "quand tu seras élu, on occupera les usines", cette fois je fais campagne en expliquant que je suis le seul à pouvoir garantir une réforme agraire pacifique, un vrai contrat social, et je marque davantage de points".
Lula précisa qu'à la différence de la France, lorsque le PT réclamait une reforme agraire c'est qu'ils avaient des millions de paysans sans terre, et lorsqu'il parlait de service et d'école publique, cela visait des millions d'analphabètes. Le caractère fondamental du changement pour lequel ils combattaient était ainsi pédagogiquement mis en évidence. Les deux délégations convinrent que Lula viendrait à paris en mars dans le cadre de la campagne électorale, et que, à charge de revanche, Lionel Jospin irait avant l'automne soutenir le PT. Des liens bilatéraux renforcés et fraternels sont mis en place.
 
En 1999, José Dirceu à D&S
 
Nos lecteurs s'en souviennent : nous l'avons reçu le 17 février 1999 au local de D&S et nous avons publié un interwiew de lui dans le n° 63 de D&S en mars (pages 22 et 23). Il est le président national du Parti des travailleurs, gouverneur de l'Etat de Murciao, député fédéral de l'état de Sao Paulo. Nous l'avons retrouvé tout au long de ce forum social mondial.
Un juge révolutionnaire ?
Le juge Garzon fit une longue conférence technique sur les moyens et les limites de la justice face à la criminalité financière internationale. Son propos en soi est un programme : "transparence financière internationale". Chaque ternie est révolutionnaire : transparence dans les paradis fiscaux, dans toutes les banques, dans toutes les transactions. Financière : rien de ce qui est financier ne doit y échapper. Internationale : dans le monde entier. Voilà le plus simple, le plus direct, le plus anticapitaliste des programmes.
 

 
Le Parti des travailleurs
 
A la fin des années 70, le Brésil vivait un moment de mobilisations sociales avec la croissance de l'opposition au gouvernement militaire, dans les rues, dans les entreprises, et dans les élections en 1976 et 1978, avec un grand mouvement des travailleurs, métallos, enseignement public, chauffeurs, confection, banques, bâtiment... au total 137 grèves en 1978 et 224 en 1979 dans tout le pays.
Ces mouvements étaient illégaux et réprimés, les dirigeants emprisonnés, les conquêtes salariales rognées par l'inflation. Des militants venus de trois origines différentes, du syndicalisme de combat, de courants idéologiques de gauche, (trotskistes) et de mouvement catholique, ont lancé le 28 juillet 1979, le mouvement pro-parti des travailleurs, à Contagem-MG, le dirigeant de l'époque étant Mario Pedrosa âge de 79 ans. Le 10 février, ils ont réuni 750 représentants de 19 états pour élire la Commission nationale provisoire du "mouvement pro-PT" à Sao Paulo et ce fut la fondation officielle du parti.
Le PT a connu une ascension fulgurante devenant un parti de masse de plusieurs centaines de milliers d'adhérents, fixant 30 % de l'électoral, malgré la répression, les coups tordus, les violences, les campagnes de calomnies lors des quatre dernières campagnes électorales conduites par son leader charismatique, syndicaliste ouvrier, Inacio "Lula" da Silva. Le PT lutte pour un autre monde", de solidarité, fraternité et justice, pour la démocratie, pour la préservation de l'environnement, contre les discriminations. Pendant 22 ans d'existence, il a élaboré une alternative de société et d'état. Le PT a un projet et n'a peur ni des défis ni d'affronter l'utopie avec les limites du possible. C'est le parti qui dénonce l'intérêt impérialiste des États-Unis d'Amérique du Nord et leur projet d'accord de libre commerce des Amériques (ALCA).
Après 22 ans, le PT est le principal parti, il traduit l'âme brésilienne et un projet national et souverain, il a été le grand vainqueur des dernières élections, dirige 200 villes, dont 16 des 50 grandes villes du pays, - notamment Sao Paulo - et trois états, organisant une gestion participative démocratique, avec redistribution des revenus, en combattant les privilèges, la corruption, le clientélisme, caractéristiques de la politique brésilienne classique.
Rio Grande do Sul (gouverné depuis trois ans) et Porto Alegre, (gouverné depuis seize ans) état et ville sont des symboles de référence pour la démocratie, la participation populaire, et des pouvoirs politiques inclusifs.
Le PT a déjà présenté Lula en 1989, 1994, et 1998. Il va affronter encore une fois les élections présidentielles en automne 2002. La bataille va être d 'autant plus rude que, cette fois, il est donné gagnant. Cela a suscite récemment des réactions violentes, le maire de San André, Celso Daniel, celui de Campinas, M. Toninho, la maire de Mondo Novo, Dorcelina Follador ont été assassinés. 38 autres ont reçu des menaces de mort. Ils s'ajoutent à des milliers de morts qui font partie de l'histoire de la lutte populaire brésilienne, de Margarida Maria Alves à Chico mendes.
Si le PT est vainqueur ce sera un nouveau cycle au Brésil, un moment pour mettre en pratique l'utopie originaire du PT, un socialisme démocratique et pluriel, ou la justice ne soit pas un argument contre la liberté, ni la liberté une justification pour les inégalités.
(D'APRÈS UNE BROCHURE DE PRÉSENTATION PUBLIQUE DU PT.)
 
Manifeste du PT : extraits
 
Le parti des travailleurs émerge du besoin que des millions de brésiliens ont senti d'intervenir dans la vie sociale et politique du pays pour la transformer.
La plus importante leçon de démocratie que le travailleur brésilien a apprise dans ses luttes, c'est que la démocratie est une conquête qu'on doit construire de ses propres mains sinon elle n'existera pas. Le PT est né de la décision des exploités de lutter contre un système économique et politique qui ne peut pas résoudre les problèmes car il n'existe que pour bénéficier à une minorité de privilégiés.
Le Parti des Travailleurs est né de la volonté d'indépendance politique des travailleurs, refusant de servir de masse de manœuvre pour les politiciens et leurs partis impliqués dans la manipulation de l'actuel ordre économique, social et politique.
Il est donc né de la volonté d'émancipation des masses populaires, Les travailleurs veulent s'organiser comme force politique autonome. Le PT a l'intention d'être une réelle expression politique de tous les exploités par le système capitaliste.
Nous sommes un Parti des travailleurs, nous ne voulons tromper personne ; Nous voulons la politique comme une activité transparente des masses qui désirent participer de toutes les décisions de la société. Le PT ne veut être pas être présent seulement au moment des élections mais principalement dans la lutte quotidienne des travailleurs, car seulement de cette manière, il sera possible de construire une nouvelle formule de démocratie dont les racines soient liées aux organisations de base de la société et dont les décisions soient celles de la majorité.
Le Parti des travailleurs comprend que c'est le peuple qui doit décider la destination des richesses produites et des ressources naturelles du pays. Et pour affronter les grands intérêts il faut changer la représentation politique afin d'exprimer une réelle représentation populaire fondée sur des organisations de base.
Les travailleurs veulent l'indépendance nationale. Ils comprennent que la Nation est un peuple, et pour cette raison, ils savent que le pays sera vraiment indépendant lorsqu'il sera vraiment dirigé par les travailleurs. L'état doit être l'expression de la société.
Le PT pense diriger le gouvernement de l'état pour faire une politique démocratique, du point de vue des travailleurs. Le PT cherche à conquérir la liberté pour que le peuple puisse construire une société égalitaire, ou l'on ne trouve ni exploités, ni exploiteurs.
Le PT manifeste sa solidarité avec la lutte de toutes les masses opprimées du monde.

 

 

 
Elections en Argentine
 
Une partie de la population du pays qui jadis avait été le "grenier du monde", un pays qui fait du pain, avec des grande richesses naturelles, l'espoir de millions d'inmigrés pauvres du monde entier au début du XXème siècle, est maintenont sur la famine. 15des 36 millions d'argentins vivent au dessous de la ligne de pauvreté. Le chômage est supérieur au 23%, le pouvoir d'achat est descendu de 50% dans les dernières cinq années. Entre 50 et 100 enfants meurent chaque jour par des causes tout à fait évitables
Ce qui était le pays plus riche d'Amérique du Sud est ruiné totalement: la dette extérieure est de 150.000 millions de dollars. 90% des banques et 40% de l'industrie sont maintenont dans les mains de compagnies transnationales étrangères. 40.000 millions de dollars, produit de la privatisation du gouvernement de l'ex-président Menem, se sont évanouis. L'évasion fiscale est montée en 1998 à un montant de 40.000 millions de dollars, c'est à dire, la moitié des impôts annuels.
La crise actuelle c'est le sommet des derniers 25 ans de néoliberlisme imposé saignant par la brutale dictature militaire -1976-1983- qui a laisse un sombre bilan avec 30.000 disparus, des milliers de torturés, détenus et exiliés, qui à son moment avait le support du Fond Monétaire International (FMI) et du gouvernement américain. Sous le régime militaire, la dette extérieure a monté de 8.000 à 40.000 millions de dollars. A partir de ce moment, le remboursement des prêts du FMI et de la Banque Mondiale et la continuité des politiques neoliberaux sauvages sont la priorité numéro 1 de la direction politique du pays. La dette extérieure a été et continue de l'être le mécanisme structurel de la domination et la transfert des richesses et du recours vers les grands centres financiers internationaux. Le président Menem, avec ses politiques d'équilibre fiscal" en coupant les services sociaux, la santé, l'éducation de la plupart de la population, les privatisations des entreprises de services nationales et la vente totale du pays a été le choix des institutions financières mondiales.
L'Argentine n'est pas l'exemple d'un pays pauvre, c'est l'exemple d'un pays détruit. Le vieux régime est mort, le nouveau n'arrive pas à naitre. Les perspectives sont incertaines, mais le futur est absolument ouvert. Les sentiments de peur et de chaos se sont mêlés à un nouvel espoir pour le pouvoir et la dignité récupérés. L'Argentine est au milieu chemin entre l'abime de la dissolution sociale et nationale et un processus de re-construction : pour cela les forces vives doivent pouvoir s'exprimer et voter librement pour des syndicalsites, des responsables et partis politiques, des élus nouveaux, pour un pouvoir réellement démocratique.
 
La chanson du meeting final :
nouvelle internationale
 
Aqui um outra mundo
e passive! se a gente quiser
Camindando nessa estrada, lado a lado, vamos là !
Construir um nova mundo e a planeta transformar
Com humanidade, solidadariedade nos vamos vencer
Com muita, coragem est nossa lulta pode nos dizer
Que aqui um outra mundo é passive! se a gente quiser
E vejam sa, ha quem sa ve
Exclusao e lucro pra manter a poder
anti-social, néo-libéral
mas com a gente vai ser différente porque
Aqui um outra mundo
é passive! se a gente quiser
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Rendez-vous en janvier 2003 à Porto Alegre
 
L'avenir du forum social mondial a été débattu entre les groupes les plus influents en son sein, le PT, les ONG, Attac, la question étant de savoir s'il ya aurait d'autres forums mondiaux et ou ? L'idée de forums régionaux a été retenue, en Europe notamment, St-Denis, prés de Paris, ayant été envisagé. L'idée de réactions de masse aux différents "sommets" des libéraux l'a été aussi : le "G8" s'il se réunit encore, sera en France, à Lille, en juin 2003. Sans oublier les manifestations de Barcelone face à la présidence européenne de l'Espagne le 16 mars 2002.
En attendant, le prochain "forum social mondial" est reconduit à Porto Alegre en 2003 et en 2004, il se tiendrait en Inde. Des forums nouveaux seraient intégrés : forum syndical, forum politique antilibéral, et le degré de préparation plus intense, pourrait donner matéire a des résolutions plus avancées.
 
 
Exagéré d'annuler la dette ?
Dans "L'Hebdo des socialistes", n° 219, du 9 février 2002, on ne peut s'empêcher de souligner malicieusement, une petite anomalie. Dans l'interview de retour de Porto Alegre, accordé par Régis Passerieux, page 12, il est précisé "même si les discours et les thèmes s'entrechoquent à Porto Alegre, même s'il y a parfois des excès dans les propos - quand on parle de l'annulation de la dette, par exemple..." et puis sur la page 13, en vis-à-vis, on lit le titre de l'interview de François Hollande : "II s'agit bien d'annuler la dette". Nous, on préfère la parole du secrétaire général dans ces cas-là...
 

 
Réponse à une «confèrerence magistrale" de Chevènement
 
L'alternative à la mondialisation libérale abondamment développée par Jean-Pierre Chevènement devant 400 participants au forum mondial de Porto Alegre a sans doute laissé la majorité de ceux qui l'écoutaient sur leur faim.
 
Oserait-on dire qu'il y avait beaucoup de clichés, de choses déjà mille fois dites, sinon des banalités, au niveau des analyses, et très peu de propositions alternatives concrètes ? On pouvait surtout s'interroger : de quel point de vue s'agissait-il ? D'un conférencier ? D'un candidat à la présidence de la République française ? Défendant les intérêts de qui et pourquoi ?
 
Le local, lieu " privilégié " d'expression de d'implication citoyenne
 
Nous avons eu droit a un long couplet sur l'importance, légitime de la vie locale, régionale, donc nationale. Nation d'abord : c'est le camp de base des " alpinistes " qui " partent à l'assaut de l'Himalaya ". La mondialisation, soumise à la loi de la jungle, vide les nations de leur contenu, et crée un état d'anomie généralisé, une absence de règles partagées. Le national est incontournable. L'état, lieu d'affirmation de l'appartenance commune et d'expression des solidarités est indispensable pour préserver l'intérêt général et bâtir un projet partagé. Certes. Bien sûr, les nations ne sont pas révolues, on le concédera bien évidemment à JPC, il y a même des questions nationales multiples qui prennent une place croissante, des luttes de libération nationale nouvelles même, et ce, dans un monde en développement inégal et combiné qui pourtant s'internationalise. JPC aurait même pu préciser qu'il y avait des nations opprimées, et des nations dominantes, mais cela lui en aurait trop demandé, peut-être. Il aurait fallu qu'il développe également sur l'égalité des droits entre les nations, sur le respect dû au plus petit des peuples par les plus grands. Jean-Pierre Chevènement, même sur la question de la nation a des audaces limitées.
 
Qui donc obligera les Etats Unis à rembourser leur dette ?
 
J-P Chevènement, ceci dit, critique à juste titre, fortement, comme nous tous, le système financier mondial : "La dette extérieure des pays en voie de développement, était de 70 milliards en 1970, de 609 milliards en 1980, de 1 440 milliards en 1990, de 2 554 milliards en 1999. Elle a triplé en dix ans, le flux du remboursement de la dette aboutit à ce que les capitaux, contre toute logique, aillent du nord vers le sud. Et en 2001 la dette nette des Etats-Unis a dépassé le double de celle des pays en voie de développement, environ 6 000 milliards dollars. " Evidemment, sur cette question bien connue, le leader du MdC s'en prend ajuste titre à l'impérialisme dominant, même s'il ne l'appelle pas ainsi, et même s'il ne poursuit guère dans l'analyse de ce capitalisme qui a ainsi pillé de si longue date (l'esclavage) les colonies, et puis toutes les richesses en matière première, et enfin accable les pays en voie de développement du remboursement forcé de leurs Dettes. Qui doit en effet, obliger les USA à changer de comportement ? Qui le peut ou le pourra ? Réponse de JPC : " Les Etats nations et la citoyenneté à l'échelle du monde doit imposer des règles à la mondialisation. "
 
La nécessaire réforme des institutions financières internationales
 
Que propose JPC ? " Le FMI a failli ". Dont acte. Les déséquilibres sont tels qu'il " faut dépasser les simples replâtrages de circonstance ". Par la " mise en cause du G8 " : JPC propose, et c'est à souligner, presque exactement comme Dominique Strauss-Kahn ( "La flamme et la cendre " Ed. Grasset, janv.2002) d'élargir le G8 a un G16 composé des 8 actuels, de la Chine, de l'Inde, du Mexique et du Brésil, et aussi de quatre autres pays par rotation. Cela revient grosso modo au " Conseil de sécurité économique " défendu par Jacques Delors, nommément soutenu par DSK. C'est ce G16 qui devrait " examiner les modalités de l'annulation de la dette " dit encore JPC. qui propose de renverser les flux financiers du Nord vers le Sud afin d'éviter, et il cite là Helmut Kohi " qu'au lieu que les pauvres aillent vers le capital ce soit le capital qui aille vers les pauvres " ( On le comprend, cela ferait trop de sans-papiers). Il propose l'absorption du FMI par la Banque mondiale et la démocratisation de cette dernière. Enfin, il reprend l'idée si fréquemment développée, surtout depuis le 11 septembre, de combattre les paradis fiscaux et de " construire un espace Schengen de la finance. Il ajoute l'idée également en progression d'une taxe sur les mouvements de capitaux, à commencer par l'Europe (" qui aurait ainsi l'occasion de montrer au monde qu'elle veut autre chose que la mondialisation libérale. JPC critique enfin le lancement d'un nouveau cycle de négociations commerciales (2002-2005) à partir de Doha, par l'OMC : les droits de douanes ne sont plus que de 5 % soit huit fois moins qu'en 1945...Et il prône de nouvelles instances internationales librement mises en place par les Etats souverains dont elles émanent.
 
Quelle nouvelle architecture pour ces instances internationales ?
 
Là, le discours, jusque là, facilement ap-prouvable par des centaines d'associations comme Attac, par des chercheurs, des universitaires, des secteurs entiers de la gauche, et la Gauche socialiste, s'appauvrit abruptement. Alors qu'il parle de régulation, de lutte contre la pauvreté, de l'exemple agricole, de la santé, de l'éducation, de l'eau, de la culture, des ressources non renouvelables, il se contente d'affirmer que les règles de l'OMC "doivent respecter celles des autres institutions internationales (Cnuced, PNUD, OIT, OMS...) des organisations régionales et des Etats. Puis il conclut : " tous les accords commerciaux doivent être systématiquement soumis à la ratification des parlements nationaux. Point c'est tout.
DSK va quand même plus loin dans son livre lorsqu'il se propose, lui aussi pour " maîtriser la mondialisation ", d'établir une architecture, une gouvernance et un arbitrage entre les différents organismes internationaux. Cela n'intéresse pas JPC. Seules lui suffisent, sans autre précision, et sans guère de succès, un minimum de règles qui respectent l'indépendance des états nations (de la taille de la France : dans tout son propos, il s'agit là de la taille de l'état idéal, instrument de mesure, ce qui n'apporte guère de solutions pour des petits états, les minorités nationales ou des continents dévastés). Curieusement, DSK est plus inventif lorsqu'il recherche de meilleures synergies entre ce qu'il appelle les OM " X " ( OMS, OIT, OM environnement, etc...). Certes DSK ne propose pas non plus de donner à ces organismes internationaux des droits et pouvoirs qui soient en mesure de corriger, compenser, interdire les excès de l'OMC. Il propose néanmoins des instances d'appel, des possibilités de contrôle, de sanctions, de la part de ces différents organismes lorsque des règles décisives ne sont pas respectées. DSK cherche à harmoniser, organiser le monde libéral, JPC, lui ne cherche qu'à minimaliser les effets qu'à ce monde existant sur le droit des états nations.
Ainsi ; chacun dans leur registre, DSK et JPC atteignent leurs limites : ils ne proposeront pas par exemple, que l'OIT et l'OMC soient des organismes qui travaillent à parité afin d'introduire le droit du travail dans le cadre des règles de la concurrence. Car, une telle démarche briserait leurs deux raisonnements, l'un cherchant à revenir en arrière, à limiter la mondialisation, l'autre en soutenant cette mondialisation de légères corrections équilibrées. Une réforme démocratique de l'OMC ? Ils n'en parlent pas. Des vrais pouvoirs pour l'OIT, il n'y font pas allusion. Une hiérarchisation des sources de droit et des priorités ? Pour l'homme de la nation, pas question, pour le social libéral, oui, mais pas à l'avantage des salariés.
Ni l'un ni l'autre n'envisagent le combat pour une autre internationalisation, qui respecterait les règles des états de droit et créerait progressivement un droit international respectant celui du travail, celui des producteurs de richesse. L'un s'arrête à l'orée de ce combat, fige le temps pour qu'il n'ait pas lieu, l'autre va de l'avant mais pour un combat différent, (note 1)
 
Quelle force réelle pour une alternative à la mondialisation libérale ?
 
Pour DSK, la méthode de lutte est simple : il faut " parvenir " à " mobiliser les opinions publiques pour qu'après cent colloques et cent chroniques, la pusillanimité dans les gouvernements soit emportée par la volonté populaire " Pour JPC, il faut un cœur, 1 'état, et un cerveau, une alternative, la citoyenneté. Rassemblons, conclue t il " toutes les forces de la vie pour construire à l'échelle du monde la liberté, l'égalité, et la fraternité entre tous les hommes de toutes les nations pour éviter le gigantesque iceberg qui barre l'horizon du XXI ° siècle.
Hormis les élans généreux et les mots symboliques, quelle force sociale est capable de construire une alternative à la mondialisation libérale ? Ce ne sera pas dit. Ni a Porto Alegre par JPC, ni à Paris par DSK. Cent colloques et toutes les forces de la vie ? Mais derrière, il faut bien mettre en relief des intérêts opposés et qui ne sont pas nationaux. Dans la nation française, selon qu'on est salarié ou capitaliste, on ne saurait avoir le même point de vue sur la façon dont doit se mettre en oeuvre l'internationalisation du monde. On reste frappé qu'il n'y ait pas de " point de vue ", et, vu des auditeurs présents à Porto Alegre, on s'est fortement demandé, " d'où " parle JPC?
De quelle autorité ? De quelles expériences de lutte, de terrain, de citoyenneté ? de quel mouvement social ? Il est vrai que la séance du mercredi 30 janvier, présidée de 17 à 18 h par le maire de Porto Alegre, et par José Dirceu dirigeant du PT, (note 2) dans le cadre du forum pour " l'inclusao social " était présentée comme une " conférence magistrale ".
PORTO ALEGRE, LE 1ER FÉVRIER 2002, GÉRARD FlLOCHE
Note 1 : Harlem Désir en disait bien davantage dans son projet de reforme de l'OMC et dans institutions internationales ( cf. D&S n° 88-89) et site Harlem Désir
Note 2 : lire interview de José Dirceu (cf. D&S n° 66, été 1999)
 
Le travail par Jean-Pierre Chevènement
 
Chevènement LE candidat du monde du travail ?
Un 4 pages spécial a été imprimé par le candidat Chevènement. Il y propos 10 orientations fondamentales. Pas un mot sur les 35 h ni sur la réduction du temps de travail. Par contre il propose la hausse du Smic de 25 % sur 5 ans... "par l'allégement des charges sociales sur les salaires". Notons que ce ne sont pas des "charges" sociales mais des cotisations sociales et qu'elles servent donc à notre protection sociale... Qui va payer leur diminution ? Chevènement propose de "développer la retraite progressive" : Est-ce à dire que c'est la position Medef-CFDT de "retraite à la carte" ? On peut partir entre 58 ans... et 70 ? Selon la durée de cotisations : au fait quelle durée ? 40 ou 37,5 ? Pas de réponse non plus sur cette question cruciale.
Décidément ça ne bouscule pas le "jeu Chirac-Jospin" comme le prétend le tract.
 

 
La droite aggrave la fracture sociale que Chirac ose dénoncer
Marseille fracturée par Gaudin
 
Le candidat Chirac renoue avec la «fracture sociale », celle que ses amis marseillais entretiennent depuis 1995. Contradictions ? Pas si sûr.
 
Marseille comme un avant-goût ? Chacun connaît désormais les affinités électives qui lient Jean-Claude Gaudin, sénateur-maire DL de Marseille, et Jacques Chirac. Les deux hommes partagent les mêmes valeurs, les mêmes pratiques politiques, les mêmes méthodes de gouvernance. Et si nous avons entendu, non sans sourire, l'éternel candidat Chirac évoquer à nouveau la « fracture sociale »a le 17 janvier dernier à Auxerre, il est intéressant d'observer le traitement de la dite fracture que mène son ami de 30 ans Jean-Claude Gaudin. Par bien des aspects, la politique municipale de celui qui aspire à la présidence du Sénat ressemble à celle de Chirac à Paris.
Le 5 décembre dernier, dans une interview accordée au quotidien La Tribune, Jean-Claude Gaudin estime : « Le Marseille populaire ce n'est pas le Marseille maghrébin, ce n'est pas le Marseille comorien. Le centre a été envahi par la population étrangère, les Marseillais sont partis ». Et d'expliquer, ensuite, qu'il « rénove » le centre-ville, notamment pour y faire revenir les foyers qui s'acquittent de l'impôt. La réalité de cette rénovation laisse dubitatif quant à ses objectifs. Il apparaît clairement que le maire de la ville entend vider le cœur de la cité des familles les plus démunies. Cela va faire du monde. A Marseille, 52 % de la population est non imposable, un pourcentage qui a augmenté de 4 points depuis 1995.
L'association « Centre ville pour tous », entre autres, dénonce depuis des années le caractère ségrégatif de la politique municipale marseillaise en termes de logement et de réhabilitation. Dans le centre-ville, les résultats sont clairs : les populations économiquement et socialement affaiblies sont, peu à peu, de manière insidieuses, déplacées, notamment vers les Quartiers Nord de la ville. Les ghettos sociaux qui existent dans ces arrondissements, gérés par la gauche, s'en trouvent aggravés. Les principaux bénéficiaires de la gestion Gaudin demeurent les propriétaires immobiliers. Ils peuvent désormais spéculer sur une hausse galopante des loyers.
Ces opérations à tiroirs de rénovation, relogement, déplacement de popula- tions, se doublent d,une pression accrue sur les habitants qui restent en centre-ville. Ainsi, le 17 janvier dernier, par arrêté municipal, le maire a décrété la fermeture des snacks installés sur La Canebière à 23h. Ils fonctionnaient, auparavant, toute la nuit et bénéficiaient, pour ce faire, d'une autorisation municipale.
 
Quand Gaudin fait du Chirac
 
Cette mesure est à rapprocher des agissements de la municipalité sur un autre secteur de la vie nocturne marseillaise : le périmètre Cours Julien, La Plaine, Notre-Dame du Mont. Les étudiants, les jeunes artistes, les branchés ont coutume de se retrouver dans les divers bars, clubs, restaurants qui font la richesse de ce quartier. Depuis plusieurs années, la marrie et les services de Police multiplient les fermetures administratives. Pas toujours de manière justifiée, d'ailleurs. S'il convient délimiter les nuisances et de faire respecter la loi, faut-il imposer à Marseille le « couvre feu » qu'un certain maire de Paris a mis en place à la fin des années 80 ?
Nous ne le croyons pas. Nous considérons, au contraire, que la richesse de Marseille tient à sa mixité sociale, ethnique, culturelle. Oui, il y a des nuisances lies à une vie nocturne dense. Mais plutôt que de réprimer, il faudrait trouver des solutions pour maintenir et développer, dans le respect de chacun, une activité économique importante pour le centre de Marseille. Classer en « zone touristique nocturne » ces quartiers, comme c'est le cas à Barcelone, est une de ces solutions. En outre, elle contribuerait à résorber la petite délinquance. Les petits trafics, les dégradations, les vols à l'arraché, préfèrent l'ombre.
Revenant sur la diversité culturelle, je ne voudrais pas omettre ici la diversité cultuelle. Avant les municipales de mars 2001, Jean-Claude Gaudin a annoncé la création d'une grande Mosquée à Marseille. De la même manière qu'à Paris, Lyon ou Strasbourg, la cité phocéenne se doit d'offrir aux musulmans un lieu de culte décent, digne de la deuxième communauté religieuse de la ville. Nous, socialistes, nous sommes prononcés de longue date pour la construction d'un tel édifice. Aujourd'hui, nous ne pouvons que déplorer le traitement qui est fait de ce dossier. Le conseiller municipal qui en a la charge n'a pas les moyens pour mener sa tâche à bien. Ni en ternies de moyens financiers, ni en termes de pouvoir de décision. Par ailleurs, des dissensions sont apparues, qui semblent insolubles, entre deux regroupements d'associations musulmanes. La municipalité ne fait rien pour les résoudre. Elle voudrait faire porter aux Musulmans eux-mêmes la responsabilité d'un échec sur la grande Mosquée qu'elle ne s'y prendrait pas autrement.
Enfin, Jean-Claude Gaudin et ses amis font montre, chaque jour, de leur « attachement » à la démocratie et aux valeurs de la République. A preuve, la dernière décision de « ses » maires de secteurs (1) Jean Roatta (DL) et Bruno Gilles (RPR) de suspendre la délivrance des attestations d'accueil, condition sine qua non pour obtenir un visa quand on est ressortissant étranger extra-communautaire. Cette décision, cassée depuis par la Préfecture, serait motivée par l'existence d'un « trafic ». Plainte a-t-elle été déposée devant le Procureur ? Non. Devant le Préfet ? Pas plus. Le maire de Marseille ne montre guère de respect pour l'opposition, pour les oppositions. Ainsi, Jacqueline Pirrotinna, présidente de l'association « Rouet à cœur ouvert », est traînée en justice par le maire. Il lui réclame 100 000 francs de dommages et intérêts. Si son opération réussit, elle signe la mort de cette association et des ennuis à n'en plus finir pour sa présidente. Son seul tort demeure de lutter contre les projets immobiliers de la mairie dans le noyau populaire du 8e arrondissement de Marseille. Aujourd,hui, 180 familles devraient être expulsées dans ce cadre.
Pour clore ce tour d'horizon de la réalité marseillaise, nous constatons que le système RPR, en vigueur à Paris de 1977 à 2001, fait des émules chez nous. Dans un article paru dans Le Monde du 7 novembre 2001, Bruno Gilles, marre du 3e secteur et principal lieutenant de Renaud Muselier à la tête du RPR, ne s'en cache pas. Il déclare « gérer le quota d'emplois réservé au RPR » ! Les mêmes hommes reproduisent les mêmes systèmes. Et nul ne s'en émeut dans une ville qui compte encore 19 % de chômeurs. Voilà donc comment les chiraquiens marseillais gèrent la « fracture sociale ». En l'aggravant.
PATRICK MENNUCCI PRÉSIDENT DU GROUPE SOCIALISTE À LA MAIRIE DE MARSEILLE, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE SOCIALE DES BOUCHES-DU-RHÔNE.
 
Toulouse : après la catastrophe
Insécurité industrielle
 
Plus de quatre mois après la catastrophe AZF les dernières semaines ont été marquées par la publication de textes officiels concernant ce qui s'est passé à Toulouse et plus encore les enseignements qu'il convient d'en tirer. Ainsi le projet de loi concernant la maîtrise des risques industriels a tout d'abord été diffusé. Quelques jours plus tard, curieusement, a été rendu public le rapport de Philippe Essig qui, à l'origine, était chargé d'alimenter le précédent (!). Enfin était présenté le rapport consacré aux conclusions d'enquête menée par la commission parlementaire. Une telle floraison de textes officiels mérite qu'on s'y arrête avec l'espoir d'y trouver des engagements qui mettront salariés et populations riveraines à l'abri de catastrophe telles que celle que Toulouse à connue le 21 septembre dernier.
 
"Seule la mobilisation la plus large garantira alors la réelle prise en compte de l'intérêt de tous les citoyens."
 
Le projet de loi rendu public début janvier par le ministère d& l'environnement est une pièce essentielle de ce dispositif. On en connaît aujourd'hui les grandes lignes même si les industriels ont eu, on ne sait pourquoi, la priorité de l'information. Ils ont d'ailleurs profité de l'occasion pour rapidement faire part de leurs réserves. Certains, et en particulier ceux très concernés de l'industrie chimique, ont même été jusqu'à envoyer au ministère une lettre en date du 18 janvier. Ils déploraient dans ce courrier que « les articles 6 à 10 qui traitent principalement des CHSCT et des entreprises extérieures leurs paraissent de nature à remettre en cause le principe fondamental qui est celui de la liberté d'entreprendre »... Une réserve qui a de quoi inquiéter d'autant que certaines mauvaises langues bien informées vont jusqu'à dire qu'ils pourraient, au moins partiellement, être entendus par un ministère finalement plus ferme dans le verbe que dans l'action... D'ailleurs, quelques jours plus tard une nouvelle version du projet était présentée, « adoucie », sur le sujet. Le texte qui sera soumis aux parlementaires, même s'il apporte quelques avancées, devra donc être singulièrement amendé pour prétendre apporter une réelle réponse à la préoccupation de maîtrise du risque industriel. Mais, compte tenu des échéances électorales, le débat sera bref et il faut souhaiter ensuite que les aléas de la vie politique ne nous fassent pas regretter d'être passé à coté d'une occasion exceptionnelle. Celle de mettre enfin en place un véritable dispositif assurant la sécurité des populations et des salariés. Le rapport de Philippe Essig remis au premier ministre était aussi très attendu. Après avoir organisé le débat national, le chargé de mission a établi un texte qui finalement prend en compte les principales préoccupations des salariés et des populations mais qui fait surtout sensation par un transfert de responsabilités de l'état vers les élus régionaux. Sans aller comme cela pu être dit jusqu'à proposer un référendum local, le rapporteur du débat national développe le principe de l'acceptabilité des risques au nom d'une « culture de connaissance responsable et participative ». Une ambition généreuse qui, même si elle a déjà trouvé concrétisation dans certains pays, peut difficilement constituer une réponse immédiate au problème posé.
Le volumineux rapport de la commission d'enquête parlementaire sur la sûreté des installations et des centres de recherche et sur la protection des personnes et de l'environnement en cas d'accident industriel majeur est un document intéressant qui a la lumière de ce qui a été constaté sur 17 sites de production tire des ensei- gnements instructifs. Ainsi, à la lecture de ce rapport, tout salarié trouvera dans les 90 propositions qui sont avancées un écho aux revendications que toutes les organisations syndicales et les élus aux CHSCT expriment depuis de nombreuses années. Ainsi, concernant les CHSCT, comment ne pas partager ce constat clairement mentionné : « écarter les salariés et leurs représentants de la gestion des risques conduit trop souvent à une forme de laxisme en matière de sécurité » 1 Même les solutions proposées vont dans le bon sens quand on parle de - intégrer le risque industriel en amont au niveau de la négociation collective de branche professionnelle et des accords professionnels et inter-professionnels, -modifier en profondeur la légitimité et le fonctionnement des CHSCT, - faire du CHSCT un acteur de la sécurité industrielle, - créer des comités de site -étendre le délit d'entrave à travers les nouvelles prérogatives du CHSCT. Et il en est ainsi de même pour la sous-traitance qui doit être limitée, la transparence et l'évaluation des risques assurés, le retour d'expérience comme processus d'apprentissage généralisé, etc.. Le problème de l'urbanisation dans les zones exposés est également abordé en profondeur et débouche sur des propositions qui doivent effectivement être prises en compte. Ainsi les dispositions visant à mettre fin aux dérives, réduire les périmètres de danger, améliorer le fonctionnement des enquêtes publiques, etc.. Le rapport de la commission d'enquête, même s'il n'apporte pas la réponse aux interrogations qui planent sur les circonstances de la catastrophe de Toulouse, est un document de réflexion intéressant. Il dresse un état des lieux objectif sur la sécurité des activités industrielles à risques et devrait aider à l'élaboration d'un texte de loi de prévention réellement efficace et qui n'aurait rien à voir avec le projet, totalement édulcoré, qui a été dernièrement proposé.
Au delà des terribles conséquences de l'explosion de l'usine AZF de Toulouse, une réflexion a été impulsée pour que l'on débouche sur la mise en place de dispositifs efficaces en matière de maîtrise des risques. Les enjeux sont d'importance et les objectifs ambitieux. Ils nécessitent la vigilance et l'implication de tous car seule la mobilisation la plus large garantira alors la réelle prise en compte de l'intérêt de tous les citoyens.
JACQUES MIGNARD SECRÉTAIRE DU SYNDICAT CGT AZF TOULOUSE
 

 
Dialogue entre Pierre Bourdieu et Gunther Grass (Le Monde du 24-01-2002)
"Pour un mouvement social européen !"
 
Dans un entretien daté du 5 décembre diffusé sur Ane, le sociologue Pierre Bourdieu et l'écrivain allemand Gunter Grass, Prix Nobel de littérature 1999, parlaient librement du rôle des intellectuels, de l'humour, ou de l'absence d'humour, en sociologie, et des faux-semblants du socialisme. "Le Monde" republie un extrait de ce dialogue, simultanément avec l'hebdomadaire "Die Zeit" du 2 décembre 1999.
 
Pierre Bourdieu : Vous avez parlé quelque part de "la tradition européenne ou allemande - qui est d'ailleurs aussi une tradition française -, d'ouvrir sa gueule" ; et lorsque nous avions pensé à faire ce dialogue public avec des syndicalistes, je ne savais pas évidemment que vous seriez Prix Nobel. Je me réjouis beaucoup que vous soyez Prix Nobel et je me réjouis aussi beaucoup que vous n'ayez pas été transformé par le prix Nobel, que vous soyez aussi disposé qu'avant à "ouvrir votre gueule" et j'aimerais bien que nous l'ouvrions ensemble.
Gunter Grass : Compte tenu de l'expérience allemande, il est relativement rare qu'un sociologue et un écrivain se rencontrent. Chez nous, il est plus fréquent que les philosophes se rassemblent dans un coin de la pièce, les sociologues dans un autre et les écrivains, en froid les uns avec les autres, dans l'arrière-boutique. Une communication comme entre nous est l'exception. Lorsque je pense à votre livre, La Misère du monde, ou à mon dernier ouvrage, Mon siècle, il y a une chose qui nous réunit dans le travail : nous racontons l'Histoire vue d'en bas. Nous ne parlons pas par-dessus la tête de la société, nous ne prenons pas le point de vue des vainqueurs de l'Histoire mais, de par notre métier, nous sommes notoirement du côté des perdants, de ceux qui sonfen marge, des exclus de la société.
Dans La Misère du monde, vous avez réussi avec vos collaborateurs à mettre votre individualité en retrait et à miser tout sur la compréhension, sans prétention de tout savoir mieux : une vue des conditions sociales et de l'état de la société française qui peut très bien être transposée sur d'autres pays. Vos histoires induisent l'écrivain que je suis en tentation de m'en servir comme matière brute. Par exemple, l'étude d'une jeune femme venue de la campagne à Paris pour trier des lettres la nuit. La description de leur poste de travail fait comprendre les problèmes sociaux sans pour autant les mettre en exergue d'une manière ostentatoire. Cela m'a beaucoup plu.
Je voudrais qu'un tel livre existe sur les conditions sociales dans chaque pays.
La seule question qui m'a frappée fait peut-être partie du domaine de la sociologie : il n'y a pas d'humour dans ce genre de livre. Il manque le comique de l'échec, qui joue un grand rôle dans mes histoires, les absurdités découlant de certaines confrontations.
 
PB.: Vous avez magnifiquement raconté un certain nombre de ces expériences que nous avons évoquées. Mais celui qui reçoit ces ex- périences directement de la personne qui les a vécues est un peu écrasé, accablé, et l'idée de prendre de la distance n'est presque pas pensable. Par exemple, nous avons été amenés à exclure du livre un certain nombre de récits parce qu'ils étaient trop poignants et trop pathétiques, trop douloureux.
G. G. : En parlant de "comique", je veux dire que tragédie et comédie ne s'excluent pas mutuellement, que les frontières entre les deux sont fluctuantes.
P. B. : Absolument... C'est vrai... En fait, ce que nous voulions, c'était jeter devant les yeux des lecteurs cette absurdité brute, sans aucun effet. Une des consignes que nous avions données était qu'il fallait éviter de faire de la littérature. Je vais peut-être vous choquer, il y a une tentation, quand on est devant des drames comme ceux-là, c'est de bien écrire. La consigne était d'essayer d'être aussi brutalement positif que possible, pour restituer à ces histoires leur violence extraordinaire, presque insupportable. Cela pour deux raisons : des raisons scientifiques et aussi, je pense, littéraires, parce que nous voulions ne pas être littéraires pour être littéraires d'une autre façon. Mais aussi des raisons politiques. Nous pensions que la violence qu'exercé actuellement la politique néo- libérale mise en oeuvre en Europe et en Amérique latine, et dans beaucoup de pays, la violence de cette action est si grande qu'on ne peut pas en rendre compte par des analyses purement conceptuelles. La critique n'est pas à la hauteur des effets que produit cette politique.
G. G. : Nous sommes tous les deux, le sociologue et l'écrivain, des enfants des Lumières européennes, d'une tradition remise en question partout actuellement - en tout cas en France et en Allemagne -, comme si le mouvement européen de l'Aufklàrung, des Lumières, avait échoué. Beaucoup d'aspects existants au début - ne pensons qu'à Montaigne - se sont perdus au fil des siècles. L'humour, entre autres, en fait partie. Le Candide de Voltaire ou Jacques le Fataliste de Diderot, par exemple, sont des livres où les conditions sociales décrites sont également affreuses. N'empêche que même dans la douleur et l'échec, la capacité humaine d'être comique et, dans ce sens, victorieux s'impose.
P. B. : Oui, mais ce sentiment que nous avons d'avoir perdu la tradition des Lumières est lié au renversement de toute la vision du monde qui a été imposée par la vision néo- libérale, aujourd'hui dominante. Je pense - ici en Allemagne, je peux employer cette comparaison -, je pense que la révolution néo-libérale est une révolution conservatrice - au sens où on parlait de révolution conservatrice en Allemagne dans les années 30 -, et une révolution conservatrice est quelque chose de très étrange : c'est une révolution qui restaure le passé et qui se présente comme progressiste, qui transforme la régression en progrès. Si bien que ceux qui combattent cette régression ont l'air eux-mêmes régressifs. Ceux qui combattent la terreur ont l'air eux-mêmes terroristes. C'est une chose que nous avons subie en commun : nous sommes volontiers traités d'archaïques, en français on dit "ringards", "arriérés"... (Grass : "dinosauria") "dinosaures", exactement. C'est ça, la grande force des révolutions conservatrices, des restaurations "progressistes". Même ce que vous dites, je crois, participe... de l'idée... On nous dit : vous n'êtes pas drôles. Mais l'époque n'est vraiment pas drôle ! Vraiment, il n'y a pas de quoi rire.
G. G. : Je n'ai pas prétendu que nous vivions une époque drôle. Le rire infernal, déchaîné par les moyens littéraires, est aussi protestation contre nos conditions sociales. Ce qui se vend aujourd'hui comme néo-libéralisme est un retour aux méthodes du libéralisme Manchester du XIXe siècle. Dans les années 70, on faisait partout en Europe une tentative relativement réussie de civiliser le capitalisme. Si je pars du principe que le socialisme et le capitalisme sont tous les deux les enfants génialement ratés des Lumières, ils avaient une certaine fonction de contrôle réciproque. Même le capitalisme était soumis à certaines responsabilités. En Allemagne, nous appelions cela l'économie sociale du marché et il y avait un consensus, y compris avec le parti conservateur, que des conditions telles que sous la République de Weimar ne devaient plus jamais se reproduire. Ce consensus a été rompu au début des années 80. Depuis l'écroulement des hiérarchies communistes, le capitalisme se croit tout permis, comme s'il échappait à tout contrôle. Le pôle opposé fait défaut. Même les rares capitalistes responsables qui restent appellent aujourd'hui à la prudence, parce qu'ils se rendent compte que leurs instruments perdent le nord, que le système néo-libéral répète les erreurs du communisme en créant des dogmes, une espèce de revendication d'infaillibilité.
P. B. : Oui, mais la force de ce néo-libéralisme est qu'il est mis en application, au moins en Europe, par des gens qui s'appellent socialistes. Que ce soit Schrôder, que ce soit Blair, que ce soit Jospin, ce sont des gens qui invoquent le socialisme pour faire du néo- libéralisme. (....)
 

 
Courrier des lecteurs1
 
Chers amis,
Ci-joint mon réabonnement à "D&S" revue bien informée, bien orientée, et qui a le mérite de faire la liaison entre le mouvement politique (PS) et le mouvement syndical.
Cependant, les critiques de vos correspondants ne sont pas toujours infondées : il est difficile de faire le grand écart entre la politique du gouvernement Jospin et le mouvement réel, qui est pour l'abolition de la V° République, la condamnation de la cohabitation, la rupture de tout lien avec la politique du FMI et de la banque mondiale, et avec la Commission européenne qui leur est inféodée.
Voter pour un "Jospin de gauche" ? D'accord, puisqu'il n'y a pas d'autre possibilité pour faire tomber Chirac, mais il faudrait prendre un peu plus ses distances par rapport à la politique de Jospin et de ses ministres, que les gens perçoivent comme un relais peur et simple des exigences de l'OMC et de la mondialisation capitalistique. Il sera bien difficile de mobiliser "les masses" sur la base du programme mis au point par Martine Aubry. Avec une prose aussi vague et lénifiante, les masses mécontentes risquent fort de s'abstenir et de laisser passer Chirac.
Bien à vous, A.T. (06)
 
Chers amis,
Bien d'accord avec votre "une" du n° 90 sur le retour aux 37,5 annuités pour le privé. Mais deux questions appellent réponses :
- pourquoi l'actuel gouvernement n'a t il pas supprimé la mesure Balladur ?
- Si le PS refuse de se prononcer pour l'abrogation de cette mesure, comment convaincre de voter pour un tel parti ?
Amicalement, F.P. (44)
 
Chers camarades,
Le socialisme de notre parti dans la Somme s'apparente à une peau de chagrin... malgré cela je suis plus combatif que jamais, avec la gauche socialiste toujours, ... toutes mes amitiés,
M.B. (80)
 
Chers amis,
Comment pouvez-vous être aussi optimistes et penser que la victoire de Lionel Jospin vous permettrait, nous permettrait, à la gauche, au peuple, d'obtenir mieux que les maigres conquêtes qui sont les nôtres depuis 1997 ?
CG, (95)
Avec la droite nous perdrons même ces minces conquêtes, avec la gauche nous serons en position non seulement pour les défendre mais pour en obtenir d'autres... Rappelez-vous : c'est en été 93, après la défaite de la gauche, que Balladur a porté le plus dur coup à nos retraites, voulez-vous que Sarkozy, ou un autre, fasse pareil cet été 2002 et raye nos retraites d'un trait de plume ?
 
Camarades,
Ah, non, Chirac, je peux pas, vraiment pas, une telle girouette, qui ne croit à rien... c'est pas que la gauche m'emballe mais je ne vais pas m'abstenir contrairement à ce que je croyais au départ, je peux pas laisser revenir ce fantoche... Par défaut, vous êtes content ? je vais voter Jospin au deuxième tour, mais j'ai encore l'impression de me laisser avoir... Bien à vous quand même,
P.R. (75)
Soyez conséquents, votez dès le premier tour, que pas une voix ne se perde pour le candidat le mieux placé ! Vous vous rendez compte, si c'est Chirac qui est en tête, même de peu le 21 avril au soir, il aura un avantage moral pour le 5 mai... Faut pas laisser faire ça... Pas d'état d'âme, votez Jospin dés le premier tour sans hésitation !
 

Les fantassins de la droite
 
Cela avait commencé avec les « malheureux » patrons des cliniques privées. Ces pauvres gens, par ailleurs spécialistes des montages financiers occultes qui masquent les bénéfices, surpayent les toubibs pour les attirer du public au privé (il sont eux-mêmes souvent médecins spécialistes). A cause des 35 heures de la gauche (bien sûr !), ils n'avaient plus les moyens de payer leurs infirmières au prix du public (1000 francs supplémentaires par mois).
Sans scrupules, ils ont appelé à la grève, ont paralysé le système de santé, les hôpitaux publics étant rapidement submergé par les clients que le privé ne voulaient plus accueillir. La lutte paye, camarades, ils ont obtenu (payé par nos cotisations sociales à la CNAM) 3 milliards de francs !
Inspirés par ce brillant exemple, les médecins généralistes libéraux se disent : « Et nous ! » Une frange, menée par le sieur Maffioli, par ailleurs futur candidat Démocratie Libérale dans la région de Reims, annonce la couleur. C'est 20 euros la consultation (+ 15 %) ou rien ! Peu leur importe une réflexion sur un système qui, avec le paiement à l'acte, favorise les « biftécards » de la profession au détriment d'un suivi de qualité et d'une approche humaine de la médecine. Peu leur importe le gaspillage phénoménal occasionné par le lobbying exeercé sur eux par les laboratoires pharmaceutiques. Un seul mot d'ordre : « Guigou, des sous ! ».
Ils ne reculent devant rien. Beaucoup facturent d'autorité la consultation à 20 euros, alors que la CNAM a déjà accepté 18,50 euros, soit déjà une augmentation de 9 %. Ils volent leurs patients, ils abusent de leur position dominante. Ils veulent multiplier les journées sans toubibs, espérant embraser tout le système de santé... avant les élections.
C'est Chirac et son équipe qui pilotent tout cela. Comme c'est lui et ses hommes qui encouragent les gros agriculteurs à réclamer encore plus. Ou les chasseurs à perturber les réunions électorales des élus de gauche. C'est lui qui a piloté la tentative (piteusement avortée) de porter la suspiscion sur l'acquisition par Lionel Jospin de sa maison de l'Ile de Ré. Rien ne l'arrêtera, rien ne les arrêtera, voyez comment ils ont réagi au retour de Schuller, qu'ils ont tout fait pour empêcher. Ils ne reculeront devant rien. A nous de dire que ces quelques exemples illustrent crûment le programme de la droite : « Encore plus de fric pour ceux qui en ont déjà plein ».
ClCERO PlCAS
 

 
2001: 774 000 bébés
 
Nous nous réjouissons de ce boom démographique qui, pour la 2° année consécutive, touche la France : 779000 enfants en 2000, 774 000 en 2001. Nous sommes les premiers en Europe, 1,9 enfants par femme ! Enfoncés les "démographes" du Medef et du rapport Charpin qui annonçaient le déclin démographique dés le milieu des années 90, et surtout à partir de l'an 2000 ! Leur "loi d'airain démographique" qui allait condamner nos retraites, elle fait fiasco et toutes leurs prévisions du même coup !
"Le Monde" du 7 février 2002 s'étonne en "une" des raisons de ce "boom" : mais dans son analyse, et dans son éditorial, jamais il ne fait le lien avec les retraites ! Michel Sapin, ministre de la Fonction publique ne semble pas tenir compte de ce fait nouveau : il faut une "réforme profonde et absolument nécessaire de l'ensemble de retraites" Concernant celle des fonctionnaires, il affirme qu'il n'y a "pas de légitimité profonde à ce qu'il y ait une différence dans le nombre des annuités entre les salariés du public et du privé". (Certes ! ) II a jugé que "la revendication de certains (?) de faire revenir les annuités du privé à 37,5 est totalement impossible par rapport à l'ensemble des enjeux financiers". (Le Monde du 10-11 février, p. 9). Gageons que Michel Sapin n'aurait pas osé dire cela en novembre-décembre 1995, parce "certains" étaient dans la rue, (plus de deux millions) pour réclamer avec force le retour à 37,5 annuités, et annuler l'inégalité introduite scandaleusement par E. Balladur entre public et privé. "Certains", c'est aussi la majorité des adhérents du PS qui s'est prononcé "pour", de façon écrasante, dans les votes préparatoires à la convention nationale du 26 janvier 2002 quand on lui a soumis un amendement en ce sens.
Quant à la prétendue "impossibilité à cause des enjeux financiers", sur quoi repose une telle assertion ? Le Conseil d'orientation des retraites (COR) mis en place par Lionel Jospin, s'est inerrogé là-dessus et affirme lui-même - en décembre 2001 - que cela ne représente que 0,3 % du PIB.
A moins que l'argument ce soit l'impossibilité financière de ne pas confier nos retraites à des groupes comme Enron ?