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ANCRER LE PARTI SOCIALISTE VRAIMENT A GAUCHE
II n'y a pas de fatalité à "Fabius en 2007"

D'abord il n'y a pas de fatalité à ce que les prochaines élections soient dans cinq ans. Chirac a déjà dû dissoudre à cause des suites de novembre-décembre 95 et même si l'histoire ne se répète pas, on ne peut pas exclure une crise majeure avec le gouvernement de cet homme-là. Les institutions concentrent tant de pouvoir entre ses mains qu'il ne devrait pas tarder à commettre de grosses fautes.

Ensuite, la Ve République a, certes, repris, hélas, depuis "l'inversion du calendrier" un rythme "présidentiel". Mais 70 % des Français pensaient récemment que l'élection parlementaire était la principale, et l'évolution des pensées n'est plus vers ce "style" présidentialiste où la "stature" de l'individu-candidat est décisive. Il y a un rejet de ces "écuries présidentielles" et de ces compétitions de "look" qui réduisent les choix politiques et les débats de personnes. Personnaliser la politique, c'est dépolitiser les personnes !

Enfin, de forts mouvements sociaux, la recherche de leaders de masse, syndicalistes et salariés, militants et populaires, peuvent fort bien contribuer à faire reculer la popularité fabriquée d'un énarque, d'un apparat-chik, d'un membre trop marqué de l'establishment. Aussi, le "plan" de carrière, "à l'ancienneté la plus élevée dans le grade le plus élevée", peut-il être fortement bousculé par des événements encore imprévisibles mais pas improbables.

Un "duel" Juppé-Fabius" ferait un peu concours de tête d'œuf, non ? Tellement clean, fabriqué, establishment qu'il pourrait être insupportable. Il ne répondrait ni aux attentes de renouvellement, ni à la radicali-sation de la jeunesse anti-mondialisation libérale, ni aux salariés en lutte.

Si Laurent Fabius prenait le pouvoir dans le parti serait-ce une "alternance normale" de direction ? Ou serait-ce l'équivalent de la prise du pouvoir par Tony Blair à la tête du Parti travailliste ? Car Lorsque Tony Blair a pris le pouvoir au sein du parti britannique, il a clos un cycle ou un "centre" hésitait entre modération et engagement syndical. Il a tranché les liens avec les trade-unions, il a rompu avec le "vieux labour" et totalement transformés statuts, mœurs, dirigeants, de façon à rendre inaccessible l'espoir d'un retour de la gauche travailliste. Celle-ci avait raison de ne pas apprécier ceux qui dirigeaient le parti avant Blair et qui, mollement lui ouvraient la voie, mais lorsque Blair a pris le pouvoir, on tout de suite vu et senti la différence brutale : il s'est acharné à rendre irréversible la coupure entre le parti et le mouvement social.

Une vraie menace pour les idées socialistes

Quand on lit, en France, (cf D&S n° 96, extraits des articles du Figaro p. 16 et 17) les articles du Britannique Denis Mac Shane, et de l'italien Alberto Toscane, qui prônent la "fin de l'ambiguïté mortifère" entre la Gauche socialiste et la cohérence sociale-libérale de Laurent Fabius, on a de quoi s'inquiéter sur ce que serait cette évolution. On en viendrait à regretter les moments où même un "centre mou" nous donnait l'espoir d'influer sur la ligne ! Devant cette menace, beaucoup de militants socialistes réfléchiront, et il n'y a donc pas de fatalité à ce qu'ils se laissent faire et donnent le pouvoir à cette aile droitière. On peut imaginer (et militer pour) que la combinaison de mouvements sociaux forts et d'une radicalisation intellectuelle, politique antilibérale, dans les années à venir, nous épargne cette fatalité.

Il reste à ce que la gauche socialiste elle-même construise une alternative au sein du PS et en dehors, en s'unifiant, en s'unissant, ce qui là aussi ne donnerait pas la partie facile à une ligne "blairiste-fabiusienne". Il serait ainsi possible d'éviter qu'un dirigeant de cette gauche comme le fut Henri Emmanuelli en 1994, ne soit conduit à appeler un autre "Jacques Delors" comme candidat à la présidentielle... "On m'a déjà fait avaler des couleuvres, s'était écrié Jean-Luc Mélenchon au congrès de Liévin, mais c'est la première fois qu'une couleuvre m'annonce qu'elle va m'avaler". Il convien- drait d'avoir la force nécessaire et suffisamment d'alliés pour ne pas se trouver placés à nouveau dans cette situation. Donc pour ne succomber à cette fatalité, il faut, comme le répètent les thèses gauche socialiste votées à Nantes : nous voulons épargner au Parti socialiste français cet errement - lequel, d'ailleurs ne correspond ni à la combativité propre ni aux acquis du salariat de notre pays.

"Notre deuxième effort, complémentaire, aussi difficile et volontaire, c'est d'œuvrer à ce que le clivage souhaité par des "modérés" ou "blairistes" "troisième voie" ne puisse pas s'opérer, qu'ils ne puissent pas prendre la direction du parti et couper celui-ci de ses indispensables racines dans les profondeurs du mouvement social."

Pour cela, la Gauche socialiste, le "comité de liaison" entre Gauche socialiste, motion 3, et d'autres, doit être la plus forte et la plus ouverte possible. Nous devons clairement faciliter, cette fois, les accords de "bloc" et/ou de synthèse qui permettraient au parti d'avancer, non pas vers le centre mais vers la gauche. De façon générale, nous voulons faire progresser des « majorités d'idées » dans la gauche du Parti socialiste, comme dans la gauche toute entière. Nous savons que les rapports de force existent et que si, sur certaines questions clefs (contre le présidentialisme, pour les 37, 5 annuités de retraites, pour les salaires, etc.) il apparaît des majorités nettes, les militants se sentiront enhardis à voter, exprimeront cette majorité, penseront que leur parti (et toute la gauche) se renforcera en les adoptant. Le débat à venir est d'abord politique, et non « tactique » ou « organisationnel » : les choix tactiques et organisationnels sont subordonnés aux choix politiques.

Si nous voulons une gauche forte et unie dans le Parti socialiste, c'est non pas pour qu'elle constitue « l'opposition de sa majesté » ni qu'elle renferme dans une « minorité » mais pour qu'elle influence et constitue l'axe de recomposition d'une nouvelle majorité dans le parti.

Roger Norman