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ROUGE, ROSE VERT, TIRER LES LECONS DU 21 AVRIL
Des Etats généraux... de toute la Gauche

 

Spectaculairement, après la défaite sévère du 21 avril, les électeurs actifs de la gauche sont revenus dans le giron du Parti socialiste afin de limiter les dégâts lors des scrutins des 9 et 16 juin. Cela signifie de multiples leçons dont certaines sont contradictoires.

D'abord, la formule de la "gauche plurielle" soulignons-le, n'était pas une formule négative. Quelque part, elle constituait une innovation par rapport à de nombreuses coalitions antérieures. Elle était très intéressante et très ouverte, dans la mesure où elle laissait libres les expressions, les débats d'idées et... même les champs d'action.

Gauche plurielle, gauche à revoir

On n'avait pas de "verrou", de "carcan", de discipline bureaucratique. C'était un front rare en ce sens, un accord souple à géométrie variable, adaptable, renouvelé ou contesté à chaque grand choix politique imposé par les événements. Le fait que le débat puisse être ouvert en permanence, qu'il pouvait y avoir des participations à des actions de masse, des engagements syndicaux ou associatifs, voire des thèmes politiques particuliers à chaque courant, PCF, Verts, mouvement des citoyens, radicaux, faisait jouer les qualités de tous et rassemblait sans diktat, c'était une bonne formule d'unité. À condition que ce mode de fonctionnement, de front politique soit bel et bien "unitaire". C'est-à-dire qu'il fallait que tout se déroule dans un cadre commun large, souple mais délimité, avec le sentiment renouvelé, profond d'appartenance à un même camp. Les différents partenaires pouvaient tirer à hue et à dia, mais pas trop longtemps, pas trop fort, ils devaient savoir se limiter dès lors que l'attelage commun était en péril.

Évidemment pour respecter cette condition, il fallait que toutes les composantes y trouvent leur compte, qu'elles sentent que les choix effectués allaient dans le bon sens, nourrissaient les attentes de leurs bases sociales et électorales. Il ne fallait ni arbitrage trop bureaucratique, trop technocratique, ni querelles de clans ou de chapelles. Il fallait aussi des résultats : que les forces sociales représentées s'y retrouvent, qu'elles gardent ou gagnent confiance sur la politique suivie.

Le miracle fut que Lionel Jospin tienne cinq ans à la tête de cet attelage, renouvelant souvent le bail, l'accord avec tous les partenaires impliqués... Cela créa d'ailleurs l'illusion de la victoire. Mais l'absence d'un programme commun, le fait qu'il ne s'agissait que d'accords de sommet, avait profondément miné la solidité de l'alliance.

Mais dès lors que le MdC de Chevènement, le premier et le plus violemment, décrétait que "la gauche plurielle était morte", dès lors que le PCF n'obtenait pas satisfaction contre les licenciements, dès lors que les Verts faisaient concession sur concession sans êtres sûrs d'obtenir un groupe parlementaire, l'attelage se défit. Ses défauts commencèrent à l'emporter : absence de programme commun, absence de brassage militant, trop d'accords de sommet, trop peu d'action commune, distorsion progressive et concurrence croissante à l'approche des échéances électorales. Lorsque Lionel Jospin imposa l'inversion du calendrier, plaçant le vote personnel avant le vote collectif, il créa une tension insurmontable : au lieu de forcer les différents partenaires à s'entendre pour gagner les législatives, il les mit en concurrence exacerbée pour obtenir le plus de voix sur leur candidat à la présidentielle, quitte à se démarquer farouchement, pour ensuite postuler à la meilleure représentation à l'Assemblée. C'était d'autant plus dommageable qu'il avait refusé auparavant de réactualiser les circonscriptions (comme le lui imposait pourtant le recensement de 1999) et qu'il avait refusé d'introduire ne serait-ce qu'une part de proportionnelle qui aurait assuré à tous leur existence parlementaire.

Gauche unie, gauche à construire

Le tournant fut pris vite, dans des conditions difficiles et donc petitement : on passa en une nuit du 21 au 22 avril, de la gauche plurielle à la gauche unie. Faute de pouvoir réaliser une rencontre solennelle, de disposer du temps pour un bilan, de pouvoir discuter et élaborer une plate-forme commune, la gauche "unie" fit le service minimum : partage des circonscriptions "dangereuses", soutien réciproque le plus généralisé possible, déclaration politique commune a minima. Pas de réunions communes à la base, pas de plate-forme ni de grands axes pour gouverner : d'ailleurs, la question d'un gouvernement commun ne fut même pas abordée, soit qu'elle fut jugée peu crédible, soit qu'elle fut tout simplement impossible parce que les désaccords étaient trop grands. Tous remirent au 16 juin et dans l'hypothèse aléatoire de la victoire, la réflexion sur "qui gouvernerait" et "pourquoi faire ?". Dans ces conditions la gauche unie n'était qu'une gentille tentative, d'auto protection, peu ambitieuse, peu satisfaisante. Les électeurs furent donc peu mobilisés, ils firent eux aussi le service minimum, concentrant d'ailleurs leurs votes de façon utile sur le Parti socialiste, sans conviction, seulement pour éviter une trop grande débâcle comme le 21 avril. Pourtant, il y eut des centaines de villes, dans le pays ou des réunions spontanées, eurent un immense succès. Là ou des dirigeants eurent l'idée d'ouvrir "à la base" des réunions unitaires, elles furent massives et passionnantes. C'est là qu'il y eut le meilleur débat sur les raisons du 21 avril, les meilleures préparations du 1er mai, l'écoute, l'échange, la dynamique qui avaient manqué du temps de la "gauche plurielle" et qui manquaient à la "gauche unie". Certes, cela dura peu, l'absence de campagne législative, "l'antijeu" cyniquement pratiqué par Chirac-Juppé-Raffarin, la démoralisation des militants PCF, Verts, Mdc, extrême gauche, et PS, tout cela ralentit puis sembla éteindre les effets du 1er mai. C'était une apparence, car on sait tous, en circulant, en discutant dans nos milieux de travail, qu'il y a toujours une grande politisation et une immense demande. On peut, on doit donc reconstruire.

De la base au sommet

Ça ne peut pas se faire "en haut" seulement, et il faut impliquer les citoyens, les militants, les partenaires de l'ex-gauche plurielle, comme de l'extrême gauche. Il faut recréer ces grands moments historiques où les membres des partis, courants, syndicats, associations, se rencontrent. Il faut brassage, ouverture la plus large, consultations, colloques, assises, toutes formules qui permettent largement dans le pays, de faire renaître l'envie commune d'agir. Le Parti socialiste doit initier un tel processus avec doigté : il doit se rappeler qu'il n'a été majoritaire de façon écrasante que le 16 juin, quand c'était le "tour de rappel" le "tour de repêchage" mais que le 21 avril, il était minoritaire dans la gauche, et que le centre de gravité de la gauche s'était déplacé vers la gauche. Le Parti socialiste doit être "modeste" pour utiliser une formule raffarinesque, en l'occurrence justifiée, il doit sans arrogance, sans autosatisfaction, promouvoir, en consensus, en concertation, le débat qui sera utile à toute la gauche. Nous disons bien toute la gauche : pas d'exclusive, pas d'exclusion, extrême gauche ou anciens Mdc, ceux qui voudront participer seront bienvenus, pourvu qu'ils affirment vouloir défendre leurs idées pour construire un camp commun contre la droite. Si Lcr et Lo ne veulent pas venir, que cela soit leur responsabilité, mais ils doivent être invités et bienvenus s'ils viennent. De notre part, si c'est pour imposer orateurs, idées préconçues, appareil, et ne pas entendre, ne pas "ouvrir", ne pas rassembler, ce n'est pas la peine d'organiser des débats dans tout le pays. Si c'est aussi pour ne pas débattre, pour déclarer des sujets tabous (par exemple : retour à 37,5 annuités de cotisations pour les retraites...) autant ne pas prétendre engager l'initiative. Il faudra tenir compte des "majorités d'idées" qui s'exprimeront ainsi à gauche pour construire une plate-forme commune en fin de parcours, avant les échéances prochaines.

Par contre, si nous savons donner la place à tous, loyalement, stimuler rencontres, reconnaissances, alors nous pourrons passer d'une formule de consultation, d'innovation à une formule de concertation, d'élaboration, d'association pour créer un nouveau front, une nouvelle formule de gauche gagnante. Cela peut prendre un certain temps, doit interférer avec le congrès du parti lui-même et, sans doute, avec des travaux pratiques dans le combat contre le gouvernement de droite (à l'Assemblée mais aussi dans la rue). Puis, viendra le temps du travail au sommet, en lien avec toutes les structures militantes, sous leur "contrôle", avec leur participation, leur intérêt actif. Là, que ça s'appelle "gauche unie", ou "front de la gauche", ou "nouvelle gauche plurielle" peu importe, la diversité perdurera sans aucun doute, mais l'unité, l'appartenance à un même camp soucieux de reconquérir le pouvoir et d'agir, aura pris un nouveau sens.

Les luttes sociales pourront bouleverser le calendrier, (et aussi, méfions-nous des initiatives de la droite, modifiant fortement dates et modalités des scrutins) sinon les échéances électorales suivantes sont connues : cantonales, régionales et européennes en 2004, municipales, présidentielles, législatives en 2007.C'est un calendrier à la fois éloigné et proche.

Le Congrès du Parti socialiste est fixé mi-mai 2003. À la gauche d'occuper l'espace des luttes, des débats et de préparer au mieux les prochains rendez vous avec les salariés et les électeurs.


Les emplois jeunes privatisés

Pour les 16-22 ans sans qualification, les établissements de moins de 250 salariés seront exonérés de cotisations sociales, (de façon rétroactive au 1er juillet 2002) voilà ce que proposait la loi Fillon soumise au conseil des ministres du 10 juillet 2002 et au Parlement le 1er août.

Dire qu'il y en a qui étaient aveugles sur les différences entre gauche et droite... au point d'envisager de ne pas voter Jospin ni au premier ni au second tour. (Finalement, ils ont voté Chirac...) !

La suppression "progressive" des 350 000 emplois jeunes liés au secteur public signifie que de nombreuses communautés territoriales vont être privés de cet appoint, et qu'elles devront embaucher à des conditions plus coûteuses, et... majorer les impôts de leurs administrés pour faire face à cette situation. Dés le budget 2003, les emplois-jeunes du gouvernement Jospin seront "sabrés".

Par contre, 25 millions d'euros en 2002,190 millions en 2003, et 500 millions en 2005 seront versés sous forme de chèque aux entreprises privées qui prendront ainsi des jeunes sans obligation de formation particulière. Quid de l'apprentissage, lequel c'est vrai, est un échec (220 000 apprentis) et des autres stages en alternance ?

La formule, "contrat jeune sans cotisations sociales" sera moins coûteuse aux entreprises qui auront même le droit de la cumuler avec des allégements Juppé et Aubry.

Voilà un élément des nombreux transferts que va opérer le gouvernement Raffarin du public vers le privé.