-

-
-
-
-
-
- La façon dont Raffarin, Sarkozy, et Fillon se sont comportés lors des premières escarmouches sociales est une vraie leçon de choses : face à la puissante mobilisation d'EDF, ils ont fait mine de ne pas se sentir visés, voire de s'en féliciter, mais ils ont continué d'essayer de briser le régime de retraite des électriciens et gaziers, et d'ouvrir l'entreprise au capital. Face aux enseignants, ils ont nié avoir l'intention défaire reculer l'éducation nationale et la recherche, mais leur budget a parfaitement confirmé que tel était leur choix. Des prisons et un porte-avion plutôt que des écoles et des hôpitaux. Face aux routiers, ils ont marché la main dans la main avec le patronat, misé sur la division syndicale et, par la force, ils ont étouffé traîtreusement dans l'œuf les barrages. Face à la fonction publique et aux cheminots, ils ont minimisé la mobilisation du 26 novembre, fait le gros dos face à celle du 8 décembre, mais refusent de répondre. Sur les retraites, ils conditionnent l'opinion, cherchent à diviser, étaler dans le temps, multiplient des signaux contradictoires, mais ils veulent atteindre leurs fins : faire cotiser les fonctionnaires 40 ans, diminuer le taux de remplacement, étaler les départs jusqu'à 63 ans et plus. Sur la Sécurité sociale, Barrot a lancé un ballon-sonde en proposant une « Sécu à deux vitesses », mais le ministre de la santé Mattéi, lui, est ouvertement pour la privatisation. Ce sont des roublards libéraux très dangereux.
Ils ont bâti un calendrier sur neuf mois : ouverture des négociations retraite en janvier-février, vote au Parlement avant fin juin 2003, décisions réglementaires pendant l'été, signature du Medef pour les retraites complémentaires le 1" octobre. Ceux qui disent qu 'ils ne vont rien faire, ne « pas oser », ou limiter leur offensive, se trompent lourdement, Chirac, Raffarin, Fillon savent où ils veulent aller. Ayant tiré leçon de l'échec du trop brusque « plan Juppé » de novembre 95, ils essaient de façon progressive, masquée mais ils récidivent. S'ils gagnent sur les retraites, ils iront jusqu'au bout, sur la Sécu ensuite. S'ils nous infligent une défaite, ils s'installeront au pouvoir durablement et nous connaîtrons une variante du thatchérisme.
Nous allons vers un affrontement social majeur. Ce gouvernement le sait, le veut, et le prépare cyniquement à son rythme, et il n’hésitera pas à combiner brutalité et roublardise pour le gagner. Mettre José Bové et le cégétiste de Cherbourg, Alain Hébert en prison, c’est la suite logique du tout sécuritaire de Sarkozy : Perben n’a t il pas osé dire que « si Bové n’allait pas en prison», il aurait « du mal à regarder dans les yeux un sauvageon des quartiers difficiles » ?
Nous ne sommes pas condamnés à perdre : le 26 novembre, le 8 décembre, ce sont des « tours de chauffe » qui témoignent de la très grande lucidité et disponibilité de résistance dans les rangs des salariés.
Mais il faut que les dirigeants de la gauche haussent le ton, qu’ils disent enfin ce qu’ils veulent sur les retraites, sur la Sécu, sur les salaires, sur l'emploi. Il ne faut pas à aucun prix jouer à la division comme dans l'affaire des routiers, il faut impérativement un front syndical commun, et une concertation politique immédiate de toutes le s forces de gauche. Tirons le signal d'alarme, préparons-nous aussi, les grandes batailles sociales sont proches !
-
-
-
- Par les voix de Guillaume Sarkozy et du baron Seillière, le Medef revient à la charge contre nos retraites, exigeant une augmentation de la durée de cotisation de 6 à
7 ans et un alignement des salariés du public sur ceux du privé. Tout va dépendre du front syndical...
-
- Malheureusement, la CFDT a toujours une position peu claire sur la réforme des retraites qu'elle appelle de ses vœux. En effet, ni la résolution votée au dernier Congrès confédéral de Nantes, ni le fascicule distribué pour les élections prud'homales ne permettent de savoir ce qu'elle propose concrètement.
-
-
« La répartition : principe intangible »
- La résolution votée au dernier congrès confédéral affirme que « la répartition est un principe intangible ». Voilà qui est, certes, positif. Mais qu'est-ce que cela signifie ?
- Avec 60 % de répartition et 40 % de capitalisation : la répartition resterait-elle encore un principe intangible ?
- L'amendement du syndicat Santé Sociaux de la Haute-Vienne a été rejeté par 63 % des mandats. Cet amendement visait à éviter que les fonds de pension ne puissent se substituer aux ressources des retraites par capitalisation. Le refus de voter cet amendement revient donc, pour la CFDT, à considérer qu'il est possible que les ressources affectées aux fonds de pension viennent uniquement "compléter" celles des fonds de pension.
- C'est un point de vue irréaliste qui consiste à croire que si l'on n'a pas les moyens de financer les deux premiers étages de l'immeuble des retraites (les régimes de base et les régimes complémentaires), il suffit de commencer par construire le 3ème étage (les fonds de pension d'entreprise). Il n'est pas besoin d'être architecte diplômé pour comprendre que cela ne tient pas vraiment debout.
- Le Medef, lui, considère qu'il n'est pas possible d'augmenter les cotisations retraites finançant les régimes par répartition mais il est prêt à mettre sur la table 8 % des salaires bruts pour financer les fonds de pension d'entreprise. C'est donc la réalité des mesures prises par le gouvernement Raffarin qui permettra d'apprécier si les fonds de pension se substituent ou non aux retraites par répartition. Pour que cela ne soit pas le cas, deux conditions devraient être impérati-
vement remplies. Il faudrait, tout d'abord, que les cotisations retraites augmentent pour faire face aux besoins de financement liés à l'augmentation du nombre de retraités entre 2006 et 2036. Si ce n'est pas le cas, si la durée de cotisation est allongée ou si le niveau des pensions est révisé à la baisse, il est évident que toutes les ressources qui iront alimenter les fonds de pension le feront au détriment du financement nécessaire des régimes par répartition.
- Il faudrait, ensuite, que la base du calcul des cotisations (l'assiette) des régimes de retraites par répartition ne soit pas diminuée par l'existence de fonds de pension. Ce qui signifie que les sommes qui alimenteraient les fonds de pension d'entreprise ne devraient pas être exonérées du paiement des cotisations retraites. Il paraît pourtant difficile à Raffarin, s'il veut que les fonds de pension d'entreprise puissent avoir un quelconque attrait, malgré l'effondrement boursier, de ne pas exonérer de cotisations retraites les sommes alimentant les fonds de pension.
-
-
« Sans réforme, les retraites continueront de se dégrader »
- C'est un leitmotiv pour la CFDT.
- La résolution de Congrès précise : « Déjà le régime général ne garantit plus 50 % mais 46 % du salaire, ce serait 41,7 % en 2020 ». Certes... Mais si le régime général ne garantit plus le même niveau de taux de remplacement du salaire pour la retraite dans le secteur privé, n'est-ce pas justement à cause de la « réforme » Balladur de 1993 ? Cette réforme instaurait, en effet, le passage à 40 annuités pour pouvoir bénéficier d'une retraite à taux plein, le calcul de la retraite sur la base des 25 meilleures années et non plus des 10 meilleures, l'indexation sur les prix et non
plus sur les salaires. La meilleure preuve, d'ailleurs, de la responsabilité de cette « réforme » dans la dégradation du montant des retraites, est que la retraite du secteur public, épargnée par la « réforme » de 1993, ne s'est pas dégradée. Il faut donc s'entendre sur le sens du mot « réforme ». En réalité, la « réforme » de 1993 est une contre-réforme puisqu'elle ne va pas dans le sens d'un progrès social mais d'une régression sociale.
- Si l'on veut que les retraites du secteur privé cessent de se dégrader, il faut donc abroger les mesures prises au milieu de l'été 1993 par Weill et Balladur.
- En effet, si l'on laisse cette réforme, complétée par la réforme des régimes complémentaires de 1994 et 1996 donner tous ses effets, la retraite moyenne passera de 78 % du salaire net en 2001 à 64 % en 2020 (chiffres du Conseil d'Orientation des Retraites). C'est-à-dire, concrètement, que pour un salaire net de 8 500 F par mois, la retraite moyenne ne sera plus de 6 630 F mais de 5 500 F (en francs constants 2001).
-
-
« Une réforme
de tous les régimes »
- Ce serait, en effet, équitable.
- Mais dans quel sens cette équité doit-elle être assurée ? La CFDT ne répond pas à cette question essentielle.
- Pourtant, si les salariés du public sont alignés sur ceux du privé, leurs retraites se dégraderont et la résolution adoptée par la CFDT regrette cette dégradation...
- Il faut donc revenir aux 37,5 annuités pour tous.
- D'autant que l'argument du coût ne tient pas. En effet, le COR a calculé que le retour aux 40 annuités dans le secteur privé ne représenterait que 0,3 point du PIB en 2040. Ce qui est négligeable.
-
L'insistance du Medef à vouloir imposer les 40 annuités aux salariés du privé s'explique facilement. Il ne s'agit pas d'un problème de coût, il s'agit de faire sauter le verrou qui empêche d'augmenter la durée de cotisations dans le secteur privé. Il est difficile, en effet, de faire passer à 42,5 années (comme le préconise le rapport Charpin) ou à 45 annuités (comme le veut le Medef) la durée de cotisation du privé tant que les salariés du public restent à 37,5 annuités. Loin d'opposer les salariés du public à ceux du privé, comme le font Raffarin, Fillon et le Medef, il vaudrait mieux comprendre qu'en défendant les 37,5 annuités, les salariés du public défendent les retraites des salariés du privé.
-
-
Les deux objectifs de la CFDT
-
Le congrès de la CFDT fixe deux objectifs majeurs à une réforme des retraites.
- Tout d'abord, assurer le droit à la retraite à taux plein après 40 années de cotisations.
- Arrêter ensuite, la dégradation du niveau de remplacement.
- Le problème est que ces deux objectifs sont incompatibles avec l'accord du 10 février 2001 signé par le Medef et la CFDT qui affirme les principes sur lesquels devrait reposer la réforme du régime de base des retraites et notamment la nécessité de « stabiliser les taux de cotisation pour les 10 ans à venir ».
- En effet, les calculs effectués par le COR obligent, aujourd'hui, a être cohérents.
- Selon ces calculs, si le taux de cotisation n'augmente pas (comme le souhaite l'accord du 10 février 2001) et si le niveau actuel des retraites nettes est maintenu (78 % du salaire net), il faudra différer de 9 ans, l'âge de départ en retraite !
-
Il faudrait ajouter que, sans augmentation des cotisations retraites, il faudrait différer encore plus l'âge de départ à la retraite de tous les salariés, si l'on veut, comme l'a affirmé (à juste titre) le rapporteur de la résolution, Jean-Marie Toulisse, que le taux de remplacement soit proche de 100 % pour les plus bas salaires.
-
Selon ces mêmes calculs du COR, si le taux de cotisation n'augmente toujours pas et si l'âge de départ en retraite n'est pas différé, le niveau des retraites passera de 78 % du salaire net en 2001 à 43 % en 2040. Ce qui signifie pour un salaire de 8 500 F une retraite de 3 700 F (en francs constants 2001) en 2040 au lieu de 6 630 F. Le retour donc de la pauvreté pour la majorité des retraités.
-
- Les propositions concrètes de la CFDT : flou complet
- Dans le fascicule sur les retraites distribué lors des élections prud'homales, la CFDT affirme quelques principes mais n'apporte aucune précision sur leur contenu.
- « Impensable de baisser le niveau des pensions ! » Très bien. Mais quel taux de
remplacement la CFDT défend-elle : 78 % ou 64%. La question est très concrète : si les réformes de 1993, 1994 et 1996 ne sont pas abrogées, le taux de remplacement sera de 64 % en 2020.
-
« Des hausses massives de cotisations ne sont pas envisageables ». Parfait, mais si elles ne sont pas massives : jusqu'à quel niveau sont-elles envisageables ? Et, quelles cotisations faudrait-il augmenter : les cotisations salariales, les cotisations patronales ?
- La CFDT ne précise pas.
- « Allonger de 9 ans la durée de cotisation est inacceptable ». Certes, mais durée de cotisation la CFDT est-elle prête à accepter ? 42,5 années comme le préconise le rapport Charpin, 45 ans comme le veut le Medef...
- « La CFDT veillera à ce que les efforts demandés soient équitables ». Très bien, mais dans quel sens : en alignant vers le haut (37,5 annuités pour tous) ou vers le bas (40, puis 42,5 et enfin 45 annuités dans le public comme dans le privé) ?
- La CFDT préconise une retraite à taux plein après 40 années de cotisation, même avant 60 ans. C'est très positif. Mais cela signifie soit qu'il faudra augmenter encore plus les cotisations, soit baisser les pensions de tout le monde, soit augmenter la durée de cotisation de tous ceux qui partiront après 60 ans. Mais personne ne sait quelles sont les propositions concrètes de la CFDT pour financer cette mesure.
-
Au total, la CFDT nous apprend qu'il faudra jouer sur plusieurs paramètres pour équilibrer les retraites. Mais quelle proposition concrète sur la valeur de ces paramètres ? Quelle durée de cotisation pour une retraite à taux plein ? Quelle augmentation des cotisations salariales, des cotisations patronales ? Quel taux de remplacement ? A la veille des élections prud'hommales et juste avant que ne s'engage la bataille de nos régimes de retraite, c'est le moins qu'on puisse attendre d'une organisation syndicale aussi importante que la CFDT c'est la réponse à ces questions.
- Il n'est pas possible, en effet, d'exiger l'équité entre tous les régimes et de renvoyer ensuite, comme le fait la CFDT, la réponse au niveau de chaque régime. Il faut d'abord
fixer des principes généraux, valables pour tous les régimes, et les décliner, ensuite, régime par régime. Où serait, autrement, l'équité que la CFDT appelle de ses vœux ?
- JEAN-JACQUES CHAVIGNÉ
- Routiers : pour Sarkozy dialogue social = répression
-
- Répression et accord minoritaire n'ont pas permis la mobilisation nécessaire pour établir le rapport de force pour gagner sur le 13ème mois et une réelle revalorisation des salaires.
- Le conflit dans les transports routiers Rafarin, a révélé si cela était nécessaire la méthode de dialogue social du gouvernement. La répression mise en place par Sarkozy n'a pas permis la montée de la mobilisation nationale des salariés des transports routiers, lancée par les fédérations CFDT et CGT.
- La suppression du permis de conduire, la mise en fourrière des véhicules personnels, le quadrillage policiers sur les points sensibles ont fait avorter la mobilisation. Alors que la journée d'information du 28 octobre laissait présager une action forte.
- « Pour l'instant » les salariés de transports routiers n'auront pas de 13ème mois « conventionnel », se sont les salariés de petites entreprises qui perdront le plus.
- Les organisations minoritaires qui ont signé l'accord la veille de l'action devront expliquer, Qu'ont-elles réellement négocié : uniquement la différence entre 14 % et 11,43 % du fait de l'harmonisation des SMIC, soit 2,57 % pour pallier l'évolution du coût de la vie, sur trois ans. En fait si l'on estime à 1,5 % par an cette évolution, sur 3 ans les salariés du transport auront perdus 2 % !
- Les salariés comprendront rapidement la supercherie, quels patrons accorderaient une augmentation de 14 % alors que la revendication du 13ème mois conventionnel coûterait 8%.
L'action a été suspendue, elle n'est pas terminée, elle pourra prendre d'autre forme. Le gouvernement devra en tenir compte, ce n'est pas un hasard si le dernier barrage, en France, était organisé par les militants sarthois, à Sablé, ville de François Fillon... G.B. (72)
|
-
-
-
-
- Le « généraliste » dans son dossier du n° 2227 du 29 novembre 2002 s'interroge clairement : « Big bang fatal pour la Sécu ou simple ajustement de frontières entre caisses et acteurs complémentaires? En cette fin 2002, même le ministre de la Santé juge inéluctable un changement des règles du jeu. Incrédules, les syndicats de médecins demeurent prudents sur une liberté tarifaire qui pourrait achever de libéraliser le système. Mais la pression est forte: deux propositions récentes poussent le gouvernement à assouplir le monopole de la Sécu. »
-
-
Le dossier professionnel
- Nous citons presque intégralement ce précieux journal : « Après cinq ans de pénitence, les assureurs sont-ils en train de se refaire une place dans le monde de la santé ? Plusieurs indices incitent à le penser. Dans le domaine de la responsabilité professionnelle des blouses blanches, leur offensive, entamée cet été, pour la révision de la loi Kouchner sur les droits des malades a été en large partie couronnée de succès.
- Autre signe : la CMU. Depuis sa création, les compagnies qui s'y sont risquées ont le sentiment d'avoir, pour l'essentiel, servi de vache à lait. Jusque-là fixé à 229 euros, le forfait par bénéficiaire couvert vient d'être relevé de façon substantielle à 283 euros. Clin d'œil supplémentaire qui montre que, pour la première fois, un gouvernement s'intéresse de très près, aux acteurs complémentaires. De là à penser qu'il aura bientôt besoin d'eux pour asseoir la réforme de la santé, il n'y a qu'un pas que certains franchissent déjà. En réalité, tout avait commencé en pleine campagne présidentielle: Jacques Chirac promet une aide à la couverture complémentaire. En apparence plus social que libéral, ce chantier semblait avant tout viser les exclus de la CMU. Mais, il devrait aussi permettre aux pouvoirs publics de déplacer le curseur de la prise en charge du public vers le privé. Que faire d'autre en effet dans le contexte actuel ?
L'argent manque, les professionnels revendiquent et le gouvernement se refuse à augmenter la CSG...
- Ces derniers temps, plus d'un responsable a donc plaidé en faveur d'un rôle croissant des complémentaires. Jacques Barrot le premier, en distinguant le « gros » du « petit » risque, le second pouvant servir de terre d'élection pour les complémentaires. S'il réfute cette distinction, Jean-François Mattei plaidait aussi la semaine dernière pour « un débat collectif national » redéfinissant la place respective de la Sécu et des complémentaires. Le doute n'est donc plus permis : la réforme de la santé, version Raffarin-Mattei, se fera par une redéfinition du périmètre de la Sécu.
-
- Sécu : les privés veulent-ils rafler la mise?
- Le retour du fameux « trou » creusera-t-il, cette fois-ci, la tombe de l'Assurance-maladie ? Les assureurs font des appels du pied répétés au gouvernement. Et Jean-François Mattei prépare les esprits. Mais jusqu'où ira-t-on ? »
- Dans l'ombre, le chantier a déjà démarré. Depuis la mi-novembre, François Chadelat coordonne une mission qui planche sur la répartition des tâches entre acteurs obligatoires et complémentaires. Trois réunions sont prévues d'ici à la fin de l'année et un premier point de la situation devrait être fait fin 2002. Déjà, l'animateur du groupe tente de prévenir toute polémique : « La lettre de mission que j'ai reçue du ministre ne mentionne à aucun moment une réflexion sur le "petit" ou "gros" risque ; pas plus qu'elle ne porte sur la redéfinition du panier de soins. »
- En dépit de ces propos apaisants, il semble bien pourtant que la redéfinition du fameux panier soit d'ores et déjà ava centre des discussions. À la vérité, les assureurs de la FFSA n'ont pas attendu pour alimenter le cabinet Mattei en propositions audacieuses sur le sujet. Depuis plusieurs semaines, l'un des leurs, Alain Rouché - qui siège aussi dans le groupe Chadelat -, a organisé un brainstorming sur le sujet avec les principales compagnies. Bilan de ce « remue-méninges »: les assureurs se font forts de faire gagner à la Sécu 5 milliards d'euros de dépenses, soit le montant actuel de son déficit. « Laissez nous faire! », disent-ils en substance, en proposant de sortir complètement la Sécu des domaines dans lesquelles elle est déjà minoritaire. Suivant ce schéma, on verrait donc mutuelles et compagnies privées couvrir l'assuré, dès le premier euro, dans l'optique, les prothèses auditives, les cures thermales, le dentaire, ou les vignettes bleues. À la clé, les assureurs annoncent des économies de gestion et même se promettent de faire mieux que la Sécu pour responsabiliser le patient: « Dans le dentaire, nous serions prêts à nous engager sur des objectifs de santé publique », annonce Marianne Binst, responsable de Conseil santé service dans le groupe AGF. (...) Comme l'explique crûment Marianne Binst, « là où les prix sont imposés, il n'y a pas de grain à moudre pour les complémentaires ». Cela pourrait évidemment changer demain. (...)
-
- 250 toubibs conquis par Groupama...
-
« Au début, on a été méfiants. Pour nous, Groupama, c'était un peu la Sécu. Et puis, chacun devait expliquer comment il travaillait face à d'autres généralistes, et donc des concurrents... Très vite, on s'est aperçus qu'on avait jusque-là rarement évoqué entre nous nos façons de faire. Au final, dans notre bourg de 3400 habitants, tous les médecins ont décidé de s'associer, avec partage total des dossiers patients. » Plus que n'importe quel bilan chiffré, le témoignage du Dr Jean-Claude Gaillard, de Mauléon (64), en dit long sur la satisfaction de Groupama, après deux années d'une expérimentation cousine de l'option réfèrent: en version rurale (trente-cinq cantons dans les Pyrénées-Atlantiques, les Côtes-d'Armor et l'Allier) et en plus soft (tiers payant, mais pas de limitation autoritaire de l'accès aux spécialistes). Pour la première fois, un assureur privé - associé à la MSA -est parvenu, non seulement à obtenir le feu vert des pouvoirs publics, mais aussi à se faire accepter par les généralistes.
-
- De vraies économies
- Et les résultats sont là: sur les trois sites, environ 40 % des généralistes sont entrés dans l'expérimentation et une douzaine de « groupes de progrès » les ont régulièrement réunis sur des thèmes aussi divers que HTA, lombalgies, dépendance, urgences ou habitudes de prescription. Parmi les patients, eux aussi tous volontaires, 93 % sont demeurés fidèles aux médecins du réseau.
- Le succès de « Groupama partenaires santé » ne repose ni sur le « plus » offert aux généralistes (à peine plus de 760 euros par an!) ni sur le tiers payant accordé aux patients (41 % d'entre eux apprécient), mais davantage sur un état d'esprit. À une petite échelle (250 médecins, 1300 assurés), le gain est énorme. Selon l'économiste Robert Launois, chargé de l'évaluation de l'opération, il se solde par 10 % d'économies sur les dépenses ambulatoires dans les Pyrénées et 25 % dans les Côtesd'Armor. Le secret de la réussite tient à un travail de prise de contact sur le terrain par Groupama et la MSA. Patient porte-à-porte, qui, pour le Dr Richard Guédon, à l'origine de l'expérimentation chez Groupama, est sans doute le secret du succès: « Dans l'ambiance du début 2000, à quelques mois des élections aux Unions, aucun médecin n'aurait adhéré s'il avait conséquence. (...) Le patron de la CSMF concède néanmoins: « Que la place des complémentaires s'élargisse, on y va tout droit. Mais F assurance-maladie obligatoire doit rester prépondérante. » Dans le même sens, Dinorino Cabrera y va aussi de ses pronostics : « II va y avoir des mutations sur le périmètre d'intervention des complémentaires. Cela me paraît évident. » Et, à toutes fins utiles, le président du SML prévient : « Les médecins ont toujours intérêt à discuter avec l'Assurance-maladie. Mais si demain le système les étouffait, ils iraient voir ailleurs...» (...) Et pourtant la version « Sécu privée » poussée par le Medef
fait des émules. Sous le titre « Vers une assurance maladie universelle ? », l'institut Montaigne vient en effet ce mois-ci de faire état d'une proposition qui s'y rattache un peu. Ce club de réflexion indépendant, présidé par Claude Bébéar, suggère en effet la création d'un service public d'assurance-maladie pour tous, dispensant une prise en charge à 100 % sur la base d'un panier de soins redessiné. Principale originalité du système: une concurrence « tempérée » mettant en compétition, pour la gestion du mécanisme, les caisses, mais aussi les mutuelles et les assurances. « II n'existe aucune raison sérieuse - autre qu'idéologique - pour exclure les entreprises privées », affirme l'institut Montaigne. Un tel projet modifierait bien sûr les relations contractuelles avec les professions de santé. Cela suppose en effet que les libéraux souscrivent avec tel ou tel financeur, mais pas forcément avec tout le monde. Pour faire passer la pilule, les responsables de Montaigne proposent donc qu'un statut conventionnel minimal soit quand même garanti aux médecins qui refuseraient un accord avec un financeur. Pour l'heure, ces derniers peuvent se rassurer : à l'évidence, ce schéma « chambouletout » sera plus difficile à imposer que les suggestions pragmatiques de la FFSA. Néanmoins, on observera que, même si l'institut Montaigne renvoie à des idées d'inspiration plutôt libérales, on trouve aussi en son sein des personnalités de gauche. Comme si la mise en concurrence faisait, mine de rien, tranquillement son chemin...
-
PAR JEAN PAILLARD
-
- Merci au « Généraliste », c'était une page de « pub » gratuite, voilà un journal qui dit la vérité ! (D& S). Et qui s'appuie sur des témoignages choisis :
-
- TÉMOIGNAGES
-
Inéluctable et redouté... « II faut que les assurances complémentaires prennent toute leur place. La Sécurité sociale actuelle ne pourra pas financer tous les soins, car elle ne réunira jamais tous les financements nécessaires. La palette de soins est de plus en plus importante. Les gens sont de plus en plus âgés. Tout cela a un coût qui devra être pris en charge. Mais pas nécessairement par la Sécu qui risque d'être dépassée par cette évolution. Donc, il faudra faire appel à d'autres gestionnaires et d'autres assureurs pour prendre en charge la population. À mon avis, cela
va se faire obligatoirement. Mais il faudra aménager des garanties pour que tout le monde puisse se payer une complémentaire. Pour ceux qui sont actuellement couverts par la CMU, pas de problème. Pour ceux qui ont les moyens, il faut organiser une déduction fiscale. Entre les deux, un dispositif du genre aide ou crédit d'impôt doit pouvoir être
aménagé. »
-
DR GUY BIGOT, MEUNG-SUR-LOIRE (45)
-
- « Je ne pense pas qu’une franche privatisation du système soit à craindre. Pour moi, cela reviendrait en effet à ce que le choix du patient ou de la pathologie soit au bon vouloir de l'assureur. A l'évidence, cette sélection des risques n’est pas une menace aujourd'hui. En revanche, on va vers une implication et une intrication plus fortes des assureurs complémentaires avec l'assurance-maladie obligatoire. C'est inéluctable. Aujourd'hui, le système fonctionne entre l'assurance-maladie obligatoire et les offreurs de soins. Les acteurs complémentaires sont encore une sorte de roue de secours. Demain, ils sortiront de ce rôle. Comment? La décision est politique: il va falloir poser la question de savoir si l'on maintient un système solidaire, et jusqu'où on doit prendre en charge. De ce point de vue, la distinction entre « petit » et « gros » risque me paraît un exercice complètement « techno »: une douleur du côté gauche dans la poitrine, ce peut-être de l'anxiété... ou bien un infarctus. »
- DR ALAIN LIWERANT, PARIS (20E)
-
- « Pour l'instant, la privatisation de l'Assurance-maladie n'est pas vraiment une grosse inquiétude pour moi. Il est vrai que la question pourrait néanmoins se poser. Si cela devait se concrétiser, je pense qu'il y aurait un risque d'augmentation des inégalités vis-à-vis des problèmes de santé et de plus en plus de gens exclus. Je viens de me réinstaller pour la seconde fois après une expérience de médecine salariée au cours de laquelle je me suis occupée de la santé des bénéficiaires du RMI. De ce point de vue notamment, on a, je crois, encore un système de santé assez remarquable en France. Il ne faudrait pas que l'on se retrouve comme aux États-Unis avec, d'un côté, une médecine pour les pauvres, de
l'autre, une médecine pour les riches. »
- DR MYRIAM BRUN,
BAILLY-ROMAINVILLIERS (77)
-
-
-
-
- Tandis que la majorité du Parti socialiste se préoccupe des réunions convoquées par les "premiers fédéraux" du Nord et du Sud du pays, à Lhomme (le 23 novembre) et à Montpellier (le 30 novembre), le débat se poursuit tant bien que mal parmi les militants.
-
- Nous en sommes à un "tournant" : le 15 décembre doit avoir lieu une journée de restitution des discussions censées avoir eu lieu dans les sections. Et seulement après, s'ouvre le débat "institutionnel" jusqu'aux motions et au vote des militants.
En fait tout cela est très académique, car le système de "réponse au questionnaire" envoyé courant octobre, est lui-même totalement intraduisible. Impossible de centraliser des réponses disparates, de faire "comme si" elles étaient distinctes des grands courants d'opinion circulant dans le parti ou dans la gauche. Quelle grille de lecture leur appliquer sinon celle conçue par "Nouveau Monde" ou "Nouveau parti socialiste" ? Quel choix sinon celui de développer un programme populaire, remobilisant le salariat ? Et comment le faire sans parler des retraites ou des salaires ou des 35 h ? Il n'y a pas place pour mille orientations : entre la "modération" de Fabius et de DSK, la baisse des impôts, l'ouverture des services publics au capital, la gestion tempérée du système, et une orientation "d'économie avec marché", de ré-
duction des inégalités, de redistribution volontaire des richesses, il faut nécessairement trancher. Lionel Jospin avait choisi d'aller dans le bon sens en 1997 mais s'est laissé freiner, altérant ses chances de renouveler son bail avec les français en 2002. Chacun sait que la résistance à la politique e Chirac, Raffarin, Sarkozy, Fillon, Barrot, et Juppé impose une fermeté et une audace incompatible avec une ligne mi-chèvre, mi-chou.
- Que proposent les "premiers fédéraux" ?
- On ne le sait pas sur le fond. Nul ne saurait parier qu'ils sont mieux placés que d'autres pour faire respecter la démcora-tie, comme ils le prétendent pourtant. Ce n'est pas d'un parti de "premiers Secrétaires" dont on a besoin, mais d'un parti militant lié au mouvement social, syndical, associatif... et ça, ils ne le disent pas ! Sans doute leur opération, qui semble se compléter par l'annonce de "motions fédérales" servira t elle, en dernière instance, à se rendre indispensable à la majorité et au premier secrétaire... On tentera ainsi d'enlever des voix aux courants, et de les détourner sur une grogne contrôlée et maîtrisée, ramenant les "opposants" naïfs dans les rets de la majorité.
-
François Hollande a tenu encore d'autres réunions avec "ses amis", et multiplié les contacts puis il a annoncé en janvier 2003 une "contribution" individuelle pour obliger les uns et les autres à se rallier : mais s'il produit un texte indécis, de juste milieu, il récoltera scepticisme et grogne, ou au mieux indifférence. "Je récuse les combinaisons, comme les postures et les artifices. Je n'ai ni à rechercher le concours de tel ou tel, ni à exclure le soutien de tel ou tel
autre. " Ceci dit, François Hollande sent le vent, car il s'affiche habilement avec José Bové et Bernard Cassen à Florence en "une" de "l'Hebdo des socialistes".
- Mais le Parti socialiste comme toute la gauche a besoin d'un coup de collier, d'une vraie rénovation sur les questions de fond. Pas seulement d'une photo de circonstance. D'ailleurs la clarté du débat est loin d'être faite puisque Laurent Fabius, tout en expliquant d'avance qu'il soutiendrait le premier secrétaire, (sans même avoir lu le texte...) se paie une tranche d'ironie cinglante en affirmant que lui, un "éléphant" ne saurait se cacher derrière une "fraise des bois". Lorsqu'on en est là, la politique atteint évidemment un niveau supérieur inégalé.
-
- Côté opposition et/ou future majorité...
- Deux équipes contribuent séparément, pour des raisons que les lecteurs de D&S connaissent, à élaborer les bases du nécessaire programme de transformation sociale.
Celle du Nouveau Monde a engagé une "deuxième étape" en lançant un "club"
et en développant le travail d'écriture de ses ateliers (cf. D&S n°99). Nouveau Monde multiplie les réunions en province et par thèmes : le 7 décembre 2002, un "Forum des jeunes du Nouveau monde pour une autre mondialisation" se tient en effet à Montreuil avec, de 9 h à 20 h des ateliers, débats, formation, meeting de clôture avec Jean-Luc Mélenchon et Henri Emmanuelli. Puis d'autres réunions sont programmées à Amiens le 3 décembre et à Dijon le 14 décembre. La dernière livraison de "A Gauche" (n°884) décrit, sous la plume d'Alain Vidalies, les mouvements sociaux, notamment celui des routiers : "Est-on en train de préparer les français à compter avec la troupe lorsqu'ils auront quelque chose à revendiquer ?" Il explique que "Raffarin nous installe dans une gestion toute berlusconienne des rapports sociaux" et que "la société qu'il nous prépare ne sera insupportable qu'aux seuls routiers". Comme le Parti socialiste, cette fois, "Nouveau monde" appelle à manifester le 8 décembre pour l'école (avec la Faen, Ferc-Cgt, Fsu, Sgen-Cfdt, Unsa-Education, Fcpe, Fidl, Uni, Unef...)
de Tony Blair. Pourtant, certaines similitudes entre les propos du premier ministre britannique, sont indiscutables, icialiste, il n 'y a pas ces ambiguïtés, être à Davos et à Porto Alegre.
Jean-Luc Mélenchon, dénonce dans "La Provence" du 23 novembre, "Hollande est un faux nez de Fabius" et explique que les militants socialistes ont été "dés-éduqués. Depuis des années, des vedettes du PS leur disent qu'à cause de l'Europe, de la mondialisation libérale, on est condamné à l'impuissance. Ils ont habitué les militants à vivre dans la résignation. Or nous, nous pensons qu'un autre monde est possible." A quelles conditions se rapprocherait-il de Nouveau Parti socialiste ? Lui demande le journaliste : " Je compte beaucoup d'amis parmi eux. J'ai lancé la première convention pour la VI° République il y a dix ans. Nous avons eu une divergence avec Julien Dray. Je ne pense pas que l'on puisse tirer François Hollande sur sa gauche. Mais leur but est respectable, le temps passant, des convergences apparaîtront" répond Jean-Luc Mélenchon.
-
- "Il faut sauver la gauche" s'écrie Arnaud Montebourg
- "La Ve République a tué le PS", affirme-t-il dans "La Provence" du 22 novembre après une réunion commune avec Julien Dray et Vincent Peillon qui a réuni 300 militants autour de Patrick Menucci. "La question de l'orientation politique du PS ne se limite pas à des étiquettes. L'important est qu'un grand parti puisse offrir une alternative à la droite, lisible pour l'électoral de gauche, crédible et pouvant rassembler plus de 50 % des électeurs, ce qui n'est pas simple à faire."
- "La question d'un grand parti de gauche est prématurée... Le PS n'a pas terminé son introspection. Occupons-nous de
nous et ensuite nous verrons ce que nous pouvons faire avec les autres."
- Le journaliste lui demande ce qu'il pense de l'annonce de "sa" contribution "personnelle" par François Hollande : "C'est beaucoup de bruit pour rien. C'était attendu et prévisible. Je regrette qu'on ne prenne pas le chemin de la clarification et que derrière cette contribution vont continuer à se cacher des gens qui sont depuis longtemps en désaccord entre eux".
- -Qui?
-
"- Je ne réponds pas"
- N'est-ce pas l'échec de votre stratégie de tirer François Hollande sur sa gauche ?
- "- Je ne m'intéresse pas à ces stratégies qui agitent le PS depuis 20 ans. Nous, ce que nous souhaitons, c'est la construction d'un nouveau parti socialiste dans une République nouvelle".
- Des réunions de "NPS" se tiennent aussi dans toute la France, dont une, le 28 novembre à Toulouse a regroupé 200 militants autour de Julien Dray, Gérard Filoche et Vincent Peillon. Le débat a été très politique mais ne s'arrêtait pas aux deux composantes de Nouveau monde et de NPS : la majorité de la salle était composée de militants qui n'étaient encore impliqués ni par l'un ni par l'autre. C'est bien au delà des divisions de la Gauche socialiste qu'il urge de rassembler et c'est pourquoi, il faut un langage à la fois ouvert et ferme, politique et nouveau.
-
Pas question de ressasser pendant les mois qui nous séparent du congrès les discussions qui se sont produites de juin à septembre : il faut tenir aux militants un langage ouvert, clair, débarrassé de tout sectarisme.
-
-
-
-
-
Le bruit médiatique organisé autour de la notion de risque est une construction idéologique patronale qui vise à justifier et à légitimer la destruction des grandes sécurités conquises sur le capitalisme sauvage du XIXe siècle. L'apologie du risque, l'enthousiasme bruyant que manifestent à son égard les responsables patronaux sont incompatibles avec les principes humanistes, démocratiques et républicains de la tradition française.
-
- Q ue peut-on reprocher à cette laborieuse tentative de théorisation, opérée par le Mouvement des entrepris de France (MEDEF), afin de promouvoir un concept de risque qui se voudrait universel ? Première critique : le MEDEF place tous les risques, quels qu'ils soient, sur le même plan, alors que l'on peut raisonnablement supposer que tous les risques ne se valent pas. Ainsi, dans la revue le Débat, François Ewald, directeur de la recherche de la Fédération française des sociétés d'assurance, et Denis Kessler affirment, sans craindre manifestement le ridicule, que " le risque est au centre de la morale moderne ". Ils ajoutent même : " L'éthique du risque est une éthique de la responsabilité. "
- Mais de quels risques parle-t-on ? De celui pris par le dealer de drogue qui risque la prison et sème la mort dans le quartier ? Ou de celui pris par le travailleur social désespéré qui tente de protéger les jeunes de la cité en s'exposant aux représailles des trafiquants ? De celui pris par le spéculateur, déjà riche à millions et qui va jouer une petite partie de sa fortune ? Ou bien de celui pris par le salarié de France Télécom qui avait acheté des actions de son entreprise parce qu'il croyait à ce que disaient ses dirigeants et qui se trouve aujourd'hui ruiné ? Tous ces risques sont-ils vraiment de même nature ? Les risques sont très variés : on ne peut en faire un amalgame, ni faire du risque une vertu en soi ; on ne peut assimiler le risque pris, plus ou moins consciemment, et le risque subi.
-
- Deuxième critique : la " promotion du risque dans le champ social " rompt le principe d'égalité en voulant établir une nouvelle hiérarchie sociale. Le citoyen disparaît et se trouve remplacé par deux catégories d'individus intrinsèquement inégaux : " les courageux et les frileux ", comme disent François Ewald et Denis Kessler ; ou " les risquo-
philes et les risquophobes ", comme le dit si délicatement M. Seillière. Une " nouvelle aristocratie " apparaîtrait : ceux qui prennent des risques, n'importe lesquels - le dealer et le spéculateur - et qui dominerait la masse médiocre et inconsistante d'une plèbe apeurée qui jouirait abusivement de ses énormes privilèges et avantages acquis, comme, par exemple, le RMI. Mais alors, que faire de ces personnes, " frileuses " et " risquophobes " ? La réponse nous est donnée dans un texte du Fonds monétaire international traitant des retraites : " Un système de retraite par répartition est dangereux car il crée de la sécurité dans le corps social. " On voit ainsi apparaître une nouvelle facette de la risquophilie patronale : il ne s'agit plus seulement de critiquer les résistances des travailleurs au " changement ", mais de faire du " risque " un principe général de civilisation et d'organisation sociale. Tel est " l'homme nouveau " que veulent fabriquer le néo-libéralisme et l'une de ses antennes, le MEDEF.
-
- Troisième critique : cette notion de risque aboutit en fait à la remise en cause du principe fondateur de la souveraineté populaire. Si, comme le disent François Ewald et Denis Kessler, " le risque est au centre de la morale moderne ", qu'il est même " un principe d'institution de la politique ", que l'éthique du risque est " une éthique de la responsabilité " et que - nous atteignons là des hauteurs vertigineuses - " peut-être l'idéologie du risque vient-elle occuper la place des grandes utopies du passé ", si, donc, la risquophilie a toutes ces vertus, et la risquo-phobie les vices exactement inverses, que faire de la démocratie, des élections, du vote de la loi, en un mot de la souveraineté populaire, puisque le peuple, par principe, dans sa masse, se range du côté des " risquophobes " ?
- La voix d'un "risquophobe" vaut-elle vraiment celle d'un "risquophile" ? La solution a été trouvée par le MEDEF sous l'appellation trompeuse de "refondation sociale". Son but ? Remplacer la loi par le contrat. Mais réfléchissons à ceci. Ce contrat, il va sans dire, serait proposé par les "risquophiles" aux "risquophobes". On imagine mal l'inverse. Par conséquent, le but du contrat ne peut être que l'extension du risque à ceux qui étaient parvenus à s'en protéger par la loi. Il serait alors plus facile pour le MEDEF de renégocier la totalité du droit social à la baisse. L'invocation de la responsabilité des "partenaires sociaux", supposés vouloir se libérer de la tutelle de l'Etat en recourant au contrat et non à la loi, n'est qu'un argument fallacieux. Car l'un des deux "partenaires", le patronat, considère l'autre, les syndicats, comme les représentants des "risquophobes". Cette démarche, dans son principe même, se trouve donc frappée de nullité puisque ce type de contrat ne peut être que léonin. Ainsi émergerait une nouvelle source de droit, la grande entreprise - où plus exactement les bureaux du MEDEF - qui fixerait seule les normes sociales, environnementales, techniques. C'est une forme de coup d'Etat rampant.
-
- Quatrième critique : en réalité, l'enthousiasme des milieux patronaux pour le risque n'est qu'une hypocrisie. Il s'agit en fait, pour eux, de se débarrasser du maximum de risques - le MEDEF redécouvre et théorise le jeu de la "patate chaude" - en les transférant sur les autres : les salariés, l'Etat, les régimes sociaux, les territoires, les retraités, les chômeurs, les sous-traitants, les pays dominés. Voici quelques exemples de cette hypocrisie. Les compagnies d'assurance ne veulent plus assurer les établissements hospitaliers. Motif : la loi sur les droits des malades du 4 mars 2002, qui provoquerait un envol des plaintes et des demandes d'indemnisation déposées par les patients. Après le drame du 11 septembre, les assureurs et réassureurs ont résilié tous leurs contrats dans l'aviation et - horreur - ont demandé l'aide de l'Etat... La Fédération internationale de football a annoncé la résiliation par Axa de sa couverture d'assurance pour la Coupe du monde 2002. Ainsi la "risquophilie" a-t-elle des limites, que le MEDEF se garde bien d'intégrer et d'exposer dans sa promotion du risque comme nouvelle frontière.
- En vérité, la version moderne de "l'incitation au bon comportement des pauvres" a pour nom : "le risque". L'idéologie néolibérale est archaïque et nous renvoie au malthusianisme du XIXe siècle, où un auteur anglais pouvait écrire : " La pauvreté est un des éléments les plus nécessaires et indispensables de la société, sans lequel les nations et communautés ne pourraient se maintenir en état de civilisation. " Cette conception atroce n'est-elle pas identique à celle développée par François Ewald lorsqu'il affirme : " Dans les faits, les gens essaient d'optimiser la protection qu'on leur offre ; ils aménagent situations et statuts de manière à utiliser au mieux les aides qu'ils perçoivent. La Sécurité sociale, par exemple, est-elle seulement une assurance contre la maladie ou une incitation à constituer comme maladie toute une série d'événements de la vie ? " Tout au contraire, comme le disait Michel Foucault, il nous faut rechercher " un nouvel art de vivre, une nouvelle douceur ".
-
JACQUES NIKONOFF
PROFESSEUR ASSOCIÉ
À L'UNIVERSITÉ PARIS-VIII
-
-
-
-
- L'élargissement de l'Union européenne à tous les pays d'Europe centrale et de l'Est qui le veulent est le seul objectif à la hauteur de l'éclatement que connaît aujourd'hui l'Europe. Un élargissement qui ne devrait pas se limiter à dix d'entre eux (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Slovénie, Lituanie, Lettonie, Estonie, Chypre et Malte) ou même à 12, si l'on compte la Bulgarie et la Roumanie qui devraient intégrer l'Union européenne en 2007.
-
- Mais un élargissement qui inclurait tous les pays des Balkans (qui sont sans doute ceux qui ont le plus besoin de paix et de stabilité) et l'ensemble des pays d'Europe centrale et orientale (PECO).
- Stabilité, paix, développement économique et progrès social, constitution d'un grand ensemble politique et culturel : voilà l'objectif à atteindre ! Mais les moyens qu'emploie aujourd'hui l'Union européenne sont en complète contradiction avec cet objectif.
-
- Le sommet de Copenhague
-
Quatre ans après la chute du mur de Berlin, en juin 1993, c'est le Conseil de l'Europe de Copenhague qui établissait les critères politiques et économiques de l'adhésion des pays d'Europe centrale et orientale (PECO) à l'Union européenne.
-
Ces critères étaient de trois ordres. Tout d'abord, l'existence d'une démocratie politique respectueuse des minorités : il reste encore, de ce point de vue, un long chemin à parcourir pour la Turquie. La capacité, ensuite, « de faire face à la pression concurrentielle et aux forces du marché. Enfin, « la reprise intégrale de l'acquis communautaire » c'est-à-dire l'acceptation des institutions, des directives, des politiques communes de l'Union européenne.
- 14 des pays de l'Union européenne avait ratifié le traité de Nice qui ouvrait la porte de l'Union aux PECO. Mais la majorité de 54 % d'électeurs irlandais qui s'était prononcée contre l'élargissement en juin 2001 bloquait le processus.
-
Enfin, le montant et les modalités des aides accordées aux PECO étaient l'objet d'un affrontement entre la France et l'Allemagne. Ce n'est que fin octobre 2002 (voir encadré) que ces deux derniers obstacles ont été levés.
-
- La situation des 12 pays d'Europe centrale et orientale
- L'union européenne compte aujourd'hui 375 millions d'habitants, avec l'élargissement elle en comptera demain 450 millions. Sa population augmentera de 20 % mais son PIB n'augmentera que de 4,5 %. Au début des années 1980, lors de l'élargissement à l'Espagne, au Portugal et à la Grèce, la population avait augmenté de 22 % et le PIB de 10%.
- La différence de niveau de revenus est considérable. Alors que le PNB par tête de l'Espagne, du Portugal et de la Grèce représentait 66 % de la moyenne de la CEE, celui des PECO n'atteint que 38 % de ce PIB. La Pologne a une population qui atteint 10 % de celle de l'UE mais son PIB ne représente que 2 % du PIB de l'Union. La population
de l'Espagne atteignait 14 % de l'Union en 1980 mais représentait 8 % de son PIB.
- Dans les PECO, 17 % de la population active reste employé dans le secteur agricole. Ce secteur représente 8 % du PNB. La moyenne de l'Union européenne est très différente : 4 % de la population active et 1,5 % du PIB. L'écart est encore plus considérable si l'on considère les PECO les plus agricoles : 21 % de la population active et 4 % du PNB pour la Pologne ; 40% de la population active et 15 % du PIB pour la Roumanie. Au total, la Pologne et la Roumanie comptent actuellement 7,3 millions de paysans, c'est-à-dire autant que toute l'actuelle Union européenne. La structure de l'agriculture dans ces deux pays est identique : plus de 80 % des exploitations sont familiale et possèdent un niveau de productivité très bas.
- L'UE est aujourd'hui le principal partenaire commercial des PECO. En effet, 60 % des exportations de ces pays sont destinées à l'Union européenne. Mais l'Union européenne exporte plus vers
les PECO qu'elle n'importe. Cela se traduit par un excédent commercial de 17 milliards d'euros en faveur de l'Union européenne.
-
- Dix ans de « thérapies de choc » néo-libérales
- Les PECO ont subi dix ans de « thérapies de chocs » néolibérales. Ces « thérapies » ont été présentées et acceptées dans un premier temps par les populations comme la seule voie de transition vers le capitalisme après la chute du mur de Berlin et l'écroulement des régimes bureaucratiques.
- En réalité, les « plans d'ajustement structurels » imposé par ces « thérapies de choc » ont provoqué une forte baisse du PNB et l'appauvrissement de pans entiers de la population.
- Ce n'est qu'en 1999 que la majorité de ces pays ont pu retrouver un taux de croissance positif et retrouver le niveau de leur PIB d'avant les thérapies de choc. Le chômage structurel se situe, aujourd'hui entre 10 et 17 % de la population dans l'ensemble des PECO. L'emploi rural y a diminué de 4 % entre 1994 et 2001. La Pologne à elle seule a perdu 600 000 emplois agricoles durant cette période et la population rurale de ce pays connaît aujourd'hui une diminution de 50 % de son pouvoir d'achat. Le taux de pauvreté de cette population atteint 30 % alors que la moyenne nationale, déjà élevée, est de 16,5 %.
- Dans un deuxième temps, c'est la perspective de l'adhésion à l'Union européenne qui a permis de faire accepter les nouveaux » plans d'ajustement structurels » exigés par la Commission européenne.
- Les gouvernements des pays candidats (surtout lorsqu'ils étaient de gauche) ont usé et abusé de cet argument. L'opinion publique des pays du PECO vit l'adhésion à l'Union européenne comme la fin de 10 années de privation et de sacrifices. La désillusion risque donc malheureusement d'être à la hauteur des illusions car, après l'adhésion à l'Union européenne, les thérapies de choc continueront de plus belle.
- Il ne s'agit pas pour les libéraux qui dirigent l'Union européenne de créer un développement harmonieux dans l'ensemble de l'Union européenne mais au contraire, d'utiliser toutes les différences de niveau de productivité pour empêcher toute harmonisation sociale
ou fiscale contraire aux intérêts du Capital.
-
Il est évident que si le but visé par les critères mis en place à Copenhague était de permettre aux pays du PECO d'affronter la concurrence avec les pays de l'Ouest européen à égalité avec ces derniers, ce but serait loin d'être atteint.
L'adhésion de ces pays devrait être différée et des aides massives devraient leur être accordées. Il est difficile d'imaginer, en effet, que sans ces aides, les PECO puissent, un jour, affronter à égalité la concurrence des économies de l'Europe de l'Ouest.
- Mais l'objectif des libéraux qui dirigent l'Union européenne se situe aux antipodes de ces préoccupations. Il s'agit pour eux, au contraire, de lever tous les obstacles à la pénétration des marchandises et des capitaux de l'Ouest : l'existence d'un fort service public, d'un secteur agricole important, d'industries lourdes subventionnées par l'Etat.
- L'économie de l'Estonie est, aujourd'hui, complètement dépendante de celle de la Finlande. L'intégration à l'Union européenne généralisera cette dépendance à l'ensemble des PECO.
- Car les PECO vont être contraints, après leur adhésion, d'accélérer leurs « réformes structurelles ». Ce que la Commission européenne exige d'eux et particulièrement de la Pologne, c'est une diminution extrêmement rapide du nombre de leurs paysans. Mais l'Union européenne exige en même temps la fin des subventions à l'industrie lourde (Sidérurgie et métallurgie) alors que ces secteurs ne pourraient survivre sans ces subventions. Surtout lorsqu'ils seront confrontés à la concurrence Ouest-européenne dont la productivité, dans ce domaine, est infiniment supérieure. Mais la Commission européenne, exige également, au nom du droit de la concurrence, que les services publics soient réformés et « dégraissent » leurs effectifs. Dans quel secteur se reconvertiront, dans ces conditions, les millions de paysans incapables de supporter la concurrence des producteurs de l'Ouest et à qui l'Union européenne n'attribue que 25 % des aides dont bénéficient les agriculteurs de l'actuelle Union européenne ?
-
Il n'est malheureusement pas très difficile d'imaginer les conséquences sociales de ces réformes structurelles dans des pays où les systèmes de protection sociale sont dans un état précaire.
-
- Des aides chichement accordées
- Au nom de la solidarité européenne, l'Espagne, le Portugal, et la Grèce avaient largement bénéficié des politiques d'aide structurelle, au début des années 1980. Ces aides étaient la conséquence de la volonté des dirigeants européens de réussir une intégration par le haut qui permette une harmonisation des structures économiques et des niveaux de vie.
- Mais l'Europe qui se construisait alors n'avait rien à voir avec la zone de libre échange que veulent, aujourd'hui, instaurer les libéraux qui dirigent l'Union européenne. Aussi les conditions de l'intégration des PECO sont-elles bien différentes. Il ne s'agit plus d'harmoniser les structures économiques mais au contraire de jouer sur ces différences de structures pour obtenir matière première et travail au meilleur coût possible. Il ne s'agit pas d'aligner les fiscalités, les salaires, les conditions de travail vers le haut mais d'utiliser au contraire les PECO pour tirer vers le bas l'ensemble de ces éléments.
- La seule question que se posent aujourd'hui aux dirigeants des 15 pays de l'Union européenne est de savoir comment éviter que l'adhésion des 10 nouveaux pays ne fasse exploser le budget communautaire. De 2004 à 2006, un total de 40 milliards d'euros sera consacré aux nouveaux arrivants. Mais il faut déduire de cette sommes les 15 milliards d'euros que les 10 devront, dés leur adhésion, verser au budget européen. Dans ce contexte, la Pologne risque de se retrouver « créditeur net » c'est-à-dire dans la situation de verser au budget européen plus qu'elle ne recevra !
- Jusqu'en 2006 le montant des aides versées aux agriculteurs des PECO sera plafonné à 25 % de celui des aides versées aux agriculteurs de l'Europe de l'Ouest. En 2013, la proportion versée aux agriculteurs de l'Est et de l'Ouest sera la même mais... dans le cadre d'une réforme de la PAC qui aura vu, à partir de 2007, le montant de ces aides se réduire comme une peau de chagrin. Comment attribuer aux PECO des aides structurelles à hauteur de l'enjeu que constitue leur intégration réussie alors
La récente défaite de Haider en Autriche ne doit pas occulter la progression d
des courants nationalistes dans toute l'Europe, que la politique brutale des libéraux européens ne peut que favoriser, par les conséquences sociales qu’entraîneront inévitablement les ravages sociaux de la politique imposée.
Que le budget européen ne représente que 1,27 % du PIB européen (contre 12 % pour le budget fédéral des USA...) ? Et comment obtenir un budget digne de ce nom sans une vraie Constitution européenne instituant une Europe fédérale, sans un Parlement qui vote l'impôt et fasse ainsi participer consciemment l'ensemble des populations européennes à la construction d'une Union européenne solidaire ? L'Europe ne se fera pas sans l'adhésion de ses populations...
-
- Les risques de replis nationalistes et d'explosion de l'Union européenne
-
L'Europe que veulent nous imposer les libéraux n'a rien à voir avec un vaste ensemble politique, social et culturel dont rêvent les habitants des PECO. Les libéraux veulent réduire l'Union européenne à n'être qu'une zone de libre échange, sans institutions démocratiques et sans harmonisation sociale ou fiscale. Dans cette optique, ils ont parfaitement raison de faire toute confiance à Giscard d'Estaing et à son projet de
Constitution européenne. Ils peuvent être surs qu'avec lui, les institutions européennes resteront des institutions en trompe-l’œil. La seule institution élue, le Parlement, restera celle qui aura le moins de pouvoir. La réalité de ce pouvoir restera entre les mains d'institutions hors de tout contrôle des citoyens : la Banque Centrale Européenne, la Commission de Bruxelles, la Cour de justice et le Conseil des Ministres. La nomination de Commissaires européens des PECO, dans une proportion plus importante que leur population et que leur PNB, est positive mais ne change pas grand chose au caractère anti-démocratique des institutions européennes.
- Les libéraux qui dirigent l'Union européenne veulent à tout prix éviter la négociation d'un traité social qui permettrait d'harmoniser vers le haut les législations sociales des pays de l'Union européenne. Ils veulent, au contraire, mettre en concurrence, les salariés de chacun des pays de l'Union européenne élargie.
- La seule harmonisation fiscale qu'ils souhaitent est une harmonisation vers le
bas : que les Etats se fassent concurrence et essaient d'attirer les capitaux avec la fiscalité la plus favorable ! Aveuglés par leur dogme, le risque que prennent les dirigeants de l'Union européenne en agissant ainsi est de faire exploser l'Union européenne.
- Les partis politiques xénophobes, qui prêchent sans relâche, le repli national se nourrissent de chaque avancée de l'Europe libérale et de chaque recul, de chaque stagnation de l'Europe sociale et démocratique.
- Comment interpréter autrement le 21 avril en France et l'arrivée d'un Le Pen au 2ème tour de l'élection présidentielle ? Comment interpréter autrement, la montée régulière dans toute l'Europe de l'Ouest des organisations d'extrême droite : en Autriche, en Italie mais aussi aux Pays-Bas et en Norvège ? Le libéralisme produit à la fois le désordre, l'insécurité sociale et le besoin d'ordre et de sécurité. Il offre ainsi un boulevard à l'extrême droite.
- Ces partis xénophobes sont également bien implantés dans les PECO. En Pologne, notamment, le gouvernement à
dominante social-démocrate se heurte à une opposition parlementaire des paysans les plus radicaux et de l'extrême-droite catholique anti-européenne. La poursuite de l'ajustement structurel exigé par l'Union européenne jettera des centaines de milliers de paysans, d'employés des services publics, d'ouvrier de la sidérurgie dans la pauvreté et fournira une base de masse à ces partis qui rejettent avec violence l'idée même d'Union européenne.
-
- La question du calendrier est décisive
-
Tout le monde, à gauche, est d'accord pour assortir l'élargissement de conditions politiques et sociales.
- Il existe certes des différences quant au contenu de ces conditions. La mise en œuvre des propositions institutionnelles d'Alain Duhamel, par exemple, seraient certes un progrès démocratique mais laisserait l'Union européenne bien loin de ce que les professeurs de droit constitutionnel appellent une démocratie.
Mais c'est surtout sur le calendrier de l'élargissement que porte les différences. Faut-il subordonner ou non l'élargissement de l'Union européenne à l'approfondissement de l'Europe politique et de l'Europe sociale ?
- L'expérience des 20 dernières années permet pourtant facilement de répondre. Le pari des Socialistes européens a échoué : l'économique n'a jamais, dans la construction européenne, produite automatiquement du politique et du social. A chaque fois, les Socialistes ont renoncé à faire éclater une crise et ont expliqué que la prochaine fois serait la bonne. Mais à chaque fois, lors de l'adoption de l'Acte unique de 1985, du traité de Maastricht en 1991, du traité d'Amsterdam ils ont reporté la réalisation de leurs objectifs à l'échéance suivante, de peur d'une crise. Le résultat est malheureusement là : l'Europe est devenue une zone de libre-échange, sans institutions démocratiques, sans traité social.
- A 25, il sera plus difficile de trouver un consensus pour faire progresser l'Europe politique. L'Europe sociale sera encore plus tirée vers le bas avec la mise en concurrence des salariés de l'Europe de l'Ouest et de ceux de l'Est.
- Ouvrir, aujourd'hui, une crise maîtrisable en refusant l'élargissement tant que l'Union européenne ne se sera pas dotée d'une Constitution démocratique et d'un traité social serait peut-être l'ultime chance d'épargner à l'Union européenne une crise d'une toute autre ampleur, une crise où l'extrême droite mènerait la danse.
- Le Parti Socialiste n'avait sans doute pas les moyens d'imposer cette option à Chirac qui est, maintenant, le seul maître à bord quand il s'agit de l'Europe. Mais le Parti Socialiste pouvait proposer cette option et la faire connaître largement pour préparer l'avenir. Par 23 voix contre 12 (« Nouveau Monde » et « Nouveau Parti socialiste ») il a préféré suivre Henri Nallet qui affirmait que la position du Parti Socialiste serait « insoutenable » s'il se prononçait contre les modalités de l'élargissement alors qu'il les avait accompagnées lorsqu'il était au gouvernement. C'était pourtant là l'occasion de montrer que le Parti Socialiste avait changé et qu'il avait commencé à tirer les leçons de la catastrophe du 21 avril.
- JEAN-JACQUES CHAVIGNÉ
-
-
- L'accord Chirac-Schrôder
-
- Le dernier obstacle à lever était celui des modalités des aides aux PECO. Pour l'Allemagne, l'attribution de ces aides ne pouvait s'effectuer sans modification de la Politique Agricole Commune qui organise le versement d'aides directes aux agriculteurs. Chirac, au contraire, voulait que les problèmes soient traités séparément et que la PAC ne soit pas modifiée avant 2013. Il faut dire que l'Allemagne est le principal payeur et les agriculteurs français les principaux bénéficiaires.
- Finalement, Chirac l'a emporté en n'hésitant pas à menacer d'ouvrir une crise qui aurait obligé à différer l'adhésion des PECO. La PAC ne sera pas modifiée avant 2013 mais sera plafonnée à partir de 2007. Le dernier obstacle à l'élargissement était levé.
|
-
-
Le « oui » irlandais
- En juin 2001, le « non » l'avait emporté en Irlande avec une abstention record (34 % de participation). C'est cette abstention record qui avait justifié l'organisation d'un nouveau scrutin en octobre 2002. Il est cependant permis de douter que, même avec un taux de participation identique, une nouvelle consultation ait été organisée si le « oui » l'avait emporté en juin 2001 ...
-
Le 19 octobre, prés de 50 % des électeurs ont participé au référendum et le « oui » l'a emporté avec 63 % des suffrages. En nombre absolu, les partisans du « non » ont obtenu le même nombre de voix mais les abstentionnistes de juin qui sont venus voter en octobre 2002 ont dans leur quasi-totalité voté pour le " oui ".
- Toutes les conditions avaient été réunies pour que le "oui" l’emporte.
- Les partisans du « non » étaient hétéroclites : pacifistes, écologistes, militants de gauche craignant pour les services publics mais aussi xénophobes dénonçant ce qu'ils considèrent comme une incitation aux salariés d'Europe centrale à venir s'installer en Irlande...
Le camp des « oui » était plus homogène : la majorité de droite au Parlement mais aussi l'opposition (Fine Gael et Travaillistes) qui a demandé à ses électeurs de ne pas profiter de l'occasion du référendum pour sanctionner la politique intérieure du gouvernement, le patronat, les syndicats, l'Eglise catholique. Leur principal argument était que l'Irlande bénéficiait largement des aides européennes. Il ne fallait donc surtout pas provoquer de crise.
-
Toutes les chances avaient été mises du coté des partisans du « oui ». Pour la première fois, un scrutin national avait lieu un samedi et non un jour de semaine. 1,70 millions d'euros ont été dépensés pour la campagne des partisans du « ou »i, dix fois moins pour ceux du « non ». Enfin, la déclaration de Séville (21 juin 2002) garantissant solennellement la neutralité de l'Irlande et satisfaisait une partie des électeurs sensibles aux thèses pacifistes.
- Après la victoire du « oui » au référendum irlandais sur l'élargissement de l'Union européenne, les 15 pays de l'Union ont maintenant adopté le traité de Nice et donc accepté l'élargissement de l'Union européenne à 10 pays d'Europe centrale et orientale dés 2004 et à deux autres pays (la Roumanie et la Bulgarie) en 2007. Un référendum sera organisé, au terme des négociations avec l'Union européenne, pour chacun des pays candidats.
|
-
-
-
-
- En 2000, l'hôtellerie Quadeloupéenne a accueilli 623 000 Clients dans 175 hôtels dont la capacité d'hébergement est de 8 500 chambres. Si, de mai à octobre, la fréquentation est faible, de décembre à avril, le taux d'occupation des chambres est très élevé (70 %). La durée moyenne des séjours est restée stable (autour de 6 jours). Majoritairement, il s'agit de voyageurs venus de métropole (75 %), des autres départements d'outre-Mer (14 %) et du reste de l'Europe (6 %), les touristes américains et canadiens préfèrent les Iles du nord (St-Martin, Si-Barthélémy).
-
- La population active occupée est de 125 200 personnes, en progression de 7 % par rapport à 1990. 78 % de ces salariés sont occupés dans le tertiaire (82 % des actifs occupés sont salariés). Le secteur des services aux particuliers compte 5 700 établissements, dont 69 % sont des hôtels restaurants. Cela représente 30 000 salariés de façon directe et beaucoup plus de façon indirecte. (Sachant que la population totale est de 422 500 habitants et le taux de chômage est de 25,7 %). L'industrie étant faible, la création des richesses de l'économie de l'archipel guadeloupéen repose à 80 % sur des services essentiellement commerce, hôtellerie, restauration. Les recettes touristiques contribuent à la croissance du PIB pour 1,4 %.
- C'est dans ces conditions que le groupe hôtelier tout puissant, Accor, annonce, dans une lettre de son PDG, Gérard Pélisson, au président de la République, après trente ans d'implantation dans l'île, qu'il va la quitter parce que les salariés du tourisme ne sont pas assez accueillants, ont des salaires trop élevés et font trop souvent la grève... Le groupe fermerait deux hôtels sur quatre...
-
-
Ils prennent tout, ils rendent rien...
- Accor a bénéficié depuis trente ans de toutes les mesures de défiscalisation qui lui ont permis de s'implanter largement et d'effectuer d'énormes bénéfices. Mais
voilà que les actionnaires en veulent davantage et, du coup, ils inventent de nouvelles destinations possibles vers St Domingue, Haïti et Cuba.
- Le PIB par habitant est de 8184 $ en Guadeloupe, il n'est que de 2351 $ à Cuba, de 1928 $ à St Domingue, de 478 $ en Haïti...
-
L'idée des capitalistes est donc simple, en apparence : se tourner vers de nouveaux horizons avec une main d'œuvre corvéable, car sans syndicat, sans protection sociale, à très bas salaire, et sans droit du travail. En même temps "donner une leçon" insultante, quasi-raciste, aux travailleurs guadeloupéens : "manque de productivité", "manque d'esprit de service", soyez plus dociles, soyez moins exigeants, laissez-vous exploiter davantage, sinon, on vous renvoie... C'est un chantage à l'emploi, et aux salaires archi classique.
- Accor n'a rien mis en oeuvre pour la formation : il n'y a pas d'école hôtelière, le groupe n'a pas versé des salaires mirobolants (les guadeloupéens du secteur privé gagnent 17 000 euros en moyenne par an, environ 10 % de moins pour un employé que la moyenne française). Il n'a pas investi en vain : tout lui a été facilité.
Raymond Gouthierot, dirigeant de l'Union générale des travailleurs guadeloupéens, (UGTG) explique bien que :
- "- C'est un prétexte : il y a trente ans, Accor et les groupes hôteliers se sont installés en Guadeloupe et Martinique. Ils ont fait beaucoup de bénéfices, grâce à la défiscalisation et aux baisses de charges sociales. Maintenant, c'est fini, ils cherchent une excuse. Mais c'est faux : aujourd'hui, nous sommes beaucoup plus professionnels qu'il y a trente ans. On dit que nous ne sommes pas souriants, mais la crise du tourisme est plutôt à chercher dans la crise du transport aérien et l'incapacité des groupes de tourisme à fidéliser leur clientèle. Aujourd'hui, les clients venus d'Europe ou d'Amérique demandent autre chose que le soleil, la mer et les animations de base qu'on trouve partout sur la planète. Résultat : les touristes reviennent en Guadeloupe, mais dans les gîtes ou chez l'habitant ! Enfin, les groupes favorisent les autres pays de la zone caraïbe, où l'on trouve de la main-d'œuvre à quelques dollars par mois. Quant à Accor, il y a beaucoup de questions à se poser: pourquoi, si le service est si mauvais, ferme-t-il un hôtel à un endroit et
en conserve-t-il un autre à 20 kilomètres de là ? Pourquoi, alors que trois repreneurs sont sur les rangs, choisit-il le seul qui se propose de licencier 50 % du personnel ? " (Libération du 9 novembre) Accor a profité de tout "Ils ont mangé pendant trente ans et ils s'en vont en cassant l'assiette".
- En fait, pour faire du bon tourisme, il faut du personnel qualifié, bien payé, et de l'innovation dans le produit proposé, tout ce que Accor ne se propose pas de mettre en oeuvre. Pourtant la Guadeloupe, ses infrastructures, le niveau scolaire, de santé, de formation, de logement de ses habitants, les équipements sont mille fois supérieurs aux autres îles Caraïbes, et ce sont des atouts immenses, pas des handicaps pour le tourisme !
- C'est là qu'il faut renvoyer l'argumentaire : ce n'est pas un problème de mauvais employés, c'est un problème de mauvais patrons. L'incompétence, la grossièreté sont du côté de la direction d'Accor, pas de ses employés.
-
- L'effet économique vu par le gouvernement
- Au lieu de s'en prendre à ces vandales qui profitent des cadeaux fiscaux puis crachent dans la soupe, les réactions de Léon Bertrand, secrétaire d'état au TOM-DOM, vont aller en sens inverse : davantage de concessions aux employeurs de type Accor.
- On nous explique que les Antilles françaises vont mal : les jeunes sont deux fois plus sans emploi qu'en métropole, le RMI est versé à plus de 16 % de la population. L'hôtellerie, n'a pas réussi à prendre le relais du secteur agricole, l'activité historique des îles. La canne à sucre est sinistrée. Les bananes antillaises coûtent trois fois plus cher à produire qu'elles rapportent à la vente.
- Le gouvernement va donc répondre favorablement au chantage d'Accor : il va encore plus défiscaliser et "baisser les charges". Une loi-programme est envisagée en décembre pour refaire un pont d'or de réduction des impôts pour les riches : la déduction à 100 % des investissements que la gauche avait rognée de moitié va être rétablie, et les déductions de cotisations sociales, jusque-là réservées aux artisans vont être étendues à tous les emplois jusqu'alors réservés aux artisans.
- En même temps, une campagne est menée pour fustiger le syndicat qui
combat, fort bien, pour défendre les droits des salariés guadeloupéens :
- Patrick Ollier, président (UMP) de la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, n'hésite pas : « Aujourd'hui il y a une agitation qui est conduite par des partis politiques ou des syndicats [qui] sont minoritaires, mais, malheureusement, tellement actifs qu'ils dominent le climat social".
- Léon Bertrand, le secrétaire d'Etat au Tourisme, ajoute : « Le discours très virulent des indépendantistes a ouvert des brèches dans l'esprit des Antillais. Et certains croient désormais que le fait de servir des clients européens revient à reproduire des images du temps de l'esclavage. Même si tous les Antillais ne raisonnent pas comme cela, disons qu'il existe un malaise, qui dépasse le tourisme. »
-
- Raymond Gauthiérot, "Remon" secrétaire général du syndicat UGTG répond :
- Le rôle d'un syndicat, c'est de réagir quand les salariés sont lésés. Mais chaque fois qu'il y a une grève en Guadeloupe, c'est à cause du patronat béké ou de l'Etat. Il manquait 500 postes d'enseignant en Guadeloupe à la rentrée, c'est pour cela que les classes ont repris avec quinze jours de retard. Si les salariés de l'électricité ont fait grève, c'est qu'on leur a refusé le bénéfice de la convention collective. Et à Texaco, c'est le licenciement de salariés grévistes qui motive le mouvement d'aujourd'hui. En France, devant des cas pareils, on fait grève aussi ! Regardez ce qui s'est passé chez MacDonald’S. Nous sommes un petit pays. Lorsque quelques salariés ont un problème, cela rejaillit très vite sur les familles, sur la commune, et cela a un retentissement au-delà. Veut-on nous reprocher d'être solidaires ? Il se trouve que l'UGTG est le seul syndicat encore debout ici. C'est pour cela que nous sommes ciblés par les pouvoirs publics. " (Libération du 9/11).
- GÉRARD Fl LOCHE, À POINTE-À-PITRE, LE 14 NOVEMBRE 2002
-
- Etrange "département"
-
II ne faut pas dix minutes pour ressentir que c'est une colonie. 422 000 habitants, moins de 10 % de "blancs". Une colonie où il y a encore moins de trente ans, le 26 mai 1967, le ministre gaulliste Billotte faisait tirer à la mitraillette sur des grévistes du bâtiment, et cela faisait 87 morts "officiels".
- La Guadeloupe vient donc de connaître cette mi-novembre 2002 une nouvelle attaque des békés mondialisés derrière le groupe Accor. Et à Paris, Libé a même parlé de "grève générale".
- Pression a été faite contre les syndicats, par un employeur, Accor multinational égoïste et incapable, qui s'empresse de "casser les assiettes" des touristes qu'il a fait venir, menace classiquement de délocaliser à St Domingue, et réclame davantage de défiscalisation, de cadeaux sous forme d'allégement de salaires par des cotisations sociales en moins.
- Une colonie qui ne peut pas vivre aujourd'hui sans la métropole et que l'on fait donc "chanter", que l'on divise sur tous les tons de Canal 10 à RFO et France-Antilles : à St Domingue, ressasse-t-on, le PIB par habitant est de 478 $ soit 20 fois moins qu'en Guadeloupe, c'est "grâce à la France, la différence". On n'est pas pourtant pas ici dans une économie "libérale" : les "entrepreneurs" n'entreprennent rien sans financement de l'état, ne travaillent pas sans financement de l'état, ne licencient pas sans financement de l'état... Tout juste des pique-assiettes, des vulgaires consommateurs d'argent public, qui, en plus, se permettent de donner des leçons aux travailleurs... Le PDG d'Accor, Gérard Pélisson qui écrit à Chirac pour se plaindre du service mal fait et trop cher, n'est qu'un Jean-Marie Messier au petit pied, aussi "virable" que l'autre.
- 30 % de chômeurs, 25 000 personnes au Rmi, 16 % des salariés gagnent moins de 2000 F par mois. Les individus comme les "patrons" dépendent des subventions. Et celles-ci servent à redistribuer inégalitairement. Très inégalitairement.
- Promenez vous à Carénage, sur le port, près Pointe à Pitre, vous êtes dans des "logements" dignes d'Haïti, bidonvilles de tôle et de bois, disparus de France dans les années soixante, remplacés par des "HLM" que l'on retrouve ici dans un état tel qu'on devrait forcer les architectes à y vivre...
- "Département" fou de bagnole et recordman d'accidents de la route, déséquilibré de jeunesse inoccupée, d'inégalités plus criantes qu'ailleurs, ti' punch qui ruine la santé, mal être qui ruine l'esprit. Politique et poésie partout. Une "information" contrôlée à mille contre un, c'est-à-dire contre la gauche cultivée et intelligente mais divisée : lorsque les békés occupent la Sava, et bloquent l'aéroport avec des camions à essence pour imposer des subventions à la banane, c'est normal, quand le syndicat UGTG ose en faire de même pour protester contres des licenciements, c'est insupportable.
- Plages paradisiaques, hôtels "club Med'" fermés sur eux-mêmes, côtoient la misère, le sida, l'alcoolisme, le crack et la délinquance qui vont avec. Corruption, assistance, fonction publique, il faut se souvenir que dans ce pays, lorsque les esclaves ont été "libérés" leurs propriétaires ont été indemnisés.
- Colonie-département, dépendance organisée, les Caraïbes sont voisines et lointaines (moins de 2 % des échanges sont régionaux). Il fait bon regarder la pluie tropicale quand on est sous la mer : il fait bon partout, dehors et dedans. Mais les luttes sont âpres, l'UGTG est combative, la gauche (le GUSR, le PS, le PCG) ici comme ailleurs doivent se lier au mouvement social, au salariat, à ses souffrances, elle doit s'unir et formuler un programme de contrôle et de redistribution des richesses, oser mettre fin aux gabegies et aux inégalités.
|
-
-
-
-
- La prostitution est sans doute un des sujets les moins prisés des réflexions politiques. De ceux qui n’attirent que quelques plaisanteries de collégiens ou qui vous renvoient dans les catégories des doux dingues qui ne supportent pas le monde et les hommes tels qu’ils sont. Les abolitionnistes cohabitent, avec les antichasses, les antivivisections et les militants des droits des transsexuels sur une planète qui ne relève pas du même système solaire que celle sur laquelle règne l'homo politicus.
-
- En intégrant le racolage dans le projet de loi « sécurité », Nicolas Sarkozy aura au moins eu le mérite de susciter un minimum de débats. Mais vraiment un minimum ! Alors que le Bureau National du Parti Socialiste a consacré bon nombre d'heures à l'élargissement de l'Europe ou à la privatisation d'EDF, la question de la prostitution a été successivement inscrite pour être aussi tôt désinscrite de l'ordre du jour, puis reportée et semble s'être durablement perdue dans les couloirs de la rue de Solférino. Pourtant, aussi bien le projet Sarkozy que la proposition de loi des élus socialistes parisiens visant à pénaliser le client méritent d'être discutés. D'autant que pendant que nous nous taisons, ailleurs on parle et des idées avancent.
-
- Une bonne prostitution ?
-
La droite aborde la lutte contre la prostitution à travers le seul prisme du trouble à l'ordre public : celui du racolage trop voyant qui perturbe la sortie de la messe et celui des réseaux mafieux de proxénétisme qui nourrissent l'immigration clandestine. En opposition à la mauvaise prostitution, pratiquée par des immigrées clandestines qui racolent jusque sous les fenêtres des bourgeois, esclavagisées par des trafiquants internationaux, il pourrait y avoir une bonne prostitution exercée par des dames ayant des papiers en règle et pratiquant discrètement une activité, somme toute, indispensable au bon fonctionnement de la société. Des prostituées libres et heureuses et pourquoi pas aussi, des alcooliques sobres, des fonds de pension tiers-mondistes et des marchands
d'armes pacifistes ! Lorsque la droite, implicitement, admet l'idée que la prostitution ne pose de problèmes que dans son rapport au reste de la société et non dans son essence même, elle est sans surprise. En revanche, la tribune publiée dans le journal « Le Monde », par laquelle Elizabeth Badinter défend l'idée que la liberté de prostitution relève du droit de disposer de son corps au même titre que l'Ivg, en a laissé plus d'une, et plus d'un, sans voix. Symétrique à la gauche ralliée au conservatisme, aux nouveaux réactionnaires récemment identifiés, répond une gauche ultralibérale qui érige le commerce du sexe en liberté individuelle. Selon eux, la seule contrainte que peut souffrir la liberté individuelle est celle de l'exigence du consentement. Lorsque cette condition est vérifiée, les êtres humains sont libres de leurs rapports sans qu'aucun ordre social ne puisse restreindre leur liberté contractuelle. Ainsi sont défendus la liberté de prostitution et son usage, puisqu'il ne s'agit, somme toute, que d'un acte entre deux adultes consentants. Chacun est libre de vendre sa force de travail comme il l'entend. On peut louer indifféremment son intelligence, ses muscles ou son sexe. Ainsi, voit-on s'imposer peu à peu, l'idée qu'il y aurait des travailleuses du sexe. Cette expression amène à s'interroger sur le sens et la fonction du travail. Chaque activité répond en principe à une utilité collective, qu'il s'agisse de la création de richesses ou de services nécessaires au bien-être commun. Les ouvriers produisent, les investisseurs investissent, les
soignants soignent, les enseignants enseignent... et les prostitué(e)s épongent les phantasmes des hommes ! Caractériser la prostitution de « travail », c'est admettre, pour le bon fonctionnement de notre collectivité humaine, que certains d'entre nous sont chargés de servir d'exutoire aux autres. Cela suppose d'accepter la prostitution comme une nécessité sociale, un mode de régulation des pulsions sexuelles, des frustrations et des violences qu'elles engendrent. Au regard de la permanence des viols des crimes sexuels et des violences infligées aux femmes, l'efficacité recherchée semble, d'ailleurs, loin d'être atteinte ! Mais surtout, une telle conception de l'organisation sociale est inacceptable, à moins d'ignorer la révolution psychanalytique qui nous a appris que la sexualité est au fondement de la structuration de la personne, à savoir qu'elle détermine fortement l'image de soi et le rapport aux autres. Le coût humain acquitté par la personne prostituée est élevé, fut-elle consentante ! Propager l'idée que la prostitution n'est qu'une autre façon de vendre sa force de travail nie la souffrance de la prostitution.
-
- Quelle liberté des prostituées ?
-
La liberté des prostituées qui auraient un jour arbitré entre vendre leur corps ou vendre leur force de travail, entre l'argent facile et l'argent durement gagné est une vue de l'esprit. Rares sont celles qui ont choisi la prostitution : l'immense majorité a d'abord subi, dès l'enfance ou l'adolescence les violences sexuelles de leur entourage. Objets des hommes, détruites dans leur identité, leur vie n'est que la répétition des seuls rapports humains qu’elles aient connus. Quel est alors le sens de la répression pénale qui nous est proposée ? Sur quelle éthique collective se fonde-t-elle ? Avant de réprimer les clients, encore faudrait-il expliquer au nom de quelle morale s'exerce la répression. Affirmons d'abord que le corps n'est pas une marchandise, que l'autre n'est pas un loisir mais une personne. Rappelons aussi que dans un monde ou tout s'achète, tout se vole, tout se viole. Ensuite, seulement, viendra le temps de la loi. Mais aujourd'hui accroître la répression des prostitué(e)s ou des usagers ne peut que repousser les uns et les autres vers la clandestinité, rendant l'activité des prostitué(e)s encore plus dangereuses pour eux-mêmes et pour leurs clients.
- LAURENCE ROSSIGNOL
-
-
-
-
- Chers camarades,
-
Je m'abonne à votre revue "Démocratie & Socialisme" et vous adresse par courrier de ce jour un chèque bancaire de 25 euros. Je signe l'appel "pour ancrer le PS à gauche" : j'ai en effet adhéré à la Gauche socialiste et au Nouveau Monde, en souhaitant également un rapprochement avec le "Mouvement pour un nouveau PS" lancé par Montebourg, Dray et Peillon. Sentiments socialistes J.G. (14)
-
- Camarades,
-
J'espère que tout le monde saura se retrouver, sereinement, pour le vrai combat qui est celui du congrès. Allez Julien, Harlem, Gérard, Jean-Luc, Marie-Noëlle, Henri et les autres ! On a besoin de tout le monde pour faire gagner nos idées ! J-C. B (67)
-
-
Chers amis,
- Ci-joint renouvellement de mon abonnement à D&S.
Je vous signale que j'ai adhéré à "Nouveau Monde" et que j'apprécie vos efforts pour maintenir l'unité des deux courants d'opposition dans le PS, mais il faudrait tout de même tirer le bilan de l'échec de Jospin et de ne pas recommencer les mêmes erreurs. Bien à vous. A.T. (06)
-
- Hachette m'a tuer ?
-
- Hachette est actionnaire du groupe Amaury à hauteur de 20 %, donc le complice de la création de la SDVP (société de distribution privée dédiée au « Parisien »), en fait le cheval de Troie du démantèlement des Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne, dont il est l'opérateur principal et qu'il noyaute afin de l'éradiquer au profit de sa propre structure de distribution privée. Hachette est le deuxième éditeur français, le numéro un du livre de poche et sur le marché de l'éducation. Hachette est l'un des deux mastodontes de la distribution. Hachette est le deuxième libraire de France si l'on additionne la chaîne Extrapole, les magasins Virgin, le Furet du Nord (ex-libraire indépendant) et les kiosques de gares et d'aéroports. Ce groupe déjà tentaculaire, adossé à l'un des principaux marchands de canons (Eads et Aérospatiale Matra), est parvenu à mettre la main sur Vivendi Universal Pu-blishing, troisième éditeur mondial et premier éditeur français. On aboutit ainsi au cauchemar suivant : Hachette obtient le monopole du livre de poche, le monopole du livre scolaire, le monopole des dictionnaires, prend des positions fortes dans le domaine de l'édition universitaire, augmente significativement le nombre de ses filiales littéraires et, last but not least, détient les deux tiers de la distribution du livre dans l'Hexagone.
Fort de cette position dominante, il ne lui reste plus qu'à cueillir l'ensemble de la librairie française pour n'y diffuser que ses seuls produits, comme c'est déjà le cas dans les Relay à quelques alibis près. Cette manie du trust n'est pas chose nouvelle chez Hachette mais vieille de plus d'un siècle. Hachette est un expert en modernisation perpétuelle du monopole privé et en privatisation du monde. Le délire hégémonique d'un tel groupe est d'autant plus insupportable qu'on y trouve en son sein bon nombre des contempteurs des monopoles honnis des entreprises publiques. Hachette, né au XIXe, est au XXIe siècle le symptôme et la maladie d'une époque où l'on privatise les bénéfices et où l'on mutualise les pertes, où l'on démantèle les entreprises publiques et les systèmes coopératifs pour y substituer des monopoles privés affranchis de toute mission de service public. L'Etat, qui a abandonné à des conglomérats, entre autres, la production des armes et de l'eau, et qui abandonnera, pourquoi pas, comme en Grande-Bretagne, celle de l'énergie, ne remplit plus aucune de ses missions d'entraide et de redistribution ; l'insistance mise par lui sur le nécessaire renforcement des moyens policiers, pénitentiaires et militaires (les fameuses fonctions régaliennes) ne vise qu'à contrôler une population que la précarisation et la remise en cause de la solidarité nationale rendent dangereuse aux yeux de ceux qui nous gouvernent l'œil rivé sur le CAC 40.
La pluralité de la presse et de l'édition est le cadet des soucis de nos gouvernants, de l'Etat, du ministère de la Culture et de l'aristocratie boursière ; sous peu, l'attachement à de telles valeurs ne manquera pas d'être requalifié en délit d'opinion. La loi Bichet n'a plus que la peau sur les os, et bientôt l'on pourra brûler sa dépouille sur les bords du Gange.Hachette est en passe de tuer et la librairie et le système coopératif de distribution de la presse en France.
- Syndicat CGT des correcteurs
-
-
-
-
- Une première réunion de coordination internationale pour préparer les mobilisations à l'occasion du G8 d'Evian s'est tenue pendant le FSE de Florence, le samedi 9 novembre au matin (cf. page 2)
- Pendant cette réunion, à laquelle assistaient des représentants de réseaux militants de nombreux pays dont la France, la Suisse, l'Italie, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la Belgique, de nombreuses initiatives ont été annoncées : contre-sommet, camp, manifestations, etc.
- L'ensemble des participants était pour reconnaître qu'il faudrait beaucoup de souplesse dans les formes d'organisations et que les différentes initiatives seraient prises en charge par des coalitions spécifiques, il est apparu nécessaire d'avoir des moments de coordination, d'information et de mises en commun.
-
Dans ce dessein, vont se tenir deux réunions larges de préparation des mobilisations pour le G8 des 1ers, 2 et 3 juin, la première étant déjà prévue, à Genève, fin février, la deuxième étant planifiée pour la deuxième quinzaine d'avril.
-
Il a été aussi annoncé que le FSM de Porto Alegre serait l'occasion de tenir une réunion de coordination sur le GS qui pourrait associer de nombreux représentants des pays du Sud, et qu'il serait utile qu'une équipe se réunisse plus régulièrement, de l'ordre d'une fois pas mois. Un collectif avec des dizaines d'associations s'est mis en place.
- Comme l'ensemble du processus, cette réunion est ouverte à tous les réseaux militants qui souhaitent s'y associer, le minimum étant d'avoir des représentants des pays limitrophes (Italie, Allemagne, Suisse et France).
- On attend et espère des centaines de milliers de personnes : assurément la zone sera "bouclée" et à des dizaines de kilomètres à la ronde, tous les locaux et les logements seront pris d'assaut. Sarkozy, ses préfets, ses responsables policiers font déjà des moulinets et promettent le maintien de l'ordre. Veulent-ils faire comme Berlusconi à Gênes ? Sans doute les défilés, colloques, manifestations devront se tenir entre Thonon et Chamonix, Annecy ou Chambéry mais une chose est sûre la mobilisation s'inscrira dans la longue lignée des défilés pour une autre mondialisation.
-
Les socialistes se devront d'y être, nous l'espérons, quelques jours après leur congrès national ! Et c'est dés maintenant que cela se prépare. Comme pour tout le reste, nous avons le choix entre nous replier ou nous lier avec la jeunesse et les syndicalistes, les associations qui agiront ce jour-là. Le PS devrait être un parti capable de mener, organiser activement de telles campagnes et de mobiliser : c'est la condition pour que ses dirigeants soient bien accueillis lorsqu'ils viennent dans les manifestations.
Et en 2003 le forum social européen se tient en France !
-
-
-
- José Bové ne doit pas retourner en prison !
-
- Honte pour la France si elle ose mettre les syndicalistes José Bove, René Riesel, et le cégetiste Alain Hébert en prison. Criminaliser l'action syndicale, Dominique Perben ose le faire lorsqu'il affirme : "Je n'oserai plus regarder un sauvageon des banlieues dans les yeux si M. José Bové ne va pas en prison". Amalgame inacceptable : à nous de le faire échouer en signant (entre autres actions) cet appel de la Confédération paysanne.
-
- LETTRE-PÉTITION
- Monsieur le Président,
- En vertu des pouvoirs qui vous sont conférés par l'article 17 de la Constitution française, j'ai l'honneur de solliciter la grâce de MM. José Bové et René Riesel, eu égard à la peine de 14 mois d'emprisonnement chacun, prononcée par la Cour d'Appel de Montpellier le 21/12/2001, peine rendue définitive par la Cour de Cassation le 19/11/2002. Ils se sont opposés, avec d'autres militants et de nombreux syndicats et associations, à l'introduction des OGM dans l'agriculture et l'alimentation. Ce refus est toujours partagé par la très grande majorité des français et des européens. Cette peine a de graves conséquences sur les activités syndicales de M. José Bové, porte-parole national de la Confédération paysanne, dont les interventions citoyennes ont reçu, en France et dans le monde, un très large écho dans l'opinion publique, préoccupée de la qualité et de la sécurité alimentaires et des conséquences de la mondialisation libérale de nos économies.
Leur incarcération serait une lourde atteinte à l'image de notre pays, aux libertés publiques, en particulier au droit syndical et elle jetterait un trouble chez nos concitoyens. C'est la raison pour laquelle je sollicite que vous dispensiez MM. José Bové et René Riesel d'exécuter cette peine. Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma très haute considération.
-
Signatures : envoyer à Monsieur le Président de la République Palais de l'Elysée 55, rue du faubourg Saint-Honoré 75 008 Paris