- Saddam Hussein a accepté les " inspections " des installations
militaires et industrielles irakiennes. Mais rien n'y fait : Bush lance
des ultimatum, combine la pression et contourne l'Onu, s'apprête à agir
unilatéralement. L'équipe d'extrême droite au pouvoir à Washington développe
le concept cynique de guerre "préventive " et affiche la prétention
de renverser le régime irakien seulement parce qu'il qui lui déplaît.
-
- Les concessions irakiennes et les recommandations de dirigeants
de nombreux pays n'ébranlent apparemment pas la détermination affichée
par les Bush, pétroliers et anti-irakiens de père en fils, par une voie
ou une autre, seuls, ou en coalition, à déclencher la guerre.
-
- Que va faire l'Onu ?
-
- Les résolutions de l'ONU ne se présentent pas souvent comme un rempart
pour la paix. Cet organisme a parfois résisté aux pressions US, mais
il a souvent cédé. Par exemple, depuis la création de l'ONU, il existe
une résolution demandant que les réfugiés palestiniens puissent rentrer
chez eux. Tout le monde sait que cela n'a pas été respecté et personne
n'a exigé des bombardements massifs ou un changement de régime en Israël
pour mettre cette résolution en application - pas même depuis que Sharon
est au pouvoir. Ce type de résolution est resté lettre morte. La structure
du Conseil de sécurité ainsi que les rapports de force économiques au
niveau mondial font que l'Onu, loin d'être une instance neutre, est
souvent une arme entre les mains des grandes puissances même si l'Onu
a été créé pour éviter à l'humanité le "fléau de la guerre".
Si les Etats-Unis parviennent, au moyen de pressions politiques et économiques
à convaincre ledit Conseil de sécurité d'appuyer leur offensive (comme
ils l'ont fait en 1991), il ne faudra pas en conclure pour autant que
la guerre est légitime, mais plutôt que l'Onu a renoncé à sa mission.
- Les militaires US possèdent une puissance de destruction, conventionnelle
etnon conventionnelle, unique dans l'histoire. Ils peuvent donc se passer
de l'ONU et même de leur allié servile, la Grande-Bretagne de Tony Blair.
Leur allié israélien est de loin l'état le plus puissant du Moyen Orient.
La supériorité économique des Etats-Unis sur l'Irak est écrasante. A
qui rime l'idée d'une " guerre préventive " ? Il est absurde
de présenter l'Irak comme une menace pour la paix. Aucun des pays voisins
de l'Irak ne la considère comme telle. Lors de la guerre Iran-Irak,
qui a fait un million de morts, l'Occident a soutenu l'Irak, y compris
en fournissant des armes chimiques. Saddam Hussein a reçu le nucléaire
par le canal de la France, il a reçu des armes sophistiquées par les
USA, tant qu'il acceptait d'être leur exécutant local. L'Irak n'a aucun
moyen d'envoyer des missiles sur les Etats-Unis ou l'Europe et, surtout,
il n'y a aucune raison de croire que ses dirigeants soient prêts au
suicide national qu'une telle attaque impliquerait. Lors de la guerre
de 1991, ils ont laissé leur pays être détruit par des armes conventionnelles
plutôt que d'utiliser les armes non conventionnelles qu'ils possédaient.
La plupart des moyens d'information au niveau mondial défendent l'idée
saugrenue que ce sont les USA qui sont menacés, et non l'Irak, malgré
le rapport de force existant. Depuis la destruction du World trade center,
l'administration républicaine aux Usa se croit tout permis. Certes,
c'était un crime odieux. Pourtant ni les vietnamiens ni les millions
d'autres victimes de la politique américaine depuis un demi-siècle n'ont
attiré une attention des médias comparable à celle consacrée aux victimes
du 11 septembre.
- A quoi peut bien correspondre " la logique des sanctions "
qui seraient un moyen approprié pour obtenir le désarmement unilatéral
de l'Irak ? Si les sanctions étaient levées, rien n'empêcherait l'Irak
de se réarmer. En attendant, l'exigence de désarmement mène à la perpétuation
de sanctions qui, comme en ont témoigné des responsables du programme
" pétrole pour nourriture " est une catastrophe uniquement
pour la population. Exiger le désarmement unilatéral d'un seul pays
dans une région où il y a des conflits et des tensions multiples n'est
pas non plus raisonnable. La seule solution éventuelle passe par un
désarmement global dans la région.
- Mais il faudrait négocier le droit des palestiniens à disposer d'un
état, et désavouer Sharon.
-
- Défendre la démocratie ?
-
- Bush prétend vouloir renverser la dictature de Saddam Hussein. Qui
accepterait que l'Inde, qui est une démocratie, envahisse la Syrie,
qui est une dictature, pour y opérer un "changement de régime"
? Les renversements, par les USA, d'Arbenz au Guatemala, de Mossadegh
en Iran, de Goulart au Brésil, d'Allende au Chili, de Soekarno en Indonésie,
de Lumumba au Congo, les invasions ou tentatives d'invasion du Vietnam,
de Cuba, de Saint-Domingue, de Grenade, de Panama, n'avaient rien à
voir avec la défense de la démocratie. Pour les Etats-Unis, il y a des
bonnes dictatures et des mauvaises, comme il y a de bonnes et de mauvaises
démocraties : l'Argentine est une bonne démocratie parce que la population
y est atomisée et démoralisée et que les ressources nationales peuvent
être bradées ; le Venezuela de Chavez est une mauvaise démocratie, pour
les raisons inverses. Il est à noter que dans leur empressement à "défendre
la démocratie", les Etats-Unis et l'Union Européenne ont soutenu
en avril 2002 au Venezuela un des coups d'état les plus éphémères de
l'histoire - pourtant fomenté par une minorité patronale, reine du pétrole,
contre une majorité populaire démocratiquement élue. Le but des Etats-Unis
à travers l'Irak est de mater tout pays récalcitrant à leur domination
économique. Il s'agit de s'assurer du contrôle des flux pétroliers pour
les décennies à venir : c'était le même objectif fondamental en Afghanistan
où les USA ont fini par faire nommer un " chef d'état ", Hamid
Karzai, qui était un salarié de l'Unocal, le consortium pétrolier qui
projetait de construire le pipe-line susceptible de faire passer le
pétrole d'Asie centrale par ce pays.
- Quand au désir proclamé d'apporter la démocratie dans le monde arabe,
rien ne permet d'y croire : un pays arabe qui serait véritablement démocratique
tenterait de contrôler ses ressources pétrolières et serait bien plus
pro-palestinien que les dictatures actuelles, parce qu'une telle attitude
refléterait les aspirations de sa population. On peut douter que c'est
cela que Bush souhaite. C'est pourquoi les Usa soutiennent tellement
l'Arabie Saoudite, une des pires dictatures du monde s'il en est. Jusqu'au
point même de fermer les yeux sur le fait que les attentats du 11 septembre
2001 aient été commis en majorité par des saoudiens, sur le fait que
le chef des services secrets de cet état, le Prince Turki ait démissionné
juste avant cet attentat, sur les liens maintenus de Ben Laden avec
sa famille, l'une des plus importantes de ce pays.
-
- Résolument contre toute guerre
-
- Les arguments conte l'invasion de l'Irak ne se basent pas sur le
coût de la guerre, pour nous-mêmes pour les Irakiens, sur les risques
d'attentats, ou de déstabilisation de la région, ou sur les difficultés
de la victoire, etc. De tels arguments ont été avancés lors de la guerre
du Kosovo ou de l'Afghanistan et, lorsque les échecs prédits ne se sont
pas réalisés, cela a affaibli le mouvement antiguerre. Convenons qu'il
est très possible que les Etats-Unis arrivent à leurs fins par un coup
d'Etat, une insurrection ou une guerre-éclair. Ils envisagent même le
crime pur et simple, l'assassinat individuel de Saddam Hussein. Ils
ont procédé de la sorte très souvent dans le passé.
- Notre opposition à la guerre n'est pas " technique " ni
circonstanciée, elle est de principe, elle part d'une vision globale
: aucune puissance n'a d'autorité pour faire régner " son "
ordre, ses " intérêts" unilatéralement, par-dessus les peuples
du monde et leurs représentants. Le mouvement "altermondialiste"
est naturellement porteur de cette opposition de principe, dans le contexte
actuel, à toute guerre des Usa contre l'Irak. Nous nous souvenons qu'après
les attentats du 11 septembre 2001, il y a eu des médias pour tenter
l'amalgame entre les terroristes et les altermondialistes, ils prétendaient
que nos idées sur l'annulation de la dette ou de la remise en place
de services publics forts, en faveur dune taxation des mouvements de
capitaux, nourrissaient le terrorisme. Derrière le crime d'une guerre
qui frappera en premier le peuple irakien plus que son dictateur, il
y aura aussi le coup de force contre toute l'opposition anti-impérialiste
qui milite dans le monde. Dans l'atmosphère guerrière, nous serons traités
comme l'Irak ou la Serbie. Il y aura, comme lors de la première guerre
du Golfe, comme au moment du Kosovo, comme lors des attaques de Kaboul,
des campagnes haineuses, aveuglantes, et déformantes. Le " kaki
" fleurira sur les écrans. Ce n'est pas étonnant : une guerre préventive
contre l'Irak est undes moyens de " mondialiser par la force ",
de faire avec des bombardiers tout ce que les technocrates de l'OMC
ne peuvent pas faire avec leurs attachés-case.
-
- Altermondialisation et anti-impérialisme:
-
- Les dirigeants des Etats-Unis sont, certes, forts militairement,
pourtant leur forcing conte l'Irak, trop visiblement de mauvaise foi,
peut leur faire perdre la bataille des idées. Nous devons au moins faire
tout ce que nous pouvons pour les affaiblir sur ce plan-là. De plus,
Bush s'est placé face à un dilemne: s'il n'attaque pas, ils perd son
pouvoir d'intimidation. S'il attaque, il décuple la haine dont il est
déjà l'objet. L'engrenage est terrible. Même en Europe, l'arrogance
US suscite une forte opposition. Mais, dans les pays dominés concernés,
c'est pire : cela pousse des millions de gens à admirer Bin Laden et
aussi à admirer Saddam Hussein. Pourquoi? Parce qu'ils apparaissent
- à tort - comme les symboles de la résistance à la domination impérialiste.
- Nous ne partageons une seule seconde ce point de vue : nous savons
trop que le milliardaire Ben Laden est une créature de la CIA, un fanatique
réactionnaire, fou de dieu, méprisant lui-aussi les peuples. Nous connaissons
les méfaits du tyran Saddam Hussein, tous comme ceux des ayatollah,
ou de la famille régnante en Arabie Saoudite. Il n'y a pas de lien,
sinon dénaturé et perverti, entre la lutte de ces fanatiques et la lutte
des peuples pour leur émancipation. Mais nous savons aussi que chaque
attaque américaine, chaque bombe, creuse un fossé entre ces peuples
- car ce sont eux qui subissent - et le reste du monde lorsqu'il semble
complice. Faisons savoir que nous ne sommes pas complices, construisons,
en France, en Europe, partout, un front de mobilisation contre la guerre
impérialiste, contre la guerre du pétrole voulue unilatéralement par
Bush. Préparons l'opinion a désavouer massivement la guerre qui vient.
Déjà, il y a eu, dimanche 29 septembre, 200 000 manifestants à Londres
contre la guerre Bush-Blair. En Europe, il peut y avoir une véritable
résistance isolant Bush et Blair : comme Gérald Schrôder lors de sa
campagne électorale qui s'était écrié : " Bas les pattes devant
l'Irak ".
-
-
- Les électeurs allemands ont donné un coup d'arrêt, de justesse,
à la vague bleue qui déferlait sur l'Europe ces deux dernières années.
En Suède, la gauche a défendu sa majorité face à une droite qui visait
la remise en cause de la protection sociale ; en Allemagne, elle s'est
imposé grâce à une campagne recentrée sur la solidarité, la justice
sociale et surtout sur la défense de la paix.
-
- Ne fantasmons-pas: en Allemagne, le résultat de la gauche est moins
bon que lors du dernier scrutin en 1998 parce que la politique du gouvernement
a été beaucoup trop marquée par des compromis avec l'idéologie libérale.
Mais, mieux qu'en France, un certain instinct de survie a conduit les
sociaux-démocrates et les Verts à mener une campagne plus offensive,
ces dernières semaines, de telle sorte qu'ils se sont mis à re-défendre
des valeurs de gauche. Gérald Schroder avait affirmé en 1998 : "
S'il y a plus de quatre millions de chômeurs en 2002, je ne mériterai
pas d'être réélu". Il y avait plus de quatre millions de chômeurs
en 2002 mais il a quand même été candidat et réélu. Paradoxe : Lionel
Jospin avait fait reculer le chômage de masse et il a été battu. On
voit donc, qu'il n'y a pas que "le bilan", il y aussi, la
campagne électorale. En se radicalisant au cours de la campagne, et
en restant relativement unis, Verts et SPD ont fait la différence. En
face, la droite attaquait le gouvernement sur la lutte contre le chômage,
mais elle remettait en cause la protection sociale : ce genre de remède
aux difficultés économiques, ayant reçu une vive contre-attaque de la
gauche, puis le débat sur la guerre Bush-Irak, ayant fait nettement
la différence, de justesse, la coalition rosé et verte a redressé la
situation.
- Lorsque Schroder, en effet, s'est écrié : "Bas les pattes devant
l'Irak" tout était dit. Les électeurs allemands, comme la majorité
des peuples du monde sont opposés aux manœuvres agressives et guerrières
de Bush : tout le monde connaît l'hypocrisie des raisons avancées par
Bush, et comprend qu'en fait, il s'agit du contrôle du pétrole. La "bas-Pourne
pas avoir su, ou voulu, s'opposer à la politique de la BCE, dirigée
par Wim Duisenberg (notre photo), les socialistes européens, un moment
majoritaires, ont été massivement désavoués par les électeurs.
- cule" s'est faite là-dessus dans la dernière ligne droite de
l'élection, en dépit des limites évidentes du bilan de Schrôder...
- Mais, c'est ainsi, cette victoire fait bouger à nouveau les lignés
en Europe : au lieu d'un raz-de-marée libéral, il y a, non pas un retournement,
mais un coup de frein. Les syndicalistes allemands ne s'y sont pas trompés,
pour eux, c'est un immense soulagement : Schroder leur doit une partie
de sa victoire et devra leur en rendre compte. D'un certain point de
vue, le marque est large : car le SPD obtient à lui seul, 38,5 % des
voix... de quoi faire rêver tous les socialistes européens. En même
temps, il est serré, car il n'y a que 3 sièges de majorité, mais les
exigences sont d'autant plus grandes, Schroder devra faire la différence.
Bien sûr, la direction du SPD ne va pas se convertir à un socialisme
radical pour autant, la bataille va se jouer sur le terrain social...
et dans le parti.
-
- La gauche du SPD en mouvement
-
- Le Forum Demokratische Linke 21, membres de la République sociale
européenne, se propose de peser de tout son poids sur les orientations
du futur gouvernement pour obtenir une véritable rupture avec la politique
de compromisavec l'idéologie libérale. Certains des futurs ministres
allemands ne manqueront pas de défendre cette ligne dans leurs secteurs,
mais nous savons très bien que cela ne suffira pas. La mise en place
d'une autre cohérence demeure nécessaire. Celle-ci passe par un projet
politique global que la gauche du SPD a esquissé dans leur déclaration
suite aux élections. Nous en reproduisons ici des extraits pour l'édification
de nos lecteurs qui vont y retrouver des thèmes qui sont chers à D&S
depuis dix ans.
-
- Déclaration du Forum Demokratische linke 21
-
- "... La politique social-démocrate
ne doit pas s'adapter au capitalisme débridé, mais elle doit diriger
le développement économique politiquement en fonction de l'intérêt de
toute la société. Cette politique doit être traduite dans les objectifs
des négociations au sein de l'OMC, à travers la réalisation des orientations
de l'organisation internationale du travail (OIT), des critères d'un
développement durable (par exemple le protocole de Kyoto), l'accès aux
marchés mondiaux pour les pays en voie de développement, l'arrêt des
négociations sur la privatisation des services publics (GATS). La politique
social-démocrate doit viser l'annulation de la dette des pays pauvres,
la fin de la politique néo-libérale d'ajustement structurel du FMI,
la limitation des marchés financiers à l'aide de l'introduction d'une
taxe sur les transactions transfrontalières (taxe Tobin), d'abord en
Europe, puis dans le monde entier, l'établissement de taux d'imposition
minimum pour les entreprises transnationales, la lutte contre la fuite
de capitaux et la levée du secret bancaire.
- " Dans le processus d'approfondissement
et d'élargissement de l'Union européenne, le SPD devra être la force
motrice pour la défense du modèle so-cial européen. Il faut fixer des
minima européens sur le plan social, écologique et culturel. Il faut
arrêter enfin le dumping social et fixer des minima en termes de droit
du travail et de salaire minimum à l'échelle de l'Europe. Les sociaux
démocrates, les socialistes européens et le SPD doivent développer et
réaliser un nouveau modèle européen de régulation pour pouvoir créer
des emplois et garantir la justice sociale. À l'avenir, la création
d'emplois à travers des investissements publics doit être privilégiée
par rapport à l'équilibre budgétaire. Pour ce faire, il faut changer
les critères de Maastricht. L'Europe doit se donner les marges de manœuvre
politiques pour lutter contre des ralentissements conjoncturels. L'équilibrage
des finances publiques ne peut se faire qu'en période de croissance.Faire
des économies en période de ralentissement ne fait que renforcer ce
ralentissement, augmenter le chômage et mène au bout du compte à l'échec
de la politique d'équilibre budgétaire. L'ignorance de ce principe a
failli faire perdre la majorité parlementaire à la gauche et a expliqué
l'affaiblissement du SPD. " Au sein de la convention sur la constitution
européenne il faut chercher à construire avec l'ensemble des partis
sociaux démocrates et socialistes européens une Union plus politique,
plus démocratique, plus transparente, plus efficace et plus proche des
citoyens. Il s'agit de :
- • Promouvoir le modèle de société
européen dans le cadre du développement durable, du plein emploi, de
l'innovation et de la cohésion sociale ;
- • Créer un espace de liberté, de
sécurité et de droit
- • Faire entendre la voix de l'Europe
dans le monde
- • Faire vivre une Europe sociale
et démocratique où les hommes vivent en toute liberté, en paix, en sécurité
et richesse, et où ils profitent du progrès social ;
- • Faire une Europe qui assume sa
responsabilité internationale, qui contribue à garantir la paix, le
développement et la protection des droits de l'homme
- • Créer une Europe qui protège
notre avenir à travers une politique de développement durable, de défense
et d'amélioration des acquis sociaux, des ressources naturelles et de
l'environnement.
- " Le SPD doit rester le parti
de la justice sociale...
- " La campagne électorale a
montré que le SPD doit défendre ses valeurs et montrer ses différences
avec le camp bourgeois. Le SPD doit être identifié en tant que force
de gauche qui connaît les conflits d'intérêts au capitalisme et qui
se bat pour la justice sociale au sein d'une génération et entre les
différentes générations.
-
-
-
- Dimanche 6 octobre s'est déroulé le premier tour des élections
générales au Brésil. Le Candidat du Parti des Travailleurs Luiz Inacio
" Lula " da Silva est passé très près de la victoire aux présidentielles
dès le premier tour avec 46,87 % des voix.
-
- Tout le monde espérait pourtant une victoire dès le premier tour,
mais il faudra attendre le 27 octobre pour la confirmer...Car Lula a
déjà atteint trois fois plus de 30 % des voix, et a été victime, chaque
fois, de l'unification des droites et des médias contre lui. Mais il
y a de bonnes raisons de croire en un immense événement : la victoire
de Lula peut changer non seulement la face du Brésil, celle de l'Amérique
latine, mais celle du monde.
-
- Ce sera le résultat d'une très longue bataille : dans une Amérique
latine en pleine crise, avec une Argentine capitaliste en faillite totale
où les masses sont dans la rue, et où, un peu plus au Nord, au Vénézuélien,
les médias et le patronat pro-Bush essaient de chasser le pouvoir de
gauche légitimement et incontestablement élu par le peuple. Luis Inacio
Lula Da Silva, (comme l'écrit Bob Sine, dans Charlie hebdo), "entré
à l'école à 10 ans, sorti quatre ans plus tard pour apprendre le métier
de tourneur, devenu président du syndicat des métallos, faisant de la
taule sous la dictature militaire, fondateur du Parti des travailleurs,
son niveau d'éducation et ses origines lui valent de tenaces préjugés
du monde politique traditionnel", avec un tel curriculum vitae,
il ne peut pas être tout à fait mauvais...
-
- En finir avec le néo-libéralisme
-
- C'est le salariat brésilien tout entier qui est derrière son candidat,
battu, hélas, trois fois, alors qu'il incarne la seule solution progressiste
possible, aujourd'hui pour le Brésil.
- Le président sortant, Fernando Henrique Cardoso a appliqué la recette
néo-libérale, envers et contre toutes les protestations, démantelant
le secteur public, faisant exploser la dette, pour satisfaire aux exigences
du Fonds monétaire International. Il a vendu l'ensemble du patrimoine
public à des prix ridicules, Cardoso a rendu le brésil dépendant de
capitaux spéculatifs qui cherchaient leurs profits en dollars. Mais
le successeur candidat désigné de Cardoso, n'a fait que des voix.
- Le parti des travailleurs a fait de cette élection le scrutin ultime,
"la totale", l'événement décisif, prenant toutes les précautions
nécessaires pour ne pas s'isoler face à l'opinion : Lula a signé un"pacte
de transition" avec Cardoso et a signé avec le FMI des garanties
qu'il jugeait inacceptables hier. Il a conclu des alliances avec les
deux principaux partis communistes... mais aussi avec le parti libéral
de centre droit qui a imposé le futur vice-président. Lula a promis
à Washington le respect du cadre fixé par le FMI abandonnant le moratoire
sur la dette (pourtant approuvé par 6 millions de brésiliens au cours
d'une consultation nationale en l'an 2000). Ces concessions sont peut-être
"gagnantes", mais risquent de peser lourd, ensuite, sur la
gestion des affaires.
- Du coup, certains expliquent l'irrésistible progression de Luiz
Inacio " Lula " da Silva par sa nouvelle coupe de cheveux,
ses costumes et ses cravates, son alliance au centre, comme si un engagement
syndical et politique de plus d'un quart de siècle et le fait d'avoir
fondé un parti de 800 000 militants n'étaient qu'un détail accessoire.
Mais il n'en reste pas moins que le " recentrage politique de Lula
"est une réalité qu'il faut prendre en compte a la fois pour mesurer
ses chances de succès, et pour comprendre les contradictions qui l'attendent
s'il gagne.
- La dynamique électorale de Lula n'est pas comme les médias le prétendent,
le fruit d'un affadissement de ses positions, mais en réalité d'un élargissement
de la base sociale acquise à la contestation du système. Malgré tous
les reproches qui lui sont faits, le candidat du PT centre sa campagne
sur la critique de l'impassesociale et économique que représente le
système libéral. Et même s'il rassemble un arc de forces allant des
classes défavorisées à certains secteurs du patronat brésilien, le "front
de classe", derrière Lula, est profondément populaire et, par sa
force, sa dynamique, peut mettre en échec les mauvais plans du FMI,
de Washington, de Cardoso, du patronat brésilien.
- Le Mouvement des paysans sans terre, le Mouvement des sans-toits,
et les mouvements autochtones d'Amazonie, ainsi que les syndicats, la
Centrale unique des travailleurs, comptent parmi les mouvements de niasse
les plus importants au monde.
- Lula est massivement approuvé lorsqu'il explique que le développement
du pays ne peut passer par la seule exportation de matières premières
vendues aux pays développés à vil prix et toujours à la merci des fluctuations
des marchés. La repolitisation du salariat à travers les réalisations
concrètes du PT dans plusieurs Etats du Brésil et sa participation active
aux politiques publiques grâce notamment aux actions de démocratie participative
ont réussi à faire renaître un espoir au sein des couches les plus démunies
de la société. Ces secteurs divers qui se sont retrouvés dans un projet
de changement global, ont rendu concret et crédible le slogan de Porto
Alegre : " Um outro mundo e possivél ". L'élection brésilienne
est stratégique pour tout le continent, mais pas seulement : une victoire
du plus grand parti de gauche au monde, le plus récent et le plus dynamique,
entraîneraient des reclassements, des mouvements, des luttes qui ne
seront pas seulement brésiliennes.
-
-
-
- Face à la mondialisation libérale qui accélère la concentration
des richesses et qui génère des exclusions économiques, sociales, culturelles
et la destruction de l'environnement, un mouvement citoyen mondial émerge
avec force. Celui-ci s'exprime par des forums " société civile
" lors de conférences internationales, par des campagnes citoyennes
sur la dette des pays du Sud ou sur la réforme des Institutions Financières
Internationales (IFI), etc., ou par des manifestations sociales.
-
- Le Forum Social Mondial (FSM) de Porto Alegre est une des expressions
les plus importantes de ce mouvement. Les Forums sociaux mondiaux de
Porto Alegre de 2001 et 2002, organisés en parallèle du Forum économique
mondial de Davos, ont été des succès indéniables, tant par le nombre
de participants que par la qualité des débats qui y ont eu lieu. Ils
ont été des espaces ouverts de rencontres et d'échanges pour l'approfondissement
de la réflexion, la formulation de propositions concrètes, l'articulation
d'actions efficaces entre divers mouvements et entités de la société
civile qui s'opposent au néolibéralisme. Bien plus qu'un événement situé
dans le temps et dans l'espace, le Forum social mondial est devenu un
processus permanent de recherche et de construction d'alternatives.
-
- Les dérives autoritaires et les tentatives d'amalgame de ce mouvement
avec le terrorisme, suite aux attentats du 11 septembre 2001, n'ont
pas arrêté sa dynamique. Il se développe maintenant sur plusieurs continents
afin que de plus en plus de citoyennes et de citoyens s'engagent dans
ce processus.
-
- Le Forum Social Européen (FSE), qui se tiendra à Florence (Italie),
du 7 au 10 novembre 2002, s'inscrit dans cette dynamique. Il est aussi
le résultat des mobilisations sociales de ces dernières années. Il rassemblera
des mouvements sociaux : associations, ONG, syndicats, mouvements citoyens
d'Europe et d'autres continents, en particulier de la rive sud de la
Méditerranée. Il aborderades thèmes liés aux grands enjeux européens
: l'Europe dans la mondialisation et sa politique de solidarité internationale,
la paix dans la région et les questions d'armement, la démocratie et
la citoyenneté en Europe.
-
- En France, un collectif de préparation au Forum social européen
de Florence s'est constitué. Il regroupe les organisations signataires.
Celles-ci appellent tous les acteurs de la société civile française
à les rejoindre, à se mobiliser pour participer au Forum social européen
de Florence, et les invitent à créer localement des collectifs de préparation.
-
- Ensemble, mobilisons nous pour qu'une autre Europe et un autre
monde soient possibles !
-
- Collectif français de préparation
au FSE de Florence :AC ! (Agir ensemble contre le chômage !), AEC, Afrique
verte, Agir Ici, AITEC, Amis de la terre, Association Biens publics
à l'échelle mondiale (BPEM), Association Complex'cité, Association des
travailleurs maghrébins de France (ATMF), Association Droit à l'énergie
SOS Futur, Association régionale des citoyens du monde en Poitou-Charentes,
ATTAC, CADAC, CASI-Bretagne, CCSC (Comité chrétien de solidarité avec
les chômeurs et précaires), CEDAL, CEDETIM, Cedidelp, Centre d'information
inter-peuples de Grenoble, CGT, Chambre des beaux arts de Méditerranée,
Cimade, Citoyens et initiatives pour la vie locale, l'insertion sur
le territoire et l'économie solidaire (CIVILITES), Collectif associatif
Nouvelles richesses, Collectif de pratiques et de réflexions féministes
" Ruptures ", Collectif Jo'burg 2002, Collectif nationalpour
les droits des femmes, Collectif pour la citoyenneté et les droits fondamentaux,
Collectif Vamos !, Comité catholique contre la faim et pour le développement
(CCFD), Comité participatif et citoyen d'Alfortville-Vitry (94), Confédération
paysanne, Coordination anti-privatisations pour une alternative de progrès,
COSI, CRID, CRIDEV, Cultures & Citoyenneté, DAL, Danse à tous les
étages !, Démocratiser radicalement la démocratie, Droits devant !,
Ecologie sociale, Ecorev (revue critique d'écologie politique), Espaces
Marx/ Transform!, Etats généraux de l'écologie politique, Etats généraux
de la culture, Fédération Artisans du monde, Fédération des Associations
de solidarité avec les travailleurs immigrés (FASTI), Fédération des
Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), Fédération nationale
des mines et de l'énergie CGT (FNME-CGT), Fédération syndicale unitaire
(FSU), Femmes et développement en Algérie (FEDA), FGTE CFDT, Fondation
Charles Léopold Mayer pour le progrès de l'homme (FPH), Fondation Copernic,
Fondation France Libertés, Fondation pour les femmes africaines, Fonds
mondial de solidarité contre la faim, Forum de Delphes, Forum de la
gauche citoyenne, Forum pour un autre monde, France Amérique latine,
Frères des hommes France, Gamins de l'Art Rue, Groupe d'information
et de soutien des immigrés (GISTI), GRDR, Greenpeace, Holos environnement
développement, Immigration Développement Démocratie (IDD), Les Amis
du Monde diplomatique, Les Pénélopes, L'Humanité, Ligne blanche, Ligue
de l'enseignement, Ligue des droits de l'homme, Marche mondiale des
femmes, Marches européennes, Max Havelaar France, Mouvement pour le
développement solidaire (MDS), Mouvement de la paix, Peuples solidaires,
Politique (revue européenne de débats), Pour une société solidaire (PUSS),
Réseau " Toute la gauche ", Réseau action climat France, Réseau
Fanfare, Réseaux services publics, Résistances, Résister !, Revue Mouvements,
Revue Multitudes, RITIMO, Rouge, SOLA-GRAL, SOLIDARITE, SURVIE, Terre
des hommes France, Trait d'Union, UNEF, Union syndicale G10 solidaires.
- Avec le soutien de :Alternative libertaire,
ANECR (Association des élus communistes et républicains), La Souris
verte, Les Alternatifs, Les Verts, Ligue communiste révolutionnaire
(LCR), Parti Communiste Français (PCF), La République Sociale, le club
de la Gauche Socialiste, Socialisme par en bas/1'étincelle
-
-
-
- Nos lecteurs le savent : à Nantes, la Gauche socialiste avait
voté des "thèses" unanimes, et une orientation visant à créer
un "grand courant de gauche à vocation majoritaire" susceptible
"d'ancrer à gauche tout le Parti socialiste". Lorsque l'accord
avait été conclu, en assemblée générale devant 850 militants, Jean-Luc
Mélenchon s'était levé, applaudissant l'intervention de Julien Dray,
s'écriant "Hourrah" et, avec tous les participants, "gauche
socialiste, gauche socialiste !". Nous avions alors une chance
de conserver une longue tradition de débat, d'action, des acquis théoriques,
politiques et pratiques et de les mettre tout entier au service de la
bataille décidée ce jour-là.
-
- La Gauche socialiste est une expérience unique, sans doute le courant
le plus riche et le plus fort, depuis Marceau Pivert, dans la social-démocratie
française et européenne. Ses origines remontaient, de par ses dirigeants,
aux grèves de mai 68, aux mouvements de la jeunesse et aux luttes syndicales
qui avaient suivi. Elle avait obtenu une place particulière dans le
Parti socialiste avec deux ministres, cinq députés, un député européen,
une présence au secrétariat national, au conseil national, des centaines
d'élus locaux, des groupes de base dans tous les départements, un collectif
d'animation national et une direction expérimentée, habituée aux débats
et à l'action commune, une influence dans la jeunesse et dans les syndicats
à un haut niveau, un réseau européen et même mondial, deux journaux,
des livres théoriques... Il restera à analyser et à écrire, comment,
alors qu'elle venait d'adopter un texte théorique et politique de haut
niveau, d'une solidité reflétant le travail de tous ses militants, synthétisant
ses documents de congrès, son action dans et hors du parti socialiste...
elle a pu ainsi éclater, alors qu'elle se croyait sauvée d'une difficile
crise post-21 avril. Bien sûr, actuellement, toute tentative de récit
"objectif déchaîne les passions et lesautres versions, mais nos
lecteurs sauront en juger sagement, avec recul. Il avait fallu beaucoup
de sang-froid pour réussir l'accord de Nantes, il aurait fallu beaucoup
de sang-froid et de volonté pour le mettre en oeuvre. Cela a manqué
ensuite. Il aurait fallu "avancer au consensus" : certains
crurent qu'il fallait "imposer la démocratie" et faire voter
à chaque pas...
-
- Les faits
-
- Les votes sont, bien sûr, plus démocratiques que tout autre formule...
sauf lorsque, dans une situation délicate, il vaut mieux prendre son
temps, consulter, ne pas imposer à l'autre telle ou telle majorité,
d'ailleurs provisoire sur tel ou tel détail tactique. Spécialement quand
on est habitués à décider au consensus, il faut du consensus... pour
procéder autrement. Sinon, le vote au forcing devient un instrument
contre la démocratie... Quand on sort d'une grande crise, il vaut mieux
prendre son temps, atténuer chaque difficulté, remettre le travail sur
le métier...
- Ce ne fut pas le cas. La première réunion après Nantes fut une direction
nationale, le 5 septembre, incomplète, car des parties étaient excusées
ce soir-là, un inhabituel jeudi soir. Il y eut trois votes : le premier,
à douze voix contre une, décida qu'il n'y aurait pas de rencontre entre
les deux directions des motions 2 et 3, et qu'un seul camarade serait
désigné comme "réfèrent" (sic) pour discuter en tête-à-tête
avec Henri Emmanuelli, et ce camarade serait Jean-Luc Mélenchon. Procédure
curieuse s'il en est. Celui qui fut minoritaire ce soir-là, avait quelque
crédit pour dire, à la direction : "-Ne faites pas cela, ce n'est
pas une mesure raisonnable, ni collec-tive, elle est inacceptable, et
même un peu rétrograde, pour les autres camarades, tous appelés à jouer
un rôle dans ce processus". Il ne fut pas entendu, et il y eut
deux autres votes ensuite, du même type, pour désigner une commission
de rédaction d'un texte en commun avec la motion 3, qui soit "inclusive"
(c'est-à-dire incluant toutes les sensibilités). Cela fut encore refusé
à 12 voix contre une, puis il y eut un troisième et dernier vote, pour
supprimer la réunion de direction suivante, ne permettant plus de se
remettre tous ensemble autour d'une table pour revoir ces décisions.
L'affaire était consommée avec brutalité ce soir-là. D'autant que la
veille, était imprimé un exemplaire de "A gauche" particulièrement
polémique qui réaffirmait, en dépit des votes unanimes, qu'il y avait
"deux lignes" à Nantes. Ce numéro de A Gauche n'avait pas
été porté à la connaissance des membres de la direction dont certains
le découvrirent dans leur boîte à lettres le lendemain. Quand, il y
a scission, tous les faits, les détails, sont ré-analysés, par les uns
et les autres à l'infini, mais la chronologie est toujours impitoyable
: qui a fait les premiers gestes, décidés et provocateurs de rupture
? Parfois il suffit de détails. Là, il a fallu un choix draconien, volontaire,
offensif, et l'enchaînement s'est mis en route : alors que le Conseil
national du 14 septembre était légitimement convoqué, et majoritaire,
la DN avait fait les choix malheureux qui firent que Julien Dray - à
tort - en convoqua un autre le 21 septembre. Il n'y avait pas de raison,
on pouvait et devait encore en discuter dans une même salle. Ce fut
impossible à obtenir même de la part de ceux qui déployèrent une intense
activité en ce sens.
-
- La DN du 5 septembre fut la dernière : le CN du 14 septembre a décidé
délibérément de n'en plus convoquer. Le CN du 14 a même voté un "quitus",
vocable peu usuel dans le courant, envers l'action de la DN du 5 septembre,
histoire de bien confirmer ce qui avait été fait. Il a annoncé la dissolution
de la Gauche socialiste avant même qu'il n'y ait fusion avec la motion
3. Il a même annoncé la fin du club de la République sociale... et de
sa presse. La seule nuance fut que 5 camarades étaient désignés par
ce CN du 14 pour préparer Argeles, mais leurs noms n'étaient pas précisés,
et ils ne se réunirent jamais non plus. Il n'y eut donc aucune réunion
commune, en un mois entier, entre les membres de la motion 2 et de la
motion 3 avant Argeles. Jamais les membres des directions des deux courants,
ni même une délégation d'entre eux, ne se retrouvèrent autour d'une
même table, dans une même salle. Le "CN" du 21 septembre réunit
à son tour "un autre morceau" de la Gauche socialiste, autour
de Julien Dray : il décida de désigner une délégation pour Argeles se
réclamant des "thèses" de Nantes, demandant une "réunion
ouverte" ultérieure à tous ceux qui voulaient construire un large
pôle de gauche et proposant de "travailler par tous les moyens
avec la motion 3 en ce sens". Ceux qui "faisaient la navette"
d'une réunion à l'autre, pour conseiller de continuer à travailler ensemble,
n'avaient plus de chances d'être entendu, malgré leur bonne volonté.
Ils s'y acharnèrent pourtant, ayant l'intuition d'avoir raison contre
ce mécanisme infernal. Commesouvent dans ces cas-là, ce sont eux qui
prirent les pires flèches.
-
- Le pire fut que la "commission" désignée par les deux
parties pour écrire un texte commun motion 2 - motion 3 pour Argeles,
ne réussit pas davantage, une certaine mauvaise volonté régnant entre
membres de la Gauche socialiste, à se réunir. Il y eut donc deux projets
de textes à Argeles, mais rien ne fut fait là-bas non plus pour qu'il
y ait une commission et un accord, les deux textes furent distribués,
mais seul un texte-appel, fut retenu comme tel au "rapport de force",
ou plutôt "à l'état de fait" - sans être amendé, ni discuté,
ni voté. Nous y avons laissé, au passage, bien des éléments de programme
qui étaient dans les thèses de Nantes, et ce, alors qu'une discussion
régulière aurait pu probablement faire naître un accord.
-
- Le fond politique
-
- On a pu même remarquer que dans la préparation d'Argeles, ce n'était
pas les camarades proches d'Henri Emmanuelli, ni ceux que l'on appelait
"poperenistes" qui étaient les plus hostiles à un compromis
ou un rapprochement, pour que toute la Gauche socialiste se retrouve
: les traces de la rupture, tout au long du mois, séparaient davantage
les groupes militants de la GS, que le fond politique. Beaucoup ont
souffert : parce qu'ils croyaient que la politique l'emporterait sur
cette logique de séparation, parce que tous veulent un "rassemblement
de gauche", parce que tous défendaient les mêmes idées sur l'essentiel,
parce que tous veulent influencer le parti, gagner sa majorité, ancrer
le parti à gauche, battre les "blai-ristes"... et que tous
ne se retrouvent pas dans le résultat provisoire (?) issu de ce mois
de septembre.
- Heureusement, le congrès est encore loin : les motions ne devront
être déposées qu'en mars, les votes ont lieu dans six mois, la politique
peut et doit reprendre le dessus. Les questions de personne ne peuvent
longtemps l'emporter sur les questions de politique. Or dans les semaines
et mois qui viennent, les événements sociaux, mondiaux, les nécessités
du combat contre la droite, tout milite pour que le fond des thèses
politiques rapproche les différentes parties en présence. Le test de
vérité sera là.
- Si ce n'est pas le cas, on découvrira qu'il y avait des raisons
politiques réelles, cachées ou évolutives. Si c'est le cas, et que tous
réagissent en commun aux différents événements, il se révélera que cette
"scission" n'était qu'une séparation...
-
- D&S, appuyé sur les "thèses de Nantes", qui a milité
contre cette "séparation" et pour la naissance d'un rassemblement,
de type "nouveau monde" sur la base d'un bon "texte-appel",
dirigé par un collectif démocratique, et ouvert sans exclusive ni préalable
au reste du parti, continuera de militer dans ce cadre...
- GÉRARD FILOCHE
-
-
-
- "Ce que nous voulons ?Relever le défi du 21avril !"
- François Delapierre
- "Avant d'en venir au contenu du texte, je voudrais d'abord
vous dire que son élaboration a été, finalement, une chose assez facile.
- Dans le mois de septembre, plusieurs camarades désignés par leurs
courants respectifs se sont rencontrés pour travailler ensemble.
- Ce n'est jamais simple d'écrire un texte à plusieurs. Il faut
confronter des idées, mais aussi des styles, des manières d'aborder
les problèmes. Certes, nous nous connaissions déjà. Ce n'est pas le
premier texte que nous élaborons ensemble. Mais c'est le premier de
cette importance. Eh bien là, la discussion a été longue : nous nous
sommes vus trois fois, le texte a connu de nombreuses navettes... mais
elle n'a jamais été difficile. Tant mieux, car il y aura d'autres
textes !(...)Pour la motion, nous aurons plus de temps. C'est une bonne
chose. Car cela nous permettra de procéder d'une autre manière : en
faisant appel aux ressources ici rassemblées, à vous tous. Mais aussi
en associant à notre travail certains de ceux qui, membres ou non du
PS, regardent avec sympathie ce que nous sommes en train défaire. Christian
Bataille reviendra sur ce point dans son rapport.
- Ce temps nous permettre aussi, parfois, de nous convaincre entre
nous. Car si nous ne sommes pas capables de nous convaincre d'abord
entre nous, comment pourrons-nous convaincre une majorité du parti socialiste
et de la gauche ? C'est en tout cas la démarche que nous avons retenue
dès l'origine dans l'écriture de ce texte.(...) Que voulons-nous ?Nous
voulons d'abord relever le défi du 21 avril. (...)Nous voulons donc
clarifier l'orientation du parti socialiste. Ce doit être l'enjeu du
prochain Congrès. Il faut sortir du mi-chèvre, mi-chou dans lequel l'orientation
de notre parti se complaît. Il faut donc que chacun dise ce qu'il pense.
- Aujourd'hui, nous pensons, nous savons qu'une majorité de militants
est fondamentalement hostile aux idées sociales-libérales. C'est pourquoi
ceux qui les défendent, souvent en notre nom, se gardent bien de les
soumettre au vote. Mais la clarification a d'autres adversaires. Ce
sont les champions du " ni-ni ". " Ni blairisme, ni mollétisme
", nous disent-ils (les mollétistes, c'est nous). Ce sont les professionnels
du " et-et ". Et Davos, et Porto Alegre. Ils prétendent incarner
le "juste milieu " de toutes choses. Ils ne sont que le centre
mou d'un parti sans colonne vertébrale. Ils appellent aujourd'hui à
dissoudre les courants (c'est encore nous). Mais pour ce qui est du
leur, il s'agirait plutôt de le reconduire. Ils proposent en définitive
de continuer comme avant. Ils sont le principal obstacle à la clarification
que nous appelons de nos vœux.
- Le texte aborde plusieurs questions sur lesquelles la clarification
nous paraît essentielle. (...)Enfin, nous voulons que le parti socialiste
assume sa responsabilité de parti principal de la gauche. (...). Car
notre ambition en fondant ce rassemblement est de proposer aux militants
autre chose que le choix entre Laurent Fabius et Jean-Marc Ayrault,
entre Dominique Strauss-Kahn et François Hollande. Il faut donc que
notre courant fasse dans le même mouvement deux choses : obliger à la
clarification et se préparer à être une alternative.
- C'est pourquoi notre texte interpelle les militants. Car c'est
avec eux que nous construirons une majorité nouvelle, et non par des
combinaisons nouées rue de Solferino. (...) Notre nouveau rassemblement
compte plusieurs fédérations, plusieurs parlementaires, qui commencent
à faire nombre, des centaines de responsables syndicaux, des centaines
de militants engagés dans le mouvement social. Ce sont des forces considérables.
Elles en entraîneront d'autres. C'est le sens de la démarche de clarté
et de rassemblement que nous proposons.
-
- "Un bon texte, démocratie et ouverture"
- Gérard Filoche
-
- Dans les deux jours de débat, Gérard Filoche a pu disposer de
huit minutes pour s'exprimer le vendredi soir : Bonsoir, chers camarades,
content d'être parmi vous ce soir... Raffarin a disposé hier soir de
120 minutes de télévision pour, sous un air patelin, défendre un programme
thatchérien très dangereux pour les salariés, pour les droits sociaux,
pour le peuple de France. Nous avons là un ultra-libéral qui s'attaque
aux salaires, aux 35 h, auxretraites, aux droits des salariés, aux emplois
jeunes, à la protection sociale, qui ristourne des impôts aux riches,
qui veut défaire cette "exception française" que tant de luttes
- et deux grèves générales en trente ans, de mai 68 à Nov-Déc 95 - ont
réussi à bâtir. C'est pourquoi il est urgent d'agir pour rassembler
la gauche, pour reconstruire un front uni, pour ancrer le parti socialiste
à gauche. Cela se fait autour d'un idéal socialiste mais pas seulement,
les salariés, le salariat, 88 % de la population active, notre base
sociale naturelle, veut aussi des réponses précises, des mots d'ordre
immédiats qui vont prendre tout leur sens dans les semaines et mois
qui viennent, au cours des luttes qui se produiront pendant notre débat
de congrès. Et sur ces réponses immédiates, on ne peut pas faire l'impasse
: il faut donc être précis sur la hausse des salaires directs et indirects,
sur la hausse du Smic, son rôle et son niveau. Il faut donc être précis
sur la défense des 35 h, conquête historique, et sur leur mise en oeuvre
étendue, systématique, sans flexibilité, avec embauches pour contrepartie
et avec maintien des salaires. Il faut donc être précis sur la façon
de faire face aux nombreux licenciements qui viennent, et défendre non
seulement la loi de modernisation sociale mais un nouveau contrôle administratif
capable d'empêcher les licenciements boursiers abusifs. Il faut donc
être précis sur la défense des retraites et pour empêcher le recul que
Raffarin et Fillon veulent imposer aux fonctionnaires, il faut prôner
le retour à 37,5 annuités de cotisations, pour tous, privé et public,
et le maintien, ainsi de la retraite par répartition à 60 ans, à taux
plein. Il faut aussi être précis sur la façon de faire face frontalement
aux attaques de Raffarin, qui sous couvert de décentralisation, veut
démanteler l'état républicain, et face aux changements constitutionnels
qu'il avance, il faut défendre le retour à un système parlementaire
démocratique, pas présidentialiste, vers une sixième République. Cela
fait pas mal de choses importantes qui font partie du débat politique
et que nous devons clarifier entre nous avant d'aller demander clarification
aux autres, avant de convaincre les autres, car c'est là l'essentiel,
nous voulons convaincre sur des questions concrètes... N'est-ce pas
?Or tous ces éléments précis que nous allons devoir défendre au jour
le jour, dans la période immédiate, ils ne sont pas dans le texte qui
nous a été présenté à l'instant, par François Delapierre... Et faut-il
le dire, rien ne s'est pas passé "facilement" comme celui-ci
nous l'a dit, dans la commission d'écriture. Je dirai même au contraire,
ça s'est mal passé, nous n'avons jamais pu nous voir tous ensemble,
la commission a mal travaillé, et des amendements, réflexions n'ont
pas été intégrées, il y a d'ailleurs, à l'heure actuelle, deux projets
de textes sur la table, et il faut, pour le moins que la commission
se réunisse encore, ici, et travaille collectivement, si nous voulons
arriver à un bon texte... A propos de collectif, c'est le deuxième point
que je voulais traiter, comment dire, un courant de gauche ne peut être
dirigé... par un binôme, vous me comprenez, ni d'ailleurs par un trio,
un quatuor, ou autre, il faut pour refléter les aspirations des militants
qu'un courant de gauche donne l'exemple, d'une équipe collective et
de la démocratie pour que les idées que vous avez, vous tous, nous tous,
se reflètent et soient défendues, nous n'en sommes malheureusement pas
là...
- Enfin puisque l'on me demande de conclure, je veux dire aussi
un troisième point qui me préoccupe pour que nous puissions construire
un grand courant de gauche qui ait vocation majoritaire...
- Il faut qu'il soit "ouvert", ouvert cela veut dire
qu'il faut regarder la configuration de notre parti, tous les chats
ne sont pas gris, et François Hollande ce n'est pas Laurent Fabius ni
DSK. Et si, dans ce congrès ou plus tard, ce devait être les "blairistes"
qui prennent le parti, qui le contrôlent, nous regretterions tous, beaucoup
de liberté, de débat, de ton, et aussi de références de fond qui existent
à l'heure actuelle dans nos rangs, mais qui disparaîtraient. Regardez
ce qui arrivé en Grande-Bretagne quand Tony Blair a pris le pouvoir
dans le parti, regardez les obstructions démocratiques, regardez la
mise au ban de la gauche, regardez l'orientation archi droitière qui
est mise en oeuvre au détriment du vieux labour, des liens avec les
syndicats. Gardons-nous de cela. Nous, il faut renouer nos liens avec
les syndicats, le mouvement social, le salariat. Pas de coupure comme
en Italie ou en Espagne entre secteur "modéré" et "radical",
un même front. Faisons le nécessaire pour convaincre plutôt que de dénoncer,
créons un pôle de gauche, un rapport de force, certes nécessaire, mais
tendons la main, car pour ancrer vraiment notre parti à gauche, il est
préférable de se garder de "frapper le quartier général" de
dénoncer "les lâches et les faux-culs", (1) ce n'est pas comme
cela qu'on peut faire un grand courant ouvert à vocation majoritaire,
ni être bien entendu par les militants... Or ce que nous sommes nombreux
à vouloir, c'est trois choses, un bon texte, une direction collective,
et une véritable ouverture vers d'autres qui bougent, vers d'autres
réunions ouvertes, qui élargissent les rangs et dessinent une vraie
majorité de gauche au congrès... (1) référence au gros titre de "A
Gauche" du 27 septembre.
-
- "Ni-ni, naf-naf, Nouf-nouf, ni molettisme,ni blairisme"
- Jean-Luc Mélenchon
-
- La clarification doit avoir lieu bien sûr, avec les camarades
Laurent, Dominique, qui ont l'honnêteté de proposer une autre ligne
politique,même si vous noterez qu'ils se gardent de la soumettre au
vote des militants. Mais il y a aussi leurs supplétifs, leurs groupes
annexes, les champions du ni-ni, ni molettisme, ni blairisme, ni archaïsme,
ni modernisme, du naf-naf, du nouf-nouf, comme les trois petits cochons
qui vont d'une cabane à l'autre. Un ventre mou qui en toutes circonstances
fait prévaloir le juste milieu. La droite peut se passer de programme
car elle incarne la reproduction de l'ordre des choses tel qu'il est.
Mais la gauche, elle, ne peut vivre sans programme, ni sans la culture
de référence qui va avec... (...) Notre programme doit réaliser la synthèse
qu'avait opéré le parti d'Epinay, quand la gauche s'est attachée à répondre
au grand mouvement né en mai 68 (...) Nous devons aujourd'hui tout faire
pour empêcher une coupure entre deux gauches, une gauche de la gestion
et une gauche de la contestation (...) Le club du Nouveau Monde est
donc une initiative fédératrice, ouverte à toute la gauche. Il n'y a
pas d'autre voie : front unique, programme commun.
-
- "La politique est de retour, clarifions lesdébats !"
- conclusion d' Henri Emmanuelli
-
- Le temps de la politique est revenu. Car c'est bien pour faire
de la politique que nous sommes ici rassemblés.
-
- DISCOURS DE CLOTURE D' HENRI EMMANUELLI
- Le début d'un nouveau rassemblement
-
- Nous ne sommes pas là, comme je l'ai entendu avec une insistance
malsaine, pour sceller une alliance entre deux anciens courants du P.S
qui auraient décidé de conclure un Pacs clubiste. Ni pour créer un pôle
de gauche à vocation minoritaire, une sorte de casemate de la nostalgie,
comme l'affirment tout haut ceux qui à défaut de vouloir ou de savoir
choisir cherchent à se rassurer. Nous ne sommes pas d'avantage là pour
lustrer les plumes d'une future aile gauche pour ce curieux oiseau que
serait le Solférinodactyle, seul de son espèce à pouvoir défier les
lois les plus élémentaires de l'aérodynamique et de la pesanteur, en
n'ayant d'aile que sur sa gauche, un centre lourd, hétéroclite, vorace,
et pas d'aile sur sa droite : un véritable cercueil volant, en somme
! Non : nous sommes là pour créer les conditions d'un véritable débat,
n'en déplaise à celles et ceux qui mettent en avant, depuis trop longtemps,
le risque des querelles de personnes pour rester confortablement installés
dans l'ambiguïté des motions de synthèse. Nous sommes là pour lancer
la dynamique d'un nouveau rassemblement à vocation majoritaire qui se
fasse sur des bases politiques claires et non sur des arrangements de
chaises au sommet, pour que la politique reprenne ses droits et les
militantes et les militants les leurs. Nous sommes rassemblés pour expliquer
cette démarche et dire avec force qu'elle est ouverte à toutes celles
et ceux, dans le parti, comme hors du parti, qui en comprennent et en
éprouvent la nécessité.
-
- Nous sommes là pour en fixer les contours et créer les conditions
de sa réussite. La réunion d'Argelès-sur-Mer n'est pas l'aboutissement
d'un processus, d'un simple regroupement, mais au contraire le début
d'un nouveau rassemblement, ouvert je le répète, à toutes celles et
ceux qui partageront notre objectif global et viendront l'enrichir de
leur expérience, de leur culture, de leur dynamisme, de leur espérance.
Quel est cet objectif ? A la différence de beaucoup d'autres, notre
objectif ce n'est pas nous dans cinq ans: c'est le socialisme. (...)
Non, ce social-libéralisme, puisqu'il faut bien l'appeler par son nom,
nous n'en voulons pas. (...)Ainsi, par exemple, le choix de la baisse
de l'impôt n'est pas neutre dans le débat fondamental entre action publique
et action privée, entre intérêt individuel et in-térêt collectif, entre
service public et service privé. Et à l'intérieur même de cette orientation
contestable, qui soit dit en passant devait nous préserver de la défaite
- le choix de la baisse de l'impôt sur le revenu, y compris de sa tranche
supérieure, plutôt que celui de la T.V.A, l'était encore moins. Choisir
la baisse de l'impôt sur le revenu, le seul qui soit progressif et donc
redistributif, c'est non seulement encourager la tendance à la rupture
de solidarité entre riches et pauvres qu'impliqué cette fameuse re-distribution
sans laquelle la recherche d'une meilleure justice sociale serait un
vœu pieux, mais c'est aussi préparer les conditions de son impossibilité.
(...) De même, pour m'en tenir à deux exemples, mais nous aurons l'occasion
d' y revenir dans les prochaines semaines, je rappellerai la conversion
de notre parti à la prime à l'emploi et le débat qui s'en est suivi
sur son appartenance à l'arsenal anglo-saxon des discriminations positives.
(...)Non, mes camarades, au moment des choix ultimes, quand l'ambiguïté
n'est plus possible, le social-libéralisme ne se trompe pas : sous prétexte
d'adaptation et de modernité, il sacrifie le social au libéralisme,
la justice à l'efficacité économique, le salarié au capital. (...) Au
congrès de Grenoble, c'est bien sur le double refus de tenir une conférenceen
faveur des bas salaires et de choisir le parti des syndicats majoritaires
contre la prétendue refondation sociale du Medef que nous avons rompu
avec la majorité : ce n'étaient tout de même pas des détails ! Nous
n'avons pas davantage inventé le triste débat sur la baisse de la fiscalité
sur les stock-options qui, avec moins de deux années de recul, est proprement
consternant. Ni celui qui a suivi sur la baisse des impôts, dont j'ai
déjà parlé. Nous n'avons pas d'avantage inventé le débat qui a eu lieu
sur l'actionnariat salarial - qui connaît aujourd'hui les succès que
l'on sait- ou celui sur les fonds de pension à la française ! Ni la
brutale conversion au système de la discrimination positive à travers
la prime à l'emploi. Ni le rapport Charzat, que la droite nous jette
tous les jours à la figure en séance publique. Nous n'avons pas imaginé
l'abracadabrante proposition de taxe sur les armes censée se substituer
à la taxe Tobin pour financer le développement, comme si l'aide au développement
pouvait dépendre du niveau des conflits ! Et ce n'est pas nous qui avons
ouvert, en pleine campagne électorale, le débat sur l'ouverture du capital
d'E.D.F, ou proclamé que la redistribution était derrière nous. Le fait
que nous ayons d'avantage privatisé que le gouvernement précédent n'est
lui aussi qu'une péripétie imaginaire. De même que la réduction de l'aide
au développement par ailleurs proclamée comme une impérieuse nécessité.
Et j'en passe(...) Vous découvrirez aussi, revendiqués à demi mots les
choix qui nous contrarient : l'ouverture du capital des entreprises
publiques au nom des projets industriels, dont France Télécoms est une
brillante démonstration. Vous apprendrez que la réforme des retraites
doit être fondée sur la répartition " et plus de liberté "
: c'est le plus qui pose problème. Mais aussi que " si une réglementation
conduit à détruire des emplois, il faut s'interroger sur elle ".
(...)
- Non, mes amis, mes camarades. Nous ne voulons ni de l'opportunisme
ges-tionnariste, ni du social- libéralisme de Il manque une partie
du texte...
-
- Un court instant de dialogue imaginaire...
-
- Dans sa réponse en nocturne le vendredi 27,
Henri Emmanuelli a avancé un véritable argument
a Gérard Filoche qui voulait améliorer le texte
distribué aux militants (notamment sur les salaires,
les licenciements boursiers, les 37,5 annuités et
demie, les services publics...). Il a dit "
- Pourquoi critiquer ce texte en disant qu'il n'y
en a pas assez, si c'est pour ensuite demander l'ouverture
à des gens qui trouveront qu il y en a trop ?"
La réponse vaut le coup d'être faite : " -
Justement ! Parce que nous sommes la gauche, autant
être clairs entre nous, et partir vraiment de ce
qu'on veut défendre, ne pas mettre de l'eau dans
notre vin, car c'est sûr, si nous voulons nous ouvrir,
"les autres nous demanderont des concessions.
Tout syndicaliste sait qu'on ne commence pas par
en faire soi même avant qu'on nous les demande...
Et puis parfois "les autres" acceptent
des revendications sur lesquelles on s'était bêtement
auto-censure... " Hélas, à Argeles, il n y
eut, faute de débat, jamais l'occasion de faire
cette réponse. GF
|
-
-
-
- " Le 21 avril dernier, les socialistes, et avec eux l'ensemble
de la gauche, subissaient une défaite cruelle. L'absence du candidat
PS et la présence de l'extrême droite au second tour de l'élection majeure
de la Ve République ont profondément choqué les consciences de gauche.
L'onde de choc a balayé les fondements incertains sur lesquels s'est
construite ces dernières années la stratégie des socialistes. Le parti
socialiste doit se relever. Il reste la force principale de la gauche.
Mais son identité, son projet, sa stratégie de rassemblement sont à
reconstruire.
- Nous en avons les moyens. Car un mouvement profond peut nous porter
pour peu que nous sachions l'entendre. Partout l'ordre injuste du monde
se heurte à une contestation croissante. En France, l'alternative à
gauche peut s'appuyer sur une base solide : un salariat ultra-majoritaire,
un pays qui a mieux résisté que ses voisins à la vague libérale des
années 80, un peuple épris d'exigence républicaine.
- Mais il faut d'abord tirer les leçons du 21 avril. Ce jour là,
un pari a échoué. Celui d'être à la fois à Davos et à Porto Alegre.
Celui de penser que l'on peut dans le même temps défendre le service
public et l'ouverture du capital des entreprises qui en assument la
mission. Celui de croire qu'il est possible de faire progresser l'Europe
démocratique et sociale sans remettre en cause sa construction libérale.
- Le temps des synthèses improbables est donc révolu. Il est temps
de sortir du compromis bancal entre ceux qui veulent accompagner la
mondialisation libérale et ceux qui en contestent la logique et les
effets. Nous proposons une nouvelle orientation pour le parti socialiste
et pour la gauche. Nous savons que d'autres options existent dans les
rangs du PS. Qu'elles s'expriment clairement ! Dans la sérénité et le
respect mutuel, mais sans fards ni faux-semblants. Ce sera aux militants
de débattre puis de trancher, pour une discussion véritable et un Congrès
utile. Nous pensons que nos idées sont partagées par la majorité des
socialistes. Pour qu'ils puissent le dire, pour que leur parti soit
dirigé en accord avec leurs convictions, nous avons fondé un nouveau
courant, " Nouveau Monde ", à l'occasion d'un rassemblement
qui s'est tenu le 27 septembre dernier à Argeles. Qui se reconnaît dans
l'état d'esprit que décrivent ces premières pages y a toute sa place.
Ensemble, nous écrirons la motion d'orientation soumise à tous. Ensemble,
si la majorité des militants le souhaitent, nous conduirons l'avenir
de notre parti.
-
- Une clarification urgente et nécessaire
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- L'offensive libérale dans le monde ne s'est pas interrompue un seul
instant. Elle peut compter aujourd'hui sur le zèle actif du gouvernement
de droite.
- Nouvel internationalisme, opposition résolue à la droite, renouveau
du socialisme : il n'y aura de gauche crédible qu'au prix de cette ambition
globale. Ne croyons pas qu'il suffise d'attendre le retour automatique
d'un miraculeux balancier électoral qui nous ramènerait aux responsabilités
aussi promptement qu'il nous en a chassé. Il n'y aura pas de reconquête
sans combat. Pour le peuple de gauche, l'alternance à la droite n'a
de sens que pour faire vivre une alternative au libéralisme. (...)
- Quelques questions que nous devons trancher Nous souhaitons que
notre prochain congrès soit celui de la clarification. Il est donc temps
que les militants se prononcent sur quelques points essentiels.
- (...) Clarifier sur la mondialisation :
- (...) Clarifier sur l'Europe :
- (...) Clarifier la question de notre base sociale :
- (...) Clarifier notre vision de la redistribution :
- (...) Clarifier notre position sur les services publics :
- (...) Clarifier sur les 35 heures pour tous :
- (...) Clarifier notre position sur les retraites :
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- Clarifier notre position sur les retraites
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- Les fonds de pension avaient la cote quand le CAC 40 culminait à
7000 points. Aujourd'hui, la Bourse n'en finit pas de s'enfoncer dans
les bas-fonds, mais les défenseurs de la capitalisation n'en ont pas
pour autant perdu leurs certitudes. Soucieux de ne pas se faire prendre,
ils avancent masqués en demandant simplement la création d'un "troisième
étage" pour les retraites. Mais qui peut ignorer que ce "troisième
étage", en germe dans l'épargne salariale, ne manquera pas de détourner
les ressources de la retraite par répartition ? Livrer notre système
de retraite aux fonds de capitalisation, c'est s'exposer à la ruine
des petits épargnants qui a déjà frappé les salariés anglais et américains.
Là encore, il faudra dire si le Parti socialiste est favorable au financement
partiel des retraites par des fonds d'épargne salariale comme certains
de ses dirigeants le défendent. Pour notre part, nous ne pensons pas
que les acquis de la retraite par répartition, construits dans l'après-guerre
et élargis par la retraite à 60 ans, soient devenus aujourd'hui des
luxes infmançables. La clarification sur ces points est une condition
de notre présence efficace aux côtés des salariés, dès l'année qui vient,
dans la bataille pour défendre les retraites.
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- Clarifier sur la République
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- La République a bonne presse chez les socialistes. Mais dès qu'il
s'agit d'entrer dans la pratique, c'est la confusion qui règne. Il est
en effet difficile d'accorder l'exigence républicaine d'égalité devant
la loi et la tentation particula-riste. De même, on ne peut à la fois
affirmer son attachement à la laïcité et encourager certaines dérives
communautaristes. Enfin, il ne peut y avoir de progrès véritable de
notre démocratie sans remise en cause de sa dérive oligarchique.
- C'est pourquoi nous pensons que le Parti socialiste doit remettre
en cause les institutions obsolètes de la Cinquième République. Leur
logique présidentialiste nous a en effet conduit à bien des déconvenues.
En a encore témoigné l'inversion du calendrier électoral. Il faut redonner
une place centrale au Parlement, permettre l'expression de tous les
courants de pensée pour lutter contre l'abstention, assurer une participation
effective des citoyens à la vie publique. Nous sommes donc partisans
de l'instauration d'une Sixième République.
- (...) Clarifier sur l'écologie :
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- La responsabilité des socialistes
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- Le PS reste le parti pivot de la gauche française. Il peut être
l'artisan de son rassemblement. Car plus que jamais, l'unité de la gauche
reste un impératif stratégique. (...) Qui peut croire en effet que nos
partenaires, leurs électeurs, et au-delà tous ceux qui participent au
mouvement social, se résigneront à accompagner un projet socialiste
multipliant les concessions au libéralisme ?
- En déplaçant le centre de gravité du PS vers la gauche, nous
éviterons que s'installe une fracture insurmontable entre une gauche
confinée dans la gestion et une autre vouée à la contestation. (...)
- Nous voulons également que notre parti assume sa responsabilité
d'opposant à la droite. Celle-ci doit être ferme et résolue. Les acquis
sociaux aujourd'hui mis en cause méritent d'être défendus bec et ongles.
Nous ne craignons pas, comme certains de nos camarades socialistes,
l'accusation d'opposition systématique. Le soupçon d'accointance serait
bien plus disqualifiant !
- Notre combat contre la droite sera d'autant plus efficace qu'il
s'appuiera sur le mouvement social. Aurions-nous battu la droite en
1997 sans le formidable mouvement de défense du service public et des
retraites de novembre-décembre 1995?
- Tout ceci est possible, si nous reconstruisons un parti militant,
vivant, en phase avec les luttes sociales, à la pointe des combats démocratiques.
- (...)Avec toutes celles et ceux qui partagent notre démarche, sans
aucune exclusive, nous voulons relever ce défi.
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