Ces mots deviennent ici de l'énergie pour construire...
 
Ces mots pour Jean-Paul... et pour nous.
 
Jean-Paul nous a quittés ; chaque jour nous devons nous rendre compte que ce qu'il nous donnait est devenu inaccessible. Chacun le dit à sa manière quand il s'exprime ici, à ce propos.
Le foisonnement des engagements dont il a fait sa vie constitue sans doute la matière d'un livre. Mais pour qu'il soit fidèle et utile cet ouvrage est encore à penser. En attendant, après cette mort, les mots qui affluent dans diverses occasions amicales ou officielles, écrits ou parlés par toutes sortes de témoins donnent à réfléchir. Nous les avons rassemblés à cause de cela.
Ces mots disent le militant, l'homme public et aussi l'ami, le frère, le camarade ou le voisin. Ils montrent comme il était tout un, d'abord au service des plus exploités et des plus humbles et citoyen du monde...
Ces mots disent la peine, désolée, immense, fraternelle.
Ces mots disent aussi combien cette vie d'homme debout nourrit les bâtisseurs d'utopies. Ils expriment la volonté de poursuivre la route après avoir fait chemin ensemble.
Ces mots deviennent ici de l'énergie pour construire nos rêves de justice et d'égalité. Ils nous donnent donc à penser nos vies.
Jean-Paul aurait sans doute aimé que ces mots servent à aller un peu plus loin, c'est pour cela que nous les avons rassemblés dans cette publication spéciale.
A Gauche et Démocratie et Socialisme
 
 

... au refuge des mots
 
Jean-Luc Mélenchon
Ministre de l'Enseignement Professionnel
jeudi 3 janvier 2002, à Toulouse
 
Mesdames, Messieurs les Parlementaires Monsieur le Président du Conseil Général Amis et camarades Chère Christiane,
 
Le Premier Ministre Lionel Jospin connaît la peine qui nous réunit en ce lieu.
Il m'a autorisé à m'absenter du Conseil des Ministres qui a lieu en ce moment pour que je puisse me trouver parmi vous.
Partie parce qu'il sait que c'est ma place à cette heure, comme c'est le cas pour chacun de ceux qui sont ici.
Partie pour l'y représenter et vous dire sa compassion et sa fraternité. Ainsi en est-il fait. C'est à mon tour à présent d'aller au refuge des mots pour accompagner la tristesse et la souffrance de ceux qui aimaient Jean-Paul.
Amis, parents, camarades, Maudite soit la mort! Elle nous arrache toujours à nous-mêmes quand elle emporte sa part toujours recommencée. Alors, et parfois alors seulement, nous mesurons qu'elle a pris ce qui a le plus d'importance. Nous le sentions. Après nous le savons. Et il faut vivre alors, avec cette prise de conscience.
 
Maudite soit la mort,
Parce qu'elle nous dit les sourires qui ne seront plus partagés, les joies et les peines qu'il nous faut vivre dorénavant sans toi, Jean-Paul.
Que nous soit alors rappelé le goût de la vie, l'urgence de la vivre à chaque instant pleinement, de ne rien perdre à aucun moment des bonheurs que nous pouvons donner, et de ceux qu'il faut savoir recevoir.
Jean-Paul Fonvieille aimait la vie plus lucidement qu'aucun d'entre nous depuis qu'il se savait rendu à ses frontières. Et c'est pourquoi l'homme qu'il était nous est paru sans cesse plus proche parce qu'il était plus intense, plus dépouillé de l'accessoire qui disperse les autres êtres.
Ici s'exprimait à nu le lien intime qui unit l'homme qu'il était à son engagement social. Ainsi en a-t-il été jusqu'au point où son courage devant l'épreuve, sa constance aux combats, la vigueur de ses convictions cessaient d'être ce qu'elles donnaient à voir pour devenir pleinement et radicalement une manière d'être, une identité.
Déjà sa barque était lancée depuis cette rive, savait. Et nous aussi.
Dès lors nous avons vécu auprès d'un homme qui devait absolument aller toujours à l'essentiel de ce qui vaut la peine d'être vécu pour être soi-même, dans le fil d'une vie, dans l'exigence du bonheur de comprendre ce qui se passe et d'y trouver la place utile de ceux qui choisissent d'agir plutôt que de subir.
En m'exprimant comme je le fais, je veux être fidèle à nos dialogues personnels à partir du jour où il me fit le don de son amitié.
Jean-Paul Fonvieille était peu porté à l'auto-apitoiement. Je ne l'ai jamais vu que décrire et démonter des problèmes ou des défis pour délimiter des points de passage. Il réglait tout le reste, ce qui ne s'explique pas, ce qui ne peut pas se prévoir, ce qui échappe à une prise de conscience agissante, il le réglait par l'arme subtile entre toutes que se réservent les sages: l'auto-dérision.
Jean-Paul était courageux parce qu'il avait peur d'avoir peur.
Jean-Paul était honnête parce qu'il craignait la fausseté.
Rien de ce qui était en lui ne l'était par inconscience. Tout l'était par choix et par lutte, parfois contre lui-même.
Ainsi, Jean-Paul est un maître à penser parce qu'il a éprouvé qu'il n'y avait pas d'autres chemins praticables que celui d'ouvrir les yeux maintenant, encore, toujours, et jusqu'à la seconde où tout passe, pour finir.
A notre tour de porter la part d'exigences dont il avait fait sa vie. Je sais qu'il est étrange pour beaucoup de parler de politique devant les restes d'un homme que nous ne verrons plus, ou seulement du regard intérieur. C'est que la saison n'est plus dans ce moment ce qu'elle a été quand de tels hommes ont fait leurs choix de vie. Mais c'est notre devoir d'ami, de frère, notre devoir de vérité et d'honnêteté de dire ce que nous acceptons librement de continuer sans lui qui a remplit sa vie, qui anime la nôtre.
Oui, l'engagement politique de Jean-Paul remplissait sa vie. Il éclairait ses affections. Il brûlait ses calendriers.
De sa vie militante commencée dans l'idéal du socialisme révolutionnaire, j'atteste devant vous qu'il n'avait jamais renoncé à aucune des exigences de cet idéal ni à aucun des devoirs qu'il commande.
Du communisme des trotskystes au socialisme de ceux de la Gauche socialiste qu'il avait fondé avec d'autres dans sa famille socialiste, c'est la même braise qu'il entretenait, prise au même foyer d'espérances et de volonté, peu soucieux des cendres qu'il faut savoir abandonner pour que soit maintenu le cap qui nous est confié, après d'autres, tant d'autres.à qui nous devons des comptes comme à nous-mêmes, comme à ceux qui n'ont que nous pour faire vivre leurs raisons d'espérer et de lutter.
Syndicaliste, fondateur de SOS Racisme, militant politique du socialisme, rien de ce qui faisait vivre cet homme ne s'est éteint avec lui.
L'esprit ne s'éteint pas. Il vit par ses œuvres.
Jean-Paul, donne-nous de ton courage pour nous passer de toi ;
donne-nous de ton humour pour ne pas nous apitoyer sur notre peine ; donne-nous de ta rigueur pour garder nos rangs unis ;
Jean-Paul, nous allons tâcher de rester dignes de ce pourquoi tu nous aimais.
 

 
Un militant respecté de tous
 
Chers camarades, chers amis,
C'est avec une grande tristesse et beaucoup d'émotion que j'ai appris par François Simon, en ce début d'année, le décès de notre camarade Jean-Paul Fonvieille.
Jean-Paul était une figure de la gauche toulousaine. Il était depuis longtemps de tous les combats pour la liberté, l'antiracisme et la justice sociale.
Militant associatif, syndical et politique, il nous avait rejoint en 1995 au Parti Socialiste.
Je garde de lui le souvenir d'un homme loyal, convaincu, fidèle à ses idéaux, enraciné dans les quartiers.
C'était un militant respecté de tous. Au moment où j'écris ces mots, je pense à son épouse Christiane, à Laure, sa fille, à ses parents et amis dont la douleur est grande aujourd'hui.
Aussi, j'ai tenu à m'associer à cet hommage que vous rendez collectivement à Jean-Paul Fonvieille au travers de ce numéro spécial.
Amitiés socialistes Lionel Jospin
 
Chers amis,
Vous êtes réunis pour rendre hommage à Jean-Paul au moment où il nous quitte. Retenue au Conseil des Ministres où je présente une communication, je ne peux être à Toulouse, mais soyez convaincus que je m'associe à vous par le coeur et la pensée.
Les images des temps passés ensemble, avec lui, reviennent douloureusement mais rappellent aussi la force de ses engagements , le sens des combats qu'il menait avec une ferme détermination, mais aussi avec beaucoup de respect et d'attention aux autres.... Je me souviens bien sûr des nombreuses réunions où nous nous attachions à trouver la voie, concrète et efficiente, pour cette transformation radicale du monde et de la société qu'il appelait de ses voeux. Pour lui, l'anticapitalis-te, le socialisme n'était pas une simple référence, de vagues valeurs à promouvoir ; c'était une volonté, cela devait être une perspective qui guidait tous les actes, les décisions politiques , la mobilisation sociale ou associative. Il n'avait pu se contenter de la voie protestataire et avait fait le choix, en rejoignant le parti socialiste et la gauche socialiste, de se frotter à l'épineuse question du pouvoir. Il le faisait avec beaucoup de lucidité et de clairvoyance et je dois dire qu'à titre personnel et avec bien d'autres, j'ai beaucoup appris de lui.Parler politique avec Jean-Paul était un vrai bonheur. Agir avec lui une vraie leçon.
A la fin de l'été, j'ai encore en mémoire ses longues analyses sur la situation politique à Toulouse, sur la façon de préparer l'échéance présidentielle sur l'urgente nécessité pour les socialistes de porter haut et fort une alternative à la mondialisation libérale. L'avenir lui appartenait même s'il avait la claire conscience des menaces qui pesaient sur sa santé. Ce combat-là, il le menait aussi avec une détermination exceptionnelle qui forçait l'admiration de tous. Je garde de Jean-Paul une autre image, celle de ce militant ancré et aimé dans ce quartier du Mirail que je visitais, il y a quelques mois, comme ministre. Il me le faisait découvrir avec ce regard du rebelle qui ne se satisfait ni des beaux discours sans actes et de la compassion envers les plus faibles, ni de ces lenteurs politico-administratives indifférentes à l'urgence sociale. Il avait dans le même mouvement ce sourire généreux, cette attention à chacun qui rayonnaient et donnaient confiance...
 
Si tout n'était pas possible... beaucoup l'était. Il l'avait dit, écrit, il avait plaidé pour qu'on casse les ghettos.
 
Préparant la préface de la «Fracture toulousaine», l'ouvrage qu'il avait réalisé avec François Simon, nous avions pu ensemble faire avancer l'idée qu'une France où les banlieues sont bannies, isolées, méprisées, n'est pas digne de sa République. Il initiait l'idée de l'Urbanité Républicaine que nous tentons aujourd'hui d'incarner. Jean-Paul a creusé un sillon, ouvert un chemin, mis en route des générations de militants, de responsables politiques.
Il fut un bâtisseur , un éclaireur de conscience, un maître au sens de ces hussards de la République ! Il fut aussi un ami qui, au-delà des engagements et de l'action , s'attachait à donner sens à la vie. La sienne fut courte, trop courte, mais si ample, qu'il reste pour nous présent.
Marie-Noëlle LIENEMANN Secrétaire d'Etat au logement
 

 
Assemblée Générale de la République Sociale 3l, 16 janvier 2002
 
Chers amis, chers camarades Jean-Paul Fonvieille avait souhaité que cette première Assemblée Générale de la République Sociale 31 de 2002 soit une réunion militante qui inspire l'action de tous. La mort l'a fauché et nous commençons cette année en portant son deuil.
 
Le 3 janvier à Toulouse nous lui avons rendu un hommage public qui a marqué les esprits, mais nous évoquerons ici aussi cette vie riche d'enseignements. Car on peut être fiers de partager avec cet homme son engagement d'aujourd'hui à la Gauche Socialiste !
Jean-Paul ne pouvait se résoudre à laisser aller le monde tel qu'il va. Il avait l'amour de la justice, il fallait donc qu'il soit rebelle ! Mais ce n'était pas qu'un révolté, c'était aussi un constructeur, comme les travailleurs du bâtiment... Le travail l'avait façonné : le travail ça tanne le cuir, ça ride, ça donne de la rugosité et donc du relief aux visages... La biographie de Jean-Paul Fonvieille n'en manque pas ! Elle déroule les luttes d'une génération de militants : 68, Vietnam, Chili, Espagne, Palestine, Emanciper l'Ecole, Marche des beurs, SOS Racisme, Festival Racines, Sans papiers, Sans Toit, Sans Rien, Habiter la Ville,...et Toulouse !
 
Le travail ça donne aussi de l'acuité au regard, ...Trotskiste et socialiste cette vie a toujours alimenté la même braise, celle d'un militant socialiste de l'émancipation humaine, elle est du même bois que celle de Jaurès, avant lui conseiller municipal de Toulouse.
 
Je ne veux développer plus ici, une plaquette éditée par nos journaux A Gauche et Démocratie et Socialisme permettra de détailler mieux et de faire parler d'autres témoins... J'ai eu en plus, avec quelques autres, le privilège d'être son ami. Il avait su faire preuve de courage physique devant les matraques policières et dans les émeutes du Mirait, mais sa lutte à mort contre la maladie fut celle d'un militant exceptionnel de la vie .
Il aimait les chants et les cuisines du monde, il aimait balader en montagne et qu'on lui explique la beauté des oiseaux, il s'aimait et il aimait. Le dernier cadeau qu'il m'a fait c'était des boutures de bambous. Le mien, c'était un album photos sur la résistance afghane de Massoud. Je lui écrivais que résister c'était faire preuve d'humanité. Conscient de son état il m'a dit alors : "Oui, mais ça ne suffit pas, il faut construire pour cela et avoir l'énergie". Il y a là une explication profonde de son choix politique : dénoncer l'injustice oui, mais en même temps avancer pas à pas pour changer la vie concrète des gens. Porter la parole mais aussi poser des actes : aider les habitants du Mirail à construire la formidable aventure culturelle du festival Racines ; assurer toutes les semaines, pendant des années et souvent seul la permanence d'aide juridique de SOS Racisme ; bâtir les campagnes et les arcs de forces politiques.
Jean-Paul voulait changer le monde de suite, cela ne veut pas dire qu'il n'était que pressé. Cela veut dire qu'il croyait moins aux promesses de grands lendemains qui chantent qu'aux actes solidaires et politiques qui instruisent les nôtres aujourd'hui, accroissent leurs forces immédiates et trempent les caractères. Cet été nous avons réfléchi ensemble aux objectifs de La République Sociale 31 : informer les militants, fournir des lieux de réflexion collective et militer.
Militer : porter nos idées propres dans les campagnes politiques de la gauche en 2002, se mobiliser aux côtés des forces antilibérales sur tous les terrains : associatifs, syndicaux et bien sûr politiques. Un pied dedans, un pied dehors. "Un pied dedans, un pied dehors" la formule ne doit pas être mal comprise. Un pied dans l'appareil du Parti Socialiste pour participer sans angélisme à la conquête du pouvoir. C'est pour cela que nos camarades luttent et œuvrent pied à pied dans les instances fédérales et nationales. Car le pouvoir, c'est l'objet essentiel de la politique.
Même s'il gardait un œil parfois injustement sévère sur cette activité indispensable, Jean-Paul y prenait sa part quand c'était nécessaire. Pour être précis, il ne critiquait pas le fait de discuter dans les instances du Parti, il critiquait le fait que d'aucuns ne sachent pas en sortir et y vieillissent assis sur la rente de situation procurée par l'habitude et l'ancienneté et loin des préoccupations du peuple. Car il savait que la force des socialistes se trouve dehors, dans la lutte réelle des salariés, des pauvres et des indésirables du monde. Oui, un pied dehors pour porter ailleurs la parole socialiste sans cacher son drapeau, pour permettre aux gens de comprendre la complexité des choses, pour montrer les choix qui sont nécessaires : si l'on ne porte pas la gauche au pouvoir, nous ouvrons la voie à la déferlante libérale. Il faut le dire partout ! Et il n'y a pas à se pincer le nez pour le faire ! Jean-Paul n'avait pour cette attitude aucune complaisance. Au contraire, il ne décolérait pas devant l'aveuglement de l'extrême-gauche à ce sujet.
Certes les matériaux de l'union sont de qualités diverses mais la solidité de l'édifice dépend de sa cohérence et son ciment théorique c'est l'analyse du nouvel âge du capitalisme que la Gauche Socialiste a l'honneur d'avoir stimulée dans le Parti Socialiste. Porter la parole sans cacher son drapeau. Il est important de revendiquer notre choix du Parti Socialiste sinon, pourquoi ceux qui nous entendent iraient-ils donc voter pour lui?
 
Comme Jean-Paul, soyons réalistes, soyons unitaires pour cent.
 
Conduit par nos objectifs fondamentaux et les déclinant en pratique, Jean-Paul savait que "L'autre cohérence" ne pouvait prendre vie que portée par les forces de gauche unies.
 
Notre camp c'est celui des 85% de salariés en convergence d'intérêt aujourd'hui avec bien des productifs qui souffrent de la pression libérale.
 
Nous sommes donc des militants de l'unité, Jean-Paul nous adressait cet ultime message sur son lit de mort, drapé de rouge: il portait notre tee-shirt noir aux couleurs Rouge-Rose-Vert. "C'est pourtant simple de ne pas se tromper"
Salut à toi Jean-Paul, nous garderons aussi de toi cette belle image de militant de l'Unité.
Camarades et amis, maintenant sachons cheminer vaillamment.
Ensemble.
Au bout du compte, ce qui compte c'est ce qu'on fait.
Pierre-Yves PELLEFIGUE le 16 janvier 2002
 
Jean-Paul avait vraiment; un don pour les relations humaines. Comment un homme aussi occupé "que le Directeur de Campagne des Municipales à Toulouse trouvait-i! le temps de discuter pendant une heure avec celui ou celle qui l'interpelait sur un sujet apparemment sans importance au" regard de la tâche qu'il accomplissait avec un maximum d'implication? Avoir du temps pour les autres, tout simplement curieux du parcours de chacun, pour jauger, pas forcément pour juger. Pour lui, tout était politique, il voyait l'investissement dans la moindre association, l'intérêt pour le moindre jroblême de tous les jours, comme un signe de militantisme. Si proche des gens, si vivant, si fraternel.
Nous ne pourrons pas garder de lui l'image de son beau masque mortuaire mais le souvenir de son sourire franc et de son feu intérieur.
Véronique VINET
 

 
Conseil National de la République Sociale, 12 janvier 2002
 
Je vous remercie de m'accorder le triste privilège de rendre hommage à Jean Paul au cours des travaux de notre Conseil National.
Beaucoup d'entre nous le connaissions. Il est parti le 30 Décembre à I7h30
Jean Paul a rejoint nos rangs fin 95. Depuis il était assidu à chacune de nos Université d'été qui sont un peu, chacun le sait ici, nos congrès annuels.
Il n'était pas membre de notre CN, mais y avait assisté 2 ou 3 fois.
La première à la Mairie d'Athis Mons alors qu'il était à Villejuif pour son foutu cancer.
Il y est revenu avec François Simon avant mars 2000 pour nous exposer la bataille toulousaine.
D'autres le connaissaient parce qu'élu au Conseil National de SOS Racisme de 1987 à 1998, il animait les débats avec Albert, David, Khaïssa, Jean Christophe, Christiane de Paris, Alain de Fréjus, Mustapha de Tours, Luc de Montpellier, Jean Michel de Pau, Catherine de Nantes, Christian, Patricia et moi de Toulouse.....
Chacun se souvient d'enguelades mémorables, de discussions passionnées, patientes, argumentées. Chacun a appris de ces discussions . Jean Paul et moi y avons appris à ne pas nous battre seulement contre. Nous y avons appris la démarche prépositionnelle.
Nous y avons appris que Réformes et Révolution ne s'opposent pas.
Cest pour un Congrès de SOS Racisme qu'il avait élaboré les mesures d'urgences qui préfiguraient son livre "la fracture toulousaine" matrice du programme municipal de la Gauche à Toulouse.
Quelques camarades le connaissaient aussi comme militant de la LCR où il était le cde Galli.
Jean Paul est venu au combat politique en réaction à la guerre d'Algérie II était de la lutte contre les fascistes dès son plus jeune âge. C'est étudiant en prépa Math au Lycée Fermât , animateur du Comité d'Action Lycéen, militant du Comité Vietnam National qu'il rejoint la Jeunesse Communiste Révolutionnaire, en Janvier 68. Il avait 18 ans.
En Mai 68 il est élu au comité de grève de son bahut et délégué de Fermât au Comité Central de Grève de Toulouse. Il cofondera la Ligue en 69 et participera au stage d'été en Corse où il était fier d'avoir côtoyé .... Jacques Higelin.
Il participe très tôt à la direction locale mais jamais au Comité Central.
De 70 à 73 avec Joël Trotard, Jacques Seyriex et d'autres il participe au "Groupe Spécial" II en existait 2 en France un à Paris l'autre à Toulouse.
Il faut dire c'était l'époque de l'agonie du franquisme qui tentait sa survie en assassinant basques et anarchistes. Le consulat d'Espagne (Toulouse était la capitale des républicains en exils) en a gardé longtemps quelques stigmates. C'est de cette époque , de ces combats qu'est née une profonde amitiés avec Daniel Bensaïd, Francis March (Paco Robs) , Tony Artous et Joël Trotard.
Militant internationaliste de toujours, il était citoyens du monde. Les 1100 personnes qui ont assisté à l'hommage public en témoignaient. Les 1100 personnes qui ont assisté à l'hommage public en témoignaient. Dans la salle on ne comptait pas les nationalités représentées.
La musique du catalan Llach, celle du cubain Compay Segundo chantant le "Commandant Guevarra", Celle du berbère Idir ont accompagné l'hommage sans oublier le violon de Alain Moglia, récemment licencié de sa charge de Directeur de l'Orchestre national de Chambre de Toulouse.
Lors de l'hommage rendu au sein de notre section du canton XII de Toulouse, celle du Mirail et des quartiers avoisinants, la présidence d'honneur était tenue par le doyen de la section: Jean Olle, militant de la République Espagnole, de la Catalogne libre.
Celui-ci a tenu à dire son émotion dans la seule langue du cœur qu'il connaisse: le catalan.
Un autre militant de notre section, ancien dirigeant du PAGS algérien de la région de Tiaret, mitraillé par les islamistes, exilé en France depuis, n'a pu conclure son intervention qu'en arabe dialectal algérien.
Des militants de notre section, miraliens bien sûr, de St Simon, Lardennes et des Pradettes, mais aussi Algériens, Marocains, Tunisien, Ivoiriens, Zaïrois, Congolais, Camerounais, Centrafricain, Tchadiennes, Malgache, Mahorais, Afgahn, Espagnols, Catalans, Antillais .... savent qu'ils ont perdu avec Jean Paul un frère de combat irremplaçable.
J'ai quant à moi connu Jean Paul en 1976 dans un Congrès de la Ligue au sein d'une tendance (la TE) dont la Ligue avait le secret. Julien Dray, Alain Tarlier (l'ancien tête de liste socialiste à Carcassonne), Jean Paul le toulousain et moi, le bitterois ainsi qu'une petite quinzaine de délégués quittaient la "majo" (Bensaïd) et voulaient que la Ligue rompe avec son gauchisme congénital pour se tourner vers toute la gauche et engage un réel travail de masse; Pour un syndicat lycéen, un syndicat étudiant réunifié, une centrale unitaire réunifiée des salariés.
Julien, dans son enthousiasme juvénile y avait vu un outil pour redresser le trotskisme mondial. La petite tendance (9% d'une organisation de 3200 membres) en fait était elle même divisée et regroupait une vingtaine d'autres délégués qui quittaient la minorité (Filoche) pour passer dans la majorité et son appareil (le cde Markos, mieux connu aujourd'hui dans les milieux journalistiques sous le nom de Philippe Pignarre, y avait même gagné sa place au bureau politique)
Jean Paul, je l'ai croisé sans cesse depuis ces 25 ans.
Dans les écoles de Boris Fraenkel, aux semaines de l'Ecole Emancipée (nous ne savions pas à l'époque qu'il avait participé à la formation trotskiste de base d'un futur premier ministre et bientôt Président de la République.)
Quand je suis arrivé à Toulouse en septembre 82, alors qu'il avait repris sa place dans la direction toulousaine de la majo (tendance Bensaïd), c'est à sa porte que j'ai frappée.
Il savait que je venais pour épauler, diriger la minorité locale (tendance Filoche), il m'a accueilli les bras ouverts. Tel était Jean Paul : dur dans la polémique, toujours respectant les militants. Depuis 20 ans nous avons milité ensemble jour après jour.
Deux heures de militantisme quotidien ( en moyenne) côte à côte, chaque jour pendant 20 ans, auprès de ce grand bonhomme, cela ne peut s'oublier.
Cela vous "matrice" comme on dit à la Gauche Socialiste. Cette il était agassant, trop épris de reconnaissance. Combien de fois ai-je du lui dire "Jean Paul, tu m'énerves trop, tu es trop Fonviello-centré"
Pourtant Jean Paul ne trouvait son épanouissement que dans le travail collectif, le travail de masse, au contact permanent, "charnel" avec ceux d'en bas, "los de abajos" disaient nos amis mexicains.
Je ne pourrai revenir sur tout ce qui a été dit à propos de Jean Paul lors de la cérémonie de Jeudi 3 Janvier en particulier ce que François Simon a dit sur la dernière campagne municipale ou Harlem Désir sur son engagement à SOS Racisme que nous avons pourtant partagé pendant 14 ans.
Marna Khelladi et Mourad Gherbi ont pu Jeudi témoigner de sa force de conviction et d'entraînement auprès des jeunes des quartiers.
Qui ne connaît pas ici le rôle irremplaçable qu'il a joué en 98 quand nos quartiers flambaient et que peu de militants pouvaient discuter avec les jeunes en colère? Jean Paul avait cette autorité, cette légitimité qu'il a pu mettre au service du dialogue, du lien social, d'une issue républicaine , égalitaire et revendicative aux émeutes de 98.
Je voudrai aussi ici témoigner de la compréhension que Jean Paul avait de la nécessité d'un grand parti pour toute la gauche. Son modèle, comme à certains d'entre nous c'était le Parti des Travailleurs du Christian Belinguier, Pilou etJP Brésil, parti socialiste de masse, combatif, qui regroupe le meilleur de la gauche du Brésil.
Quand Jean Paul a adhéré au Parti la section comptait alors une trentaine de membres. Nous sommes une centaine aujourd'hui.
Il apportait avec lui tout le savoir faire engrangé par près de 30 années de militantisme au sein du de la Ligue, créateur avec pas mal d'entre nous du Collectif Vraiment à Gauche du Mirail, qu'il a représenté aux élections cantonales de 92 et législatives de 93 avant d'en être élu municipal sur la liste de Jacques Lévy.
C'était en quelque sorte le "maire du Mirai!" qui adhérait au Parti Socialiste.
Professeur au lycée Polyvalent, responsable syndical de son bahut, au SNES, à la FEN unitaire de l'époque, puis à la FSU, militant antiraciste de toujours , il a rejoint très vite l'équipe fondatrice de SOS Racisme sur Toulouse après avoir animé les collectifs toulousains des marches de 83 et 84, à coté des associations II a été le Président de Vivre Ensemble, alors association d'Empalot, (un autre quartier ghetto de la ville)
II voulait être efficace, utile pour les siens. Il a participé à la mise en place de la Commission juridique interassociation et a organisé les permanences juridiques sur le Mirail, boulot qu'il n'a jamais abandonné une fois élu municipal.
Il n'a jamais "appartenu" à une organisation . Il s'est toujours appartenu, tout en étant militant loyal de chacune des organisations où il apportait son énergie, son sens de la rigueur et ses exigences éthiques.
Prendre des responsabilités pour lui, c'était la conséquence du travail fait. Il ne voulait jamais rien devoir à personne et l'esprit de clique et de clan était la chose qui le hérissait le plus. Le 24 Mars 92, après sa démission de la Ligue (27/12/91) il écrivait ceci dans une lettre ou il demandait sa réintégration au sein de la LCR: " ....
L'orientation de la LCR a été à chaque moment de son histoire, le produit des positions de toutes les tendances qui se sont exprimées en son sein . Aujourd'hui, dans une situation difficile pour la LCR.où celle-ci devrait justement , plus que jamais, utiliser toutes les énergie en son sein, la mino pour la majo, la majo pour la mino, font figure de bouc émissaires et les minoritaires sont maintenus dans une situation d'"apartheid". Pourtant, les divergences d'orientation sont certainement aussi importantes au sein de la majo ou au sein de la mino qu'entre ces deux courants dont les solidarités internes ne m'apparaissent plus à dominante politique.....J'ai l'impression, peut-être fausse, qu'un des reproches, implicites, qu'une partie de la majo locale me fait est d'avoir rompu cet "apartheid"
Son éthique personnelle, son éthique de vie, son éthique de militant l'amenait à se forger lui même un point de vue, à se battre pour qu'il devienne force de transformation du monde.
Il admirait Guevarra et son humanisme révolutionnaire. Jean Paul était un rebelle.
Il ne supportait aucun caporalisme, aucun esprit d'appareil.
Beaucoup de camarades qui ont milité avec lui le trouvaient parfois trop dur, trop exigeant. C'est le respect qu'il leur portait qui le rendait aussi exigeant envers les siens qu'envers lui-même.
Etait-ce de l'ascétisme militant ?
Voulait-il cacher ainsi l'hypersensibilité qui l'animait? Ne pas mélanger sentiments et collaboration politique parce qu'il savait que les sentiments l'envahissaient et qu'il lui fallait s'en défendre.
Ecorché vif, il ne supportait pas le sentiment d'exclusion qu'il ressentait à son égard. Il savait, il voulait être "irrécupérable" par les apôtres des consensus mous.
Il souffrait de ne pas être reconnu pour ce qu'il était, ce qu'il valait.
Il a toujours voulu parler à la première personne, il refusait de faire allégence à quiconque.
Il a souffert de ce que la parité pour laquelle il militait puisse être utilisée par des manœuvriers pour l'écarter des postes électifs auxquels il estimait légitimement prétendre. Il savait s'incliner devant les contraintes des batailles collectives. Ainsi a-t-il tenu à remplir à 200% ses responsabilités pour faire élire députée Hélène Mignon en 95, Claude Touchefeu en 96 au Conseil Général.
Il a souffert de ne pas être écouté à son premier Conseil Fédéral par nos plus hauts responsables (Lionel Jospin parce que c'était lui) quand il parlait de la nécessité de régulariser tous les sans papiers qui en avaient fait la demande.
Il disait ne pas être théoricien, mais être profondément empirique. Il voulait changer le monde pas à pas tout en sachant ne pas abandonner l'objectif de transformation socialiste et il l'a fait.
Tous ses combats sont empreints de cette volonté de faire avec les gens tels qu'ils sont.
Il a co-inventé la formule grand format du Festival Racines au Mirail. Il a su donner par là la dignité pour chaque habitant du quartier, inverser le flux culturel (comme disait l'ami Grenet) et aux camarades qui dans SOS demandaient: "Mais quel objectif pour l'association, quelle place pour SOS au sein de Racines ?", il répondait avec justesse " nos objectifs en faisant le Festival Racine, c'est le Festival lui-même".
A chaque instant il a su faire taire les intérêts particuliers devant les intérêts généraux.
Ainsi, alors que par sa constance d'élu d'opposition à Baudis, par son élaboration du projet de gauche pour Toulouse (et sa mise en livre), par son rôle irremplaçable en tant que directeur de campagne des dernières municipales il était devenu le pivot central de la lutte pour chasser la droite du Capitole, il a proposé d'être en position inéligible en cas de défaite.
Il savait que c'était le seul moyen pour que personne ne puisse avoir de prétention déplacée et ne puisse gêner l'alchimie unitaire à construire par des ambitions personnelles.
Devenu simple militant après avoir été l'âme de la campagne municipale de toute la Gauche toulousaine, la maladie est revenue frapper à sa porte.
Mais il voulait combattre jusqu'à son dernier souffle.
Son dernier texte politique il l'a écrit pour le parti toulousain avec Jean Christophe Sellin. Il voulait ainsi participer à la mise en place du Nouveau Comité de Ville toulousain auquel nous l'avions élu représentant de la section XII et au Secrétariat de Ville au nom de la Gauche Socialiste II souhaitait apporter à la nouvelle équipe d'élu toute son expérience. Il voulait un texte unanime des socialistes toulousains. Les 2 composantes de la majorité toulousain, les cdes de la motion 2 et 3 y sont arrivés II ne voulait pas que renaisse la lutte des clans et cliques pour le pouvoir, véritable machine à perdre qui faisait que le tête de liste socialiste précédent devenait la cible à abattre dans son propre parti.
En 1995, il a rejoint le Parti Socialiste et a choisi la Gauche Socialiste comme outil du combat.
Il l'a fait comme toujours pleinement, en toute conscience.
Pourtant il se méfiait. Il n'était partie prenante d'aucun des courants politiques qui avaient fusionné en tant que tel au sein de la Gauche Socialiste. Il se méfiait des esprits de clan et de clique. Avant de prendre sa décision, il était venu à l'Université d'été qui a vu fusionner Démocratie et Révolution (l'ancienne mino de la Ligue) et la Gauche Socialiste de l'époque. Il était venu avec les amis de Vraiment à Gauche (Christiane, Pierre Yves Pellefigue, Mourad Gherbi.) et avec quelques anciens de la majo de la Ligue (joël Trotard, Jacques Rochefort, Claudine Cieutat , ainsi qu'avec Salah Amokrane...
Il était critique sur notre Gauche Socialiste.
En accord avec l'orientation votée à Nantes, il trouvait que nous tardions trop à nous organiser, à nous mettre en mouvement, à nous immerger dans le mouvement social.
Jean Paul, je rr»e souviendrai toujours des dernières fois où je t'ai rencontré: Ta dernière manif fut pour la Palestine: pour une paix juste qui donne enfin aux Palestiniens une terre, un état. Tu ne pouvais plus faire 100 mètres en marchant. Pierre Yves était venu en voiture pour t'accompagner jusqu'au métro, mais tu étais fier de pouvoir distribuer le communiqué de la République Sociale 3l rédigé pour l'occasion.
* Quand je suis venu te voir sur ton lit d'hôpital, j'ai essayé de te rassurer sur les efforts entrepris pour mettre la GS 31 en état de marche.
Mais ton regard épuisé par le flot des visiteurs, semblait sceptique; à moins qu'il ne signifiât qu'un " Désolé mais désormais, il faudra faire sans moi."
Ton père nous a confié que ta plus grande ambition était de devenir le premier député trotskiste de ce pays et Maire de Toulouse.
Par là nous savons que tu voulais signifier ta disponibilité au combat et le défi que tu te lançais pour être à la hauteur.
Sois tranquille Jean Paul, nous veillerons au grain. Ton travail, ton énergie n'auront pas été vains, nous saurons poursuivre dans le sillon que tu as tracé toi plus que quiconque. La clef de la victoire aux municipales et tu le rappelais dans ton texte c'est l'unité de toute la Gauche dès le premier tour. Ceux qui ne l'ont pas compris, au delà de toutes les bonnes raisons qu'ils ont pu s'inventer ont été les fossoyeurs des espoirs qui s'étaient levés pendant cette campagne. Cela n'est pas grave pour les militants et organisations, cela est grave pour l'ensemble de la population de cette ville qui devra supporter les dames de charités et autres cul bénis pendant encore 5 ans au Capitole.
Sois sûr que nous poursuivrons ton combat: la fracture toulousaine sera refermée.
Jean Paul, tu rejoins la cohorte de tous ceux qui ont donné leur vie pour le combat social, pour les humbles, pour les déshérités, pour notre classe comme nous disions dans l'ancien temps, pour une humanité humaine dirions nous aujourd'hui.
Pour terminer je voudrai te lire ces quelques mots du vieux Léon écrits le 27 Février 1940, 145 jours avant que le piolet assassin des tueurs de Staline ne s'abatte sur lui.
" Natacha vient juste de venir à la fenêtre de la cour et d'ouvrir plus largement la fenêtre pour que l'air puisse entrer plus librement dans ma chambre.
Je peux voir la large bande d'herbe verte le long du mur et le ciel bleu au dessus du mur et la lumière du soleil sur le tout.
La vie est belle.
Que les générations futures la nettoie de tout mal, de toute oppression, de toute violence et en jouisse pleinement"
Pilou 12/1/02
 

 
Le polyvalent
 
Mesdames, Messieurs, chers amis et camarades,
C'est avec beaucoup d'émotion que je prends la parole au nom des sections départementales du SNES et de la FSU de la Haute-Garonne.
 
Jean-Paul Fonvieille fait partie de la génération qui est entrée à l'Education Nationale après la bouffée d'oxygène de 1968 qui a secoué cette institution. Comme tous ceux qui aiment ce métier, il a vite constaté qu'il faut se battre en permanence pour améliorer les conditions de son exercice, pour permettre à l'Education Nationale de remplir ses missions de formation et d'émancipation des jeunes, et en particulier des plus défavorisés. C'est pourquoi il s'est tout naturellement syndiqué au SNES dans la FEN, en même temps qu'il s'engageait politiquement, dans le but d'agir partout où c'est possible pour transformer cette société inégalitaire.
Jean-Paul ne s'est pas contenté d'être un syndiqué, il est vite devenu un syndicaliste et l'un des animateurs du courant le plus contestataire de la FEN, l'Ecole Émancipée.
Toujours actif, dans son lycée et dans le syndicat, il a été de tous les combats, ne laissant rien passer lorsqu'il estimait que la cause à défendre le méritait.
Moqueur, frondeur, ne résistant pas au plaisir d'un bon mot qui mettait les rieurs de son côté, il n'a ménagé ni ses camarades du syndicat ou de la fédération, ni surtout les responsables de l'Education Nationale, profitant ou suscitant toutes les occasions pour défendre son point de vue . S'il était sans pitié pour combattre les idées qu'il désapprouvait, il a toujours eu à cœur de respecter les personnes en acceptant les règles démocratiques de son organisation. Il était un militant des droits des plus faibles, toujours en première ligne contre ce qu'il jugeait inacceptable.
Lors de la crise du début des années 90 qui a conduit à l'éclatement de la FEN, il a fait partie de la petite équipe du SNES de la Haute-Garonne qui a choisi de continuer à se battre pour la reconstruction d'une fédération unitaire et pluraliste, contribuant ainsi au mouvement qui a permis à la FSU de se constituer et de devenir la première fédération de l'Education Nationale.
Dans l'établissement où il avait choisi d'exercer, le lycée Polyvalent Rive Gauche de Toulouse, il a été un de ceux qui ont permis à cet établissement de se développer, de casser l'image négative qu'on lui attribuait, et d'en faire un établissement dynamique permettant de bons résultats à ses élèves, quels que soient leurs handicaps socio-culturels de départ. Ces dernières années, il s'est d'avantage consacré à son engagement citoyen dans d'autres mouvements, mais il a toujours répondu présent quand c'était nécessaire, comme lors du mouvement de décembre 1995.
Il fait partie de ceux qui, à Toulouse, ont contribué à développer l'activité collective et démocratique, avec un grand sens de l'unité qui s'est manifesté à de nombreuses occasions.
Je dois également .comme d'autres l'ont fait, saluer le courage avec lequel il a affronté la maladie, ne se résignant jamais à abandonner ce combat, poursuivant ses activités militantes avec un enthousiasme qu'elle n'avait pu affaiblir.
A Christiane, son épouse, notre amie et camarade, à sa fille Laure, à toute sa famille, à ses amis, vont notre solidarité et notre amitié dans ces moments difficiles.
Adieu, camarade Jean-Paul, et comme le disaient certains autrefois,
Salut et Fraternité !
 
" Tout le monde sait que je n'ai jamais murmuré la moindre prière. Tout le monde sait aussi que je n'ai jamais essayé de dissimuler mes défauts. J'ignore s'il existe une Justice et une Miséricorde....
Cependant, j'ai confiance car j'ai toujours été sincère. "
" Pénètre toi bien de ceci :un jour.toi âme tombera de ton corps, et tu seras poussé derrière le voile entre l'univers et l'inconnaissable.
En attendant sois heureux !
Tu ne sais pas d'où tu viens. Tu ne sais pas où tu vas.
Robayates d'Omar Khayam poète persan du Xlème sièce Poèmes lus à Trèbes pa Jean-Christophe Sellin
 
Un syndicaliste unitaire
 
Dès son entrée dans l'enseignement Jean-Paul s'est syndiqué au SNES, syndicat majoritaire des proffesseurs du second degré et à la FEN (unitaire à l'époque).
La FEN avait refusé la scission CGT/FO en 1948 et regroupait l'essentiel du syndicalisme enseignant.
Militant, animateur de l'Ecole Emancipée E.E.)dans le 47 puis à Toulouse, il s'opposa à la scission en 1990. La FEN venait d'exclure le SNES, son syndicat. Au sein de l'E.E. locale il anima la discussion sur l'avenir sans œuillère ni shéma établi. Il posa le débat sur l'avenir.
 
Partisan d'un syndicalisme confédéré et unitaire,
il pensait que l'existence d'une fédération des enseignants séparée du reste des salariés ne se justifiait que par l'unité préservée de 48 à 90. La FEN éclatant il proposa de militer pour l'entrée à la CGT, syndicat majoritaire chez les salariés. Puis il participa à la création de la FSU sans jamais renoncer à l'objectif de la réunification syndicale.
Il voulait que la massification de l'enseignement soit suivi de sa démocratisation.
L'expérience ministérielle de Jean-Luc Mélenchon sur la promotion des filières professionnelles le passionna.
 
" Pendant plus de vingt ans, Annie, Jean-Paul... moi... et d'autres... nous aurons été professeurs ensemble dans le même établissement : le lycée polyvalent du Miraîl...
Dimanche après-midi, j'ai parlé à Jean-Paul... je lui al dit que nous pouvions être heureux et fiers de toutes ces années...
Heureux et fiers parce que, avec de nombreux collègues, nous avons réussi à éviter que ce lycée ne devienne un ghetto... Heureux et fiers parce que, avec de nombreux collègues, nous avons pensé que la diversité sociale était une richesse et un facteur de réussite... parce que nous avons voulu laisser le maximum de chances aux jeunes, sans élitisme, sans orientation par l'échec...
J'ai dit à Jean-Paul qu'il s'agissait de bases solides... que nous allions continuer, avec les anciens, avec les nouveaux... Sur un autre sujet, mais cela reste lié au lycée, je voudrais donner un témoignage que je n'ai jusqu'à présent jamais formulé... Un jour, au sortir de la salle des professeurs, Jean-Paul m'a dit : " Cham, j'ai décidé de quitter la L.C.R... ". Je lui ai répondu : "Je comprends pourquoi tu le fais, mais je pense que tu te trompes... je te demande de rester... "
Je voudrais, pour finir, répéter haut et fort ce que j'ai dit à Christiane ce matin : " Jean-Paul était mon ami... "
Dit à Trêbes, ce terrible après-midi du 3 janvier 2002.
Bernard Chamayou.
 
La houle
La foule dans la ville ressemble à la marée,
Le flux et le reflux, la grève et la jetée,
La ville et la mer ont la houle en commun,
Trop nombreux sont au large, vague après vague,
Par grand vent on peut voir remonter les embruns,
De ceux qui restent à quai, de ceux que l'on largue,
La mer est mauvaise, la ville est démontée,
Electeur à marée basse à la voix égarée,
Dans le rang, la manif, les mots d'ordre,
Suivre le mouvement, gonflé, enragé,
Dans l'écume des idées de désordre,
Issu des bas quartiers, chômeur, dégagé,
Embarqué sans ballast, isolé, naufragé,
Dans la file la quille, il peut se redresser,
Vent debout, terre terre et enfin accoster,
La sirène aperçue au bout du bar un soir,
Partir à l'intérim, jeter l'ancre et y croire...
Toujours se dépêcher, faut dire qu'on est pressés,
La ville c'est trop petit, les gens sont tout serrés.
Il ne reste qu'à rêver aux entrées maritimes,
Et la houle revient comme une vague intime.
Didier Mirault
 

SOS RACISME
 
Intervention de Harlem Désir
lors des obsèques et de l'hommage à Jean-Paul Fonvieille
à Toulouse le 3 janvier 2002.
 
Jean-Paul nous a quitté, mais à SOS, sa voix résonne encore et ne nous quittera pas.
Cette voix chantante et entraînante qui portait haut les débats et qui savait donner envie aux autres de repartir se battre encore et toujours contre les injustices, pour la dignité et pour les droits de ceux qui en sont privés.
Une voix qui puisait sa force dans un engagement complet, un militantisme à la fois d'action et de réflexion, ancré dans une constante pratique de terrain.
Peu de combats auront occupé autant de place dans la vie de Jean-Paul que celui qu'il a mené contre le racisme, l'extrême droite et toutes les formes d'exclusion et de discrimination subies par les étrangers, les immigrés ou leurs enfants.
Cet engagement de Jean-Paul avait commencé avant même SOS Racisme, comme militant de la marche des beurs à Toulouse en 1983 aux côtés d'Afid El Alaoui, puis pour Convergence en 1984. Venu à SOS, Jean-Paul en deviendra, aux côtés d'Afid, de Pilou et de Christian qui était président du comité, un constructeur infatigable. Elargissant sans cesse l'audience de SOS à Toulouse, il était également très impliqué dans les débats nationaux et les campagnes nationales de l'association. C'est d'ailleurs à l'occasion de la montée en train organisée par le comité de SOS pour une manifestation nationale à Paris qu'il rencontrera Christiane sa future épouse.
Avec lui, SOS, ce devait être du concret, du solide. Les grands principes ne valaient que s'ils s'illustraient dans l'action. Et celle-ci nourrissait à son tour la réflexion. A Toulouse, Jean-Paul crée notamment, avec Mireille de la CIMADE, André du MRAR des avocats, et des magistrats comme François Roger, la Commission juridique inter-associa-tive. Plus tard, en 1992, avec le MRAR la LDH, la CIMADE, il met en place le CEDIRED, Centre de Documentation contre le Racisme et pour l'Egalité des Droits, dont Patricia Druont devient l'animatrice. Lui-même tient une permanence hebdomadaire pour venir en aide aux étrangers, débroussailler les dossiers administratifs difficiles, accompagner une famille en préfecture, et sa dénonciation des lois Pasqua ou de la situation des sans papiers s'appuyait sur cette expérience concrète.
Quand l'association lance la campagne contre la réforme du code de la nationalité en 1986 et 1987, il s'attelle à une analyse précise, argumen-tée, qui permettra aux militants et à l'association de mobiliser largement les citoyens, les jeunes, l'opinion publique. Pour Jean-Paul, SOS était un haut-parleur qui devait amplifier les débats et qui ne s'opposait pas à l'action des autres associations et particulièrement des associations de quartiers. Infatigablement, il créera des collectifs unitaires et nous poussera nationalement à inscrire nos combats dans cette logique.
Le respect qu'il avait pour l'action des associations de quartiers lui valait en retour, je crois, le respect des animateurs de celles-ci, ce qui amènera notamment l'association "Vivre ensemble à Empalot" à lui proposer d'en devenir le Président, mais aussi des responsables d'associations de quartiers à rejoindre SOS Racisme, comme Marna Kheladi, Présidente de l'association des Femmes Maghrébines à Empalot qui Inauguration du Local du CEDIRED, avec Pierre Izard, Président du Conseil Général de la Haute-Garonne et un représentant du Conseil Départemenatl de la Résistance. deviendra Vice-Présidente de SOS ; Racisme à Toulouse.
Au Mirail, il avait inventé le Festival Racine avec son immense village ; associatif. Avec Christian Grenet, ; avec Geneviève, il voulait redonner : toute leur dignité aux habitants du | quartier, montrer la richesse de leur diversité, de leurs initiatives et de leur créativité, il voulait brasser, dépasser les barrières de préjugés, mixer les cultures et avait même réussi à faire venir l'orchestre du Capital au Mirail pour inverser les flux culturels et faire venir le centre vers la périphérie.
Au sein de SOS, Jean-Paul était une voix forte, une voix écoutée. Il n'hésitait à porter un débat ou un désaccord devant le Conseil national dont il était devenu membre en 1986 et avec lui un Congrès ou conseil national n'était jamais une formalité mais toujours un moment exigeant de débat qui obligeait à aller au fond des choses.
Jean-Paul avait conquis au sein de l'association une autorité qui tenait à son travail de construction que tous connaissait et notamment ceux d'entre nous qui avions régulièrement l'occasion d'être invité à telle ou telle initiative à Toulouse, mais cette autorité tenait aussi à la force de ses analyses, à sa capacité à ébranler une salle dans ses convictions.
 
Jamais Jean-Paul ne se résignait à l'idée d'une injustice non combattue, il attendait de l'association qu'elle n'abandonne aucun combat, même les plus difficiles.
 
Avec Jean-Paul, les débats étaient vifs, passionnés et exigeants mais ils faisaient aller de l'avant. Ils étaient emprunts plus encore que de respect, de fraternité et Jean-Paul avait cette force rare d'amener ceux avec qui il débattait à s'interroger sur eux-mêmes. Si nous avions raison, comment pouvait-il ne pas être convaincu ? Et s'il n'était pas convaincu, avions-nous vraiment raison, étions-nous vraiment convainquants ?
Alors, il fallait que la discussion reprenne, parfois bien au-delà des réunions pour qu'on l'ait convaincu ou que ce soit lui finalement qui nous ait convaincus. Pour faire encore du chemin ensemble et pouvoir vivre avec lui nos combats communs, dans la fraternité.
Peu d'hommes auront incarné comme Jean-Paul Fonvieille le beau mot de fraternité. Fraternité avec le genre humain, fraternité avec l'immigré rejeté, l'exclu, le maltraité. Fraternité avec ses camarades de lutte aussi, qui allait bien au-delà de la seule relation politique, syndicale ou associative.
C'est pourquoi ta voix résonne et résonnera encore longtemps dans nos cœurs Jean-Paul, dans le cœur de tes potes.
 
La mémoire de Jean-Paul est pour moi, et tant d'entre nous, intimement liée au combat pour l'égalité des droits et contre le racisme.
Son. activité dévorante concernait tous les fronts de ce combat: mobilisations locales et nationales, construction d' associations dont SOS-Racisme et de fronts unitaires, initiatives culturelles, réflexion et élaboration d'orientations.
 
Ses propositions de mesures d'urgence pour les quartiers ont ainsi précédé de plusieurs années les événements tragiques du Mirail.
 
Ce grand combat pour l'égalité n'allait pas sans difficultés et c'est notamment confronté à des obstacles et à des pesanteurs bureaucratiques et sectaires. Nous avons aussi partagé cela, parfois dans la douleur et la colère, en tant que camarades et amis.
Cette mémoire est bien suri liée à Pilou et aux autres militants antiracistes, à tous ses camarades toulousains frappés par cette mort si douloureuse.
Sincères condoléances et amitiés à la compagne et à toute la famille de Jean Paul.
Albert Herskowicz (Rochal). Sultane se joint à cet hommage.
 
Encore sous le choc de ton annonce, je t'envoie ce petit mot pour prendre part à la cérémonie de jeudi matin.
J'ai bien connu Jean-Paul, à la Ligue puis à SOS-Racisme. Animateur du comité de Montpellier au moment ou il militait dans le comité de Toulouse, j'ai pu apprécier sa gentillesse et son efficacité militante. Je retiendrai avant tout sa profonde intégrité et sa volonté de servir au mieux, quoique il lui en coûte, la cause pour laquelle il militait.
Nous penserons très fort à sa famille et à ses proches jeudi matin. Jean-Paul nous manquera, comme à beaucoup d'autres.
Amitiés,
Luc Trouche et Martine Nadal
 
SALUT MON POTE
Nos chemins se sont rencontrés dans les luttes.
C'est pour ça que nous avions uni nos forces pour en faire qu'une. Convergence 1984, " La marche des BEURS "SOS RACISME 1985
Et la liste serait longue à énumérer
Mais tout défile dans ma tête
Dans les luttes pour l'humanité et pour les droits de l'Homme
Nos slogans se multiplient dont le fameux
"COUSCOUS CASSOULET Même combat ! "
Des manif à la détente
Toujours là
Aujourd'hui je suis là
pour te dire non pas adieu
Mais Salut mon pote .
MAMA
 
J'ai retrouvé Jean Paul en 1992, lors d'un réunion électorale. Il avait déjà été mon professeur de mathématiques au Polyvalent quelques années auparavant. Nous avons alors discuté de son engagement à Sos Racisme et sa façon d'y travailler au travers de la permanence d'accueil juridique. Je me suis proposée pour partager cette tâche avec lui. Ne connaissant rien ni au militantisme, ni au juridique, j'ai passé environ 2 mois à la suivre comme son ombre... Vu son rythme infernal pour être partout à la fois, cette période a été épuisante, mais très instructive !
Il avait pour habitude de dire que le travail effectué au sein de la permanence juridique était la colonne vertébrale de l'association. C'est là que j'ai beaucoup appris de lui notamment qu'il est essentiel de ne jamais se déconnecter du terrain pour comprendre les réelles difficultés qui s'y posent.
Outre les suivis de dossiers individuels, cette permanence a ainsi servi à faire émerger plusieurs luttes centrales de Sos Racisme : grève de la faim des kurdes, campagne pour les mariages mixtes, collectif Plus jamais ça mis en place suite au décès du jeune Sofiane, victime de l'auto défense des commerçants, avec ce collectif rassemblement tous les samedi place du capitule à l'instar des Folles de la place de May, grève de la faim pour la régularisation des sans papiers, moments forts autour de l'expulsion d'une jeune fille étrangère enceinte de 8 mois d'un enfant français et bien d'autres qu'il serait trop long d'énumérer ici.
Sa détermination (et c'est un euphémisme !) a forcé le respect de chacun y compris de ses adversaires. Toutes ces actions n'ont pas eu une issue positive et ce qui ne marchait pas était repris par d'autres moyens. Comme disent les jeunes du quartier dont il était aussi très proche : il ne lâchait jamais l'affaire...
A ce jour, en travaillant avec des jeunes en difficultés, j'utilise au mieux tout ce que j'ai pu apprendre et partager à cette époque pour continuer à construire un monde où chacun a sa place.
Patricia.
 
Je souhaite rendre hommage à ton parcours et à tes engagements associatifs et politiques. Jean-Paul, je t'ai rencontré en septembre 1989 mais tu me connaissais déjà , parce que j'ai grandi au Mirail, et parce que j'ai participé à la marche des Beurs. Mes coups de gueule étaient pour toi une façon d'agir contre l'exclusion et le racisme.
Après mon séjour en Algérie de trois ans (en tant que mineur), tu t'es battu pour moi, pour que je sois reconnu sur le sol français, pour toi ça allait de soi puisque j'ai connu l'école de la République. Grâce à tes convictions, à ton honnêteté et à ta pugnacité, je me suis engagé auprès de toi, alors que j'étais un jeune rebelle .
 
A tes côtés, j'ai appris ce qu'était la politique, son fonctionnement et en même temps l'engagement associatif.
 
C'est avec toi que je me suis engagé à SOS Racisme pour défendre les victimes des discriminations et les Sans Papiers, nous avons participé à des congrès de SOS Racisme ou avec nos camarades toulousains nous avons su garder une certaine indépendance. Je me suis investi au Festival Racines parce que tu y étais et que nous avions la conviction que c'était bénéfique pour le quartier. Grâce à toi, j'ai été à l'initiative de plusieurs associations, comme Quartiers 31, dans lesquelles tu étais impliqué directement et indirectement. Les habitants du Grand Mirail puissent se reconnaître dans nos valeurs et dans nos démarches militantes et partisanes.
Tu as été dans les grandes batailles concernant toutes les difficultés que rencontrent les habitants, les associations, et les jeunes du quartier. Cela m'a permis de m'impliquer et de t'épauler dans toutes les démarches républicaines et citoyennes.
Ton livre a porté la preuve de la " Fracture Toulousaine ". En 1998, pendant les événements de Reynerie, nous avons traversé tous les soirs, le quartier en rencontrant des jeunes révoltés de toutes les discriminations qu'ils subissent au quotidien. Par tes paroles , tu as toujours su les convaincre que la revendication ne passe pas par la violence. Tu as toujours souhaité que les jeunes français issus de l'immigration soient représentés dans les instances politiques et autres et tu l'as fait pour moi. Je voudrais rendre hommage à Christiane, à ta fille, Laure, à Jacqueline, à tes parents et à tous tes proches qui ont su se mobiliser même dans les moments les plus durs.
Ce mois de décembre 2001 a été un moment particulièrement triste avec la disparition de trois autres figures du quartier . Mes pensées vont à Kaki, Vivre Ensemble, Ali Zouham, ancien responsable associatif (Fils de Zup), Akim Bouaich, responsable régie de quartier de Bellefontaine que tu connaissais bien.
Merci.
Mourad Gherbi
On lâche pas l'affaire...
 
Texte de l'intervention de Mireille MURAWSKI à Trèbes
 
Parler de toi, maintenant Jean-paul est une chose qui m'est impossible.
Impossible parce que comme nous tous je suis submergée par l'émotion,
Impossible, car parler de tel ou tel moment passé ensemble, tel ou tel événement vécu, me semblerait tellement réducteur face à toutes les luttes, toute la complicité, toute I' affection profonde que nous avons partagées.
Vingt ans d'une communauté d'esprit, de cœur, d'amour que le temps suspend, mais qui ne s'arrêtera pas aujourd'hui... ce n'est pas seule, c'est ENSEMBLE, avec quelque chose de toi, que je continuerai.
Tu étais loin des Eglises pourtant, dans les quartiers, tu fréquentais ces hommes et ces femmes d'église qui sur le terrain œuvraient comme nous et tu les respectais.
J'ai cherché hier soir un texte que nous avions choisi ENSEMBLE, un texte écrit par un homme de foi, Martin Luther King, un homme qui s'est toujours battu et qui est le symbole du combattant non-violent contre le racisme et la guerre. Un texte que nous avions lu pour le «départ» d'un autre ami: le père Guy Chaussât.
C'est ce texte que j'ai choisi de lire, encore une fois, pour toi pour nous.
C'est un extrait du discours d'acceptation que le Pasteur noir Martin Luther King fit, lorsqu'il reçut le prix Nobel de la Paix le 10 décembre 1964 à Oslo.
«Aujourd'hui, dans la nuit du monde et dans l'espérance de la bonne nouvelle, J'affirme avec audace ma foi en l'avenir de l'humanité.
Je refuse de croire que les circonstances actuelles rendent les Hommes incapables de faire une terre meilleure.
Je refuse de croire que l'être humain n'est qu'un fétu de paille ballotté par le courant de la vie, sans avoir la possibilité d'influencer en quoi que ce soit le cours des événements.
Je refuse de partager l'avis de ceux qui prétendent que l'Homme est à ce point captif de la nuit sans étoiles, du racisme et de la guerre, que l'aurore radieuse de la paix et de la fraternité ne pourra jamais devenir une réalité.
Je refuse de faire mienne la prédiction cynique que les peuples descendront l'un après l'autre dans le tourbillon du militarisme vers l'enfer et la destruction thermo-nucléaire.
Je crois que la vérité et l'amour sans conditions auront le dernier mot effectivement. La vie même vaincue provisoirement demeure toujours plus forte que la mort !
Je crois fermement que, au milieu des obus qui éclatent et des canons qui tonnent, il reste l'espoir d'un matin radieux.
J'ose croire qu'un jour, tous les habitants de la terre pourront recevoir trois repas par jour pour la vie de leur corps, l'éducation et la culture pour la santé de leur esprit, l'égalité et la liberté pour la vie de leur cœur.
Je crois également qu'un jour toute l'humanité reconnaîtra en Dieu la source de son amour. Je crois que la bonté salvatrice et pacifique deviendra un jour la loi.
Le loup et l'Agneau pourront se reposer ensemble, chaque homme pourra s'asseoir sous son figuier, dans sa vigne, et personne n'aura plus raison d'avoir peur.
Je crois fermement que nous l'emporterons !»
Mireille MURAWSKI
 
En hommage à Jean-Paul
Jean-Paul, c'est beaucoup d'allure et un sourire un peu carnassier, une proximité chaleureuse avec toutes et tous, un incroyable sens du contact humain.
C'est une force de caractère, une force de persuasion, un creuset d'idées avec les mots pour le dire.
C'est aussi ancré au plus profond de lui, l'horreur de l'injustice, de l'exclusion, de l'inégalité et de l'arrogance des nantis.
Tu as raison Jean-Paul, la FRANCE et le Monde tels qu'ils sont ne nous conviennent pas et notre objectif est que cela change.
Avec tous tes talents, tu nous as montré la voie. On va essayer de ne pas te décevoir.
François ROGER
 
Plutôt que tout ce que m'a apporté Jean-Paul, je vais vous parler de deux souvenirs.
Mon premier souvenir c'est une manif. Pas très original quand on parle de Jean Paul. C'était une manif pour les Sans Papiers, le collectif des parents d'enfants français, que nous préparions depuis des semaines avec le soutien de plusieurs organisations. Au final le bide"; nous n'étions qu'une cinquantaine, une de ses manifs loupées"! Le moral était bas. J'étais "dégoûté"! Et c'est Jean Paul qui nous motivait "on continue, ce n'est qu'un début"
Quelques mois plus tard c'était la grève de la faim de ceux de l'Eglise de la Patte d'Oie, la mobilisation qui gonfle, des manifs à plusieurs milliers. Au bout de plusieurs longs jours, la victoire survenait avec l'engagement de la régularisation des parents d'enfants français grévistes et tous ceux dans la même situation par la préfecture de Haute Garonne. Ce combat a ouvert la voie à la création du Collectif Toulousain des Sans Papiers. Dans le petit groupe qui s'était constitué autour des grévistes de la faim, Jean Paul avait une présence incontournable et décisive. Voilà ce que j'ai appris de lui: un combat ça se mène du début à la fin, jusqu'au bout! On ne lâche pas l'affaire!
Je me souviens aussi de son sourire espiègle, sa joie de manifester au milieu de la foule et de sa fierté dans une des ces manifs. Nous avions réussi à faire venir à la Patte d'Oie les responsables nationaux de SOS Racisme, du Mrap et de la Cimade. A Paris, les mêmes se tapaient sur la tête et nous à Toulouse, on faisait l'unité dans la rue. Il avait le sourire au cœur. Voilà ce que j'ai appris de lui: la méthode pour gagner c'est l'unité et le rassemblement le plus large.
 
Mon deuxième souvenir est plus personnel. C'est la dernière fois que j'ai vu Jean Paul. Eloigné de Toulouse, je travaille dans l'Essonne, on se racontait nos histoires. Au café, place du Capitole, on parlait de tout de rien, sa maladie, ses proches, ma vie avec ma compagne dans le 9l, les petites histoires de la Gauche Socialiste. Il me parlait surtout de sa grosse déception pour Toulouse après la bataille municipale. Puis, je travaille aux impôts, il m'a demandé si "au moins" je militais syndicalement. C'est le cas largement mais j'appréhendais sa réaction sur mon choix d'organisation, le Snui, syndicat majoritaire aux impôts, membre du G10. Il m'a dit «aux impôts, c'est au Snui qu'il faut être.».
Je me rappelle cette fois ou j'ai demandé à Laure de me «prêter» son papa.
Inconsciemment, c'est l'approbation de Jean-Paul sur mon chemin militant que je cherchais, retrouver ce lien, cette complicité qui me lie à lui.
Jean-Paul reste très fort dans mon cœur, demain dans nos actes.
Je pense fort à Christiane et à Laure. A tous ses proches.
Régis Lagrifoul. dit àTrèbesle03.0l.02
 
Je ne l'ai pas beaucoup connu,... le temps nous a manqué !.
Mais, Jean Paul faisait partie de ces rares personnes que l'on croise dans sa vie, et qu'on a l'impression de connaître depuis une éternité dès le premier abord.
Comme un vieil ami avec lequel, il n'est nul besoin de parole pour se comprendre II me suffisait qu'il soit là.......tout simplement ! Nous nous croisions dans le quartier, à TO7, et souvent à l'université.
Nous discutions à l'occasion de tout et de rien. Du quartier, de la ville, des élections municipales, de l'urbanisme, de cuisine, de sa santé et de la mienne...
J'ai toujours admiré sa sérénité qui frisait la désinvolture, face au mal qui le rongeait en secret. Il semblait lui accorder si peu d'importance que je finissais par l'oublier aussi. Si bien que lors de nos rencontres, c'est la vie, ici et maintenant, qui prenait le dessus, dominée par l'action d'abord,... la lutte toujours! pour changer le présent,..pour façonner l'avenir à l'image de son (notre) idéal.
Hélas,... .à l'aube de cette année, il y'a comme un vide.........!
Leila
 
Nous voudrions commencer notre témoigna-; ge par la dédicace de Jean Paul lors de la sortie du livre rédigé avec François Simon "La Fracture; Toulousaine." ,
Pour Yvonne et Jean
Plus de 10 ans d'amitié et de complicité c'est avec un très grand plaisir que je vous dédicace ce livre, plaidoyer pour la volonté politique .
Toute mon amitié Jean-Paul
Ces mots si sentis résument bien la naissance d'un approfondissement d'une amitié qui n'a fait que grandir , à le voir toujours fidèle à ses convictions! issues de ses qualités humaines et son combat pour! les plus défavorisés.
Nous sommes très émus par le courage qu'il a montré face à ses ennuis de santé qui ne l'ont pas arrêté dans tous ses combats.
Merci Jean Paul, notre ami nous ne t'oublierons jamais.
Yvonne et Jean Ponsard
 

 
SALAM RAFIKI
 
Moi le flic, toi le Prof...
J'ai connu Jean-Paul dès mon arrivée à Toulouse voici quelques années.
J'ai de suite été séduit par l'homme de passion qu'il était. Nous avons rapidement sympathisé, moi le flic, lui le prof
Engagés tous deux dans un combat commun
II voulait mieux connaître la police, l'institution mais surtout les hommes.
Durant ces années il a été un participant assidu des réunions du GSE Sécurité où il était régulièrement èdnvlé. Il était avide de connaître ce monde qui n'était pas le sien cette institution quelquefois mystérieuse, ces fioliciers dont il s'était longtemps méfié.
JPF, ne laissait pas indifférent, il enrichissait nos débats il écoutait, s'interrogeait, critiquait, comprenait.
Lors des événements du Mirail en 1998, il a consacré toute son énergie à calmer le jeu au sein du quartier où il vivait et travaillait
S'il expliquait que le désarroi était légitime, il ne justifiait en aucun cas les violences et les exactions
II condamnait sans appel les quelques dizaines de voyousqui marginalisent des quartiers entiers où vivent majoritairement d'honnêtes citoyens.
Il savait que la violence touchait encore davantage les plus démunis et qu'il fallait se donner les moyens de les protéger.
La justice sociale, c'était aussi le droit pour chacun de vivre en paix ; il distinguait clairement " révolte " et " voyoucratie ", " luttes" et "casseurs".
Spectateur attentif de la mise en place de la police de proximité il se réjouissait .de voir l'installation d'une police proche des gens, plus humaine ;
JPF était un authentique républicain.
Nous faisions nôtre, l'article 12 de la déclaration des droits de l'homme et du Citoyen
" La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique cette force est donc constituée pour l'avantage de tous et non pour l'utilité particulière de ceux à qui elle est confiée "
Salut JP
JL
 
Lui préférait Trotsky ... moi Bakounine ...
L'un des souvenirs que je garde en mémoire est que Jean-Paul fut, comme le dit ma compagne, Aurore, notre marieur. Nous ne voulions pas être marié par la droite, aussi nous lui avons demandé de nous unir laïquement. Il était tout heureux car il officiait dans la salle des Illustre pour la seconde fois.
Il en était très ému, à l'image de la rose rouge qu'il offrit à Aurore.
Mais notre rencontre s'est faite dès mon arrivée à Toulouse dans les années 80 où nos chemins ont commencé à se croiser. Lui préférait Lénine et Trotsky, pour ma part, j'ai toujours été acquis aux idées développées par Bakounine et Kropotkine, mais Kronstadt n'a jamais été un sujet de discorde entre nous. Nous nous sommes souvent retrouvés dans le quartier du Mirail ; pendant le Festival Racine, mais je me souviens aussi de sa surprise lorsqu'il me vit pour la première fois balayer les rues de la Reynerie en compagnie de mes collègues de la Régie de quartier. Il eut alors un autre regard sur cette association qu'il considérait comme l'émanation de la Mairie de Toulouse. Il prit conscience que la Régie était aussi constituée par les habitant-e-s de la Reynerie et il fut l'un des premiers à venir soutenir la grève de l'année passée.
Jean-Paul était homme de conviction, mais respectueux des idées de l'autre. Nos débats étaient souvent contradictoires comme à Ombre Blanche lorsqu'il avait sorti avec François Simon son livre sur le Mirail. Mais j'ai eu grand plaisir à l'échange de nos points de vue ce soir là.
L'hommage émouvant qui lui a été rendu à l'Hôtel Dieu a été à la hauteur de sa personnalité, jusqu'aux libertaires qui sont venus en nombre se recueillir. Pour ma part, je me suis rendu compte du lien qu'il avait pu développer, bien au-delà des divergences politiques, entre certain-e-s de ses ami-e-s politiques les plus proches et moi-même. Car nous nous ne sommes pas arrêtés ce jour-là à des salutations mesurées mais à de grands moments d'émotion intense.
Chapeau Fonfon, peu d'entre nous recevront un tel hommage à leurs funérailles.
Jean-Marc IZRINE
 
Au revoir mon premier socialiste français,
Démocrate algérien, j'arrive en France en laissant derrière moi, mon Algérie natale déchirée, ensanglantée...C'est à Toulouse-Reynerie que je débarque avec mes certitudes et mes préjugés. Catalogué " éradica-teur " par une partie de la classe politique et des médias, j'avais un mal fou à faire entendre ma voix au pays de la démocratie et des droits de l'homme. Et tout naturellement, je me gardais de ces socialistes français qui prenaient le discours du FFS sur la crise algérienne comme une vérité coranique. Normal, c'est un parti frère.
C'est dans les coursives du Mirail que j'ai croisé mon premier socialiste. Il ne pouvait s'agir que de Jean-Paul ! Mais que pourrait-il arriver d'autre à un militant de gauche algérien qui échoue en 1994 dans un quartier populaire en France ? Dans les années 40-50 mes compatriotes de gauche tombaient toujours sur des militants communistes. Et c'est dans leur sillage que s'est forgé la conscience nationale algérienne. Mais pour moi se sera un socialiste.
Pour de nouveaux enjeux.
Très vite le dialogue est amorcé entre nous... Et immédiatement après surviennent nos premières luttes communes : sans papiers, discriminations, insécurité, fermetures de classes, eau chaude, amélioration du cadre de vie...Puis, inévitablement, l'Algérie s'incruste dans nos relations. Jean-Paul tu écoutais mes vérités avec une patience infinie. Tu ne rechignais pas à m'apporter la contradiction en veillant toujours à me tendre une perche. Avec cet immense respect pour le combat et les positions du militant de l'autre rive qui me touchait si profondément. Tu ne fermais jamais l'échange en laissant toujours - comme toi seul sait le faire- une ouverture pour pouvoir continuer la prochaine fois... Un alchimiste de la parole. Avec ton inextinguible curiosité, tu apprenais chaque jour davantage sur l'Algérie. Ce pays si proche et si loin de toi à la fois. Tu voulais rencontrer les gens de là-bas. Grâce à nos amis d'Ayda Toulouse, tu as parlé aux syndicalistes de Tiaret, aux femmes d'Oran, aux journalistes d'Alger, aux chanteurs de Bejaia et aux poètes de Tizi-Ouzou...
Cela n'a pas forcément transformé ton point de vue sur la crise algérienne. Moi non plus d'ailleurs. Sur cette question chacun a fait un pas vers l'autre. Puis la vie militante a commencé son œuvre...Sans être encarté du PS, tu m'as entraîné vers de nouveaux fronts : faire élire Hélène Mignon et Claude Touchefeu... Je me rappellerais longtemps de ton petit sourire malicieux lorsque tu m'as repéré au fond de la petite salle de Bellefontaine avec les militants de la section 12. Tu as tout de suite deviné que j'avais adhéré au PS. Tu ne me l'avais jamais demandé. Et c'est à tes côtés que le nouveau militant venu de l'autre côté de la méditerranée s'engage dans la bataille pour la conquête du Capitole derrière François Simon. Malgré la maladie, tu as été la flamme qui éclaire le chemin de tes compagnons... Ardent, vif, toujours égal à toi-même. Un prince du baroud. Un raïs de fantasia. Sans déserter le champ de la confrontation immédiate, tu trouvais toujours le bon moment et le bon endroit pour engager la discussion sur l'avenir. Tu n'arrêtais pas de me dire que les prochaines échéances électorales seront décisives et pas uniquement à l'échelle de la France ... Tu n'es plus là Jean-Paul. Mais nous puiserons dans ta force de conviction pour gagner pour que la France retrouve le sens de son message universel. Pour gagner pour toi ...Mais aussi pour l'Algérie et tous les pays du sud accablés par la mondialisation libérale...
Au revoir Jean-Paul, tu sais chez nous on ne se dit jamais adieu car paraît-il que tout ce qu'il y a de meilleur dans l'humanité se retrouvera quelque part. Si je ne peux pas te dire quand et où, je suis sûr que tu seras dans les tous premiers rangs de cette humanité.
SALAM RAFIKI JEAN PAUL
SALAM RAFIKI FI ENNIDAL OUA ILA LIKA YA ICHTIRA-Kl EL AOUEL
(Au revoir camarade Jean-Paul, mon compagnon de lutte, mon premier socialiste)
Miloud
 

 
Municipales
 
L'homme debout
Beaucoup l'appelaient Fonfon, moi Jean-Paul. Probablement parce que débarquant de Montpellier, je n'étais pas de ces Toulousains qui, depuis trente ans, dans le brassage de mille batailles, bougent la ville. Juillet 2000, avec Henri Meynadier, nous venions apporter la contribution de l'Agence Anatome à la campagne des élections municipales. Près de François Simon, nous découvrions un grand gaillard, omni présent : Jean-Paul.
Le contact aurait pu n'être que professionnel. Très vite, avec lui et quelques autres, avec lui surtout, l'échange a aussi pris un tour personnel. Une vraie et forte rencontre. C'était tout Jean-Paul de se livrer entièrement lui-même et de voir tout en l'autre, de considérer chacun dans sa pleine condition d'homme ou de femme, de tisser la relation en mêlant le visible du social et l'indicible de l'intime, en réchauffant la stricte analyse du feu du sensible. Pour lui, la politique, c'était d'abord des hommes et des femmes.
Jusqu'au 18 mars 2001, quelques mois de travail en commun et d'enthousiasme, d'organisation et de passion. Aux côtés de François Simon, un compagnonage formé aux élans et aux épreuves de la campagne. Une complicité spontanée. Epaule contre épaule, une trajectoire partagée... Comment répondre aux besoins de tout Toulouse ? Comment parler à tous les Toulousains ? A ces questions, mille fois posées, Jean-Paul, inlassablement, répondait.
Dans cette intense marche, dans la fusion des idées et des actions? Jean-Paul était toujours là.
Formidablement ouvert aux propositions de tous, sans perdre un instant le cap de vue. Prenant les idées et captant les contacts, inlassable attisant du rassemblement et, en même temps, vigilant porteur d'une vraie politique de gauche. Il était là, sacrée carcasse malgré le mal rampant, écharpe au vent, bonne bouille, regard, vif et doux. Avec un regard tendresse... Au-delà de la fragilité du corps et de l'inquiétude de l'esprit la solidité et la sérénité. Le genre de type qui assure, qui rassure. L'homme debout.
Il était là, avec une intelligence politique aiguë, nourrie d'une inépuisable humanité, avec un rare mélange de lucidité et de générosité. Lequel d'entre nous, le soir du premier tour, a plus clairement dit que les résultats de la gauche auguraient mal du second tour ? Lequel d'entre nous, jour après jour, n'a eu de cesse d'apporter des réponses, réelles, concrètes, finançables, aux besoins des Toulousains ?
Jean-Paul a dirigé la campagne avec rigueur, avec ardeur, dans tous les instants, de toutes ses forces. En concevant ensemble les journeaux de campagne, ou en écrivant à deux mains un discours, nous avons cheminé, côte à côte. Si jamais j'en doutais, grâce à lui je n'oublierai pas combien l'homme peut être grand, l'homme debout.
Alain Doudiès
 
Jean-Paul,
C'est bientôt la rencontre du Forum Social de Porto Alegre.
Et je me souviens, il y a un an déjà, comment tu as été de ceux et celles qui m'ont convaincue de participer à la liste électorale pour les élections municipales à Toulouse, conduite par ton ami François Simon. Moins sans doute par tes propos que par la fidélité toujours renouvelée à des valeurs communes, au-delà des différences de nos sensibilités politiques.
J'étais une des représentantes de la " société civile ". Cela n'avait déjà pas grand sens. J'ai appris lors d'un débat au cours de la campagne que j'étais même société civile " apparentée ".
Et tu t'es battu pour que cette convocation de la " société civile " soit autre chose qu'un appendice des partis ou encore une vitrine agréable. Tu as permis avec d'autres de donner du sens politique à la participation active de personnes qui avaient des engagements politiques hors des partis existants, même si, pour toi, l'engagement devait passer malgré tout par la construction d'un parti.
 
Nous rêvions ensemble de Porto Alegre..
Un autre monde est possible annoncent des voix venues d'un nouvel internationalisme . Et si on commençait par Toulouse, si forte d'une tradition rebelle et créative, si riche d'expériences associatives ? La mondialisation confisque le politique, il faut le reconquérir à partir de la Cité. C'était le sens de mon engagement. Mais alors, comment articuler démocratie directe, démocratie participative et démocratie représentative ? Un grand livre est ouvert, tu en as écrit quelques pages, un long chemin reste à parcourir et tu seras près de nous.
Toulouse n'est pas encore Porto Alegre. Nous avions sous-estime les embûches et les difficultés surgies de tous côtés. Mais l'ambition partagée de retrouver les chemins du politique, le refus du renoncement devant l'intangibilité supposée des lois de l'économie ou encore devant'' les équilibres politiciens, sont là plus'! que jamais. Nous étions plus de : 6000 à le dire au Zénith à Paris ; samedi dernier. J'aurais tant voulu que tu sois parmi nous !
Geneviève Azam Économie, Université du Mirail
 
Ensemble, nous avons fait chemin, la route est encore longue
Etrange sensation! La ville bruisse de ton silence et tu es pourtant si proche. Parfois la nostalgie nous étreint mais vite, très vite, remonte à la surface le désir de continuer ensemble. T'écrire encore une fois. Dire nos complicités, nos doutes, nos espoirs. Redire le rêve commun, l'utopie d'une autre société.
 
"Et pourtant il existe d'autres mondes possibles pour le monde que nous voulons."
Cela te ressemble tellement. Ecrite dans les Chiapas, elle te résume. Lutter pour un monde meilleur, pour une, pour des sociétés justes et solidaires. Agir pour que chacun soit reconnu, respecté dans ses droits, dans sa diversité, pour ce qu'il est.Se battre pour que les femmes et les hommes puissent vivre libres et égaux. Ce combat, tu l'as mené au quotidien, avec détermination.. Tu pouvais paraître intransigeant, tu étais simplement exigeant. Jamais tu ne renonçais. Convaincu de ton combat, de tes valeurs quel que soient les difficultés, les rapports de force, tu n'abandonnais jamais. Tu faisais de la politique.
Dans quelques jours, j'irai à Porto Alegre. Ce voyage, nous l'avions rêvé, nous l'avions envisagé. Nous l'avons si souvent réalisé en discussions, lorsque tu m'expliquais comment y avait été initiée la démocratie participative. Il n'y avait pas encore de forum social. Porto Alegre, cela a été un de nos fils conducteurs tout au long de ton mandat municipal. Les conseils de quartier, la budgétisation, l'élaboration par les habitants avec les élus, c'était du bonheur que de l'entendre, que de l'imaginer, que de l'écrire. Tu me disais souvent: "la démocratie participative, c'est exactement ce qui permet de prendre la bonne décision au bon moment." Pierre Bourdieu te fait écho en affirmant qu'il n'y a pas de démocratie effective sans contre-pouvoir. Nous y avons cru, nous y croyons encore. Ce voyage, cela restera le nôtre.
Cette complicité, cette adhésion commune à la démocratie participative, n'a jamais signifié le rejet des partis politiques ou du rôle des élus, bien au contraire. C'est parce que les habitants pourront participer pleinement qu'ils se saisiront aussi des choix politiques. Travailler, réfléchir, proposer une autre politique municipale devient dès lors un objectif politique majeur. Permettre à partir du quotidien, des choix locaux d'appréhender des enjeux globaux au-delà des limites de la ville, voilà quel a été notre choix.
 
Une politique de l'habitat diversifié, de réels moyens pour développer les services publics, la remunicipalisation de l'eau, bien public s'il en est, deviennent des combats politiques majeurs. La lutte pour le droit de vote des immigrés aux élections locales ne peut être esquivé.
 
Dans le même temps lutter contre la double peine, pour la résolution de la situation des sans papiers, relève de la même exigence. La lutte pour le plein emploi, le refus de délocalisations opportunistes après la catastrophe d'AZF le conflit actuel au Centre Communal d'Action Social sont liés. Bref tour d'horizon bien incomplet. Mais il nous permet de voir à quel point il y a cohérence dans tes combats. De la politique municipale aux choix nationaux, de la défense des sans papiers à la mondialisation inégalitaire, de Porto Alegre à la défense de l'eau en tant que bien public, tous tes combats ont le même fil conducteur et je suis fier de les avoir partagés.
 
Notre combat n'est pas que municipal. Il est social, il est global, il est politique.
 
Ainsi, à chaque instant, je te croise et c'est plaisir que de comprendre à quel point tu es important dans nos vies. Je croise ton invraisemblable énergie, ton sourire, ta tendresse, la force de ta détermination. Parfois, fatigué, l'envie me prend de poser le sac, espérant que d'autres le reprendront Alors je repense à ta façon de ne jamais renoncer, je me rappelle ta trajectoire de vie, rectiligne, fidèle à tes engagements, même si tu as parfois du assumer des ruptures. Avec détermination pas à pas, mais toujours un peu en avant, vers un autre meilleur, tu avançais..
Tu vois, tu restes présent. Ensemble, nous avons fait chemin, la route est encore longue. Je me rappelle à nouveau ce vers de René Char: " Notre héritage n'est précédé d'aucun testament." Jean-Paul, tu es de ceux qui peuvent aider à vivre. Pourquoi faudrait-il parler au passé de ceux que l'on aime?
François Simon
 

 
Dernier texte écrit par Jean-Paul avec Jean-Christophe Sellin,
dans le cadre du débat préparatoire à l'organisation du Comité de Ville de Toulouse.
 
Toulouse: une nouvelle donne politique à gauche.
 
Introduction: les contradictions toulousaines.
Une ville très riche où il fait bon vivre pour 80% des Toulousains (dans les deux premières, à tous les palmarès des grandes villes)
Une ville et une agglomération dans laquelle la ségrégation sociale est très forte (la fracture toulousaine analysée avant l'élection)
Le départ de Baudis a ouvert une fenêtre et place la gauche une nouvelle fois devant ses responsabilités. Comment gagner après 30 ans de défaite face aux Baudis, dans une ville où pourtant les traditions de luttes et les mobilisations sociales sont fortes (décembre 95) ?
Quels profil et programme électoraux pour transformer la donne économique en nouvelle donne sociale avec la démocratie comme élément central de cette transformation ?
 
1. Pertinence, enjeux et leçons de la campagne municipale 2001.
Un projet pour toute la ville: des choix stratégiques et tactiques.
Le Nouvel Observateur notait, non sans malice, que nous nous présentions en quelque sorte comme des continuateurs de Baudis: les Baudis ont fait ce que la Droite sait faire, la Gauche va compléter le travail par ce qu'elle sait faire (services publics, logement, démocratie) et ainsi relever les nouveaux défis: combiner efficacité économique et redistribution sociale. C'est le cœur du projet pour toute la ville.
Rassembler la Gauche gouvernementale au premier tour (pour dépasser au moins 35% et asseoir mieux notre liste au cœur de la future majorité de Gauche). Sur un programme de Gauche, qui permette l'alliance avec les " Motivé-e-s ", seule possibilité de gagner.
À plus de 50% au premier tour pour toute la Gauche, faire le maximum pour renforcer la dynamique, c'était le sens du concert au Zénith
Rencontrer les milieux patronaux, commerçants pour qu'ils ne posent pas un veto à l'élection de la Gauche Une dynamique, un résultat porteur mais des difficultés subjectives importantes.
Au-delà de l'ambiance mobilisatrice de la campagne, les chiffres parlent aussi : notre liste fait 4000 voix supplémentaires au premier tour par rapport à 95. Avec le second tour, nos élus représentent presque 20 000 toulousains de plus (de 29 695 en 95 à 58 939 en 2001)
La stratégie perdante et suicidaire des Verts qui refusent l'unité et donnent à Douste ses principaux arguments contre nous (ligne B, A380). Tout cela crée la confusion et réduit le score global de la Gauche gouvernementale probablement de 8 à 10 points. Ce sera déterminant.
Les élections municipales sont plutôt mauvaises pour la Gauche (sauf là où la Droite était divisée comme à Paris et Lyon). À Toulouse, avec l'ensemble de la Gauche à 50,5% au premier tour nous n'échappons pas à ce phénomène (trop d'abstentions dans les quartiers populaires). Et avec 5 listes à Gauche, il faut une énorme dynamique pour l'emporter. Toulouse n'est pas une ville raciste, c'est une ville de Gauche, mais c'est une ville très ségrégée.
Pourtant pointée dans le livre "La fracture toulousaine", l'ampleur de cette ségrégation a été sous-estimée à la lumière des résultats électoraux. C'est certainement, avec la division des Verts, la clé de notre échec. Il est très frappant de mettre en rapport le sondage de " Tout Toulouse " dans lequel les Toulousains sont prêts très majoritairement à un emprunt de la municipalité pour les quartiers difficiles (certes plutôt pour casser) mais s'oppose systématiquement à la construction de logement sociaux prés de chez eux. La peur des " Motivé-e-s " s'appuie plus sur la volonté de maintenir ce statut quo que sur un réflexe raciste. Toulouse, contrairement aux autres grandes villes françaises contient sa "banlieue" à l'intérieur de la ville. C'est un élément important de la situation.
 
2. D'une échéance à l'autre: enrichir le projet, améliorer l'outil politique.
A. Cette campagne est un point d'appui important pour le Parti.
- Au-delà des résultats qui élargissent notre surface de représentation, le projet porté a été largement reconnu comme un bon projet de Gauche, dicté par "l'intérêt général" (Douste et Moudenc en reprennent d'ailleurs une partie). Ce projet a été chiffré et il est largement compatible avec les finances de la ville, Trautman (le secrétaire général de la Mairie) l'a reconnu. Un projet pour gouverner, un projet de majoritaire et pas " l'addition de revendications " minoritaires.
- À travers la personnalité de François Simon, notre Parti est apparu comme la colonne vertébrale de la campagne de la Gauche mais dans les faits il ne l'a pas été suffisamment, non par quelque mauvaise volonté -de qui que ce soit, mais parce que le . Parti n'est pas organisé sur Toulouse. (...)
 
UN SAMEDI ORDINAIRE
L'hiver a enveloppé Toulouse d'un épais brouillard, mais le centre-ville fait front. Il est, depuis le début du mois, paré de ses habits de Noël : les lumières, les rubans et les papiers multicolores ont recouvert les vitrines. Les passants pressés se bousculent de boutiques en boutiques et redonnent le sourire aux commerçants. Quelques jeunes ont quitté leur quartier pour flâner en ville. Dans la rue Saint-Rome, ils toisent les vigiles qui répondent par un regard suspicieux. Le beauceron muselé, lui, préfère jeter un œil indifférent. Les dernières " sapes " à la mode s'étalent dans les vitrines des magasins de sport, inaccessibles, un rien provocantes. Il faudra attendre encore un peu !
Rue de Kiev, au cœur de La Reynerie, une guirlande de Noël fait ce qu'elle peut pour exister dans ces allées de béton. La famille est restée au quartier. Les mères s'attardent à la boulangerie ou chez le coiffeur. La queue s'allonge à la boucherie halal et, si l'on sent bien que le patron commence à s'énerver, cela n'empêchera pas les plus bavardes de finir leur conversation. Les petits, comme à l'accoutumée, en profitent pour se sauver. Ils entament une course-poursuite à travers les cagettes de légumes entassées au sol. L'épicier compréhensif renvoie les trublions dans les jupes de leurs mères.
Sur le parking, le père finit de rassembler ses outils dispersés autour de la voiture. Cela faisait trop longtemps qu'il s'était imposé le nettoyage de ce carburateur encrassé. Ce week-end aura été profitable. En levant la tête, il aperçoit le gamin qui revient du foot. Le Zidane en herbe traîne son sac comme un boulet, trop occupé à commenter, avec ses potes, le match qu'il vient de gagner. Le père interrompt l'analyse : " T'as les cheveux tout mouillés. Tu vas encore attraper froid ! ". Il est temps de rentrer. Un petit détour par le cinquième étage pour récupérer Zohra. L'adolescente reste évasive sur son emploi du temps. Elle évoque les programmes télé de l'après-midi pour enjoliver la vérité. Elle sait bien que le père n'aime pas la voir tramer à la salle de jeu. Mais pour passer un moment avec Sofiane ! Cela valait bien un petit mensonge...
Tout le monde est rentré chez soi. Les paraboles, accrochées au balcon, donnent aux postes de télévision un peu de la chaleur du pays. Au pied de l'immeuble, seuls quelques jeunes garçons tiennent encore la cage d'escalier. Tout en se passant le joint, ils s'échinent à trouver une idée originale pour passer la soirée. Ciné ? Boite ? On verra bien en fonction des finances. D'ici là, on va voir ce que la mère a préparé pour le repas.
Cheminement Auriacombe, le parking est maintenant désert. Des sachets plastiques percent le brouillard et tourbillonnent dans le vent. Les branches des arbres arrêtent leurs courses. Avec leurs boules de fortune, les tilleuls tiennent à marquer cette période de fête. A les regarder de près, ils n'ont finalement rien à envier au grand conifère de la place Wilson.
Nicolas MAUPEU
Introduction au livre « la Fracture Toulousaine»
 

 
Rouge, rose, vert
 
Je ne suis pas sûr que le terme hommage aurait plu à Jean-Paul.
Mais les mots ont un sens. Hommage pourtant : il n'y en a pas d'autre qui convient mieux à ce que ressentent et veulent exprimer ses amis communistes.
Tu appréciais la modestie et la simplicité : les quelques phrases que je veux prononcer, ce sont simplement les mots du cœur que nous te devons.
Hommage profond et sincère, car chez Jean-Paul, il était impossible de dissocier l'homme de l'homme politique.
Cette vérité de l'homme perçait dans l'homme public avec ses marques de générosité, de bouillonnement, de rugosité et parfois de colère. Elle perçait dans cette sincérité, ce franc parler, cette passion qu'il mettait à dénoncer tout ce qui le révoltait, et à défendre ses idées. Cette vérité de l'homme éclatait au travers de l'extraordinaire courage avec lequel il a affronté la maladie, la défiant, sachant qu'il fallait vivre avec, mais toujours la combattant y compris quand parfois le doute ces dernières semaines se lisait dans le regard.
Liberté, justice et démocratie sont me semble t'il quelques-uns uns des mots clés qui ont jalonné le discours et les actes de Jean-Paul.
Je pense en paticulier à son apport en direction des populations de ce quartier, au rôle majeur qu'il a joué à SOS Racisme, dans ses combats contre l'extrême-droite, ou en faveur des sans-papiers.
Comment aussi ne pas évoquer ces débats que nous avions eu sur les monstruosités du stalinisme par exemple, au moment où en 1993 il s'interrogeait avec nous pour une candidature d'ouverture avec Bernard Marquié aux élections législatives.
Nous n'avons pas fait ce bout de chemin là, il a suivi le sien parallèle au notre mais avec cet objectif commun de transformation sociale, , d'anticapitalisme, pas toujours simple à vivre ou trouver.
Châteaubriant écrivait un jour : " II existe deux sortes de révolutionnaires, les uns désirent la Révolution avec la liberté, c'est le très petit nombre ; les autres veulent la révolution avec le pouvoir, c'est l'immense majorité ".
Nous avons changé d'époque, mais cette citation n'a pas pris une ride. Et comment ne pas mettre Jean-Paul Fonvieille au nombre de ceux qui voulaient accorder révolution et liberté.
Connu, reconnu, respecté au delà du Mirail, si la vie est faite de contradictions Jean-Paul n'a jamais renoncé aux motivations de ses engagements premiers
Nous avions avec d'autres travaillé ensemble lors des dernières élections municipales ; II s'y était totalement investi. J'avais pu vérifier sa pugnacité, sa capacité de travail, la ténacité avec laquelle il défendait son point de vue.
Il a laissé dans cette bataille comme dans d'autres la trace son apport.
Je le dis avec peine, mais aussi avec confiance parce que nous continuons à porter des valeurs que nous partagions en commun. Et, comme l'affirmait avec juste raison le philosophe : " le vrai tombeau des morts, est le cœur des vivants".
François CANEZIN responsable local du PCF
 
Jean Paul nous a quitté mais sa lumière reste comme une étoile qui nous montre la direction.
Il était pour les Verts un point d'articulation entre notre mouvement et le Parti Socialiste . Si quelques uns d'entre nous avons lors des dernières municipales défendu l'alliance avec la liste de François Simon dès le premier tour c'est parce qu'il y avait autour de François, Jean Paul et ses amis.
Jean Paul était porteur des valeurs de la gauche " vraiment à gauche " . Sa générosité le poussait à mener de nombreux combats et au premier rang, LCR, SOS racisme, Gauche Socialiste,...Ces dernière années, pour le soutien aux sans papiers après les parrainages, nous avons été nombreux à le solliciter pour suivre les dossier à la préfecture. Ce travail de terrain il le menait avec sérieux et obstination. C'est là sa valeur. L'action politique, le discours, l'analyse prend une autre dimension quand chaque jour on est dans l'action auprès des plus démunis et des exclus. Parfois il nous chambrait en disant " les mecs du Mirail ils n'entendent pas les avions " comme si seul la dimension environnementale des combats intéressait les Verts. Biens sur que la dimension sociale nous interesse au plus au point, et bien sur que les chômeurs, les exclus, les pauvres, n'ont pas de préoccupations de bruit, mais l'urbanisme de classe ça existe aussi, les événements d'AZF ont bien montré cela.
Jean Paul a creusé son sillon et a semé des graines. Ceux qui l'ont croisé ont reçu de lui. Sa force c'est sa générosité mise au service de ses idées. Il incarne les valeurs que nous j partageons, il est de ceux qui nous font dire que l'humanité peut être, bonne, qu'il y a espoir pour un monde plus juste, mais " ...qu 'en cara y a combat " comme le dit le chant de Lluis Llach qu'il aimait entendre.
Elisée BRUGAROLAS Conseiller Régional Les Verts.
 
Témoignage de la LCR...
 
Jean-Paul Fonvieille est mort le 30 décembre dernier. Militant du Parti Socialiste et de la gauche socialiste depuis 1995, élu ce