Démocratie & Socialisme
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Un suicide par jour au travail

Pourquoi pas de réaction du « Président » ?

dimanche 29 juillet 2007 par Gérard Filoche
 

Il ne va plus voir ceux qui se lèvent trop tôt, se couchent trop tard, et s’épuisent au point de se suicider au travail.

A force qu’il se déplace partout, s’occupe de tout, fasse des projets et des lois sur tout, faits divers, accidents de la route, feux de forêts, tour de France, infirmières bulgares, comment ne pas s’étonner par les questions qu’il « laisse tomber », sur lesquelles il n’intervient pas, ne parle pas, ne réagit pas, ne légifère pas ?

Pas de photo, pas d’image, pas de flash info, pas de visite d’entreprise, sur le dernier des suicides au travail… Rien.

Il y a eu 360 cas de suicides liés directement au travail l’an passé, un par jour. Cela concerne des employés, des ouvriers, et les cadres, manuels et intellectuels, le stress au travail, la souffrance au travail, la violence des rapports d’exploitation, les rapports de « management » hiérarchiques, le chantage à l’emploi et au salaire…

Plus grave que la délinquance criminelle, ce phénomène est pourtant ignoré : Rachida Dati ne fait pas de loi, pas d’enquête, on n’envisage pas de remède, rien. Pas visite dans une entreprise, pas de déclaration au Journal télévisé, pas de visite à la famille, pas de rendez-vous express, pas de « petite phrase », rien.

Pas de proposition ! Parce que n’est-ce pas, dans le régime où nous sommes, si le Président ne réagit pas en personne, ne propose rien, c’est que le sujet n’est pas important.

En France, on utilise les mots « burn out » (anglais) ou « karochi » (japonais) pour parler de l’auto destruction par la travail… n’y a t il pas de mot français ? Pourtant cette violence au travail concerne plus de 22 millions de personnes…

Ah si ! Le Ministre du travail Xavier Bertrand a dit qu’il « suivait, qu’il se tenait au courant » et a parlé du « CHSCT » de la dernière entreprise où il y a eu un suicide…

Les Chsct sont en général réduits à une peau de chagrin. Il n’y en a que 22 000 pour 1,2 million d’entreprises ayant au moins un salarié. Ils n’ont droit d’exister que dans 3 % des entreprises, celles de plus de 50 salariés, mais même là, dans la majorité des cas, il n’y en a pas.

Ne parlons pas des 97 % de plus petites entreprises (8 millions de salariés) où le taux d’exposition aux risques est pourtant plus grand.

Lui, le Président, si prompt d’ordinaire en tout, il n’a pas proposé, par exemple, d’élargir les pouvoirs et d’augmenter les moyens des Chsct (Comité d’hygiène, sécurité, conditions de travail), ces institutions qui devraient normalement être en charge de réagir à de tels risques !

Créés en 1982, les CHSCT ne disposent pratiquement pas de « crédits d’heures » pour leurs membres, sauf par accord exceptionnel, dans les très grandes entreprises. Ils n’ont pas de budget propre. Leurs membres ne sont pas élus mais cooptés, ce qui diminue l’impact de leur action auprès des salariés. Ils ne disposent presque pas de formation pour appréhender les immenses sujets qu’ils doivent aborder, en matière d’hygiène, de sécurité, de conditions de travail (alors que ces sujets ont été considérablement étendus depuis 1982, avec la prise en charge du harcèlement sexuel et du harcèlement moral). Seulement 1 % des CHSCT font appel à une expertise comme ils y ont droit, et dans la majorité de ces cas, cette demande est contestée par l’employeur. Surtout, les CHSCT n’ont pas de moyens d’imposer leurs décisions, ils rabâchent des recommandations de réunions trimestrielles en réunions trimestrielles, que l’employeur n’est pas tenu de respecter, il n’y a pas d’avis conforme, ni d’obligation de faire…

Si bien qu’aucun contre pouvoir, en dehors des faibles et impuissants moyens de l’inspection du travail, de la médecine du travail, n’est en mesure, dans l’entreprise, de pouvoir stopper les folies managériales qui exigent chaque jour toujours plus de rentabilité, de productivité, d’objectifs de plus en plus inatteignables, avec une pression de plus en plus féroce sur chaque salarié, avec des heures supplémentaires en nombre exponentiel et non déclaré, non payé, non récompensé.

Même les syndicats, dans un tel contexte, sont conduits à sous estimer les CHSCT, à pas investir dans de l’énergie perdue car inefficace.

Pourtant il existe des propositions, des mesures, de quoi faire un projet de loi, plus utile, plus vital, plus impératif pour la vie de millions de salariés, que d’autres actuellement priorisés au Parlement pour « l’affichage ».

Mais le président a décidé de ne pas « afficher » cela, ne de pas légiférer, de ne pas réagir, de ne pas se pencher sur le sujet. Dans le régime actuel, les suicides au travail, à cause du travail peuvent continuer à raison de un par jour…

Gérard Filoche, 21 juillet 07

Cf. étude « vingt ans de CHSCT » conseil économique et social, Journal Officiel, 2001. François Fillon était venu en 2002 plancher sur cette étude devant le Conseil économique et social… sans rien proposer. Déjà !

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Forum
 Un suicide par jour au travail 4 juin 2010, par Lonewolf1300

Il y a le suicide AU travail, déjà bien mis à l’encan, peu médiatisé, pas traité. Pourtant, compte tenu des circonstances, celui-ci est insupportable.

Mais il y a le suicide APRES le travail, soit suite à une (ou plus) démission, soit suite à un (ou plus) licenciement. A moi seul, j’en ai connu deux en 28 ans de travail, et je suis moi-même passé très près. Je pense donc que la part de ces décès est importante. Pourtant, ces morts-là ne sont pas annexées à leur cause directe ou non, et donc leur nombre reste dans l’ombre.

Quoi qu’il en soit par ailleurs, il est évident que le travail tue, et pas uniquement de manière fortuite.

 Un suicide par jour au travail 11 janvier 2010, par surmely alain

Les suicidés de France-télécom sont d’une certaine façon la partie émergée de l’iceberg capitaliste.Pour comprendre ce non-sens,car le suicide est un non-sens en prolongeant la réflexion camusienne sur le suicide,il faut plonger dans le monde de l’entreprise,le monde du travail d’aujourd’hui,secteurs public et privé confondus.Et au-delà,à mon sens,les suicides de ces différentes "sociétés"(France-Télécom,Renault,Peugeot,administrations diverses également dirigées suivant les méthodes du management de la terreur)sont le signe le plus tangible d’une crise de civilisation,d’une décadence.

A l’aide de mon expérience personnelle,de l’information à laquelle nous avons tous accès ainsi que d’un livre(Christophe Dejours,Souffrance en France.La banalisation de l’injustice sociale,Ed du Seuil,1998),je suis parvenu à cette conclusion:désormais il ne faut plus ambitionner de tendre vers le progrès social mais d’enrayer la spirale infernale du déclin social.S’agit-il d’un recul irréversible ?Ce qui est certain c’est que l’oeuvre de Christophe Dejours est importante pour prendre la mesure du "problème",c’est-à-dire pour savoir d’où l’on part.

Bonne lecture,bonne réflexion et bonne année quand-même.

 Un suicide par jour au travail 30 octobre 2009, par Mr GUEGUEN Paul - tel : 04 67 35 05 44
Je viens de lire l’article de Gérard FILOCHE du 21 juillet 2007 et je tiens à le féliciter pour la description de la réalité de l’inutilité des CHSCT qui sont devenus des vitrines ou tout est possible sauf l’application des textes du droit du travail et du droit tout court . J’ai siégé dans un CHSCT plusieurs années afin de faire appliquer les régles de droit de ma profession ou je me suis heurté de front à mon propre syndicat (la CGT). Ce syndicat était seul représenté en CHSCT et la secrétaire de section syndicale qui y siégée aussi prenait directives et décisions auprés du président du CHSCT , cherchez l’anomalie pour bien comprendre l’ambiance en séance et au travail. Si cet article peut paraître gris et désolant , je vous affirme que la réalité est bien plus noire encore. Heureusement j’étais dans une grande entreprise de l’énergie électrique dotée d’un statut du personnel (à plusieurs vitesses) ce qui m’a permis d’arriver jusqu’à la retraite mais avec une forte dépression. Ayant évacué le côté affectif de tout ce tas de "boue" il me reste un vécu et un témoignage qui peut être utile dans une réflection pour plus de "démocratie" et de justice et que je peus vous communiquer si cela vous intêresse
 Un suicide par jour au travail 24 octobre 2009, par annaclaire

Bonjour, Il y a deux ans je proposais à 20 éditeurs un roman/essai traitant du suicide au travail. Cet ouvrage avait un intérêt majeur : il livrait des pistes sur le profil du salarié candidat au suicide. Je pensais en produisant cet ouvrage aider les RH et autres médecins du travail à repérer les personnels en danger. Aucun éditeur n’a souhaité produire l’ouvrage. Je le tiens en conséquence à disposition de ceux et celles qui voudraient en faire usage …

Voici comment, il y a deux ans, je présentais l’ouvrage : …/…rédigé à l’attention de : * ceux qui respirent et transpirent le travail. * ceux qui ambitionnent à coup sûr qu’on grave un jour sur leur tombe : « Il fut un travailleur acharné » …éduqués dans la perspective de plaire à un chef ou un patron. * ceux qui succombent à la dictature du sourire, qui à longueur de couloirs répondent au très rituel « comment allez-vous » par le très académique « ça va. * tous ceux qui peinent à se lever le matin, qui travaillent seize heures d’affilée et ont pourtant le sentiment de ne pas avancer, qui se rassurent en se disant que c’est une mauvaise passe. Non, ça n’ira pas mieux demain. * ceux qui, privés de leurs béquilles chimiques, s’effondreraient.

Bon week-end à vous, Annaclaire

 Un suicide par jour au travail 24 juin 2009, par Lavios
Aujourd’hui, nous parlons de développement durable, j’aimerais qu’il soit aussi question de pratiques manageriales durables, que le salarié soit au coeur de l’entreprise mais pour son épanouissement, pour son investissement. Les entreprises importantes ont quelques garde-fous : syndicats, CE, CHSCT. Les petites entreprises n’ont que 2 institutions peu efficaces pour soutenir le salarié : l’inspection du travail et la médecine du travail. Le harcèlement moral a toujours existé en milieu de travail, il peut amener à des extrèmes : le suicide. Il revêt des formes différentes et diverses.
- Refus de communication
- Transmission de fiches techniques érronées
- Non prise en compte d’emplacements commandés par le client
- Consignes contradictoires
- Privation de moyens pour atteindre les objectifs
- Objectifs innatteignables : + 70%
- Secteur diminué
- Tâches dépourvues de sens
- Critiques, brimades
- Menaces.
- Dénigrement De plus les collègues bien qu’ayant été conscients de ce état de fait se sont désolidarisés, à part quelques soutiens timides. La hierarchie connaissant le problème a fermé les yeux. Ces pratiques s’intensifient. Les turn over sont en recrudescence. Création en février 2006, d’un journal hebdomadaire de province, sur les 9 employés recrutés, 3 ans plus tard, il n’ en reste que deux. Sur le secteur commercial de ces hebdos du même groupe de 11 personnes de septembre 2005 à aujourd’hui : 4 licenciements, un transfert, 3 démissions. Il n’est pas besoin d’être devin pour comprendre que les pratiques manageriales extrèmement directives de la hierarchie ont renforcé un climat de mal être au travail. J’ai subi ce harcélement, car ma lutte pour le droit au respect m’a amené à subir des pressions importantes et un manque d’argent tout aussi important, je dois ajouter que je suis chef de famille, ayant perdu mon conjoint en 2003. J’ai de plus un handicap faramineux : j’ai plus de 55 ans. Mon supérieur hiérarchique veut liquider les vieilles. Je suis licenciée, je n’ai plus ma place. J’obtenais pourtant plus de 47 % de progression.dans cette conjoncture économique délicate sur fond de crise financière, c’est à signaler.
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