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Le Maradona de Kusturica : détonnant !

vendredi 13 juin 2008 par Julien Guérin

 
Le 29 mai dernier est sorti en salle le dernier film du cinéaste serbe Kusturica, réalisateur il y a quelques années de Chats noirs, chats blancs. Dans ce film-documentaire, il retrace l’itinéraire d’un des plus grands footballeurs de l’histoire. Ce n’est pas une biographie linéaire qu’a choisie Kusturica pour évoquer celui que tout un peuple a surnommé El Pible de oro (la perle d’or) mais des entretiens avec la star, ses plus beaux buts (sur fond de God Save the Queen des Sex Pistols) et des flashs sur les grandes étapes de sa vie.

Né dans les bidons villes de Buneos Aires et issus des classes les plus populaires d’Argentine, Diégo Maradona n’a par la suite jamais renié son camp et sa classe, ce qui n’est pas si courant dans ces milieux sportifs ou les valeurs de l’argent et de la concurrence libérale règnent désormais en maître. C’est en cela qu’il nous intéresse ici. Il ne s’agit pas de faire de Maradona une nouvelle icône révolutionnaire (comme a peut être un peu tendance à le suggérer Kusturica dans le film) mais de saluer les prises de position progressistes, anti impérialistes et le talent d’un véritable génie du foot.

Il dénonce avec justesse l’embargo que les Etats-Unis font subir depuis des décennies au peuple cubain, confie à Kusturica sa révolte contre les bombardements de l’OTAN en Serbie (pays du réalisateur) en 1999 et contre la guerre en Irak, confesse son admiration pour le Che et participe même à un grand meeting contre la politique de Bush en Amérique latine aux côtés des présidents Chavez et Morales.

Maradona a compris que la ZLEA (zone de libre échange des Amériques) que veulent imposer les Etats-Unis n’était qu’un projet impérialiste et libéral visant à étendre la puissance de ses grandes firmes multinationales et à asservir un peu plus les peuples sous le joug de la finance. S’il est certainement abusif (comme le fait le film) de faire des deux buts de Maradona contre l’Angleterre lors du quart de finale de la coupe du monde 1986 une revanche des peuples opprimés contre le FMI, l’OMC et la Banque Mondiale, un itinéraire tel que celui de Maradona mérite d’être (re)connu tant il demeure rare dans le milieu du sport…

L’Argentine, à laquelle Diégo est si attaché, ruinée et mise à genou par les politiques capitalistes des institutions internationales en 2001-2002 et profondément meurtrie par la féroce dictature du général Videla en 1976-82, est un pays de lutte et de résistance. Maradona incarne un peu cela…

Le personnage comporte aussi sa part d’ombre et d’ambiguïté (drogues, dopage, dérive people, lien avec la mafia…) mais il semble souvent avoir été victime de sa propension à l’excès et à une certaine mégalomanie. Le film passe peut être trop rapidement sur ces questions…Cependant, il vaut le détour.

Le contexte politique et social actuel de l’Amérique latine avec une forte poussée à gauche, une radicalisation des luttes populaires et une contestation globale de l’ordre néolibéral bushiste est indéniablement la toile de fond de tout le documentaire dont le mérite est de monter l’aspiration de tout un continent (par le prisme d’un sportif atypique) à la justice et à l’égalité. Comme les militants révolutionnaires et toute la gauche latino américaine le clame dans les meetings, rassemblements et manifestations : "El pueblo unido jamas sera vencido".

Julien Guérin

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