Démocratie & Socialisme
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La conférence de presse de Nicolas Sarkozy

L’homme qui mentait à l’oreille des grévistes

vendredi 6 février 2009 par Jean-Jacques Chavigné
 
Comment ne pas penser à Tex Avery et à ses personnages qui continuent à courir à fond de train jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent que c’est au-dessus d’un gouffre sans fond qu’ils s’agitent ?

Hier soir, Nicolas Sarkozy continuait à courir exactement dans la même direction qu’avant la crise. Bien qu’il ait affirmé « nous avons affaire à une crise comme le monde n’en a pas connue depuis un siècle », il s’obstinait, en toute incohérence, à agir comme si cette crise n’était qu’une crise conjoncturelle et à surtout ne pas s’interroger sur ses causes.

Sarkozy n’a pas compris que le néo-libéralisme, c’était fini

Ce qui ressortait de la conférence de presse du président de la République, c’était que la crise était ponctuelle et qu’elle passerait alors que les « réformes » qu’il préconisait étaient structurelles et durables. Visiblement, Nicolas Sarkozy, n’a toujours pas compris que ce sont justement ces « réformes » structurelles qui avaient mené tout droit à la crise structurelle dans laquelle nous nous débattons aujourd’hui.

Il n’a toujours pas compris que cette crise était une crise de surproduction que le néo-libéralisme avait réussi à différer pendant 20 ans grâce à une avalanche de crédit et de consommation des riches, liée à la spéculation boursière.

Il n’a toujours pas compris qu’aujourd’hui, le monde a changé. Les banques ne peuvent pas continuer à accorder des crédits comme elles le faisaient hier et la spéculation boursière a plus que du plomb dans l’aile.

Sous prétexte d’améliorer l’investissement, il s’obstine à maintenir ou améliorer le taux de profit aux dépens des salaires. Comment peut-il se refuser à comprendre que, même de son point de vue, ces profits ne sont que potentiels et que pour les réaliser il n’y a plus d’échappatoire. Il ne reste plus pour acheter les biens de consommation qu’une seule demande qui puisse faire le poids : la demande salariale.

Une crise qui tombe du ciel

Nicolas Sarkozy n’y est pour rien : c’est une crise internationale. Tous les gouvernements néo libéraux, aujourd’hui, entonnent cette même chanson. Aucun d’entre eux n’a de responsabilité dans la crise. Ils sont tous des victimes. Tout est de la faute des autres. Voilà sans doute ce que Sarkozy appelle « la culture de la responsabilité ».

En réalité, chacun d’entre eux porte sa part de responsabilité. Chacun, dans son propre pays, à agi pour que les salaires stagnent, pour que la protection sociale recule, pour que les profits augmentent. Chacun, a son niveau, a fait en sorte que la mondialisation libérale pèse sur les salaires et l’emploi. Chacun à son niveau à laissé se développer les bulles financières successives. Et le résultat, la somme de toutes ces actions irresponsables, c’est la crise structurelle que nous connaissons aujourd’hui.

La continuation des « réformes » ne ferait qu’accentuer la crise. Non seulement elles mettraient à mal l’égalité, la possibilité de vivre décemment pour des millions de personnes en les empêchant de se soigner d’accéder à un enseignement de qualité, à des services publics facteurs essentiels d’égalité, à une retraite décente, à un salaire décent, à un travail décent mais elles empêcheraient toute possibilité de sortir de la crise puisqu’elles tailleraient des coupes claires dans la demande salariale.

Tout pour les profits

360 milliards accordés aux banques sans aucune contrepartie sérieuse : l’Etat n’entre même pas dans leur Conseils d’administration.

Le « plan de relance » annoncé, il y a quelques semaines, par Sarkozy mais dicté par le Medef n’avait qu’un seul objectif : maintenir ou augmenter les profits et les dividendes.

Son refus (malgré ses premières affirmations) de limiter les dividendes des actionnaires des banques va dans le même sens.

Son annonce de supprimer la taxe professionnelle poursuit le même objectif. C’est un cadeau fait au Medef et au patronat, sans aucune contrepartie. C’est d’ailleurs la seule mesure précise qu’il ait annoncée. Les seules imprécisions tenaient, quand même, au coût de cette mesure (20 milliards d’euros au lieu des 8 milliards annoncés) et au moyen de compenser les pertes subies par les collectivités territoriales.

Des pansements sur une jambe de bois pour les salaires et l’emploi

Sarkozy s’est fait élire sur le thème du « travailler plus pour gagner moins » mais aujourd’hui, ce qu’il propose ce n’est ni plus ni moins que de généraliser le chômage partiel et donc de « travailler moins pour gagner moins ». Difficile de trouver un exemple de volte-face aussi rapide et aussi complète.

C’est inacceptable : un salarié qui gagne le Smic (la classe moyenne pour Sarkozy !) ou qui est employé à temps partiel ne peut plus vivre décemment avec 60 % ou même 80 % de son salaire.

La suppression de la 1ère tranche d’imposition est une supercherie. L’Etat aura moins de ressources et ce sont les plus démunis qui paieront les pots cassés avec une nouvelle régression des services publics.

Attribuer les allocations familiales sous condition de ressources conduirait tout droit (comme aux Etats-Unis) à leur complète disparition.

Le refus de mettre fin au non remplacement d’un fonctionnaire partant en retraite pour deux est un non sens social et économique au moment où le nombre de chômeurs (officiels) augmente de près de 50 000 chaque mois et que l’hôpital comme l’éducation nationale souffrent d’un manque cruel de personnels.

Augmenter le Smic de façon substantielle permettrait aux salaires de commencer à rattraper les 150 milliards d’euros que les profits leur ponctionnent, chaque année, depuis plus de 20 ans. Un débouché à la production commencerait alors à se dessiner. Mais, Sarkozy s’y refuse, car, nous dit-il, ce sont les Allemands qui en profiteraient en vendant leur production grâce à nos augmentations de salaires. Et comme les dirigeants allemands disent la même chose, il est facile de comprendre que la crise est installée pour un certain temps.

La farce des 1,4 milliards d’euros que les banques rapporteraient à l’Etat

Sarkozy le reconnait, l’Etat a versé (sous forme de prêt sans garantie) 25 milliards d’euros aux banques. Mais, ce prêt rapporte à l’Etat 1,4 milliards d’euros par an. Et, bon prince, Nicolas Sarkozy nous a annoncé, hier soir, que ces 1,4 milliards d’euros seraient intégralement affectés au financement de mesures sociales.

On croit rêver. Pendant des années, ce sont les mêmes qui nous ont rebattu les oreilles avec l’endettement de la France et « la dette de nos enfants ». Mais, d’un seul coup, tout cela a disparu du paysage et Sarkozy n’a pas eu besoin d’augmenter la dette publique pour financer l’insolvabilité des banques. Pourtant, le président de la Cour des comptes, Philippe Seguin estime que la dette publique de notre pays connaitrait un supplément de 250 milliards d’euros en 2010 et pourrait atteindre 83 % du produit intérieur brut fin 2012, au lieu de 60 % en 2000.

Les 25 milliards d’euros prêtés aux banques (l’Etat a pris un engagement pouvant aller jusqu’à 360 milliards d’euros) ont bien été empruntés. Sarkozy nous avait d’ailleurs lui-même annoncé, il y a un an : « Les caisses sont vides ». Et ils n’ont pas été empruntés sans que soit versés des intérêts aux détenteurs des emprunts d’Etat, aux rentiers. En réalité, ce que l’Etat devra payer à ses nouveaux créanciers compensera à peu près ce que l’Etat percevra des banques. Les 1,4 milliards d’euros gagnés grâce aux prêts faits aux banques sont donc une douce plaisanterie qui indique, quand même, le mépris dans lequel peut nous tenir Nicolas Sarkozy.

Sarkozy encourage les récidivistes

Les banquiers et leur spéculation sans frein ont été un facteur décisif du déclenchement de la crise. Ils espéraient obtenir des rendements de l’ordre de 20 ou 25 % du capital investi.

Les pénaliser avec des prêts d’un taux de 5 %, c’est les encourager à récidiver.

Pourquoi, en effet, se gêneraient-ils : ils chercheront de nouveau (ils n’ont d’ailleurs pas cessé) à obtenir des rendements de 25 %, sachant que de toute façon, non seulement on ne les laissera pas faire faillite, non seulement l’Etat ne rentrera pas dans leurs Conseils d’Administration, mais qu’il leur en coûtera tout au plus des intérêts de 5 % !

Gagner du temps et diviser

Sarkozy a une tactique : gagner du temps et diviser les organisations syndicales, en proposant des broutilles pour les salaires, les minima sociaux et l’emploi.

Il espère que la crise entraînera le « chacun pour soi » et que la montée du chômage empêchera toute mobilisation.

C’est compter sans la révolte sociale qui monte et que son discours n’aura fait qu’exaspérer. Il n’est pas bon de mentir aux oreilles des grévistes… Après les 2,5 millions de manifestants du 29 janvier, c’est la mobilisation des étudiants, des lycéens, des enseignants chercheurs qui prend son essor. Et chacun sait que, dans notre pays, la rencontre entre les salariés et la jeunesse est souvent explosive. Sarkozy serait bien léger de faire comme s’il ne le savait pas, lui qui affirmait « Mai 68, plus jamais ça ! »

Jean-Jacques Chavigné

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Forum

Bonjour,

Pour bien comprendre, j’aimerais bien savoir qui sont ces fameux nouveaux créanciers. Moi je croyais que l’état faisait tout simplement tourner la planche à billet.

Bonjour,

L’Etat ne peut pas faire marcher la planche à billets : le franc n’existe plus. L’Etat a donc du emprunter et il l’a fait auprès des rentiers auxquels il a placé des obligations du Trésor. Sans doute, en partie, auprès de ceux à qui il a fait un cadeau fiscal (annuel) de 12 milliards dès son arrivée au pouvoir.

Cordialement,

JJC

et c’est pourquoi le ps soutient le traité de lisbonne ! va comprendre !
 Regardez ce tableau des inégalités 10 février 2009, par Gilbert
Une idée simple, que j’offre gratuitement. Que tous les "socialistes" qui ont l’opportunité de passer dans les médias sortent ce tableau de l’Observatoire des inégalités qui montre que plus on est riche, plus les revenus augmentent (et réciproquement). Je suis persuadé que si le peuple disposait de ce genre d’informations (au lieu de quoi on lui donne à manger les querelles entre Ségolène ou Martine, qui n’ont strictement aucun intérêt vu qu’elles sont toutes les deux des amies des patrons) la droite bling-bling serait balayée du jour au lendemain.
JJC nous dit que tous les gouvernements néo-libéraux ont leur part de responsabilité. Est-ce que ça veut dire que les "socialistes" qui ont géré comme les néo-libéraux (en permettant notamment que la part des salaires diminue au profit de la part des profits) sont également responsables ? Pourquoi ne pas faire alors comme Mélenchon, qui ne veut plus participer au creusement des inégalités ?
parce que c’est le ps qui nourrit les trois quatres petits chefaillons de d&s grâce à ses subventions publiques, tout simplement

le patronat c’est le patronat, la droite c’est le patronat, le PS ce n’est ni l’un ni l’autre qu’il défende mal notre classe n’empêche qu’il en fait partie ce n’est pas la première fois dans l’histoire ni dans le monde que la gauche n’est pas assez a gauche

avec la gauche, certes, on n’a pas tout ce qu’on veut avec la droite on a tout ce qu’on ne veut pas

entre les eux il y a une barrière de classe

même si dans notre camp de classe, tous ne sont pas comme on voudrait

de même qu’il y a huit syndicats qui appellent ensemble au 29 janvier et au 19 mars

il y a onze organisations de gauche qui ont signé un appel commun pour le soutenir, toutes ensemble

notre camp est là

mais ces petits vils qui osent sur ce site de nous accuser de quoi ?

de ce que les fonds publics du PS nous subventionneraient ne méritent que du mépris, sans doute d’ailleurs sont ils de droite, eux

nous n’avons pas un sou,

jamais nous n’avons reçu un seul centime autre que des cotisations, des abonnements, des ventes de livres...

nous sommes des bénévoles depuis 40 ans et plus...

ni mécène, ni sponsor, ni argent caché,

et nous cotisons à notre propre journal, à nos propres activités, lesquelles sont hélas limitées par ce manque de moyens

si nous avions des sous on publierait D&S à 10 000 ou 15 000 exemplaires et non pas à 4000

on rappelle à la souscription, chèques à l’ordre de D&S 85 rue Rambuteau 75 001 Paris

bé oui les dizaines de millions d’argent public bien sur personne n’y touche pas vrai ? d’ailleurs je suis sur que vous le brulez .... avouez que c’est la vraie raison pour vous d’adhérer au ps, juste de quoi avoir l’impression d’exister sur la scène politique ... pas joli joli tout ça

commencez par publier les comptes du ps qu’on y voit clair ....

à l’imbécile de mec de droite qui écrit ci-dessus sur nos prétendus fonds et notre prétendue corruption :

les comptes du PS ils sont publiés... par le PS... et accessibles et verifiés comme pour tout usage des fonds publics

quant à nos comptes à nous, D&S, tous mouillés ils doivent être de 30 000 euros tout compris par an, entrées et sorties, téléphones, voyages, revue, communication, réunions...

on sort 10 n° de 24 p à 4000 exemplaires depuis 17 années

on anime ce site et les réunions bénévolement

on cotise tous pour avoir "le droit" de le faire

et il n’y a ni sponsor, ni caisse cachée, rien que du bénévolat

on doit être la seule revue à exister 17 ans sans un seul salarié, sans un seul permanent... grâce aux abonnements à 30 euros... et parfois à des chèques majorés militants de 40, 50 voire exceptionnellement de 100 euros...

ne pas hésiter à s’abonner

mais il faut être débile pour reprocher à D&S d’avoir le moindre fond du PS, jamais eu un seul centime - plutôt des dépenses, car il faut que nous payions nous mêmes nos frais PS de congrès de réunions, etc...

D&S

Gilbert Si tu as regardé le film ma mondialisation de G.Perret un économiste de gauche dit clairement que le P.S. a participé et esten parti responsable notamment sur la liberté financière

Alain Meunier

Non, je n’ai pas vu ce film. Que penses-tu du fait que l’aile gauche du PS nie que le PS a participé à ça ? Crois-tu qu’on peut vraiment participer au changement en étant dans le déni de réalité ?

Gilbert,

Arrêtes un peu de voir le monde en noir et blanc...

Bien sûr que les gouvernements dirigés par le PS ont participé à la mise en place du néolibéralisme après 1983, même si c’est de façon contradictoire avec celui de Lionel Jospin dont le bilan était et reste mitigé. Ces gouvernements ont participé à cette mise en place avec plus de lenteur que la droite mais ils allaient dans la même direction. Jamais D&S n’a dit le contraire. Nous nous sommes toujours, au contraire, battu contre cette orientation.

Jean Luc Mélenchon (puisque tu cites le Parti de Gauche) avec qui je militais à la Gauche Socialiste défendait d’ailleurs, en 1994 et 1995, le traité de Maastricht dont il fait aujourd’hui la matrice de tous les maux. Ce n’est qu’en 1996, à la suite d’un long débat, notamment avec D&S, au sein de la GS, qu’il a changé d’avis. C’est bien la preuve que rien n’est jamais perdu...

La crise a déjà commencé à modifier l’orientation politique du PS et le mouvement social qui monte accélèrera ce processus. Et comme il n’est pas possible de se passer du PS pour battre la droite, nous continuerons à mener bataille là où se joue le sort du salariat, pas à ses marges même si nous n’avons aucun ennemi à gauche, que ce soit le NPA ou le Parti de Gauche, et que nous souhaitons l’unité de toute la gauche, du PS au NPA, en passant par les Verts, le PCF et le Parti de Gauche.

Cordialement,

JJC

Vous ne me ferez pas croire que le PS change. Quand on voit deux figures de l’aile gauche du PS comme Fabius et Aubry voler au secours de Kouchner, qui a fait dans le mélange des genres pour faire du fric, qui a fait des rapports payés très chers par des dictateurs, sur le dos de la population, il y a de quoi se poser des questions, non ?
faudrait être naïf en effet ...
En cas merci à tous, pour toutes ces questions, et ces échanges. Comme quoi un site qui marche c’est bien Nous publierons d’autres articles et attendrons vos réactions Alain Meunier
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