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L’université : un enjeu stratégique pour le gouvernement

dimanche 1er mars 2009 par Mathias Tessier, Régis Hémon
 

DEPUIS l’élection de Sarkozy, un torrent de réformes a frappé les universités : LRU, plan « Réussite en Licence », Opération Campus, démantèlement du CNRS et de l’INSERM, reconnaissance des « universités » catholiques, statut des enseignants-chercheurs, réforme de l’allocation des moyens, nouveau contrat doctoral, réforme des critères d’attribution des bourses, refonte de l’allocation d’études, incitation à l’endettement, annonce de la création d’un classement européen des universités... et tout cela en moins de deux ans !

À peine une réforme est-elle votée, qu’une autre est décidée, ne laissant ni le temps de la concertation, ni celui du bilan. On pourrait penser de prime abord que cette multiplication des réformes, préparée à la vavite, démontre une désorganisation du ministère. D’autant plus qu’on peut vite s’apercevoir de contradictions dans les textes et d’un manque criant de connaissances sur la situation exacte des universités. Cela ne doit pas nous surprendre puisque, même si l’enseignement supérieur et la recherche sont une priorité du gouvernement, les ministres qui se succèdent au gré des remaniements ne sont pas, loin de là, des spécialistes. Valérie Pécresse n’avait pas jusqu’alors montré beaucoup d’intérêt pour l’université et semble encore aujourd’hui davantage mobilisée pour sa propre candidature aux régionales que par son ministère.

Pour autant, il ne faut pas se tromper. Si dans le détail, tout n’est pas très bien fait, chaque mesure constitue une brique idéologique destinée à révolutionner l’université selon des dogmes clairement établis.

La précarité comme seul moyen d’existence

La transformation de toutes les aides sociales destinées aux étudiants permet de remettre l’étudiant sous le joug combiné du travail et de la famille. La fameuse loi TEPA exonère d’impôt le salariat étudiant, exonération qui, pour être effective, nécessite que les étudiants ne fassent pas de déclaration fiscale indépendante. Les bourses prennent moins en compte la situation des étudiants et davantage la situation de la famille : par exemple, le nombre d’enfants à charge des parents est pris en compte, mais pas le nombre d’enfants à charge de l’étudiant.

Pour ceux qui ne peuvent (ou ne veulent) pas dépendre de leurs parents, le gouvernement incite au salariat étudiant même si, dans la réalité, les revenus du salariat s’ajoutent souvent à une aide familiale.

Enfin, dernière possibilité, l’endettement. À la place des prêts d’État à taux zéro, Valérie Pécresse a mis en place à la rentrée des prêts bancaires (4 % d’intérêts) au moment même où les États-Unis sont en train, à cause de la crise des subprimes, d’abandonner ce type de système.

Par tous les moyens, l’étudiant doit se rappeler qu’étudier est un privilège qui coûte cher à l’État, et qui doit donc lui coûter cher !

L’université doit se mettre au pas

L’université est l’objet de toutes les attentions de la droite pour la remettre sous la coupe des intérêts privés : pouvoir politique, pouvoir économique... L’offensive a commencé par un matraquage médiatique pour faire croire à une concurrence généralisée entre les universités, via le classement de Shanghai, qui nécessiterait une adaptation des universités, donc la concurrence généralisée et acharnée entre les universités.

Il faut accueillir les « meilleurs étudiants » et donc attirer les « meilleurs chercheurs » (en les payant plus, en leur confiant moins d’enseignement) et accroître la sélection des étudiants. Les IUFM, lieux tant décriés où sévirait le « pédagogisme » sont supprimés au profit de Masters enseignements.

Quelle réponse de la gauche ?

Pour la première fois dans l’histoire moderne, le nombre d’étudiants va diminuer en France. Toute la communauté universitaire, étudiants, enseignants, personnels est attaqué parce que trop indépendante des pouvoirs politiques et économiques. La grande offensive a commencé. Les socialistes vont-ils regarder le train passer sans réagir ?


Dossier réalisé par Mathias Tessier (44) et Régis Hémon (44)

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La réponse à la question posée semble être clairement d’ores et déjà : « oui », nous resterons sans réaction. D’ailleurs la situation de l’université n’intéresse pas assez de voix d’électeurs potentiels (même si on en a déjà perdu, et si on va encore en perdre dans le petit milieu universitaire). Aller en Guadeloupe est plus efficace que parler en Sorbonne ! Aucune réaction audible sur le sujet par aucun responsable politique de gauche, a fortiori du PS. Et si une réaction venait, ce serait si tardivement qu’elle serait, cette fois-ci, à peine plausible... On a l’impression que le PS est bien content que la droite fasse le sale boulot pour n’avoir plus, une fois revenu (hypothétiquement) au pouvoir, qu’à essuyer quelques plâtres, saupoudrer quelque menue monnaie. Car, voyez-vous, bonnes gens,« l’Etat ne peut pas tout ! »

Sans transformer l’université en sous-traitant (R§D) des grandes industries , ni oublier la recherche fondamentale, n’y aurait-il pas des possibilités pour un plus d’adéquation entre la petite industrie locale et la recherche, dans le style du campus de Grenoble ?

Pour équilibrer le rapport de forces, ne peut-on pas demander des droits de contrôle par les universités sur leurs recherches vis à vis de ces entreprises et même sur la politique générale des entreprises bénéficiant de leur recherche ?

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