Démocratie & Socialisme
Navigation

La journée de Paul, 17 ans, élève de première en 2004 - 2005 au lycée Sonia Delaunay

mardi 27 mai 2003

 

7h55 : Paul arrive à la grille d’entrée du lycée Sonia Delaunay de Cesson. Il est attendu par un vigile qui travaillait l’an passé chez Auchan. Surprise ! C’est son voisin. Il a été engagé comme assistant d’éducation par le Proviseur en septembre.

8h00 : La salle de cours n’a toujours pas été nettoyée parce que les agents de service, qui sont désormais employés par le Conseil Général ont été réquisitionnés pour préparer la salle de réception de la Préfecture. Il n’y a plus de chauffage depuis 15 jours : l’entreprise « Chauffmarcel » a augmenté ses tarifs et l’établissement ne peut plus financer l’entretien de la chaudière.

9h00 : Toujours pas de prof en espagnol : la vacataire qui avait commencé l’année est partie. 6 heures de cours par semaine ne lui permettait pas d’obtenir un salaire décent.

10h10 : Paul découvre son 4eme enseignant de maths de l’année. Le troisième vacataire a dû partir parce qu’il avait fini ses 200 heures.

11h05 : En cours d’histoire-géographie il re-scotche le vieux manuel (de l’ancien programme) tout en pensant avec envie à sa cousine Sonia qui habite à Mont de Marsan, et qui, elle, dispose d’un cartable électronique. Cela dit, ça l’occupe. I1 manque de dynamisme le prof ! Ca se comprend à 67 ans . Mais il doit continuer à travailler s’il veut une retraite complète.

12hl5 : A la cantine, le steak est encore froid : les plateaux-repas sont livrés congelés par l’entreprise « Cépabon » et le micro-ondes commence à fatiguer. Il est pourtant mieux loti que ses amis qui mangent un sandwich dans la cour parce que leurs parents ne peuvent pas financer la cantine. Malheureusement le Fonds Social n’existe plus.

En sortant de cours, Paul se rend au Centre Communal d’Action Sociale (CCAS)  : il veut s’entretenir avec l’assistante sociale pour demander une aide financière. En attendant il s’est décidé à travailler au fast-food « Salbouf » pour soutenir sa famille. Sa mère, ancien agent d’entretien dans un collège, a une retraite de misère (moins de 600 E par mois). Epuisée elle a décidé de s’arrêter. Mais elle n’avait cotisé que 35 années, s’étant arrêtée 5 ans pour élever Paul et son frère. Le problème, c’est qu’il faut cotiser 40 ans. 0r, en choisissant de prendre sa retraite , elle a vu ses revenus diminuer de 44% - Au début Paul pensait même que la Caisse de retraite s’était trompée ...

17h30 : il prend rendez-vous pour aller au CIO. Ce n’est pas possible depuis 3 mois le conseiller d’orientation est accaparé par la formation continue du Conseil Régional (cela fait maintenant partie de ses missions). Paul voudrait faire une école d’art, mais les brochures sur l’orientation ne parlent que de logistique et de stages chez « Stockmoitou », la grosse entreprise de la région qui sponsorise déjà certaines activités des filières professionnelles et technologiques.

Ce scénario catastrophe ressemble à ce qui attend nos enfants si nous n’arrivons pas à empêcher la mise en place des mesures programmées par le gouvernement actuel sur la décentralisation de l’Education Nationale (conseillers d’orientation, médecins scolaires, assistantes sociales et agents), le statut des surveillants et des aides-éducateurs et les retraites. Toutes ces mesures vont dans le sens d’une dégradation d’un service public national. Elles remettent véritablement en question les valeurs qui fondent la République liberté, égalité et fraternité.

Loading
Abonnez-vous à la revue "Démocratie & Socialisme"
Abonnez-vous à la lettre de D&S par courriel
Rejoindre le groupe des amis de  D&S sur lacoopol.fr
Au boulot ! La chronique de Gérard Filoche dans l'Humanité Dimanche