Démocratie & Socialisme
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La Commune n’est pas morte !

mardi 19 avril 2011 par Julien Guérin

 

A l’occasion du 140e anniversaire de la Commune de Paris, la compagnie Jolie Môme vient de rejouer son spectacle Barricade. Écrit il y a quelques années, ce spectacle n’a rien perdu de sa force, de ses qualités pédagogiques et de sa puissance évocatrice. Il parvient, en deux heures, à faire revivre avec intensité cette page douloureuse mais fondatrice du mouvement ouvrier. Trop souvent occultée dans les manuels scolaires, La Commune de Paris reste une référence incontournable pour tous ceux qui défendent une société égalitaire et démocratique.

C’est dans « leur » théâtre de la Belle étoile situé à Saint Denis, ville ouvrière, que les membres de Jolie Môme ont remis Barricade à l’affiche du 18 mars au 10 avril. Ce spectacle total (théâtre, danses, chansons révolutionnaires…) nous replonge dans un quartier de Paris, au cours du terrible hiver 1870-1871, où le peuple de la capitale souffre des privations imposées par le siège des troupes prussiennes. La représentation débute sur une scène cocasse où une famille de riches aristocrates se goinfre allègrement pendant le siège et ignore avec mépris les souffrances populaires.

Entrée en guerre à l’été 1870, la France, alors dirigée par Napoléon III, est rapidement en mauvaise posture face aux Prussiens. Battu à Sedan, l’empereur a abdiqué et, le 4 septembre 1870, la République a été proclamée. La guerre continue, Paris souffre mais tient bon. Le peuple a formé une garde nationale et s’est armé pour défendre sa ville. La nouvelle de l’armistice signé par Thiers, nouveau chef du gouvernement, avec les Prussiens en janvier 1871, est vécue comme une trahison par les classes populaires parisiennes. Souhaitant donner des gages aux Prussiens et craignant ce Paris révolutionnaire et rebelle, Thiers ordonne de reprendre les canons de Montmartre. L’armée est envoyée dans ce haut lieu de la contestation sociale et politique mais elle met « la crosse en l’air » et refuse d’obéir à ses généraux. Paris est aux mains de son peuple, le gouvernement provisoire se réfugie à Versailles. À partir de là, nous partageons tout le reste du spectacle avec une famille ouvrière de Paris : le grand père, Hercule, cordonnier, est un blanquiste, vétéran des combats révolutionnaires de 1830 et 1848 ; sa fille est une militante féministe tandis que la petite fille, Henriette, vendeuse de fleur, sceptique au départ, se lance avec enthousiasme dans la défense de la Commune. Le petit fils, Lulu, symbole du Gavroche révolutionnaire du XIXe siècle, déborde d’énergie et malgré son jeune âge, rêve de s’engager dans la garde nationale. Ils sont accompagnés d’Eugène, jeune journaliste idéaliste, et bientôt rejoints par un internationaliste italien et Polia, une militante polonaise amie de Marx. La Commune ne connaît pas de frontière et proclame la fraternité des peuples.

Aucun des grands événements de la Commune n’est oublié : l’élection des délégués révocables et payés au salaire d’un ouvrier du rang, les réformes sociales et démocratiques aussitôt prises et la menace immédiate des Versaillais revanchards et haineux. Les Communards décrètent le moratoire sur les loyers non payés, interdisent le travail de nuit, mettent en place l’école gratuite et obligatoire, créent des crèches municipales, abolissent la peine de mort et proclament même la séparation de l’Église et de l’État ! Leur idéal est une République sociale, laïque et universelle, ce qui reste encore un beau projet à l’aube du XXIe siècle ! Peu préparés sur le plan militaire, encerclés par les Prussiens et les Versaillais et ne pouvant s’appuyer sur un parti révolutionnaire, la Commune ne vivra que deux mois. Dans le spectacle, cette période est symbolisée par la présence du drapeau rouge qui flotte à l’arrière de la scène. Le 22 mai 1871, les Versaillais rentrent dans Paris, c’est le début de la terrible et funeste semaine sanglante. 35 000 Communards sont tués (dont beaucoup fusillés au Père Lachaise), 45 000 arrêtés et déportés. L’impressionnante scène de barricade du spectacle, avec de la fumée et la faiblesse bien réelle des insurgés est l’une des plus émouvantes. Paris est vaincu, les conservateurs viennent d’infliger une leçon à la ville rouge et la famille de privilégiés qui ouvrait la pièce revient triomphante. Le mouvement révolutionnaire français est décapité pour dix ans, les exilés comme Jules Vallès et les bannis comme Louise Michel ne rentrent qu’en 1880. Cependant, quelque chose d’immense a été semé durant ce printemps 1871 et les germes révolutionnaires refleuriront tout au long du XXe siècle.

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