Démocratie & Socialisme
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Voter Macron, en se pinçant le nez, pour barrer la route du pouvoir à l’extrême droite

mardi 2 mai 2017 par Jean-Jacques Chavigné

 

Beaucoup, à gauche et dans les syndicats, s’interrogent sur la possibilité de voter blanc ou de s’abstenir. C’est un point du vue parfaitement respectable. Tout le monde réfléchit et peut changer d’avis jusqu’au 7 mai, avant 19 h ou 20 h.

Nous sommes, de toute façon, d’accord sur un point essentiel : si Macron l’emporte, l’unité contre lui, devra se faire, entre toutes celles et tous ceux qui s’opposent à sa politique d’agression contre le salariat, qu’ils aient décidé de voter Macron ou qu’ils aient décidé de voter blanc, comme de s’abstenir.

La question de fond qui se pose, cependant, à nous, dans l’immédiat, est de décider s’il faut considérer que la dangerosité de Macron est la même que celle du Front national. L’objectif de cet article est de montrer que ce n’est pas le cas et que le Front national est beaucoup plus dangereux que Macron pour l’indépendance des organisations syndicales, les libertés publiques et les droits des salarié(e)s, des jeunes, des retraité(e)s.

Il n’y a, pour autant, aucune illusion à se faire et il faut appeler un chat un chat et une calamité une calamité. Les dirigeants de la gauche ayant été incapables de s’unir au 1er tour de la présidentielle, les électeurs de gauche, n’ont plus le choix, au second, qu’entre deux calamités : Le Pen et Macron.

Les calamités Le Pen et Macron sont loin, cependant d’avoir, la même dangerosité

Macron taperait à coups redoublés sur le salariat, les chômeurs, les jeunes, les retraités, imposerait la baisse des dépenses publiques et la hausse des dividendes. En accentuant les politiques néolibérales de Sarkozy et de Hollande, il généraliserait la pauvreté, la précarité et ouvrirait un boulevard au Front national en 2022. Mais, même divisées et affaiblies, les organisations syndicales indépendantes pourraient continuer à s’exprimer et le mouvement social aurait, encore, la possibilité de se mobiliser contre Macron. La gauche aurait le temps de se reconstruire et de s’unir pour opposer une alternative à l’extrême droite.

Les coups de Le Pen contre le salariat seraient encore plus durs. Le FN s’acharnerait à le diviser et à démanteler les organisations syndicales indépendantes du patronat et de l’État. Son objectif est la construction d’un « État fort » qui mettrait danger nos libertés publiques. Le mouvement social serait tétanisé par la prolifération de syndicats Front national, l’interdiction et la répression violente de toute manifestation. La reconstruction de la gauche aurait toutes les chances de devoir se faire dans les catacombes ou, pour le moins, dans des conditions extrêmement difficiles. Il deviendrait de plus en plus difficile de faire lâcher le pouvoir à l’extrême droite : il n’y a guère d’exemples, dans l’histoire, où elle y a renoncé de son plein gré.

Macron et la calamité néolibérale

Il n’y a pas la moindre illusion à se faire sur Macron. C’est un homme politique de la droite néolibérale la plus dure, économiquement et socialement. Les marchés ne s’y sont pas trompés : le lendemain de son arrivée en tête au 1er tour de la présidentielle, le CAC 40 augmentait de 4 % (sa hausse la plus importante depuis 2013) et les valeurs bancaires de 8 %.

L’ancienne présidente du Medef, Parisot, se voit déjà à la tête du premier gouvernement de Macron.

Le programme de Macron prévoit une baisse de l’impôt sur les sociétés de 33,3 % à 25 %, une exonération d’impôt sur la fortune pour les patrimoines de valeurs mobilières, une pérennisation du CICE sous la forme d’une diminution de 6 à 10 points des cotisations sociales patronales. La lutte contre l’optimisation fiscale et les paradis fiscaux n’y a aucune place.

Macron aligneraient les régimes de retraites de la fonction publique et des services publics, sur le régime général, c’est-à-dire vers le bas, pour obéir aux injonctions de la très néolibérale Commission européenne. Les salaires bruts ne seraient pas augmentés et la baisse des cotisations sociales des salariés serait financée par une augmentation du taux de la CSG sur les retraites. L’exonération de la taxe d’habitation ne pourrait être financée que par une augmentation de la TVA. Un chômeur ne pourrait pas refuser plus de deux emplois « décents », même s’il est payé 25 % de moins que son précédent salaire et Macron a toujours refusé de se prononcer sur le montant des allocations chômage, leur durée et leur dégressivité. Dès juillet, Macron aggraverait, par voie d’ordonnances, la catastrophique loi El Khomri.

Le nombre de fonctionnaires diminuerait de 120 000 : 70 000 pour les collectivités territoriales, 50 000 dans la fonction publique d’État. Les dépenses publiques diminueraient de 60 milliards d’euros, aux dépens de la Sécurité sociale, des allocations chômage et des services publics.

L’objectif de Macron est de généraliser le travail précaire, le travail à temps partiel, les travailleurs pauvres, les travailleurs « ubérisés », pour augmenter, toujours plus, les dividendes des actionnaires.

L’avenir qu’il nous réserve est celui des huit millions de salariés qui subissent les « minijobs » à 450 euros par mois en Allemagne ou celui des salariés « bénéficiant » d’un contrat « zéro heure » au Royaume-Uni.

Le Pen et la calamité identitaire, liberticide

Après l’élection de Marine Le Pen à la tête du FN, en 2011, les médias dominants s’extasiaient sur la « dédiabolisation » de ce parti. Au même moment, sa nouvelle présidente consolidait ses positions à l’intérieur du FN, en s’alignant sur l’orthodoxie frontiste : rôle central de la « préférence nationale », dénonciation du « remplacement pur et simple de la population française »… [1]

La filiation du FN permet de comprendre pourquoi, malgré de nombreuses difficultés, ce dernier a pu tenir le choc pendant plus de 40 ans.

Les fondateurs du FN, en 1972, incarnaient (au sens propre du terme) cette filiation : des vétérans du PPF de Doriot et de la Waffen-SS, aux militants d’Ordre nouveau, en passant par les anciens de l’OAS et l’Union et Fraternité Française de Pierre Poujade.

C’est cette filiation qui a fourni au FN son ossature idéologique et son encadrement militant : de Victor Barthélémy (ancien bras droit de Doriot) au GUD, en passant par le « néofasciste » François Duprat, l’ancien d’Occident et d’Ordre nouveau Carl Lang, le « révisionniste » Bruno Gollnish… [2] En catastrophe, avant le second tour de la présidentielle, le FN a dû changer de « président par intérim », Jean-François Jalkh se retrouvant publiquement accusé d’avoir tenu des propos négationnistes.

Ces racines du Front national se sont nourries de deux terreaux. D’abord, les politiques néolibérales menées depuis 30 ans, qui n’ont cessé (à l’exception de l’intermède Jospin) d’alimenter le chômage de masse. Ensuite, le terreau d’un imaginaire « sudiste » analogue à celui des « petits Blancs » aux États-Unis. Cet imaginaire imprègne toute la société française, du nord au sud. Il est le signe « d’un état d’esprit, d’une mentalité particulière apparue en France dans les combats désespérés pour la sauvegarde de l’Algérie française ». [3]

L’opposition virulente entre le « eux » et le « nous », a toujours été le fondement de la politique du FN, de son « identité nationale ». Il a rompu avec l’antisémitisme de ses débuts, mais c’est pour mieux opposer les « Français de souche » aux « Musulmans ».

Le FN n’est pas l’UKIP britannique qui s’est effrayé de sa victoire au Brexit et n’a pas cherché à arracher le pouvoir aux Conservateurs. Le FN veut le pouvoir. Si Le Pen l’emportait à la présidentielle, le FN utiliserait la menace d’une « vague bleu Marine » aux élections législatives, pour recomposer la droite, sous son hégémonie.

Le programme social des « 144 engagements de Marine Le Pen » n’est qu’un miroir aux alouettes.

Son 10e engagement, en supprimant l’obligation d’être un syndicat « représentatif » pour pouvoir se présenter au premier tour des élections professionnelles, a pour fonction essentielle de permettre la construction de syndicats FN dans les entreprises et la fonction publique. Le FN a essayé, en vain, d’y parvenir pendant des années, mais la loi s’y opposait. Il veut donc changer la loi.

Après avoir divisé en profondeur le salariat avec la « priorité » nationale et s’être employé à démanteler les syndicats indépendants du patronat et de l’État (en l’occurrence, l’État FN) le Front national n’aurait plus, comme l’a toujours fait l’extrême droite, qu’à jeter ses mesures « sociales » aux oubliettes.

Ces mesures n’auraient eu pour seule fonction que de lui permettre d’arriver au pouvoir. Marine Le Pen aurait pourtant laissé de nombreux indices de ce qui adviendrait de ses mesures « sociales » : en appelant, par exemple, à interdire les manifestations contre la loi El Khomri ou, sur le parking de Whirpool, le 26 avril, en tirant dans le dos de l’intersyndicale (CFDT, CGT, CGC…) qu’elle qualifiait de « deux ou trois personnes qui ne représentent qu’eux-mêmes ».

Le principal objectif du FN est l’instauration d’un « État fort ». La France serait « libre »… mais pas ses habitants. C’est le leitmotiv de toutes les extrêmes droites, pour lesquelles l’individu doit s’effacer devant une entité supérieure : la nation, l’État, une identité nationale fantasmée…

La Constitution de la Ve République a été élaborée et ratifiée sous la pression du coup d’État militaire de 1958 à Alger. Elle comporte de nombreux articles qui permettraient de remettre en cause les libertés publiques, bien au-delà de l’état d’urgence, notamment l’article 16. Le FN ajouterait à cette effrayante panoplie la possibilité de multiplier les « référendums » à l’initiative de seulement 500 000 citoyens, sur tous les sujets, y compris la peine de mort. Comment envisager de laisser le pouvoir au Front national avec une telle Constitution ?

Avec l’arrivée du FN au pouvoir, le danger serait grand de voir passer à l’action les adeptes de la théorie du « Grand Remplacement » [4] qui agitent le fantasme de la substitution d’une population d’origine maghrébine et sub-saharienne à une population d’origine européenne. Le « plan de désarmement des banlieues » du FN ne pourrait qu’encourager tous les nostalgiques de la « bataille d’Alger » à passer à l’action. Les menées de tous ces fanatiques, combinées à la politique discriminatoire du FN, risqueraient fort d’embraser les « banlieues » et les « quartiers ». La menace d’une véritable guerre civile serait omniprésente.

Ne pas attendre des autres qu’ils fassent ce qu’on ne fait pas soi-même

Certains, à gauche, estiment que de très nombreuses forces politiques appellent à voter Macron et que Le Pen ne pourra qu’être battue. Il serait donc possible de s’abstenir ou de voter blanc. C’est une position difficile à défendre : comment demander aux autres de faire ce qu’on ne veut pas faire soi-même ?

Le résultat n’est pas acquis d’avance, loin s’en faut.

Comme l’a montré son intervention sur le parking de Whirpool, Marine Le Pen est une agitatrice qu’il ne faut pas sous-estimer. Une agitatrice qui n’hésite pas à utiliser, avec cynisme et démagogie, le désarroi de salariés menacés de perdre leurs emplois. Le Pen a beau jeu de qualifier Macron de « trader » et d’épingler son mépris pour tous ceux qui ne portent pas de « costard ».

Que Dupont-Aignan se rallie à Le Pen, c’est aussi un évènement qu’il ne faudrait surtout pas sous-estimer. Dans un paysage politique qui semblait quelque peu figé, ce ralliement fait bouger les lignes et peut déclencher un effet « boule de neige ».

Une bonne partie des électeurs de Fillon voteront Le Pen, même si certains hésitent encore. L’Église catholique, contrairement à 2002, se refuse à prendre position. « Sens commun » et « La manif pour tous » clament à tout vent qu’il n’est pas possible de voter Macron.

Le score obtenu par Le Pen, même battue, aurait indubitablement une grande importance.

Avec plus de 40 % des suffrages, le FN ferait plus que doubler ses résultats de 2002, réussirait à percer le fameux « plafond de verre » et pourrait commencer à recomposer la droite sous sa direction, afin d’aborder l’élection présidentielle de 2022, dans de bien meilleures conditions qu’en 2017. Le ralliement de Debout la France est un signe de très mauvais augure : c’est la première fois qu’au second tour de la présidentielle, un parti de droite annonce son soutien au FN. En 2002, seul le MNR de Bruno Mégret, une autre organisation d’extrême droite, avait appelé à voter pour lui.

Surtout, pas de « front républicain » !

Toutefois, mettre un bulletin Macron dans l’urne pour battre le FN, parce qu’il n’y a pas d’autre moyen pour y parvenir, n’implique en rien un soutien à ce politicien de droite ou un quelconque « front républicain ».

Voter pour Macron le dimanche et le combattre dès le lundi nous est imposé par les institutions de la Ve République qui ne permettent qu’à deux candidats d’être présents au second tour de la présidentielle.

Valls appelle à donner les moyens de gouverner à Macron, lors des élections législatives qui suivront. Si Macron était élu, il faudrait tout faire, au contraire, pour qu’il n’ait pas de majorité à l’Assemblée nationale. Il utiliserait aussitôt cette majorité (obtenue, sans doute, avec l’appui d’une partie de la droite) pour taper à bras raccourcis sur le salariat. La meilleure façon de l’empêcher d’obtenir cette majorité serait de ne pas reproduire l’erreur de la présidentielle et de rassembler toute la gauche, de Hamon à Mélenchon.

Notes

[1] Voir : « Les faux-semblants du Front National » - Sylvain Crépon, Alexandre Dézé, Nonna Meyer - Édition SciencesPo – 2015.

[2] Voir : « Dans l’ombre des Le Pen - Une histoire des numéros 2 du FN  » - Nicolas Lebourg, Joseph Beauregard - Édition nouveau monde 2012.

[3] « Les mémoires dangereuses - De l’Algérie coloniale à la France d’aujourd’hui » - Benjamin Stora avec Alexis Jenni - Éditions Albin Michel 2016.

[4] Voir : Renaud Camus « Le Grand Remplacement » - Éditions David Reinharc - Novembre 2011.

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