Démocratie & Socialisme
Navigation

Cinéma

Joyeux Noël

Un film de Christian Carion

dimanche 15 janvier 2006 par Françoise Filoche

 
Le film de Christian CARION, “Joyeux Noël”, est encore projeté dans quelques salles, seulement pour quelques jours encore... deux mois après sa sortie, j’ai vu le film dans une salle quasiment vide. Ce film, qui mériterait d’être largement diffusé, porte un témoignage rare sur la guerre de 14/18, celui de la fraternisation de soldats anglais et français avec des soldats allemands pendant l’hiver de 1914.

Peu de livres et de films traitent le sujet toujours classé secret défense par l’armée. Sur un thème proche du film de Stanley Kubrick, “Les Chemins de la Gloire” réalisé en 1957 et sorti en France après 18 ans de censure, portait un regard allusif sur ces épisodes du refus de combattre, s’attachant à démontrer l’absurdité et la cruauté de l’État Major français.

Dans le film de Carion l’humanité des combattants surgit à l’occasion d’un air de musique venu des tranchées allemandes, les soldats sont rapprochés par l’émotion et redeviennent des jeunes gens curieux des autres, chahuteurs et capables de brocarder, puis résister à la poigne de fer des états-majors. Ils se découvrent alors, loin de la propagande furieusement xénophobe, semblables, parlant parfois la langue de l’ennemi, ou se comprenant par delà les langues, aimant les mêmes chants, jouant les mêmes jeux, unis par les mêmes terreurs. La fraternisation a lieu, à la veille de Noël, entre jeunes dont on peut imaginer que certains avaient participé aux manifestations ouvrières massives s’opposant à la guerre. Avant que la social-démocratie, cédant au patriotisme et au militarisme, reprenant aux nationalistes la haine de l’étranger, appelle à la guerre.

Le cessez-le-feu se poursuit le jour de Noël et se perpétuerait si l’état-major n’y mettait bon ordre en éloignant les soldats qui y ont participé. Pour cette première fois, la hiérarchie militaire ne donne pas le meilleur d’elle-même, elle se contente de montrer les dents, de menacer et de rameuter la religion en renfort. L’état-major, français en particulier, se montrera à la hauteur, plus tard, en 1917, en exécutant les meneurs, des pacifistes, de ceux qui refusaient de se faire hacher dans des offensives inutiles, suicidaires, ou ceux pris au hasard, pour l’exemple. Ce qu’elle niera avoir fait et qu’il continue à cacher, envers et contre tout.


Howard Zinn a écrit ces jours-ci un article à l’occasion d’une autre guerre :

“J’ai entendu (...) des gens invoquer l’argument (...) : nous ne pourrons jamais éliminer la guerre parce qu’elle fait partie de la nature humaine. (...) (L’histoire) ne nous montre nulle part des peuples qui se précipitent spontanément pour faire la guerre à d’autres peuples. Ce que nous voyons, par contre, ce sont des gouvernements qui font des efforts acharnés pour mobiliser les populations pour faire la guerre. Ils doivent séduire des soldats avec des promesses d’argent, d’éducation, ils doivent persuader des jeunes dont les perspectives sont extrêmement limitées, qu’il y a là une chance d’obtenir du respect et un statut social. Et lorsque ces manœuvres de séduction ne donnent pas les résultats escomptés, les gouvernements doivent utiliser la coercition - ils doivent recruter de force les jeunes, les obliger à faire leur service militaire, les menacer de prison s’ils ne soumettent pas.”(*)

Ces mots écrits pour la guerre faite en en Irak par le gouvernement Bush, s’appliquent à cette ancienne guerre. Mots pour mots. Comme ceux de Karl Marx, écrits en 1847 dans le Manifeste : “Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu’ils n’ont pas.” Ces soldats en se connaissant bousculent les patries qui les dressent l’un contre l’autre. La propagande belliciste qui décrit l’étranger comme un monstre qui mange les enfants et mutile les femmes, s’effondre. Leur patrie devient ce qui leur est commun, posant les bases d’un début d’entente. Ils ne peuvent plus s’entretuer. Sauf pour celui qui reste étranger à cette parenthèse de paix et qui ajuste un uniforme.

Quelle belle Europe ils auraient pu construire ces soldats fraternels du Noël 1914. Une de ces Europe qui aurait permis d’éviter tant de morts dans cette classe d’âge, tant de chagrins pour les survivants. Une Europe qui n’aurait pas permis cette paix signée, quatre ans plus tard, au nombre de cadavres, de destructions, une paix crapuleuse, au seul bénéfice de ceux que la guerre enrichit, qui annonce, prépare, une autre abomination. Une Europe à laquelle personne n’aurait dit NON.

Allez voir ce film, remplissez les salles, professeurs, emmenez vos élèves, donnez-leur une leçon de tolérance. Et tant pis si le film fait la part belle à une messe en latin que tous, anglais, allemands et français connaissent et reprennent... le terrible visage austère de l’évêque anglais, à la fin, appelant sans fioritures à tuer TOUS les allemands, rétablit l’équilibre.

Françoise Filoche

(*) Howard Zinn : “Après cette guerre” in legrandsoir.info.

Lisez l’article en entier sur le site du Grand Soir.


Le film de Christian CARION, “Joyeux Noël”, est encore projeté dans quelques salles, seulement pour quelques jours encore... deux mois après sa sortie, j’ai vu le film dans une salle quasiment vide. Ce film, qui mériterait d’être largement d

Loading
Abonnez-vous à la revue "Démocratie & Socialisme"
Abonnez-vous à la lettre de D&S par courriel
Rejoindre le groupe des amis de  D&S sur lacoopol.fr
Au boulot ! La chronique de Gérard Filoche dans l'Humanité Dimanche