Démocratie & Socialisme
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Jean-Marc Sylvestre repenti !

samedi 13 septembre 2003
 
 

D&S s’offre un nouvel éditorialiste. Celui que d’habitude nous brocardions en raison de son ultra-libéralisme échevelé. Le chroniqueur de radio et de télévision qui chaque jour nous mettait en rogne par ses tranquilles et cyniques attaques contre les salariés, sa révulsion pour le droit du travail, son mépris pour les salaires indirects (qu’il appelle "charges sociales"), Jean-Marc Sylvestre, le parangon de la "pensée unique", l’apologiste du libre marché, le héraut des profits, l’ami des actionnaires.... a failli "passer l’arme à gauche".
Victime cet été d’une septicémie une de ces maladies nosocomiales qui font mourir dix mille personnes par an, entrées à l’hôpital pour une autre cause et qui y contractent un sale germe mortel, Jean-Marc Sylvestre raconte ses trois mois aux frontières de la mort dans Les Echos du 25 septembre... en faisant, ô surprise, l’apologie de la Sécurité sociale !
Ça vaut la peine d’être lu et relu. L’hommage du vice à la vertu, la reddition du libéral devant le social, le salut du survivant au système honni qui l’a sauvé ! Régalez-vous, ci-dessous c’est Jean-Marc Sylvestre comme vous ne l’avez jamais lu ni entendu :

"J’ai failli mourir. .. Quand ca vous arrive à vous, on regarde la planète d’une façon différente.... Ça commence par une banale douleur à l’épaule, ça dégénère assez rapidement en attaque scepticemique et ça se termine par la découverte d’une poubelle explosive à l’entrée de l’aorte... Tout ce qui vous a passionné des années devient totalement dérisoire : la télé de Chirac, les querelles budgétaires, les crises de nerf de Bercy, la chute de la Bourse...

Jusqu’à cet été, je ne connaissais du système de santé français que l’ampleur du déficit de l’assurance maladie. Depuis je sais que ce déficit que j’ai tellement critiqué, m’a sans doute sauvé la vie... En deux mois, j’ai dû subir tous les examens possibles. Il n’y a pas un millimètre de mon corps qui n’ait été radiographié...

En toute logique je n’aurais pas dû survivre.

La chance, oui, cette bonne étoile qui veille sur chacun de nous sans doute... Ma chance la vraie, c’est d’avoir été traité, par une poignée de médecins extraordinaires de compétence... Dans un système, qui, pour être critiqué, n’en demeure pas moins des plus performants... Je sais aujourd’hui que, sans ce système de santé français et la capacité d’investigation qu’il donne aux médecins, j’étais mort.

Dans une logique purement financière, aucun contrôleur de gestion n’aurait pu accepter de telles dépenses. Le "return" était trop improbable.

Cette médecine haut de gamme est évidemment très chère. Deux mois d’hospitalisation dans trois hôpitaux différents, des traitements antibiotiques très lourds, les radios, les scanners, les IRM, il existe des formes de vacances plus économiques. Sans la Sécurité sociale, couplée à des systèmes complémentaires d’assurance financés en partie par l’employeur, je n’aurais jamais eu les moyens de payer cette chance de survie.

La querelle du déficit est sans doute importante, mais elle est dérisoire par rapport à l’enjeu. Quand on sait la valeur détruite chez Vivendi sous le règne de Jean-Marie Messier, ou celle qui s’est évaporée à France Telecom. Quand on sait les salaires que demandent les stars du football, on se dit que les hôpitaux pourraient dépenser un peu plus d’argent sans qu’on les traite d’inciviques...

Le système de santé français est formidable : il faudrait être sûr que tout le monde puisse en bénéficier...

Comme quoi, c’est l’existence qui détermine la conscience... L’expérience est la chose au monde qui se partage le moins... Bravo, pour une fois, M Sylvestre : n’oubliez pas ce que vous avez appris là pour reprendre vos anciennes chroniques. N’attendez non plus pas d’être à la retraite pour découvrir les mérites du système par répartition !